Livre XVII, traitant des arbres cultivés

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Livre XVII, traitant des arbres cultivés

Message par Stephandra le Mer 27 Avr 2011, 14:33

LIVRE XVII,

TRAITANT DES ARBRES CULTIVES.


I. Prix extraordinaire de certain arbres.

(I.) [1] Les arbres croissant spontanément sur la terre et dans la mer sont décrits. Reste à décrire ceux que le génie inventif de l'homme forme plutôt qu'il ne les fait naître. Mais auparavant j'exprimerai mon étonnement qui après la pénurie primitive que j'ai décrite (XVI, 1) où la forêt appartenait en commun aux bêtes fauves, et où l'homme disputait aux quadrupèdes les fruits tombés, aux oiseaux les fruits pendants, le luxe ait attaché aux arbres un prix si exorbitant. L'exemple le plus célèbre de cet excès est, je pense, celui de L. Crassus et de Cn. Domitius Ahenobarbus.

[2] Crassus fut un des plus illustres orateurs romains; il possédait une maison magnifique, cependant il y en avait de plus belles : celle de Catulus, qui vainquit les Cimbres avec Marius, placée aussi sur le mont Palatin, et surtout la plus belle de toutes à cette époque, du consentement universel, celle que possédait sur le mont Viminal C. Aquilius, chevalier romain, moins célèbre par sa science du droit que par sa maison. Cela n'empêcha pas qu'on ne reprochât à Crassus sa maison. Crassus et Domitius, appartenant l'un et l'autre aux plus nobles familles, ayant été l'un (an de Rome 659) et l'autre (an de Rome 658) consuls, furent revêtus conjointement de la censure, l'an de Rome 662. Leur censure fut féconde en querelles, à cause de la dissemblance de leurs mœurs.

[3] Un jour, Cn. Domitius, d'un naturel emporté, et enflammé par la haine, que la rivalité rend plus agressive, fit un grave reproche à Crassus d'habiter, lui censeur, une maison d'une aussi grande valeur, déclarant en donner 6 millions de sesterces (1,260,000 fr.). Crassus, qui à une présence d'esprit imperturbable joignait une finesse railleuse et spirituelle, répondit qu'il acceptait, à part six arbres qu'il se réservait. Je n'en donne pas un denier, dit Domitius, si les arbres n'en sont pas. Eh bien, Domitius, reprit Crassus, lequel des deux donne un mauvais exemple et mérite d'être noté par sa propre censure, de moi qui demeure honnêtement dans une maison reçue par héritage, ou de vous qui estimez six arbres 6 millions de sesterces ? Ces arbres étaient des lotos (cellis australis, L.) dont les rameaux touffus donnaient un ombrage délicieux; Caecina Largus, propriétaire de la maison et l'un des grands de Rome, les faisait voir souvent dans ma jeunesse;

[4] et puisque j'ai déjà parlé de la longévité des arbres (XVI, 85), j'ajouterai qu'ils ont subsisté jusqu'à l'époque où Néron incendia Rome, c'est-à-dire cent- quatre-vingt ans : ils seraient encore verts et jeunes si ce prince n'avait hâté la mort des arbres mêmes. Et qu'on ne s'imagine pas que du reste la maison de Crassus fût sans valeur et qu'elle n'enfermât rien de remarquable, sauf les arbres signalés par Domitius dans sa querelle : quatre colonnes de marbre du mont Hymette (XXXVI, 3, et 24, 11) que Crassus avait fait venir pour son édilité à l'effet d'orner la scène, étaient dressées dans son atrium; et alors nul édifice public n'avait de colonnes de marbre. Tant les goûts somptueux sont modernes! A cette époque les arbres rehaussaient tellement le prix des maisons, que sans ces arbres Domitius ne voulut pas tenir un marché même proposé par la haine.

[5] Les arbres ont aussi fourni des surnoms aux anciens; tel est te soldat surnommé Fronditius, qui, traversant le Vulturne à la nage, ceint d'une couronne de feuillage, se distingua par de hauts faits dans la guerre contre Annibal. La famille Licinia eut des Stolons (XVIII, 4) ; on donne le nom de stolons aux rejetons inutiles dans les arbres; et le Licinius qui imagina de détruire ces rejetons reçut, le premier, le surnom de Stolon. Les lois antiques avaient pris aussi les arbres sous leur sauvegarde; les Douze Tables (Tab. II, 4) défendaient de couper à tort les arbres d'autrui, sous peine d'une amende de vingt-cinq as pour chaque pied. Est-il à croire que nos aïeux, qui évaluaient à ce prix les arbres à fruit, aient jamais pensé que des lotos iraient au prix exorbitant que je viens de rappeler? Au reste, les arbres à fruits ne présentent pas des changements moins merveilleux : plusieurs arbres dans la banlieue donnent annuellement un revenu de 2.000 sesterces (420 fr.); un seul pied rapporte plus qu'un domaine tout entier ne rapportait jadis. C'est pour cet intérêt qu'on a imaginé la greffe et l'adultère des arbres, afin que les fruits mêmes ne naquissent plus pour les pauvres. Maintenant nous allons exposer les procédés à l'aide desquels on obtient surtout un pareil revenu, c'est-à-dire la véritable et parfaite culture. Aussi nous ne nous occuperons pas des méthodes vulgaires ni de celles qui ont l'assentiment commun, mais nous traiterons des faits incertains et douteux, dans lesquels l'industrie se trompe le plus. Affecter l'exactitude quand il n'en est pas besoin n'est pas notre fait. Avant tout, envisageons d'un point de vue général les influences qui appartiennent en commun à tous les arbres, celles du ciel et du sol.





II. Nature du ciel pour les arbres. Quelle doit être l'exposition des vignobles.

(II.) [1] Les arbres aiment surtout l'aquilon (nord-est) (II, 46), qui les rend plus touffus, plus vigoureux, et donne plus de solidité au bois. C'est un point sur lequel la plupart se trompent : dans les vignobles, il ne faut pas mettre les échalas de manière qu'ils couvrent les ceps contre ce vent: il ne faut prendre cette précaution que contre le vent du nord. Bien plus, les froids survenant à propos contribuent beaucoup à la solidité des arbres, et ils en favorisent le bourgeonnement; l'arbre, si le vent du sud le caresse, se fatigue, et surtout lors de la floraison. Des pluies surviennent-elles immédiatement après la floraison, les fruits périssent totalement ; et même il suffit que le temps soit nuageux ou que le vent du midi souffle, pour que la récolte des amandiers et des poiriers soit perdue (XVI, 46).

[2] La pluie, vers le lever des Pléiades (XVIII, 66), endommage extrêmement la vigne et l'olivier, attendu qu'à cette époque commence le travail du bourgeonnement (XVI, 39 et 42); c'est la l'intervalle de quatre jours; critique pour les oliviers 5XVII, 30, 2) ; c'est !à ce vent du sud nuageux et fatal qui décide de leur sort, et dont nous avons parlé (XVI, 46). Les céréales aussi mûrissent plus mal sous l'influence du vent du midi, mais mûrissent plus vite. Les froids nuisibles sont ceux qui surviennent avec le vent du nord ou hors de saison. Il est très avantageux pour toutes les semailles que pendant l'hiver règne l'aquilon (nord-est).

