La saignée

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La saignée

Message par RAPHAEL83 le Mar 8 Sep - 19:39

L'HUMORISME




Pour comprendre l'objet de la pratique de la saignée, il faut revenir aux théories d'Hippocrate et de Galien (129-210), complétées entre autres par Roger de Salerne et Gilbertus Anglicus, sur les humeurs.


L'humorisme ou théorie des humeurs fut l'une des bases de la médecine antique. Mise au point d'Hippocrate à Galien, elle prédomina dans l'analyse de l'équilibre du corps humain jusqu'à la définition moderne de la pathologie par Broussais, qui au début du XIXe siècle se fit le champion de la «médecine physiologique».

Pour l'humorisme, la santé (celle de l'esprit comme celle du corps) dépend du jeu équilibré des quatre humeurs du corps : le sang, la pituite ou phlegme [lymphe], la bile jaune et la bile noire [atrabile], qui, en correspondance analogique avec les quatre éléments de l'Univers (le feu, l'air, la terre et l'eau) – eux-mêmes affectés d'une qualité propre : chaud, sec, froid et humide – déterminent, selon leur prédominance, les quatre tempéraments fondamentaux : le bilieux (chaud et sec), l'atrabilaire (froid et sec), le flegmatique (froid et humide) et le sanguin (chaud et humide). Pour l'humorisme, le déséquilibre qu'entraîne la prédominance trop marquée de l'une de ces humeurs ou l'influence exclusive d'un élément est la cause non seulement des maladies physiques, mais aussi des troubles psychiques. Voici le texte d'Hippocrate :
« Le corps de l’homme a en lui sang, pituite, bile jaune et noire ; c’est là ce qui en constitue la nature et ce qui y crée la maladie et la santé. Il y a essentiellement santé quand ces principes sont dans un juste rapport de de force et de quantité, et que le mélange en est parfait ; il y a maladie quand un de ces principes est soit en défaut soit en excès, ou, s’isolant dans le corps, n’est pas combiné avec tout le reste.
Nécessairement, en effet, quand un de ces principes s’isole et cesse de se subordonner, non seulement le lieu qu’il a quitté s’affecte, mais celui où il s’épanche s’engorge et cause douleur et travail. Si quelque humeur flue hors du corps plus que ne le veut la surabondance, cette évacuation engendre la souffrance. Si, au contraire, c’est en dedans que se font l’évacuation, la métastase, la séparation d’avec les autres humeurs, on a fort à craindre, suivant ce qui a été dit, une double souffrance, savoir au lieu quitté et au lieu engorgé » (extrait du traité De la nature de l’homme d’après les traductions d’E.Littré : Oeuvres complètes d’Hippocrate, 10 Vol.,1839-1861, Paris, Baillère).

Hippocrate rattachait chacune de ces quatre humeurs à un organe, un élément, une saison, un tempérament :

(tableau extrait de : "Médecine, médecins et hospitalité dans le haut Moyen Age, L’exemple de Reims. L’origine de l’Hôtel-Dieu de Reims au VIe siècle : mythe ou réalité ?" thèse soutenue par Patrick Lanotte pour le diplôme d'état de docteur en médecine présentée et soutenue publiquement le 24 septembre 1998).

Le défaut ou l'excès de ces humeurs étaient donc compris comme un déséquilibre qu'il fallait rectifier selon les cas, ce qui était fait de deux manières, la purgation et la saignée.


LA PURGATION
A gauche : Clystère, Miniature d'un ouvrage montrant la pratique du clystère (qui nous fournira la référence de cette illustration?)
A droite : Clystère, Détail de l'avers d'un vase d'apothicaire, vers 1600-1650, Nevers, Musée municipal. Au revers, mention du remède : Nuces candida : une noix blanche (du latin candidus, candide, blanchâtre) ? Confusion possible avec nuces condita, la noix (juglans regia).



