Livre 3 Les fables de Phèdre

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Livre 3 Les fables de Phèdre

Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:24

FABLES
livre 3


FABLE PREMIÈRE
LA VIEILLE FEMME A UNE AMPHORE

Une vieille femme aperçut à terre une amphore entièrement vidée. La lie du Falerne qu’avait contenu le noble vase répandait encore au loin une odeur agréable. Après l’avoir flairé avec une avide sensualité: « Ah! quel doux parfum! s’écria-t-elle; quelles bonnes choses tu devais contenir à en juger par ce qui reste! »

Que signifie cette fable? le dira qui m’aura connu.

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:24

FABLE II
LA PANTHERE ET LES BERGERS

Ceux que l’on offense rendent ordinairement la pareille.

Un jour, une Panthère imprudente tomba dans une fosse. Des paysans l’aperçurent; les uns l’accablent à coups de bâton, les autres à coups de pierres; mais quelques-uns, pris de pitié, et pensant qu’elle mourrait sans en recevoir davantage, lui jetèrent du pain pour prolonger un peu sa vie. La nuit vient et tous s’en vont avec sécurité, croyant bien la trouver morte le lendemain. Mais la Panthère, ayant repris ses forces, d’un bond léger s’élança hors de la fosse, et regagna promptement sa tanière. Peu de jours après, elle arrive, égorge les brebis, tue les bergers; rien n’échappe à sa rage impétueuse. Alors les villageois qui l’avaient épargnée, tremblant pour eux-mêmes, viennent lui livrer leurs troupeaux pour racheter leur vie: « Je me souviens, dit-elle, de ceux qui m’ont jeté des pierres et de ceux qui m’ont donné du pain; ne craignez donc rien, je ne reviens en ennemie que contre ceux qui m’ont frappée. »

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:24


FABLE III
ESOPE ET LE PAYSAN

Un homme d’expérience en sait plus long qu’un devin. C’est un proverbe; d’où vient-il? on ne le dit pas. Ma fable, la première, va l’apprendre.

Un fermier avait des brebis qui lui donnaient des agneaux à tête humaine. Épouvanté d’une monstruosité pareille, il court tout affligé consulter les devins. L’un répond que la vie du maître est menacée, et qu’il faut conjurer le péril par une victime. L’autre assure au fermier que sa femme lui est infidèle, et que cela signifie l’illégitimité des enfants; mais qu’un sacrifice important peut tout expier. Enfin, tous diffèrent d’opinion et ne font qu’aggraver le souci du paysan. Ésope, vieillard plein de finesse et de sagacité, et que la nature ne put jamais tromper, se trouvait là par hasard : « Villageois, lui dit-il, si tu veux taire cesser ce prodige, donne des femmes tes bergers. »

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:24

FABLE IV
LA FIGURE DU SINGE

Parmi des viandes et d’autres comestibles, un passant vit un Singe à l’étal d’un Boucher. Il demanda quel goût cette bête pouvait avoir. Le Boucher lui répondit en riant: « Telle est la figure, tel est le goût. »

Cette réponse me semble plus plaisante que juste; car j’ai vu souvent des hommes beaux être fort méchants, et d’autres, avec une figure affreuse, avoir un cœur excellent.

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:25

FABLE V.
ESOPE ET LE MAUVAIS PLAISANT

Un succès conduit bien des gens à leur perte.


Un mauvais plaisant jeta une pierre à Ésope : « Bien, très bien, dit celui-ci; puis, il donna un as, en ajoutant Par Hercule! je n’ai plus rien; mais je vais te montrer qui peut te donner plus. Voici un homme puissant et riche qui vient de ce côté; jette-lui aussi une pierre, et tu seras dignement récompensé. » Notre sot, persuadé, suivit ce conseil; mais son impudente audace n’eut pas le même succès : car on le prit, et on le mit en croix pour sa peine.

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:25

FABLE VI.
LA MOUCHE ET LA MULE

Une Mouche se posa sur un timon, et, gourmandant la Mule:
« Paresseuse, lui dit-elle, ne peux-tu aller plus vite? marche, ou je te perce le cou avec mon dard. » La Mule lui répondit: « Je ne m’émeus point de tes paroles; mais je crains l’homme assis sur le siège de devant, et qui, armé d’un fouet flexible, me gouverne sous le joug et retient par le frein ma bouche écumante. Laisse donc là ta frivole arrogance; car je sais quand il faut m’arrêter, et quand je dois courir. »

Cette fable peut servir à tourner en ridicule ceux qui prodiguent d’impuissantes menaces.