[3] On désire alors les pluies, et la cause en est manifeste; car les arbres, épuisés par le fruit qu'ils ont porté, et fatigués en outre par la perte de leurs feuilles, sont naturellement affamés et avides; or, la pluie est leur aliment. L'expérience a démontré que rien n'était plus mauvais qu'un hiver tiède, permettant que les arbres, après avoir donné leurs fruits, conçoivent de nouveau immédiatement, c'est-à-dire bourgeonnent, et soient épuisés par une nouvelle floraison. Il y a plus : si plusieurs années semblables se suivaient, les arbres périraient ; car il n'est pas douteux que c'est un supplice de travailler en souffrant de la faim.

[4] Quand le poète (Virgile, Géorg., I, 100) a dit qu'il fallait souhaiter des hivers sereins, ce n'est pas pour les arbres qu'il a fait des vœux : les pluies, à l'époque du solstice d'été. ne conviennent pas non plus à la vigne; et dire qu'un hiver poudreux rend les moissons plus abondantes, c'est s'abandonner aux écarts d'une imagination féconde. Mais on souhaite, aussi bien pour les arbres que pour les céréales, que la neige demeure longtemps sur la terre. Ce n'est pas seulement que, renfermant et comprimant les esprits terrestres qui s'évanouissent par les exhalaisons, elle les refoule dans les racines et fortifie les plantes, mais encore c'est qu'elle fournit peu à peu une humidité qui de plus est pure et très légère; car la neige est l'écume des eaux du ciel. De la sorte, l'eau qui en provient ne s'épanche pas toute a la fois; mais, distillée au fur et à mesure de la soif des plantes, elle alimente comme fait une mamelle, et n'inonde pas.

[5] La terre fermente sous cette influence, se remplit de sucs; et comme les graines ne l'ont pas épuisée par leur absorption, elle sourit à la saison tiède qui vient lui ouvrir le sein. C'est ainsi que les blés grossissent le plus, si ce n'est là où l'atmosphère est toujours chaude, comme en Égypte; car la continuation de la même température et l'habitude produisent là les mêmes effets qu'ail leurs, un air tempéré. Au reste, ce qui importe le plus partout, c'est l'absence des conditions nuisibles. Dans la plus grande partie du monde, les bourgeonnements précoces sollicités par la douceur de la température sont brûlés par les froids qui surviennent consécutivement. Pour cette raison les hivers tardifs sont nuisibles; ils le sont aussi aux arbres des forêts, qui même souffrent davantage, accablés par leur propre ombrage, et que l'industrie humaine ne secourt pas; car il n'y a pas moyen de revêtir dans les forêts les arbres délicats avec de la paille tordue.

[6] Les pluies sont donc favorables, d'abord pendant l'hiver, puis quand elles précèdent le bourgeonnement, en troisième lieu, quand se forme le fruit, mais non immédiatement, et seulement quand le fruit est déjà fort. Les arbres tardifs, et qui ont besoin d'une alimentation prolongée, reçoivent aussi un bénéfice des pluies tardives ; tels sont la vigne, l'olivier, le grenadier. Ces pluies elles-mêmes sont désirées diversement pour chaque espèce d'arbre, car les uns mûrissent à une époque, les autres à une autre.

[7] Aussi voit-on les mêmes pluies faire du mal à ceux-ci, du bien à ceux-là, même dans le même genre, par exemple les poiriers. Les poires d'hiver ont besoin de pluie à un autre jour que les poires précoces, bien que toutes en aient également besoin. L'hiver précède l'époque du bourgeonnement, lequel se trouve mieux de l'aquilon que du vent du midi. La même raison fait que l'on préfère l'intérieur des terres aux côtes de la mer (l'intérieur est généralement plus froid), les contrées montagneuses aux plaines, les pluies nocturnes aux pluies du jour; les végétaux jouissant davantage des eaux, que le soleil ne leur enlève pas immédiatement.

[8] L'examen de la meilleure exposition est connexe pour les vignes et les arbres qui les portent. Virgile, (Georg., II, 398) condamne l'exposition au couchant; d'autres la préfèrent à celle du levant. Je remarque que plusieurs approuvent celle du midi, et je ne pense pas qu'il y ait à cet égard aucun précepte absolu à donner. La nature du sol, le caractère du lieu, les influences du ciel, doivent diriger l'industrie du cultivateur.

[9] En Afrique, l'exposition des vignobles au midi est nuisible à la vigne et insalubre pour le vigneron; c'est que cette contrée est dans la zone méridionale : aussi celui qui là tournera ses plantations au couchant ou au nord combinera le mieux l'action du sol avec celle du ciel. Quand Virgile condamne le couchant, il n'est pas douteux que la condamnation du nord y est implicitement renfermée; et cependant, dans l'Italie cisalpine, les vignobles sont en grande parte exposés au nord, et l'expérience a appris qu'il n'en est pas de plus productifs.

[10] La considération des vents est importante aussi. Dans la province Narbonnaise, dans la Ligurie et une partie de l'Étrurie, on regarda comme inhabile celui qui plante sous le vent Circus (II, 46), et comme habile celui qui choisit une exposition oblique à ce vent : c'est lui en effet qui tempère l'été dans ces contrées; mais la violence en est d'ordinaire si grande, qu'il enlève les toits. Quelques-uns subordonnent le ciel au sol : quand ils plantent un vignoble dans un lieu sec, ils l'exposent au levant et au nord; dans un lieu humide, au midi. On emprunte aux variétés mêmes de la vigne des motifs d'élection : on plante des vignes précoces dans les expositions froides, afin que le raisin en mûrisse avant le froid;

[11] les fruits et les vignes qui haïssent la rosée, on les expose au levant, afin que le soleil emporte aussitôt cette humidité les fruits et les vignes qui aiment la rosée, on les expose au couchant ou même au nord, afin qu'ils en jouissent plus longtemps. La plupart, se bornant à suivre la nature, ont conseillé d'exposer les vignes et les arbres au nord-est; Démocrite pense que de cette façon le fruit devient plus odorant. (IV.) Nous avons parlé, dans le second livre, du vent du nord-est et des autres vents (II, 46 et 47); dans le livre suivant nous parlerons de plusieurs phénomènes célestes: en attendant. ce qui paraît probant en faveur de la salubrité de l'exposition au nord-est, c'est que les arbres exposés au midi perdent toujours leurs feuilles avant les autres.

[12] Une cause semblable agit sur les contrées maritimes. En certaines localités les vents de mer sont nuisibles, dans la plupart ils sont utiles. Certaines plantations se plaisent à apercevoir la mer de loin, mais on ne gagne rien à les en approcher davantage. Même influence est celle des fleuves et des étangs; ils brûlent par les brouillards qui s'en échappent, ou rafraichissent les ardeurs trop grandes. Nous avons dit (XVI, 30 et 31) quels végétaux aimaient l'ombre et même le froid. En conséquence, c'est a l'expérience qu'il faut surtout se fier.