La médication purgative pratiquée par voie orale ou sous forme de lavement avec la fameuse seringue à clystère doit soulager le contenu digestif, stimuler les secrétions intestinales et favoriser la dérivation des humeurs "mauvaises". Pendant de nombreuses années, ce furent les apothicaires qui furent chargés de
l'administration du lavement, ce qui nécessitait une main exercée et explique que Maître Dardanus ait formulé de judicieux préceptes concernant ces bonnes pratiques de lavement (BPL) :
"Au moment de l'opération, le malade doit quitter tout voile importun ; il s'inclinera sur le côté droit, fléchira la jambe en avant et présentera tout ce qu'on lui demandera, sans honte ni fausse pudeur. De son côté, l'opérateur, habile tacticien, n'attaquera pas la place comme s'il voulait la prendre d'assaut, mais, comme
un tirailleur adroit, il s'avance sans bruit, écarte ou abaisse des broussailles ou des herbes importunes, s'arrête, cherche des yeux et, lorsqu'il a aperçu l'ennemi, ajuste et tire ; ainsi, l'opérateur usera d'adresse, de circonspection, et n'exécutera aucun mouvement avant d'avoir trouvé le point de mire. C'est alors que,
posant révérencieusement un genou en terre, il amènera l'instrument de la main gauche, sans précipitation ni brusquerie, et que, de la main droite, il abaissera amoroso la pompe foulante et poussera avec discrétion et sans saccades, pianissimo". François Dalmenesche pharmacien d'officine à Rouen est devenu célèbre avec sa formule de lavement. Les confrères jaloux mirent en circulation de petits dessins humoristiques représentant "l'artiste" en action. Le programme thérapeutique prescrit puis dispensé par les célèbres Diafoirus et Purgon est à peine caricaturé par Molière : le médecin de Louis XIII a ainsi administré à son royal patient 220 lavements en six mois (plus d'un par jour !). A partir du 18ème siècle, l'usage des purgatifs salins devient plus répandu (sulfates, calomel, tartrates) et complète ainsi la purgation classique par les produits d'origine végétale : séné, aloès, ricin, rhubarbe. L'utilisation fréquente de l'expression "prendre médecine" qui consiste en une purgation par voie orale témoigne du caractère habituel et répétitif de l'absorption de potions purgatives par les malades et les bien-portants.
D'autre remèdes évacuateurs sont également mis en oeuvre :
• Les émétiques (vomitifs) : ipéca, kermès minéral, vin émétique ;
• Les diaphorétiques (sudorifiques) : gaïac, salsepareille ;
• Les apéritifs (diurétiques) : asperges, tisanes ;
• Les vésicatoires : cantharides , térébenthine ;
• Les révulsifs et décongestionnants : ventouses médicales."

http://www3.chu-rouen.fr


Clystère (latin savant, clysterium) vient du latin clyster, lavement, lui-même du grec κλυστήρ, klustêr, de kluzein, laver) :
"Contre les Villains.
Ibis est ung oyseau d’Aegypte, qui purge son
ventre du bec, en y mettant eau par le derriere,
& ha monstré l’invention du Clystere."
Andrea Alciato, Emblemes (1549)
extrait de : http://www.emblems.arts.gla.ac.uk/french/emblem.php?id=FALb082


Une cruche vitrée d'étain de faïence avec décoration polychromée. La scène sur la cruche illustre un lavement étant administré et inclut une inscription, ' je suis Don Joaquin le bocal d'Hernandez. Par la dévotion intense pour ma constitution je me trouve sur cette occasion honteusement syringed aux mains d'un serf. '


On injectait ces lavements depuis l'antiquité avec une poche à lavement (vessie d'animaux, cuir) reliée à un tuyau de roseau ou de sureau qui permettait de laver des parties internes du corps par les orifices naturels : nez, bouche, anus, oreille, vagin, pénis. On pratiquait aussi ces lavements à l'aide de seringues (du grec surigga signifiant roseau, flûte, et qu'on nommera clystère par métonymie) :


