Livre 2 Les fables de Phèdre

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Livre 2 Les fables de Phèdre

Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 12:24

FABLES
livre 2


Le genre d’Esope est tout en exemples, et on ne doit y chercher que le but de ses fables: corriger les erreurs des hommes, et exciter en eux une vive émulation. Quelle que soit donc la nature d’un récit, s’il captive, et remplit son objet, il se recommande de lui-même, sans aucun nom d’auteur.
Aussi suivrai-je scrupuleusement les traces du vieillard phrygien; mais si, pour varier un peu mes narrations, je croyais bon d’ajouter quelques récits, prends-le, Lecteur, en bonne part; c’est du reste par la brièveté que je veux acheter ton indulgence; et, pour n’être pas diffus en la réclamant, écoute pourquoi on doit refuser aux gens avides, et donner aux modérés ce qu’ils n’ont point demandé.

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 12:24

FABLE PREMIÈRE
LE JEUNE TAUREAU, LE LION ET LE BRACONNIER

Un Lion tenait sous ses griffes un jeune Taureau terrassé. Un Braconnier survint, qui réclame une part. Le lion lui dit : « Je te la donnerais, si tu n’avais l’habitude de prendre; » et il repoussa ainsi le coquin. Le hasard conduisit au même endroit un paisible voyageur, qui, à la vue du fier animal, recula et voulut fuir. Le Lion lui dit avec douceur : « Ne crains rien, et prends hardiment la part due à ta modération. » Il partage alors la proie, et, pour laisser approcher le voyageur, se retire dans la forêt.

Admirable exemple et digne d’éloges! Et cependant l’avidité s’enrichit, et la modération reste pauvre.

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 12:25

FABLE II
L’HOMME TOUT A COUP DEVENU CHAUVE

Aimant, aimés, les hommes sont toujours la dupe des femmes: il en est maint exemple.

Une femme très adroite, cachant ses années par la toilette, captivait un homme de moyen âge. Une autre, jeune et belle, avait aussi pris son cœur. Toutes deux, voulant le mettre à l’unisson de leur âge, se mirent à choisir ses cheveux et à les arracher. Notre homme croyait qu’on arrangeait sa chevelure, mais tout à coup il se trouva chauve: car la jeune avait enlevé tous les blancs, et la vieille tous les noirs.

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 12:25

FABLE III
L’HOMME ET LE CHIEN

Un homme, mordu par un Chien furieux, jeta au méchant animal un morceau de pain rougi dans son sang: il avait ouï dire que c’était le remède pour ce genre de blessure. « N’allez pas faire cela devant d’autres chiens, lui dit Ésope, car ils nous dévoreraient tout vivants, s’ils voyaient de quel prix on paye leur fautes. »
Le succès des méchants encourage bien des gens.

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 12:25

FABLE IV
L’AIGLE, LA CHATTE ET LA LAIE

Un Aigle avait placé son aire sur un chêne élevé; une Chatte, ayant trouvé un creux au milieu de l’arbre, y avait fait ses petits; et la Laie, habitante des bois, avait mis au bas sa portée. Mais cette société, formée par le hasard, fut bientôt dissoute par l’astuce criminelle de la Chatte. Elle grimpe chez l’Aigle, et lui dit: « On prépare votre mort, et peut-être, hélas! aussi la mienne. Voyez-vous tous les jours fouir à nos pieds cette maudite Laie? Elle veut déraciner le chêne, pour renverser l’arbre et dévorer alors à son aise tous nos nourrissons. » Lorsqu’elle a bien semé l’épouvante et la terreur, elle descend doucement à la bauge de la Laie: « Votre famille court un grand danger, lui dit-elle; car, à peine irez-vous chercher pâture avec votre petite bande, que l’Aigle fondra pour vous ravir vos marcassins. » Ayant aussi répandu l’effroi dans ce lieu, la fourbe regagne son trou, où elle est en sûreté; elle s’en esquive la nuit sans bruit pour aller se repaître, elle et ses petits; le jour, elle feint l’inquiétude et la crainte. L’Aigle, craignant la chute de l’arbre, ne le quitta point; la Laie, voulant éviter une irruption, ne sortit pas. Qu’arriva-t-il? Eux et leurs petits moururent de faim, et la Chatte et les petits chats eurent large proie.

La sotte crédulité peut apprendre par cet exemple combien de maux cause souvent une langue traîtresse.

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 12:25

FABLE V.
TIBERE A UN ESCLAVE DU PALAIS

Il y a dans Rouie une race de gens empressés, toujours en course, affairés sans cause, essoufflés sans motif; ne faisant rien en faisant beaucoup, et aussi à charge à eux-mêmes qu’insupportables à tous. Je voudrais bien, si c’était chose possible, les corriger par ce récit véridique: écoutés, car il en vaut la peine.