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Re: Livre XVII, traitant des arbres cultivés

Message par Stephandra le Mer 27 Avr 2011, 14:33

III. Quelle est la meilleure terre.

[1] Après le ciel vient la terre, dont il n'est pas plus facile d'exposer les influences. Rarement le même terroir convient aux arbres et aux céréales, et même la terre noire, telle qu'on la trouve dans la Campanie, n'est pas partout ce qu'il y a de mieux pour les vignes; non plus que la terre d'où sortent des exhalaisons légères; non plus que la terre rouge, préconisée par beaucoup d'auteurs. Le terroir crétacé dans le territoire d'Alba Pompéia (III, 17) et l'argile sont préférés pour les vignes à tous les autres, quoique ce soient des sols très gras; ce qu'on ne veut pas pour la vigne. D'un autre côté, le sable blanc dans le territoire du Tésin, le sable noir en plusieurs lieux, et le sable ronge, même mélangés avec une terre grasse. sont improductifs.

[2] Souvent aussi les signes d'après lesquels on juge sont trompeurs. Un sol que des arbres élevés décorent n'est pas toujours un sol favorable, si ce n'est pour ces arbres. Qu'y a-t-II de plus grand que le sapin, et quel autre végétal pourrait vivre dans le même lieu? Les prés verdoyants ne sont pas non plus toujours l'indice d'un sol gras : quoi de plus renommé que les pâturages de la Germanie? Cependant il n'y a qu'une couche très mince de terre, et aussitôt on trouve le sable. La terre qui produit de grandes herbes n'est pas toujours humide, pas plus, certes, que n'est toujours grasse celle qui adhère aux doigts; ce que prouve l'argile.

[3] Aucune terre rejetée et foulée dans le trou qu'on vient de faire ne le remplit cette expérience ne peut donc en indiquer la densité ou la rareté. De même, toute terre rouille le fer. On ne peut déterminer la pesanteur ou la légèreté de la terre en la rapportant à un poids donné. Quel serait en effet ce poids auquel on la rapporterait? Les alluvions des fleuves ne sont pas toujours louables, car il est des plantes dont l'eau hâte la vieillesse; et même la bonne terre d'alluvion n'est longtemps bonne que pour le saule. Parmi les indices de la bonté de la terre, on compte la grosseur du chaume, qui est telle dans le Labour, contrée célèbre de la Campanie, qu'on s'en sert en guise de bois; mais ce même sol, partout dur à labourer, difficile à cultiver, fatigue pour ainsi dire plus le cultivateur par ses qualités qu'il ne le fatiguerait par ses défauts.

[4] La terre qu'on nomme charbonnée passe pour être susceptible de s'amender avec des plants de vigne maigre. Le tuf (XXXVI, 48), naturellement raboteux et friable, est recommandé par certains auteurs. Virgile (Géorg., II, 189) ne condamne pas pour la vigne la terre qui porte de la fougère. On confie avec sûreté à des terres salées bien des plantes, vu qu'elles sont plus à l'abri de la pullulation des insectes nuisibles. Les coteaux, si on sait les fouir, ne laissent pas le travail sans récompense; toutes les plaines ne sont pas moins accessibles qu'il n'est besoin aux rayons du soleil et aux vents. Certaines vignes, avons-nous dit (XIV, 4, 12), s'alimentent par les gelées blanches et les brouillards. En toute chose il est des secrets profondément cachés; c'est à l'intelligence de chacun à les pénétrer.

[5] Bien plus, ne voit-on pas changer des localités depuis longtemps jugées et éprouvées? En Thessalie, dans les environs de Larisse, le dessèchement d'un lac rendit la contrée plus froide, et les oliviers, qui y poussaient autrefois, cessèrent d'y venir; l'Hèbre s'étant rapproché d'Aenos, cette localité vit ses vignes se geler, ce qui n'arrivait pas auparavant. Dans les environs de Philippes, le pays ayant été séché par la culture, l'état du climat fut changé. Dans le territoire de Syracuse, un agriculteur étranger, ayant épierré son champ, perdit sa récolte par le limon, et il lui fallut reporter les pierres. En Syrie, le soc de la charrue est léger, et on ne fait qu'un sillon superficiel, parce qu'au-dessous est une roche qui en été brûle les semences.

[6] Suivent les liens, les effets d'une chaleur excessive et du froid sont semblables : la Thrace est fertile en grains par l'influence du froid; l'Afrique et l'Égypte, par l'influence du chaud. A Chalcia (V, 36), île appartenant aux Rhodiens, est un lieu tellement fécond, qu'après y avoir récolté l'orge semée à l'époque ordinaire, on en fait immédiatement une nouvelle semaille, qu'on récolte en même temps que les autres grains. Un sol graveleux dans le territoire de Vénafre, un sol très gras dans la Bétique, conviennent parfaitement aux oliviers. Les vins de Pucinum (XIV, 8, 1) mûrissent sur la roche; les vignes du Cécube sont humectées par les marais Pontins (III, 9). Tant sont grandes la variété des expériences et les différences du sol ! César Vopiscus, plaidant sa cause devant les censeurs, dit que les champs de Roséa (III, 17) étaient le terroir le plus fertile de l'Italie, et qu'une perche qu'on y laisse est le lendemain recouverte par l'herbe; mais on ne les estime que comme pâturages. Cependant la nature n'a pas voulu que nous n'apprissions rien, et elle a manifesté les défauts la même où elle ne manifeste pas les qualités. En conséquence, commençons par les signes de réprobation.

[8] (V.) Veut-on savoir si une terre est amère ou maigre? on le reconnaît aux herbes noires et chétive qu'elle produit : on reconnaît une terre froide à des productions rabougries; une terre humide, a des productions malheureuses; à l'œil la terre rouge et la terre argileuse, qui sont très difficiles à travailler, et qui chargent de mottes énormes les socs et les pioches : toutefois ne croyez pas que ce qui rend le travail pénible rende aussi le produit moindre. L'œil reconnaît de même un sol mêlé de cendre et de sable blanc. La terre stérile et dense se reconnaît facilement à sa dureté; il suffit d'un coup de pioche. Caton (De re rust. II), brièvement et à sa manière, caractérise les vices des terrains: « Prenez garde à une terre cariée, ne l'ébranlez pas en y menant des chariots ou des troupeaux. »

[9] Par cette expression qu'a-t-il entendu de si redoutable, qu'il défende presque de mettre le pied sur ce sol? Reportons-nous à la carie du bois, et nous trouverons que ces vices si détestés sont ceux d'un terrain aride, crevassé, raboteux, blanchâtre. vermoulu, poreux. Caton a plus dit en un seul mot que ne pourrait exprimer un long discours. En effet, si l'on se rend compte des défauts des terrains, on voit qu'il est des terres vieilles non par l'âge [on ne peut concevoir d'âge à la terre], mais naturellement, et dès lors improductives et impuissantes pour toute chose.