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1. Seringue à clystères, Pompéi, Maison du Chirurgien, Ier siècle avant notre ère.
2. Clystère du XVIIe siècle, Rouen, musée Flaubert et d'Histoire de la Médecine
longueur seringue : 26 cm, étui : 38 cm
"Corps en étain ; piston en bois ; étui au décor estampé, en léger relief ; Gros clystère cylindrique muni d'un piston amovible, l'extrémité de la seringue recevait différentes canules que l'on vissait. L'étui en cuir se compose de deux parties qui s'emboîtent et est orné de fleurs de lys en relief. Un côté de l'étui présente deux logements circulaires pour placer les canules. Sur les côtés des fentes devaient permettre de passer une bandoulière (...) Marque de fabrique, poinçon : sur la seringue en partie supérieure, un coq surmonté de trois trèfles, en dessous initiales GL, poinçon de Pierre-Gaspard Lamarre, A l'intérieur de l'étui : , Centre Hospitalier Régional de Rouen N°875M de l'inventaire spécial des objets de valeur effectué en 1949."
extrait et photo : http://musees.crihan.fr/collections/objet.php?lang=fr&obj=07340001593
3. Clystère en bois, Afrique, Congo, population Bakuba, avant XXe s.
4. Clystère en bois et fibre végétale, Afrique, Congo, population Kuba, XXe s.
5. Bol décoré de personnages administrant des lavement rituels, avec hallucinogènes, groupe Quincux, époque maya, 300-600, Belize.
6. figurine en céramique, lavement rectal avec seringue, culture maya, Escuintla, région du Chiapas, Guatemala.


Les illustrations ci-dessus nous montrent bien que le lavement rectal est connu depuis l'antiquité, mais ils connaîtront une vogue sans précédent du XVIIe au XIXe siècle en Europe, ce qui fera parodier Molière dans Le Malade Imaginaire, en se moquant des médecins et des apothicaires, par la bouche d'Argan dès les premiers mots :
"ARGAN, seul dans sa chambre, assis, une table devant lui, compte des parties d'apothicaire avec des jetons; il fait, parlant à lui-même, les dialogues suivants :
Trois et deux font cinq, et cinq font dix, et dix font vingt; trois et deux font cinq.
"Plus, du vingt-quatrième, un petit clystère insinuatif, préparatif et rémollient, pour amollir, humecter et rafraîchir les entrailles de monsieur?" Ce qui me plaît de monsieur Fleurant, mon apothicaire, c'est que ses parties sont toujours fort civiles. "Les entrailles de monsieur, trente sols." Oui; mais, monsieur Fleurant, ce n'est pas tout que d'être civil; il faut être aussi raisonnable et ne pas écorcher les malades. Trente sols un lavement! Je suis votre serviteur, je vous l'ai déjà dit; vous ne me les avez mis dans les autres parties qu'à vingt sols; et vingt sols en langage d'apothicaire, c'est-à-dire dix sols; les voilà, dix sols.
"Plus, dudit jour, un bon clystère détersif, composé avec catholicon double, rhubarbe, miel rosat, et autres, suivant l'ordonnance, pour balayer, laver et nettoyer le bas-ventre de monsieur, trente sols." Avec votre permission, dix sols.
"Plus, dudit jour, le soir, un julep hépatique, soporatif et somnifère, composé pour faire dormir monsieur, trente-cinq sols." Je ne me plains pas de celui-là; car il me fit bien dormir. Dix, quinze, seize, et dix-sept sols six deniers.
"Plus, du vingt-cinquième, une bonne médecine purgative et corroborative, composée de casse récente avec séné levantin, et autres, suivant l'ordonnance de monsieur Purgon, pour expulser et évacuer la bile de monsieur, quatre livres. Ah! monsieur Fleurant, c'est se moquer: il faut vivre avec les malades. Monsieur Purgon ne vous a pas ordonné de mettre quatre francs. Mettez, mettez trois livres, s'il vous plaît. Vingt et trente sols.
"Plus, dudit jour, une potion anodine et astringente, pour faire reposer monsieur, trente sols." Bon, dix et quinze sols.
"Plus, du vingt-sixième, un clystère carminatif, pour chasser les vents de monsieur, trente sols." Dix sols, monsieur Fleurant.
"Plus, le clystère de monsieur, réitéré le soir, comme dessus, trente sols." Monsieur Fleurant, dix sols.
"Plus, du vingt-septième, une bonne médecine, composée pour hâter d'aller et chasser dehors les mauvaises humeurs de monsieur, trois livres." Bon, vingt et trente sols; je suis bien aise que vous soyez raisonnable.
"Plus, du vingt-huitième, une prise de petit-lait clarifié et dulcoré pour adoucir, lénifier, tempérer et rafraîchir le sang de monsieur, vingt sols." Bon, dix sols.
"Plus, une potion cordiale et préservative, composée avec douze grains de bézoard, sirop de limon et grenades, et autres, suivant l'ordonnance, cinq livres." Ah! monsieur Fleurant, tout doux, s'il vous plaît; si vous en usez comme cela, on ne voudra plus être malade; contentez-vous de quatre francs. Vingt et quarante sols. Trois et deux font cinq, et cinq font dix et dix font vingt. Soixante et trois livres quatre sols six deniers.
Si bien donc que, de ce mois, j'ai pris une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept et huit médecines; et un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze et douze lavements; et, l'autre mois, il y avait douze médecines et vingt lavements. Je ne m'étonne pas si je ne me porte pas si bien ce mois-ci que l'autre. Je le dirai à monsieur Purgon, afin qu'il mette ordre à cela." (acte I, scène 1)
(...)
"[Argan.] Monsieur Fleurant, à ce soir, ou à demain au matin.
[Fleurant, à Béralde.] De quoi vous mêlez-vous, de vous opposer aux ordonnances de la médecine, et d'empêcher monsieur de prendre mon clystère? Vous êtes bien plaisant d'avoir cette hardiesse-là!
[Béralde.] Allez, monsieur; on voit bien que vous n'avez pas accoutumé de parler à des visages.
[Fleurant.] On ne doit point ainsi se jouer des remèdes, et me faire perdre mon temps. Je ne suis venu ici que sur une bonne ordonnance; et je vais dire à monsieur Purgon comme on m'a empêché d'exécuter ses ordres, et de faire ma fonction. Vous verrez, vous verrez..."