Tibère en se rendant à Naples, s’arrêta dans son palais de Misène, villa bâtie par Lucullus sur le sommet de la montagne, d’où l’on voit à ses pieds la mer de Toscane, et, dans le lointain, la mer de Sicile. Comme un de ces esclaves officieux, la tunique relevée par une écharpe de lin d’Egypte aux franges tombantes, vit le prince se promener dans les superbes jardins, il prit un arrosoir de bois, et jeta de l’eau dans les allées poudreuses, faisant parade d’un si grand service. On se moqua de lui. Ensuite, gagnant au plus court, il reparaît dans une autre allée, et en abat la poussière. César reconnut notre homme et, comprit : « Approche, » lui dit-il. Aussitôt l’esclave d’accourir, transporté d’espérance et de joie, se figurant recevoir je ne sais quelle récompense. Alors l’empereur, déposant sa majestueuse gravité, lui dit en riant: « Tu as fait là peu de chose, et ta peine est perdue; car je ne donne pas des soufflets à si bon marché. »

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 12:26

FABLE VI.
L’AIGLE, LA CORNEILLE ET LA TORTUE

Contre les puissants on n’est jamais assez protégé, nous ne saurions avoir trop de moyens de défense : mais, qu’un méchant leur donne encore des conseils, la force et la malice renversent tout ce qu’elles attaquent.

Un Aigle enlevait en l’air une Tortue, qui, cachée sous sa maison d’écaille, ne courait aucun danger. Une Corneille survint, et, en voltigeant autour de l’Aigle, lui dit : « Vous tenez dans vos serres une proie excellente ; mais si je ne vous montre ce qu’il faut en faire, vous vous fatiguerez inutilement de ce lourd fardeau. » L’Aigle promet une part de la prise la Corneille alors l’engage à laisser tomber du haut des airs la Tortue sur un rocher, pour briser sa dure écaille, il leur sera facile alors de s’en rassasier. L’Aigle, persuadé par de si bons avis, obéit, et partagea ensuite libéralement avec sa conseillère. Ainsi celle que protégeait tant la nature, trop faible contre deux, périt misérablement.


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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 12:26

FABLE VII.
LES DEUX MULETS ET LES VOLEURS

Deux Mulets cheminaient lourdement chargés, l’un portait l’argent du fisc dans ses paniers, l’autre des sacs gonflés d’orge. Le premier, fier de son fardeau, marche la tête haute, et fait fièrement sonner sa sonnette; son compagnon le suit d’un pas tranquille et modeste. Soudain des voleurs sortent d’une embuscade, et, dans la lutte, massacrent le premier Mulet, volent l’argent et dédaignent l’orge. Le Mulet pillé déplorait son infortune; l’autre lui dit: « ils m’ont méprisé, et je m’en réjouis; car je n’ai rien perdu, et n’ai point de blessure. »

Cette fable prouve que l’obscurité, protège; tandis que les richesses exposent au danger.

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Re: Livre 2 Les fables de Phèdre

Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 12:26

FABLE VIII
LE CERF ET LES BOEUFS

Forcé dans les retraites profondes de la forêt, aveuglé par la crainte, un Cerf, pour fuir la mort qui le menaçait, gagna une ferme voisine, et se cacha dans une étable qui s’offrit à lui. Un Bœuf le vit et lui dit : « Malheureux! tu cours à ta perte, en cherchant un refuge sous le toit des hommes. — Ayez pitié de moi, répondit le Cerf suppliant; à la première occasion, je reprendrai ma course. » La nuit vient et succède au jour; le bouvier apporte le feuillage, mais sans voir le Cerf. Les paysans vont et viennent, et nul ne l’aperçoit. Le fermier lui-même passe, et ne se doute de rien. Le Cerf alors, plein de joie, remercie déjà les Bœufs de leur discrétion et de l’hospitalité qu’ils lui ont donnée si à propos. Nous désirons que tu te sauves, lui dit l’un d’eux; mais si l’homme aux cent yeux arrive, ta vie court un grand danger. Comme il parlait encore, le maître lui-même sort de souper. Il avait récemment trouvé ses Bœufs en mauvais état, et dit en visitant les râteliers : « Pourquoi si peu de feuillage? La litière n’est point faite? Oter ces toiles d’araignées, est-ce un si grand travail? En faisant sa revue, il aperçoit la haute ramure du Cerf, Il appelle aussitôt ses valets, et fait tuer et emporter l’animal.

Cette fable prouve que, dans ses affaires, nul ne voit plus clair que le maître.

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Message par Stephandra le Jeu 07 Avr 2011, 12:27

Epilogue

Les Athéniens érigèrent une statue au génie d’Esope, et placèrent un esclave sur un piédestal immortel, pour montrer que le chemin des honneurs est ouvert à tous les hommes, et que la gloire récompense le mérite et non la naissance. Un autre m’avait devancé; je n’ai pu être le premier dans ce genre; j’ai voulu du moins qu’il n’y fût pas le seul, et cela par émulation, sans aucune envie.
Si l’Italie accueille mon ouvrage, elle aura plus d’écrivains à opposer à la Grèce; mais, si la critique jalouse s’y attache, elle ne m’ôtera pas du moins le sentiment de mon mérite.

Que mon travail parvienne jusqu’à vous, que ces fables vous paraissent ingénieuses, et ce bonheur fera taire mes plaintes. Si, au contraire, cet ouvrage instructif ne rencontre que ces petits esprits qu’engendre la nature dans ses mauvais jours, et qui ne peuvent que censurer ce qui est au-dessus d’eux, je supporterai avec un cœur résigné ma fatale destinée, jusqu’à ce que la fortune rougisse de son injustice.

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