[10] Le même auteur (De re rust. I) regarde comme le meilleur terrain celui qui, situé au pied d'une montagne, s'étend en plaine du côté du midi: exposition qui est celle de l'Italie entière (III, 6). D'après Caton (De re rust. CLI.) la terre noire est tendre; or la terre tendre est la meilleure pour la culture et pour les céréales. Qu'on veuille bien comprendre seulement tout ce que signifie cette expression merveilleuse de tendre, et l'on y trouvera tout ce qu'on peut désirer : la terre tendre a une fertilité tempérée, la terre tendre est d'une culture commode et facile; elle n'est pas détrempée, elle n'est pas desséchée; elle est brillante après le passage du soc, telle qu'Homère, source où puisent tous les génies, la dépeint ciselée par le dieu sur les armes d'Achille, ajoutant, chose merveilleuse! qu'elle noircit, quoique représentée en or (Il., XVIII, 548). C'est elle qui, fraîchement retournée, attire les oiseaux gourmands compagnons de la charrue, et les corbeaux qui vont becquetant les pas mêmes du laboureur.

[11] Rappelons ici une sentence du luxe, qui n'est pas non plus hors de propos. Cicéron, cet autre flambeau de la littérature, a dit : « Meilleur est un parfum ayant le goût de terre qu'un parfum ayant le goût de safran (XIII, 4). » Il a mieux aimé dire le goût que l'odeur. Lisons de même : la meilleure terre est celle qui a un goût de parfum. Si l'on nous demande quelle est l'odeur de la terre, nous répondrons : L'odeur que l'on recherche est celle qui se fait souvent sentir, le sol n'étant pas remué, au moment du coucher du soleil, dans le lieu ou l'arc-en-ciel a placé ses extrémités (XII, 52), et quand, après une sécheresse continue, la pluie a humecté la terre : alors elle exhale cette haleine divine qui est à elle, quelle a conçue du soleil, et à laquelle nul arome ne peut être comparé. C'est cette odeur que, remuée, elle devra répandre; trouvée, jamais elle ne trompe, et l'odeur est le meilleur indice de la qualité de la terre. Telle est d'ordinaire celle qu'exhale le terrain sur lequel on a abattu une ancienne forêt, et dont on s'accorde à louer la bonté.

[12] Dans la culture des céréales, la même terre rapporte davantage toutes les fois qu'on l'a laissée reposer. On ne laisse pas reposer les vignes; aussi faut-il choisir avec plus de soin le terroir pour les vignobles, si l'on ne veut pas denier de la vérité à l'opinion de ceux qui retardent le terrain de l'Italie comme déjà fatigué. En certaines qualités de terre, la culture est facilitée aussi par le ciel. II est des terres qu'on ne peut labourer après la pluie; la qualité qui les fait fertiles les rend alors gluantes. Au contraire, dans le Byzacium (V, 3; XVIII, 21), région de l'Afrique, cette campagne qui rend cent cinquante grains pour un, et que des taureaux, quand elle est sèche, ne peuvent labourer, nous l'avons vue, après la pluie, fendue par un âne chétif, tandis que, de l'autre côté, une vieille femme dirigeait le soc. Quant à amender le terroir, comme quelques-uns le recommandent, en jetant une terre grasse sur une terre légère, ou une terre maigre et absorbante sur une terre humide et très grasse. c'est une opération insensée : que peut espérer un homme qui cultive un pareil sol?




IV. Des huit espèces de terres qu'en Grèce et en Gaule on répand sur les champs

(VI.) [1] Autre est la méthode que la Gaule et la Bretagne ont inventée, et qui consiste à en graisser la terre avec la terre; celle-ci se nomme marne. Elle passe pour renfermer plus de principes fécondants. C'est une espèce de graisse terrestre comparable aux glandes dans le corps, et qui se condense en noyau. (VII.) Les Grecs n'ont pas non plus omis ce procédé. De quoi en effet n'ont-ils pas parlé? Ils nomment leucargille une argile blanche qu'on emploie dans le territoire de Mégare, mais seulement pour les terroirs humides et froids.

[2] II convient de traiter avec soin de cette marne, qui enrichit la Gaule et la Grande-Bretagne. On n'en connaissait que deux espèces; mais récemment l'usage de plusieurs espèces a été introduit par les progrès de l'agriculture. Il y a en effet la blanche, la rousse, la colombine, l'argileuse, la tophacée, la sablonneuse. On y distingue deux propriétés : la marne est rude ou grasse; l'épreuve s'en fait à la main. L'emploi en est double: on s'en sert ou pour la production des céréales seulement, ou pour celle des fourrages. La marne tophacée alimente les céréales, ainsi que la blanche : si elle a été trouvée entre des fontaines, elle est d'une fécondité infinie; mais, âpre au toucher, elle brûle le sol si on en met trop.

[3] La suivante est la rousse, que l'on nomme acaunumarga; c'est une pierre mêlée dans une terre menue et sablonneuse; on pile la pierre sur le terrain même, et pendant les premières années on coupe difficilement le blé, à cause des pierres; toutefois, comme elle est légère, cette marne coûte de transport moitié moins cher que les autres. On la sème clair; on pense qu'elle est mélangée de sel. Ces deux espèces une fois mises sur un terrain le fertilisent pour cinquante ans, soit terres à blé, soit terres à fourrages. (VIII.).

[4] Des marnes grasses la meilleure est la blanche. Il y a plusieurs espèces de marne blanche : la plus mordante est celle dont il vient d'être parlé; l'autre espèce est la craie blanche qu'on emploie pour nettoyer l'argenterie (XXXV, 58) : on la prend à de grandes profondeurs; les puits ont généralement cent pieds, l'orifice en est étroit; dans l'intérieur, le filon, comme dans les mines, s'élargit. C'est celle que la Bretagne emploie surtout; l'effet s'en prolonge pendant quatre-vingt ans, et il n'y a pas d'exemple d'un agriculteur qui en ait mis deux fois dans le cours de sa vie sur le même champ. La troisième espèce de marne blanche se nomme glissomarga; c'est une craie à foulon, mêlée de terre grasse : elle vaut mieux pour les fourrages que pour les champs à blé; de telle façon que, la moisson étant enlevée, on a, avant les semailles de la suivante, une très grande quantité de fourrages.

[5] Tant qu'elle est couverte de blé, elle ne permet à aucune autre herbe de pousser; l'effet en dure trente ans : si on en met trop, elle étouffe le sol comme le ferait le ciment de Sigulum (XXXV, 46). Les Gaulois donnent à la marne colombine, dans leur langue, le nom d'églécopala; on la tire par blocs comme la pierre; le soleil et la gelée la dissolvent tellement, quelle se fend en lamelles très minces; elle est aussi bonne pour le blé que pour le fourrage. La marne sablonneuse s'emploie si on n'en a pas d'autre, mais dans les terrains humides quand même on en aurait d'autre. Les Ubiens sont, que nous sachions, les seuls qui, cultivant un sol très fertile, le bonifient, prenant à trois pieds de profondeur la première terre venue, et recouvrant le sol d'un pied de cette terre : cela ne dure pas plus de dix ans. Les Éduens et les Pictons ont rendu leurs champs très fertiles avec la chaux , qui, dans le fait, se trouve très utile aux oliviers et aux vignes.