ou par la bouche d'un bachelierus, au latin farfelu, une formule comique qu'il n'a pas inventée et qu'on trouve chez Ambroise Paré:
"Clysterium donare,
Postea saignare,
Ensuita purgare,
Resaignare, repurgare et reclysterisare" Donner un lavement,
puis saigner,
ensuite purger,
resaigner, repurger et reclystériser.

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Re: La saignée

Message par RAPHAEL83 le Mar 8 Sep - 19:44


LA SAIGNÉE
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7. Saignée, gravure sur bois coloriée, Allemagne, 1500, conservée à la Badhaus (Maison de bains) Kulmbach.
8. Saignée, aryballe* attique à figures rouges, vers 480-470 av JC, Peintre de la Clinique, Musée du Louvre, Paris
* \"ARYBALLE : flacon de petite taille qui contient des huiles parfumées dont se servent les femmes et les athlètes après l’exercice ; le col étroit permet de verse de petites quantités de liquide tandis que l’embouchure large permet de la remplir facilement)\" extrait de : http://jfbradu.free.fr/GRECEANTIQUE/themes/ceramique.htm
9. Saignée, coupe de faïence, décor sous glaçure, art islamique, Kashan, XIIIe s, Allemagne, Berlin, Museum für Islamische Kunst (SMPK).
10. Saignée, miniature du Régime du Corps, d'Aldébrandin de Sienne (Aldobrandino da Siena, voir aussi
abbaye-medecine - soins 2), vers 1285, ms Sloane 2435, folio 11v, British Library de Londres.
11. Saignée, Miniature du XVe s.








    Instruments pour la saignée



La pratique de la saignée paraissait autre fois bien justifiée (n'oublions pas que les premières théories sur la circulation sanguine ne datent que du XVIIe siècle). La saignée était faite par l'ouverture d'une veine (phlébotomie) ou par l'application de sangsues sur le corps pour qu'elles sucent le sang.