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:25

FABLE VII.
LE CHIEN ET LE LOUP

Je dirai en peu de mots combien la liberté est douce.

Un Loup d’une maigreur excessive rencontra un chien gros et replet. Après un salut, ils s’arrêtèrent : « D’où vient, dit le Loup, que ton poil est si brillant? où te nourris-tu, pour avoir un si bel embonpoint? moi, qui suis bien plus fort, je meurs de faim. — Ce bonheur sera le tien, répondit le Chien avec franchise, si tu peux rendre au maître les mêmes services que moi. — Quels sont-ils? — Garder la porte, et, la nuit, défendre la maison contre les voleurs. — Me voilà tout prêt: car maintenant j’ai à souffrir la neige, la pluie, et je traîne au fond des bois une vie misérable. Qu’il me sera plus facile de vivre à l’abri sous un toit, et de trouver un bon dîner sans me donner de mal! — Viens donc avec moi. Chemin faisant, le Loup voit le cou du Chien pelé par l’effet de la chaîne. Qu’est cela, ami? — Rien. — Dis-le moi, je te prie. — Comme on me trouve vif, on m’attache pendant le jour pour que je dorme quand luit le soleil, et que je puisse veiller dès que vient la nuit; le soir, on m’ôte ma chaîne, et je cours où je yeux. On m’apporte du pain, mon maître me donne des os de sa table, les valets me jettent quelques bons morceaux, et me laissent leur soupe dont ils ne se soucient guère. Ainsi, sans travailler, je me remplis le ventre. — Mais, dis-moi, si tu veux sortir, le peux-tu? — Pas tout à fait. — Jouis donc, mon ami, des douceurs que tu me vantes; quant à moi, je ne changerais pas ma liberté contre une couronne.


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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:25

FABLE VIII
LE FRERE ET LA SŒUR

Averti par cet exemple, examinez-vous souvent.

Un homme avait une fille des plus laides, et un fils d’une figure remarquable. Ces enfants, jouant un jour ensemble, aperçurent par hasard un miroir posé sur la chaise de leur mère. Le jeune garçon vante sa beauté. Sa Sœur, à cet accès de vanité, se met en colère et prend tout ce badinage pour une injure. Pour le mortifier à son tour, elle court vers son père, et fait, la jalouse, un crime à son jeune Frère d’avoir touché, lui homme, un meuble de femme. Le père les prit tous deux dans ses bras, et, partageant également ses caresses et ses baisers. « Je veux, leur dit-il, que tous les jours vous vous serviez de ce miroir : toi, pour que les vices du cœur ne ternissent pas ta beauté, et toi, ma fille, pour que tes bonnes qualités rachètent les torts de la nature. »

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:26

FABLE IX
SOCRATE A SES AMIS

Le nom d’ami est commun, mais l’amitié rare.

Socrate se faisait bâtir une petite maison (j’envie sa mort au prix de sa renommée, et je pardonne à l’envie si l’on absout ma cendre). Je ne sais qui du peuple s’écria: « Se peut-il qu’un tel homme se donne une maison si petite? Plût au ciel, répondit Socrate, que je la remplisse de vrais amis! »

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Re: Livre 3 Les fables de Phèdre

Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:26

FABLE X
HISTOIRE ARRIVEE SOUS LE REGNE D’AUGUSTE

La crédulité et l’incrédulité sont également dangereuses. Je vais en peu de mots montrer ces défauts.

Hippolyte périt, parce qu’on crut sa belle-mère; Troie succomba, parce qu’on ne crut point Cassandre. Il faut donc cher- cher scrupuleusement la vérité, ne point juger sottement et à tort. Mais, laissant des traditions presque fabuleuses, je vais vous rapporter un fait de nos jours.