[6] Toute marne doit être jetée après le labourage, afin que le sol s'empare de l'engrais; il faut y joindre un peu de fumier, car d'abord elle est trop âpre, du moins si ce n'est pas sur des prairies qu'on en répand; autrement la marne, quelle qu'elle soit, nuirait au sol par sa nouveauté; et, même avec toutes les précautions, elle ne rend le terrain fertile qu'après la première année. II importe aussi de savoir à quel sol on la destine : sèche, elle va mieux à un sol humide; grasse, à un terrain sec; à un terrain qui tient le milieu, la craie ou la colombine convient.





V. De l'usage de la cendre.

(IX.) [1] Les cultivateurs de la Transpadane font un tel cas de la cendre, qu'ils la préfèrent au fumier des bêtes de somme; ce fumier est très léger, ils le brident pour en faire de la cendre : cependant on ne se sert pas également de fumier et de cendre pour le même terrain; on n'emploie pas non plus la cendre pour les vignobles sur arbres ni pour certaines céréales, comme nous l'avons dit (XVII, 2). Quelques personnes aussi pensent que la poussière est un aliment pour les raisins: elles en saupoudrent les grappes qui commencent à mûrir, et en jettent à la racine des vignes et des arbres; c'est un usage constant dans la province Narbonnaise. La vendange de cette façon mûrit plus sûrement, parce que là la poussière contribue plus à la maturité que le soleil.

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Re: Livre XVII, traitant des arbres cultivés

Message par Stephandra le Mer 27 Avr 2011, 14:34

VI. Du fumier.

[1] Il y a plusieurs espèces de fumier. L'usage en est antique. Déjà dans Homère (Od. XXIV, 225) le vieillard royal est représenté engraissant ainsi le sol de ses mains. La tradition rapporte que le roi Augias, en Grèce, imagina de s'en servir, et qu'Hercule répandit ce secret dans l'Italie, qui a cependant, à cause de cette invention, accordé l'immortalité à son roi Stercutus, fils de Faunus. M. Varron (De re rust., I, 38) donne le premier rang à la fiente des grives de volière; il la vante comme profitable non seulement au champ, mais encore aux bœufs et aux porcs, qui en engraissent plus promptement. Il y a lieu de bien augurer de nos mœurs, si chez nos ancêtres les volières ont été assez grandes pour fournir des engrais à la campagne.

[2] Columelle (De re rust., II, 15) met au rang suivant la fiente de pigeon, puis celle de poule. Il condamne telle des oiseaux aquatiques. Les autres auteurs s'accordent pour regarder comme le premier des engrais le résidu des repas humains. D'autres préfèrent le superflu de la boisson, dans lequel on fait macérer le poil des ateliers de corroyeurs. D'autres emploient le liquide seul, mais ils y mêlent de l'eau, et même en plus grande quantité qu'on n'en mêle au vin dans les repas; car il y a là plus à corriger, attendu qu'au vice communiqué par le vin se joint le vice communiqué par l'homme. Tels sont les moyens que les hommes emploient à l'envi pour alimenter la terre même. On recherche ensuite les excréments des pourceaux; Columelle est le seul qui les rejette. D'autres estiment le fumier de tout animal nourri avec le cytise. Quelques-uns préfèrent celui de pigeon.

[3] Vient ensuite celui des chèvres, puis celui des moutons, puis celui des bœufs; en dernier lieu, celui des bêtes de somme. Telles sont les différences établies par les ancien entre les fumiers, telles les règles pour s'en servir, comme je les trouve; car ici encore il vaut mieux suivre l'antiquité. Dans quelques provinces très riches en bestiaux, on a vu le fumier, passé au crible comme de la farine, perdre par l'effet du temps l'odeur et l'aspect repoussants qu'il avait, et prendre même quelque chose d'agréable Dans ces derniers temps, on a reconnu que les oliviers aimaient surtout la cendre des fours à eaux.

[4] Aux règles anciennes Varron (De re rust. I, 38) a ajouté qu'il faut engraisser les terres à blé avec le fumier de cheval, qui est le plus léger ; et les prairies avec un fumier plus lourd provenant de bêtes nourries d'orge, et propre à fournir beaucoup d'herbe. Quelques-uns même préfèrent le fumier des bêtes de somme à celui des bœufs, le fumier de mouton à celui de chèvre, et à tout celui d'âne, parce que cet animal mange le plus lentement. L'expérience prononce contre Varron et Columelle; mais tous les auteurs s'accordent pour dire que rien n'est plus utile que de tourner avec la charrue ou avec la bêche, ou d'arracher avec la main, use récolte de lupin avant que la gousse soit formée, et de l'enfouir au pied des arbres et des vignes. On croit même, dans les lieux où il n'y a pas de bétail, pouvoir fumer le sol avec le chaume, ou, au pis aller, avec la fougère.

[5] « Vous ferez du fumier, dit Caton (De re rust., XXXVII) avec la litière, le lupin, la paille , les fèves, les feuilles d'yeuse et de chêne; arrachez de la terre à blé l'hyèble, la ciguë, et dans les saussaies l'herbe qui monte et le jonc : de cela et des feuilles qui pourrissent faites de la litière pour les moutons. Si la vigne est maigre, brûlez-en les sarments, et labourez le terrain ; et quand vous êtes sur le point (De re rust., XXX) de semer le froment dans un champ, faites y parquer les moutons. »





VII. Quelles sont les récoltes qui améliorent la terre, quelles sont celles qui la brûlent.

[1] Caton dit encore (De re rust. XXXVII) : Il y a des récoltes qui engraissent le sol: les terres à blé sont fumées par le lupin, la fève, la vesce. Une action contraire est exercée par le pois chiche, à cause qu'on l'arrache et qu'il est salé, par l'orge, le fenugrec et l'ers ; ces plantes brûlent la terre à blé, ainsi que toutes celles qu'on arrache. Ne semez pas des noyaux dans la terre à blé. Virgile (Géorg., I, 77) pense que la terre à blé est bûlée aussi par le lin, l'avoine et le pavot.




VIII. De quelle manière on doit employer le fumier.

[1] On recommande de placer les tas de fumier en plein air, dans un creux qui recueille les liquides. de les couvrir de paille pour que le soleil ne les dessèche pas, et d'y ficher un pieu en bois de rouvre, précaution qui empêche les serpents de s'y engendrer. Il importe beaucoup de mêler le fumier à la terre pendant que souffle le Favonius, et par une lune sèche. La plupart comprennent mal ce précepte, pensant que cette opération doit se faire au lever du Favonius, et seulement au mois de février; cependant la plupart des semences demandent à être fumées en d'autres mois. Quelle que soit l'époque ou l'on fume, il faut choisir le moment ou le vent souffle du coucher équinoxial, où la lune décroît et est sèche. Une telle précaution augmente d'une façon merveilleuse les effets fertilisants da fumier.