    On saignait les malades mais aussi, de manière préventive, les moines en bonne santé, qui se saignaient ainsi en moyenne quatre fois par an ( abbayes de Cluny, Kirkstall, etc..). Il y avait souvent un bâtiment destiné à cet effet, appelé "maison des saignées".


Les méthodes de traitement reposaient, nous l'avons-dit, sur la doctrine des 4 humeurs : le sang, la bile blanche et noire, et les sécrétions muqueuses. On tenait alors les excès de sécrétions pour la cause de fièvres et infections (au milieu du XIVe siècle on pensait que les maladies résultaient d'une hyperexcitation nerveuse. La soif, la faim, les vomissements ou la saignée devaient libérer le patient de ces excès de sécrétion, bref le rétablir d'un coup de lancette).
L'art de la saignée a connu ses heures de gloire bien avant Hippocrate au Ve siècle av. J.-C.. Au Moyen-Age, des chirurgiens (comme Badois) se spécialisèrent dans cet art du bain de sang. La saignée connut un grand succès au XVIIIe et au début du XIXe.
En temps de guerre, en 1812, la science exigeait de retirer le plus de sang possible au patient, du moins autant que sa vie n'est pas en danger, l'important étant que le sang ne s'écoule pas hors d'une blessure imposée par le médecin.
Finalement la saignée perdit de son importance. Seules les maladies comme l'apoplexie, la pneumonie, l'œdème du poumon, les accidents cardiaques promettaient d'être soignées avec succès. Avant que la saignée ne tombe en disgrâce, ou faisait s'écouler le sang de deux manières:


    - La saignée généralisée était exécutée à l'aide d'un scalpel á l'endroit des vaisseaux les plus importants.
    - La saignée localisée devait soulager les parties enflées des coupures de ventouses de sangsues.


La saignée était généralement abondante. De 16 à 30 onces étaient d'usage pour quiconque souffrait de "mauvaises humeurs". Une règle d'or stipulait qu'il fallait prolonger la saignée jusqu'à l'inconscience. La peau rosée du patient était alors pâle, le pouls passait d'un battement de 90 à 120, la fièvre baissait et la nervosité du patient laissait la place à un état proche de l'état de choc. Extérieurement tout cela semblait avantageux avec une seule perte de sang de l'ordre de 10% de "l'excédent sanguin" qui paraissait être la cause de la maladie. Mais avec seulement 5 litres de sang dans son appareil circulatoire, la victime devait faire face à la maladie à l'aide de son seul système immunitaire.

Les lancettes



La lancette était un couteau chirurgical à la pointe courte et large et à double tranchant aiguisé.
Les points de saignée appréciés étaient le dos de la main le bras, les protubérances osseuses, la gorge et les veines supérieures de même que les vaisseaux situés sous la langue, entre autres endroits, bien entendu.
Après avoir localisé un point de ponction, on faisait un garrot à la partie du corps menant au cœur : pendant que l'opérateur pressait avec le pouce sur l'artère en direction opposée de celle du cœur, l'artère ayant ainsi accumulé du sang il était désormais facile d'inciser en biais au scalpel sur 3mm. Un assistant récupérait ensuite le jet de sang dans un récipient plat et étroit. Lorsqu'on avait obtenu la quantité de sang voulu, on refermait la plaie par pression.
Les médecins avaient à leur disposition 4 types de lancettes au cours des siècles: toutes étaient pointues, à double tranchant et pourvues de lames droites afin d'exécuter des ponctions veineuses précises et contrôlées. On connaissait la lancette-scalpel, la lancette à angle, la lancette-pouce et la lancette à cran.
La lancette à angle est une lame à double tranchant qui se déploie à angle droit par rapport au manche.
La lancette-pouce avait une lame qui pouvait être rabattue entre les deux parties du manche et au besoin réglée par le pouce jusqu' à la position désirée.
L'idée de la lancette à cran est d'origine allemande.
On en trouve une description pour la première fois en 1719.
C'était un instrument minuscule, le boîtier, la plupart du temps en cuivre, en fer blanc, en alliage d'argent, faisant juste 4 x 1,5 cm. Ce type de lancette était très apprécié en Allemagne, en Hollande et en Amérique, alors que les Britanniques et les Français préféraient les lancettes-pouce. Même si la lancette à cran nécessitait moins d'habileté, elle était difficile d'entretien et, de plus, un nid à bactéries.
La lame est sous tension: la lancette apparaît sous un petit levier, tendu à l'aide d'un ressort.