Un mari, qui chérissait tendrement sa femme, se disposait à faire prendre la robe virile à son fils. Son affranchi, espérant se substituer à l’héritier légitime, tira son patron à l’écart, lui débita force calomnies sur son fils et sur la vertu de sa femme; ajoutant, ce qu’il savait devoir affecter le plus un mari, qu’elle recevait un amant et que ce commerce honteux déshonorait sa maison. Plein de colère à ces récits mensongers, notre homme feint d’aller à la campagne, mais reste caché dans la ville. Dans la nuit, il rentre précipitamment chez lui, et va droit à la chambre de sa femme. La mère avait fait coucher son fils près d’elle, pensant que cet âge adulte avait encore plus besoin de surveillance. Tandis que l’on cherche de la lumière, que toute la maison est sur pied, le mari, qui ne peut comprimer l’élan de sa colère, approche du lit, et, dans les ténèbres, sent une tête: il touche des cheveux courts, et ne songeant qu’à son outrage, perce de sou glaive le corps de l’infortuné. Les flambeaux arrivent, il reconnaît son fils près de sa chaste épouse, qui, plongée dans le premier sommeil, n’avait rien entendu. Le malheureux père vit la peine due à son crime et se précipita sur le fer dont l’avait armé sa crédulité.

Des accusateurs poursuivirent cette femme et la traînèrent à Rome devant les centumvirs. D’odieux soupçons accablent l’innocente, parce quelle va entrer en possession des biens. Les avocats plaidèrent avec énergie la cause de l’innocence. Alors les juges, que l’obscurité de cette affaire embarrassait, prièrent Auguste d’éclairer, dans ce jugement, leur conscience.

Ce prince, dissipant les ténèbres de la calomnie et découvrant la source de la vérité, prononça cette sentence : « Que l’affranchi, cause de tant de malheurs, en subisse le châtiment. Quant à cette femme privée de son fils et de son mari, je la crois plus à plaindre qu’à punir. Si ce père infortuné avait approfondi d’aussi fausses accusations, et adroitement cherché à découvrir l’imposture, il n’aurait point, par ce crime affreux, détruit entièrement sa famille. »

Ne fermez point vos oreilles, mais ne croyez pas trop vite; souvent ceux-là sont coupables, qu’on soupçonne le moins, tandis que la calomnie attaque les innocents.
Cet exemple peut avertir les personnes trop simples, de ne point juger d’après l’opinion d’autrui; car l’ambition divise les mortels et ne leur laisse écouter que leur haine ou leur amour. On ne connaît un homme qu’après l’avoir étudié par soi-même.


J’ai traité ce sujet plus longuement parce que plusieurs de mes lecteurs se sont plaints de ma brièveté.

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:27

FABLE XI
UN EUNUQUE A UN MECHANT HOMME

Un méchant homme cherchait querelle à un Eunuque. A ses invectives, il mêlait des paroles grossières, et lui reprochait même la perte d’un de ses membres. « Ce qui m’affecte réellement, répondit celui-ci, c’est d’avoir perdu les témoins de ma virilité. Mais pourquoi me reprocher sottement la faute du sort? l’homme ne doit rougir que des maux qu’il a mérités. »

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:28

FABLE XII
LE JEUNE COQ ET LA PERLE

Un jeune Coq, en cherchant sa nourriture sur un fumier, trouva une Perle. « Précieux objet, dit-il, tu es là dans un lieu indigne de toi! si un avide connaisseur t’apercevait, il t’aurait bientôt rendu ton premier éclat. Pour moi qui t’ai trouvé, le moindre aliment me serait meilleur; je ne puis t’être utile et tu ne peux rien pour moi. »

J’adresse cette fable à ceux qui ne me comprennent pas.

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:28

FABLE XIII
LES ABEILLES ET LES BOURDONS JOUES PAR LA GUEPE

Des abeilles avaient déposé leurs rayons sur le haut d’un chêne; de paresseux Bourdons les réclamaient comme étant à eux. Ce débat fut porté eu justice, par-devant la Guêpe pour juge; et comme elle connaissait parfaitement chaque partie, elle leur proposa cet arrangement : « Vous vous ressemblez assez, leur dit-elle, de corps et de couleur, le doute en cette affaire est donc permis. Mais, pour que ma religion ne soit point surprise dans ce jugement, travaillez, remplissez de miel vos alvéoles de cire sa saveur et la forme des rayons décideront qui a fait ceux-ci. » Les Bourdons refusent l’épreuve; les Abeilles l’acceptent avec joie. Alors la Guêpe prononça cette sentence : « On voit assez l’incapacité des uns et le savoir-faire des autres; je restitue donc aux Abeilles le fruit de leur travail. »

J’aurais passé cette fable sous silence, si les Bourdons n’avaient refusé de tenir la foi promise.