IX. De quelle manière on multiplie les arbres.

(X.) [1] Ayant traité suffisamment des conditions du ciel et de la terre, nous allons parler de ces arbres que font naître les soins et l'industrie de l'homme. Et ils ne sont guère moins nombreux que ceux que produit la nature (XVI, 58); tant nous avons payé avec générosité ses bienfaits. On produit des arbres ou de graine, ou de plant, ou de provins, ou de rejetons, ou de scions, ou de greffe, ou d'ente. Quant au prétendu procédé usité chez les Babyloniens, de semer des feuilles de palmier qui donnent naissance à l'arbre, je m'étonne que Trogue Pompée y ait cru. Quelques arbres se reproduisent par plusieurs des opérations énumérées, quelques autres par toutes.





X. Végétaux qui naissent de graine.

[1] C'est la nature qui a enseigné la plupart, et d'abord l'art de semer, car on voyait germer la graine tombée et reçue par la terre. Quelques arbres ne sont pas susceptibles de venir autrement, par exemple les châtaigniers, les noyers. Nous exceptons les taillis, qui repoussent du pied. Des arbres qui peuvent aussi se reproduire par d'autres moyens, la vigne, le pommier, le poirier, se reproduisent par la graine, quoique cette graine soit différente : en effet, ils ont pour graine le noyau, et non, comme les précédents, le fruit lui-même. Les néfliers peuvent aussi venir de graine. Tous tes arbres, ainsi semés, poussent lentement, dégénèrent, et il faut les régénérer par la greffe. Le châtaignier même a quelquefois besoin d'être greffé.





XI. Végétaux qui ne dégénèrent jamais.

[1] Au contraire, quelques arbres ont la propriété de ne pas dégénérer, de quelque manière qu'on les reproduise, le cyprès, le palmier, le laurier. Le laurier en effet se reproduit de plusieurs manières. Nous en avons indiqué les espèces (XV, 39).Le laurier auguste, le laurier baccalis, le laurier-tin, se sèment de la même manière ; les baies se cueillent au mois de janvier, quand le vent du nord-est les a desséchées; on les expose a l'air en les écartant les unes des autres, de peur que, en tas, elles ne s'échauffent; puis, préparées dans du fumier pour l'ensemencement, on les humecte avec de l'urine. D'autres foulent avec les pieds, dans une eau courante, les baies mises en des paniers d'osier, jusqu'à ce que la peau s'en aille; autrement, l'humidité qu'elles renferment devient préjudiciable, et les empêche de lever.

[2] On défonce le champ, et dans un trou profond d'un palme ou les met par tas de vingt environ, pendant le mois de mars. Ces espèces de lauriers viennent aussi de provins. Le laurier triomphal (XV, 39) ne vient que de scion. Toutes les espèces de myrte (XV, 37) viennent en Campanie de graine; à Rome, le myrte de Tarente vient de provins. Démocrite enseigne encore un autre mode de la semer : on prend les plus grosses baies, on les pile légèrement, de peur de briser les graines; avec cette pâte on enduit une corde, que l'on met en terre : cela donne une touffe épaisse comme une muraille, et qui fournira des scions à transplanter. On sème de la même manière des ronces pour avoir une haie, c'est-à-dire que l'on enduit une corde de jonc avec les mères des ronces.

[3] En cas de besoin, on pourra transplanter au bout de trois ans les touffes de laurier et de myrte ainsi semées. Entre les végétaux qui viennent de graine. Magon s'appesantit sur les arbres à noix : il recommande de semer les amandes dans une argile molle regardant le midi; il dit qu'elles aiment aussi une terre dure et chaude; qu'elles sont frappées de stérilité et qu'elles meurent dans une terre grasse ou humide; qu'il faut semer celles qui sont le plus en faucille, et qui proviennent d'un arbre jeune; qu'il faut les faire macérer trois jours dans du fumier délayé, ou dans de l'eau miellée un jour, avant de les semer; que la pointe doit être enfoncée le première, le bord tranchant regarder le nord-est: qu'on doit les semer trois par trois, les placer triangulairement à la distance d'un palme, et les arroser tous les dix jours, jusqu'à ce qu'elle germent.

[4] On sème les noix en les couchant en long sur leurs jointures. Pour le pin, on met sept pignons environ dans des pots troués, ou on le sème comme le laurier qu'on multiplie avec les baies. Le citronnier vient de graine et de provins; le sorbier, de graine, ou de plant, ou de rejeton; mais le citronnier veut un lieu chaud; le sorbier accepte un lieu froid et humide.





XII. Végétaux qui viennent de rejeton.

[1] La nature a aussi enseigné l'art de faire des plantations, quand par les racines pullule une forêt touffue de rejetons destinés à être tués par l'arbre maternel qui les a produits. L'ombre projetée étouffe cette foule sans ordre; ce qu'on voit aux lauriers, aux grenadiers, aux platanes, aux cerisiers, aux pruniers. Il n'est que peu d'arbres dont les rameaux épargnent ces rejetons; tels sont les ormeaux et les palmiers. De tels rejetons ne poussent qu'aux arbres dont les racines, par amour du soleil et de la pluie, se promènent à la superficie du sol.

[2] Il est d'usage de ne pas placer ces rejetons immédiatement dans la terre où ils doivent rester, mais de les donner d'abord à une terre nourricière, et de les laisser grandir dans les pépinières; puis de la transplanter de nouveau. Cette transplantation adoucit, d'une manière merveilleuse, même les arbres sauvages, soit que les arbres, comme les hommes, soient naturellement avides de la nouveauté et des voyages, soit qu'en se déplaçant ils se dépouillent de leurs mauvaises qualités et s'apprivoisent, comme les fauves, en se séparant de leur racine.

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Re: Livre XVII, traitant des arbres cultivés

Message par Stephandra le Mer 27 Avr 2011, 14:34

XIII. Végétaux qu'on reproduit par arrachement, rejeton.

[1] La nature a encore appris en autre procédé, qui est analogue : on a vu des stolons arrachés à l'arbre reprendre vie. D'après cela on arrache des stolons avec leur talon, et on enlève en même temps quelques radicules fibreuses de l'arbre. De cette façon se plantent les grenadiers, les coudriers, les pommiers, les sorbiers, les néfliers, les frênes, les figuiers, et surtout les vignes. Le cognassier, planté de la sorte, dégénère ; pour cet arbre on a imaginé de planter des scions que l'on coupe. Cette méthode, appliquée, pour faire des haies, d'abord sur le sureau, le cognassier et la ronce, a été transportée ensuite à la culture par exemple du peuplier, de l'aune, du saule, duquel le scion peut même se planter la pointe en bas. La plantation se fait de prime abord dans le terrain où l'on veut qu'elle s'élève. En conséquence, il convient d'exposer la culture des pépinières avant de passer aux autres modes de propagation.