Récipients destinés á recueillir le sang



Certains récipients, qu'on appelle parfois palettes, étaient munis d'anneaux fixés aux parois intérieures afin de déterminer avec précision la quantité de sang recueilli. On utilisait souvent aussi un quelconque récipient domestique se trouvant à portée de main. Il n'est toujours pas prouvé que les récipients utilisés par les disciples de Badois, avec leur forme incurvée pour le cou du patient, étaient vraiment utilisés pour la saignée.

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Re: La saignée

Message par RAPHAEL83 le Mar 8 Sep - 19:49

Ventouses



La succion était un prolongement de la saignée. Un moyen de faire circuler sous la peau un surplus de sang dans les zones à problème plus profondes. Un pot de verre chauffé, ou encore un pot de zinc ou de corne, intensifiait la circulation sanguine par création d'un vide sur la peau, l'air chaud se refroidissant. La peau devenait rouge et s'attachait au pot par effet de ventouse. Aussitôt que le "mauvais" sang affleurait, on laissait la place à l'air en inclinant le pot et en l'écartant avec précaution de la peau.
Ce procédé a très probablement son origine dans la succion du sang de plaies contaminées. On trouve même certains pots dont on chassait l'air avec l'aide de la bouche au lieu de les chauffer.


    Comme d'ailleurs, la saignée elle-même, cette technique elle aussi de l'Antiquité. Elle connut également ses heures de gloire aux XVIIe et XVIIIe siècles.



Les Grecs et les Romains préféraient des pots de métal, comme le firent d'ailleurs aussi les chirurgiens militaires sur les champs de bataille. Au XIVe siècle, et peut-être même avant, on utilisait des pots de corne légèrement curvilignes et souvent appliqués par groupe de trois.
Les pots de verre étaient de loin les plus répandus du XVIIe au XVIIIe siècles. On finit par ne plus réaliser de pots soufflés mais fondus. Sur le verre on pouvait lire la marque du fabricant. De 1840 à 1880, le rebord épais (suffisamment pour éviter les blessures dues à la pression du vide) était constitué d'un "anneau" de verre fondu ajouté. A partir de 1870 l'anneau du rebord ne faisait qu'un avec le pot. La jointure était réalisée directement, sans transition. Ces pots de verre étaient habituellement vendus par paquets de 3 ou de 6.
L'usage des ventouses était aussi conseillé dans les traitements anti-infectieux au même titre que les compresses de bouillie irritantes et les fers chauffés à blanc destinés à brûler la peau. En créant un nouveau foyer d'infection on espérait dévier le sang des parties malades et congestionnées. Les articulations atteintes, les maladies de poitrine comme la toux ou l'insuffisance respiratoire, mais aussi les maux de tête, de gorge, les crampes, l'idiotie, les crampes généralisées et bon nombre d'autres maux sont rapidement devenus des domaines privilégiés du traitement par ventouses.

Le prétendu "réveil vital" d'après Baunscheidt



Le réveil vital était un tuyau de bois d'ébène contenant une poignée munie d'un ressort qui, une fois activée, faisait surgir 30 aiguilles prêtes à entrer dans la peau. Cet anti-inflammatoire garantissait à chacun un réveil assuré à vie !
Pose de ventouses avec écoulement sanguin



La pose de ventouses à sec garantissait une irrigation sanguine d'une partie limitée du corps sans blesser. Le sang était mobilisé et dévié mais pas prélevé. Cet autre pas en avant pour une meilleure santé était la tâche de la lancette. On effectuait plusieurs incisions parallèles après avoir dilaté les vaisseaux par application d'une éponge trempée. Il s'en suivait une pose de ventouse afin de faire affleurer le sang par les vaisseaux minuscules à la surface de la peau. On "récoltait" ainsi généralement de 3 à 5 onces de sang par pot.