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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:28

FABLE XIV
ESOPE JOUANT AUX NOIX

Un Athénien vit Esope jouant aux noix au milieu d’une troupe d’enfants; il s’arrêta et se prit à rire, le croyant fou. Le vieillard s’en aperçut; et, comme il était plus souvent railleur que raillé, il posa au milieu de la rue un arc, débandé. « Hé! l’homme sage, dit-il, devine un peu ce que j’ai voulu faire. » La foule s’amasse, notre homme se met l’esprit à la torture, sans pouvoir rien comprendre à la question posée; enfin il s’avoue vaincu. Le sage victorieux lui dit alors: « Tu rompras bien vite un arc, si tu le tiens toujours tendu; mais, détends-le et tu pourras t’en servir quand tu voudras. »

Ainsi, l’on doit parfois reposer l’esprit pour donner ensuite plus de nerf aux pensées.

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:28

FABLE XV
LE CHIEN ET L’AGNEAU

Un Chien entendit bêler un Agneau parmi des chèvres: « Pauvre bête! lui dit-il, tu te trompes, ta mère n’est pas ici; » et il lui montra un troupeau de brebis paissant à l’écart. « Je ne cherche point, répondit l’Agneau, celle qui conçoit quand il lui plaît, qui porte pendant certains mois un fardeau qu’elle ne connaît pas, et s’en débarrasse ensuite en le déposant à terre; mais je cherche celle qui me nourrit en m’offrant ses mamelles, et qui, pour m’élever, dérobe à ses enfants une partie de leur lait. — Cependant tu dois préférer celle qui t’a donné le jour. — Non, certes, répondit l’Agneau; savait-elle seulement si je naîtrais noir ou blanc? et, quand elle l’aurait su, elle ne m’a point rendu un si grand service en me donnant le jour, puisque je suis un bélier, attendant à chaque instant le couteau du boucher. Lorsque ma mère a conçu, sa volonté n’y était pour rien; pourquoi la préférer à celle qui a eu pitié de moi et qui m’accorde bénévolement des soins si touchants? C’est l’affection qui fait la parenté et non la loi de la nature. »

L’auteur a voulu démontrer dans ces vers que les hommes qui résistent aux lois cèdent aux bienfaits.

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Re: Livre 3 Les fables de Phèdre

Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:28

FABLE XVI
LA CIGALE ET LE HIBOU

Celui qui ne sait point se plier à la complaisance est presque toujours puni de son orgueil.

Une Cigale, de ses cris aigres, étourdissait un Hibou, accoutumé à poursuivre sa proie dans les ténèbres et à se reposer le jour dans le creux d’un arbre. Il la supplia de se taire; elle de crier plus fort. De nouvelles prières ne servirent qu’à exciter la chanteuse. Le Hibou ne sachant que faire et voyant le peu de succès de ses demandes, résolut d’employer la ruse. « Puisque tes chants, lui dit-il, m’empêchent de dormir, car vraiment on croirait entendre la lyre d’Apollon, j’ai envie de goûter ce nectar dont Pallas me fit dernièrement présent; si tu ne le dédaignes pas, viens, et nous boirons ensemble. » La Cigale qui mourait de soif, n’eut pas plutôt entendu louer ses chants qu’elle prit son essor. Le Hibou sort de son trou, la poursuit toute tremblante et la tue. Ainsi, ce que vivante elle avait refusé, morte elle l’accorda.

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:29

FABLE XVII
LES ARBRES SOUS LA PROTECTION DES DIEUX

Les Dieux choisirent un jour les arbres qu’ils voulaient protéger. Jupiter prit le chêne, Vénus le myrte, Apollon le laurier, Cybèle le pin, Hercule le superbe peuplier. Minerve, surprise, leur demanda pourquoi ils prenaient des arbres stériles? — Pourquoi? répondit Jupiter, c’est pour ne pas paraître vendre pour leurs fruits tant d’honneur. — Par Hercule! répliqua Minerve, on dira ce que l’on voudra, moi, je préfère l’olivier et pour son fruit. — Ma fille, lui dit alors le père des dieux et des hommes, on vante avec raison ta sagesse, car si nos actions sont inutiles, la gloire en est vaine.