XIV. Pépinières.

[1] Il faut pour les pépinières un sol de première qualité, attendu qu'il importe souvent que la nourrice soit plus favorable que la mère, Ce terrain sera donc sec, plein de substances nutritives, ameubli avec la pioche, hospitalier pour les nouveaux venus, et aussi semblable que possible à la terre où ces arbres doivent être transplantés. Avant toutes choses il sera épierré, et protégé contre !es incursions même de la volaille. Il sera aussi peu crevassé que possible, de peur que le soleil ne pénètre jusqu'aux radicules et ne les brûle. On plantera les jeunes arbres à un inter-enfle d'un pied et demi, car s'ils se touchent ils deviennent, sans parler d'autres inconvénients, sujets aux vers; aussi il importe de les sarcler souvent et d'arracher les herbes. En outre on émondera le plant naissant, et on l'accoutumera à supporter la serpe.

[2] Caton (De re rust., XLVIII ) recommande aussi de mettre des claies sur des fourches à la hauteur d'un homme, afin d'intercepter le soleil, et de les couvrir de chaume pour écarter le froid. II dit que c'est ainsi qu'on fait venir de graine les poiriers et les pommiers, procédé qui convient aux pins, qui convient aux cyprès, que l'on sème, eux aussi. La graine de cyprès est très petite, à tel point qu'elle est à peine visible. C'est une merveille naturelle digue d'être signalée, que des arbres aient une origine aussi petite, tandis que la graine du blé et de l'orge, sans compter la fève, est beaucoup plus grosse.

[3] Quelle proportion ont avec les arbres dont elles proviennent les graines des poiriers et des pommiers? C'est de tels commencements que naissent des bois qui repoussent la hache, des pressoirs que les poids énormes ne font pas ployer, des arbres qui supportent les voiles des navires, des béliers qui ébranlent les tours et les murs. Ici éclate la force de la nature et sa puissance; mais ce qui efface toutes les merveilles, c'est que d'une larme naisse un végétal, comme nous le dirons en lieu et place (XIX, 48: XXI, 11). Les pommes du cyprès femelle (nous avons dit que le mâle est stérile) (XVI, 47), cueillies dans les mois que j'ai indiqués (XVII, 11), se sèchent au soleil; elles se rompent , et laissent échapper la graine, dont les fourmis sont singulièrement friandes : circonstance qui accroît encore la merveille, quand on songe qu'un si petit animal anéantit dans leur origine des arbres gigantesques.

[4] Cette graine se sème au mois d'avril, dans un terrain aplani avec des cylindres ou des hies; elle se sème serrée; puis on répand sur la graine, à l'aide d'un crible, une couche de terre d'un pouce d'épaisseur. Sous un poids considérable la graine ne peut lever, et et retourne dans la terre; aussi foule-t-on seulement avec les pieds la terre pour l'égaliser. On l'arrose doucement après le coucher du soleil, tous les trois jours, avec le soin de l'abreuver également jusqu'à la sortie des jeunes tiges. On les transplante au bout d'un an, quand les tiges ont acquis une hauteur de neuf pouces. Il faut que cette transplantation se fasse par un jour serein et sans vent. Chose singulière! il y a danger ce jour-là, et ce jour-la seulement, s'il tombe de la pluie en si petite quantité que ce soit, ou s'il fait du vent.

[5] Dès lors ils sont à l'abri de tout péril; toutefois ils n'aiment pas l'eau (XVI, 81). Les jujubiers se sèment de graine au mois d'avril. Quant aux tubéres (XV, 14) il est plus avantageux de les greffer sur le prunier sauvage, sur la cognassier et sur la calabrice, espèce d'épine sauvage (rhamnus infectorius, L.). Toute espèce d'épine reçoit très bien aussi le sébestier ainsi que le sorbier. (IX.). Quant à transporter les plantes d'une pépinière dans une autre avant de les mettre dans leur place définitive, je pense que c'est un précepte onéreux, bien qu'on assure que cette précaution rende les feuilles plus larges.





XV. Comment il faut traiter les ormes.

[1] La graine des ormeaux se recueille avant qu'ils se couvrent de feuilles, vers les calendes de mars (1er mars), quand elle commence à jaunir; puis on la fait sécher à l'ombre deux jours, et on la sème serrée dans une terre ameublie: on jette par-dessus de la terre passée à un crible fin; on en met la même épaisseur que pour le cyprès (XVIII, 14). S'il ne pleut pas, on arrose. Du sillon des planches on transporte au bout d'un an les jeunes plants dans les ormaies, laissant entre eux un pied en tout sens.

[2] Il vaut mieux planter en automne les ormes destinés à supporter la vigne; ils manquent de graine, et viennent (XVI, 29) de plant. Au territoire de Rome, on les transplante dans le vignoble à cinq ans, ou, suivant quelques agriculteurs, quand ils sont hauts de vingt pieds. Dans un trou appelé novenaire, de trois pieds de profondeur sus trois et plus de large, on met le jeune ormeau, et on y entasse trois pieds de terre en tous sens ; c'est ce qu'on nomme arule en Campanie.

[3] Les intervalles se déterminent d'après la nature des lieux : il convient d'espacer davantage dans les plaines. Les peupliers et les frênes, qui viennent aussi de plant, bourgeonnant plus tôt, doivent être plantés aussi de meilleure heure, c'est-à-dire après les ides de février (13 février). Pour la disposition des arbres et des vignobles sur arbres, l'ordre en quinconce est l'ordre que l'on suit d'habitude, et qui est même une nécessité : non seulement il facilite l'action du vent, mais encore il offre une perspective agréable, les plants, de quelque côté qu'on les considère, se présentant toujours alignés. Les peupliers se sèment de la même manière que les ormes. La méthode pour les transplanter hors des pépinières est la même que pour les transplanter hors des forêts.





XVI. Des fosses.

[1] Avant tout, il importe de les transplanter dans une terre semblable ou meilleure. De localités, chaudes et précoces on ne les transplantant pas dans des localités froides et tardives, ni, réciproquement, de celles-ci dans celles-là. Si la chose se peut, on creusera les trous assez longtemps à l'avance pour qu'ils se tapissent d'une couche épaisse de gazon. Magon recommande de les creuser une année d'avance, afin qu'ils absorbent le soleil et les pluies, ou, si les circonstances ne le permettent pas, de faire des feux au milieu deux mots avant la plantation, et de n'y planter les arbres qu'après des pluies.

[2] Dans un sol argileux ou dur la profondeur en doit être de trois coudées en tous sens ; dans les lieux déclives on ajoutera un palme, et partout le trou doit être plus étroit à l'orifice qu'au fond; si la terre est noire, le trou aura deux coudées et un palme, et sera de forme carrée. Les auteurs grecs s'accordent par indiquer les mêmes proportions; ils veulent que les trous n'aient pas plus de deux pieds et demi de profondeur, ni plus de deux pieds de largeur que nulle part ils n'aient moins d'un pied et demi de profondeur, quand dans un sol humide le voisinage de l'eau ne permet pas d'aller plus avant

[3] " Si le lieu est humide, dit Caton (De re rust. XLIII), le trou aura trois pieds de large à l'orifice, un pied et un palme au fond, et quatre pieds de profondeur; il sera garni de pierres, sinon, de perches de saule vertes, sinon encore, de sarments ; la couche sera d'un demi-pied. " Nous croyons devoir ajouter, d'après ce qui a été dit sur la nature des arbres, qu'il faut faire les trous plus profonds pour ceux qui aiment à être à fleur de terre, tels que le frêne et l'olivier.