La ventouse à lames



La ventouse à lames était un remède plus doux. Elle connut ses premiers succès au début du XVIIe siècle. En appuyant sur la détente, plusieurs lames se mettaient en position d'inciser la peau, en une fois et simultanément. Jusqu'au début du XVIIIe siècle ces lames étaient pointues. Par la suite on les agrandit et on les courba. Elles étaient le plus souvent au nombre de 12, mais on en trouvait aussi 6 ou 20.

Les anciens boîtiers étaient de forme carrée et les modèles allemands restèrent inchangés durant tout le XVIIIe siècle. Vers 1790 on préférait les boîtiers octogonaux des Anglais et des Américains. Les boîtiers de forme ronde, souvent d'origine française, étaient d'usage entre 1850 et 1900. Certains instruments étaient encore vendus après 1900, mais leur usage avait d'ores et déjà, et secrètement, pris une retraite bien méritée.



La sangsue



La réponse de la nature à la folie de la saignée. Toutes les sangsues de la famille des Hirudéniers et phylum Annelia n'étaient pas propres à la prise de sang localisée. La plupart se nourrissait de charogne, d'escargots et de glèbes. Vers 100 av. J.-C. des médecins Syriens utilisèrent une sangsue médicinale (Hirudo* medicinalis), afin de faire aspirer le mauvais sang des patients. Cette espèce passe les six années de sa vie dans les eaux douces stagnantes et peu profondes d'Europe. A partir de 3 à 6 cm on les reconnaît à leur couleur vert olive typique bigarrée de quatre lignes jaunes, séparées en leur milieu par un trait noir.
* HIRUDO :Les Romains utilisaient principalement hirudo (du latin haereo, haerere : être fixé, attaché, adhérer) mais aussi sanguisuga, de sanguis, le sang, et sugo, sugere, sucer, et enfin bdella, qui est le mot grec.
Les Grecs et les Romains poursuivirent ce type de traitement et au Moyen-Age les médecins employaient quotidiennement les sangsues et elle fut essentielle dans la théorie médicale de François-Joseph-Victor Broussais (1772-1838, médecin militaire français) : "La saignée et les sangsues ont donc été réhabilitées par Broussais ; et l'on assure que l'on importa plusieurs millions de sangsues en France dans les premières années du XIX' siècle. On dit aussi que la médecine devint un fléau aussi redoutable que la guerre. La France avait été décimée par les batailles de la République et de l'Empire, Broussais la «saigna à blanc.»" extrait de : http://www.medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/broussais.html
En fait le mot leech (en anglais : sangsue) provient du mot anglais médiéval "leche" qui était employé comme synonyme de médecin. Les colons d'Amérique du Nord trouvèrent dans leurs eaux la "Macrobdella decora" qui peut atteindre jusqu'à 16 cm de longueur avec cependant une bien moins grande soif de sang que sa collègue européenne. Pour prélever une once de sang il fallait six exemplaires américains alors que pour le cousin européen c'était un jeu d'enfant de prélever cette quantité tout seul.