Cette fable conseille de ne rien faire qui ne soit utile.

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Re: Livre 3 Les fables de Phèdre

Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:29

FABLE XVIII
LE PAON A JUNON

Indigné de n’avoir pas eu en partage la voix du rossignol, le Paon vint trouver Junon. « Ce chant harmonieux, dit-il, plaît à tout le monde, tandis que ma voix ne fait qu’exciter le rire. » La déesse lui répondit pour le consoler: « Tu l’emportes par la beauté, par ton port majestueux! ton cou brille des plus vives couleurs de l’émeraude, et tu déploies une queue étincelante de l’éclat de mille pierreries. — A quoi me sert une beauté muette, si je suis le dernier par la voix? — Le Destin, reprit Junon, a assigné la part de chacun: toi, tu as reçu la beauté; l’aigle, le courage; le rossignol, le chant; le corbeau, le don de prédire; la corneille, celui des sinistres présages; et cependant chacun est content de son lot. »

Gardez .vous d’envier les biens que vous n’avez pas; votre espoir déçu ne vous laisserait que des regrets.


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Re: Livre 3 Les fables de Phèdre

Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:29

FABLE XIX
ÉSOPE A UN BAVARD

Esope était à lui seul toute la maison de son maître. Un jour il eut l’ordre de préparer le diner plus tôt que de coutume ; il cherche partout du feu, court de maison en maison, en trouve enfin et allume sa lampe. Comme il avait par des détours allongé son chemin, pour abréger son retour il traversa le marché. Un bavard lui cria de la foule: « Esope, que fais-tu donc de ta lampe en plein midi? — Je cherche un homme, » lui répondit.il, et il regagna promptement son logis.

Si cet importun réfléchit sur cette réponse, il dut voir que le vieil Ésope n’avait pas pris pour un homme le plaisant qui raillait un homme affairé.

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Re: Livre 3 Les fables de Phèdre

Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 08:30

EPILOGUE
A EUTYCHE

Il me reste encore bien des sujets à traiter, mais je m’arrête à dessein; d’abord, pour ne pas vous paraître importun au milieu de vos nombreuses affaires; ensuite, pour laisser matière à qui voudrait s’exercer dans ce genre de poésie: quoique cependant elle soit tellement abondante et fertile, que l’ouvrier manque à l’ouvrage et non l’ouvrage à l’ouvrier.
Je réclame la récompense que vous avez promise à ma brièveté. Soyez fidèle à votre parole; car chaque jour me rapproche de la mort : et j’aurai d’autant moins à profiter du bienfait que vous mettrez plus de retard à me l’accorder. Si vous vous décidez à l’instant, l’usage aura plus de durée. Plus tôt j’aurai reçu, plus longtemps je jouirai. Tandis qu’il me reste encore quelques années d’une languissante vie, c’est le moment de me protéger. Un jour, votre bienveillance cherchera vainement à secourir un dé.- bile vieillard; ces efforts seront inutiles: la mort prochaine exigera son tribut.
Mais je pense que c’est folie d’adresser des prières à un ami naturellement enclin à la bienveillance. Souvent le coupable obtient le pardon par ses aveux: combien n’est-il pas plus juste de l’accorder à un innocent! Voilà votre rôle; avant vous, d’autres l’ont rempli; plus tard, d’autres le rempliront encore. Prononcez comme vous le dicteront la conscience et la bonne foi, et faites que j’aie à me réjouir de votre jugement.

J’ai dépassé les bornes que je m’étais prescrites: mais on peut difficilement contenir une âme, convaincue de son innocence et en butte aux calomnies des méchants. Qui sont-ils, direz-vous. — Ils se démasqueront un jour. Pour moi, tout enfant, j’ai lu cette maxime: « Pour un plébéien, murmurer tout haut, c’est un sacrilège, » et, tant que j’aurai l’esprit sain, je me la rappellerai.


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