Pour mieux placer les sangsues




Les sangsues étaient conservées dans des bocaux en verre appelés "perchoirs à sangsue". La sangsue se place à un bout à l'aide d'une ventouse au milieu de laquelle trois dents bien aiguisées sont capables de laisser une plaie en forme de triangle dans la peau de la victime. Une fois qu'elle a mordu son hôte, la sangsue injecte de l'hirudine, un anticoagulant, afin de s'assurer un repas bien liquide. La sangsue était utile lorsqu'on désirait prélever du sang dans des parties du corps difficile d'accès comme la cavité buccale, l'œsophage, les zones oculaires, l'intestin grêle ou encore le vagin. On pouvait inciter la sangsue à mordre la partie désirée en enduisant cette dernière d'un peu de sang ou d'eau sucrée. Placée dans un entonnoir que l'on appliquait sur la partie du corps infectée ou l'hématome (un œil au beurre noir, par exemple), le ver rampait jusqu'à sa cible pour ensuite s'y accrocher. Afin d'éviter tout déplacement inutile de la sangsue à l'intérieur d'une cavité corporelle, on utilisait ce que l'on appelle des petits tuyaux à sangsues, dans lesquels on limitait l'activité de la sangsue au seul emplacement où devrait s'effectuer la saignée. Lorsque la sangsue était pleine et repue, elle se laissait tomber et, les mois suivants, ne manifestait plus aucun intérêt pour la nourriture.





    L'UROSCOPIE


    anonymeEnluminure extraite de "On the Properties of Things" (Des propriétés des choses), de Bartholomaeus Anglicus (Bartholomew the Englishman ou Bartholomée l'Anglais), BNF, fol. 223, FR 135, (80 x 90 mm), Le Mans, France, 15e siècle.


    Meilleur exemple de l'influence de la médecine Byzantine, l’uroscopie prédominera sur la prise qualitative du pouls et l’examen de la langue, en usage dans l’antiquité. En effet, l’examen des urines a été mis au point par un médecin Byzantin, Théophile Protospatharios, médecin à la cour byzantine d'Héraclius (610-641). Il a pour but d'étudier sa couleur, sa limpidité et sa saveur plus ou moins sucrée, qui conduira les médecins du moyen-âge à concevoir de véritables cartographies urinaires, telles les roues Fasciculus Medicinae de Johannes De Ketham, 1493 (voir image en haute résolution)


    La théorie humorale est bien entendue appliqué à l'examen des urines, qui témoignent de l'équilibre ou du déséquilibre des quatre humeurs. Cet examen a pris une telle importance au moyen âge que l’insigne corporatif des médecins de cette époque représente le récipient en verre indispensable qui contient les urines nommé en latin matula (vase, pot de chambre chez les Romains)ou urinal en vieux français.


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    1. Horae ad usum romanum, Grandes Heures d'Anne de Bretagne, Tours, vers 1503-1508,
    artiste : Jean Bourdichon. BNF 9474, f. 173v
    Cosme et Damien, deux saints anargyres (du grec an [privatif : sans] et arguros [argyros, argyroi] : argent. Ce terme est de tradition orthodoxe et désignait des saints médecins qui soignaient gratuitement. Les saints anargyres sont souvent représentés avec leurs attributs : instruments de médecine de chirurgie ou de pharmacie (lancette [de saignées], pince, spatule, urinal [latin matula, l'exemple de Côme, ci-dessus, patron des médecins. On dit qu'il "mire les urines"] mortier, pilon) ou accessoires (trousse, bourse, étui, pot à onguent [l'exemple de Damien, ci-dessus, patron des pharmaciens])
    2. Barhelemy l'Anglais (Bartholomeus, Bartholomaeus Anglicus, Bartholomew the Englishman, vers 1190-après 1250), De Proprietatibus rerum (Des propriétés des choses), vers 1475 - 1500, Flandres, Belgique. BNF 134, f. 111
    Le texte dit : "cy commence le VIIe livre qui traitte des choses qui corrompent et destruisent nature. proheme
    3. Tristan de Léonois, France, vers 1470, BNF Français 112-3, f.139

    Tristan était fils de Méliaduc, neveu du roi Marc) : mytheintitulé par la suite "Tristan et Yseult",
    Le texte dit : "comment tristan apres qu'il sceut les nouvelles que la royne yseult s'en estoit alee en cornoaille il tumba en maladie dont il fut VI mois au lit"
    4. Hortus Sanitatis (Jardin de Santé), de Jacob Meydenbach, dit Jacob (Jacobus, Jakob) de Mainz, première édition de 1491, à la Boston Medical Library depuis 1934.
    Scène d'uroscopie, examen ou mire des urines (du latin mirare, regarder, observer)

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RAPHAEL83
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