[4] Ceux-ci et les arbres semblables seront mis dans des trous de quatre pieds: pour les autres, une profondeur de trois suffit. Coupe cette racine, dit le général Papilius Censor (XIV, 14), qui, voulant effrayer le préteur des Prénestins, avait fait mettre dehors les haches. Il n'y a pas de mal à grouper les parties sortant hors du sol. Quelques-uns font un lit de pois cassés ou de pierres rondes, qui retienne ce qu'il faut d'humidité et laisse passer le superflu; ils pensent que des pierres plates ne vaudraient rien, et empêcheraient la racine de pénétrer dans la terre : mettre du gravier dans le trou, ce sera prendre le milieu entre les deux opinions.

[5] Quelques-uns recommandent de ne transplanter un arbre ni avant deux ans ni après trois; d'autres disent qu'une année pleine suffit. Caton veut qu'il ait plus de cinq doigts en grosseur; cet auteur n'aurait pas omis, si cela avait quelque importance, de recommander de marquer sur l'écorce le côté qui regarde le midi, afin que, transplanté, l'arbre fût mis dans l'exposition qui lui est habituelle, étant à craindre que le côté septentrional tourné au midi ne se fende par l'action du soleil, tandis que le côté méridional sera glacé par le souffle de l'aquilon. Quelques-uns même, par une pratique contraire pour la vigne et le figuier, mettent au nord le côté du végétal exposé au midi, et vice versa,

[6] prétendant que le feuillage devient plus épais, protège davantage le fruit, qui se perd moins, et que même, de cette façon, le figuier devient tel qu'on peut y monter. La plupart prennent grand soin de tourner vers le midi la coupure de l'arbre dont on a abattu la tête ; ils ignorent que de la sorte on l'expose à se fendre par l'excès de la chaleur. Pour moi je préfère que la coupure regarde la cinquième heure du jour (onze heures du matin) ou la huitième (deux heures de l'après-midi ). On ignore encore qu'il ne faut pas laisser les racines à l'air assez longtemps pour se dessécher; qu'il ne faut pas déraciner l'arbre lorsque le vent souffle du nord, ou de la partie du ciel comprise entre le nord et le lever d'hiver, ou du moins qu'il ne faut pas tourner les racines du côté de ces vents; autrement les arbres meurent, sans que les cultivateurs en connaissent la cause.

[7] Caton (De re rust., XXVIII) condamne aussi le vent et la pluie dans toute transplantation. Il sera utile de laisser adhérer aux racines le plus possible de la terre où elles ont vécu, et de lier du gazon tout autour; c'est pour cette raison que Caton (lb.) recommande de porter les jeunes plants dans des paniers, pratique très avantageux sans aucun doute. Le même auteur (lb.) veut qu'on mette au fond du trou la terre de la superficie. Quelques-uns rapportent que des pierres mises sous la racine du grenadier empêchent le fruit de se fendre sur l'arbre. Il vaut mieux mettre les racines dans une position infléchie. L'arbre doit être placé de manière qu'il occupe exactement le milieu du trou.

[8] Le figuier, planté sur de la scille (c'est une espèce de bulbe), produit, dit-on, très vite, et n'est pas sujet aux vers; la même précaution donne à tout arbre la même exemption. II est incontestable qu'il faut ménager grandement la racine du figuier, qui doit paraître avoir été ôtée de terre, non arrachée. J'omets encore d'autres pratiques reçues, par exemple fouler la terre autour des racines avec une hie, ce que Caton (De re rust., XXVIII) regarde comme très essentiel en cette opération; il prescrit aussi d'enduire de fumier et de lier avec des feuilles la plaie faite au tronc de l'arbre.





XVII. De l'espacement des arbres.

(XII.) [1] Ce chapitre serait Incomplet si je ne parlais pas des intervalles. Quelques-uns ont recommandé de planter plus rapprochés les uns des autres les grenadiers, les myrtes et les lauriers, en laissant toutefois entre eux un espace de neuf pieds. II faut espacer un peu plus les pommiers, davantage encore les poiriers, et encore plus les amandiers et les figuiers. La meilleure règle, c'est de consulter l'amplitude des branches, la nature des lieux et la forme de l'ombrage; car il faut aussi prendre en considération l'ombrage. Il ne s'étend pas, bien que projeté par de grands arbres, quand les rameaux affectent une disposition sphérique, par exemple dans les pommiers et les poiriers; il est énorme dans les cerisiers et les lauriers.

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Re: Livre XVII, traitant des arbres cultivés

Message par Stephandra le Mer 27 Avr 2011, 14:35

XVIII. De l'ombre.

[1] Les ombres ont certaines propriétés celle du noyer est fâcheuse et nuisible, même à l'homme, à qui elle donne mal à la tête, et elle l'est à tout ce qui croit alentour. Le pin tue aussi les herbes. Mais ces deux arbres résistent aux vents, et les vignobles ont besoin de cette protection. Les gouttes d'eau que laissent tomber le pin, le chêne et l'yeuse, sont extrêmement pesantes; le cyprès n'en laisse point tomber : l'ombre de cet arbre est très petite, et ramassée sur elle-même. Celle du figuier, quoique étendue, est légère; aussi ne défend-on pas de le planter parmi les vignes.

[2] Celle des ormeaux est douce, et même nutritive pour tout ce qu'elle couvre. Atticus pourtant la met aussi au nombre des plus nuisibles; je ne doute pas qu'il n'en soit ainsi quand on laisse les branches s'allonger, mais je crois qu'elle ne fait aucun mal quand les branches sont courtes. Le platane a aussi une ombre favorable, bien qu'épaisse il faut ici consulter non le soleil, mais le gazon, qui y forme des tapis plus verdoyants que sous tout autre ombrage. Le peuplier ne demande pas d'ombre, à cause du jeu de ses feuilles : celle de l'aune est épaisse, mais nutritive pour les plantes. La vigne se suffit : la feuille en est mobile, et, grâce a de fréquents déplacements, elle tempère le soleil par l'ombre, de même qu'elle sert d'abri contre une pluie battante. Presque tous les arbres dont le pétiole est allongé une ombre légère. Il ne faut pas dédaigner ces observations ni les mettre au dernier rang, car pour chaque culture l'ombre est une nourrice ou une marâtre. L'ombre des noyers, des pins, des pins et des sapins est incontestablement un poison pour tout ce qu'elle touche.





XIX. De l'eau que laissent tomber les arbres.

[1] Je dirai en peu de mots ce qu'est le dégoutter des arbres: tous ceux qui sont tellement défendus par un épais feuillage que la pluie ne les traverse pas, dégouttent d'une manière nuisible Dans cette étude, il importera beaucoup de considérer quel développement prend chaque espèce d'arbres dans le terrain où nous voulons planter. Les coteaux, par eux-mêmes, demandent des intervalles moindres. Dans les localités exposées au vent, il faut planter plus serré. Cependant les oliviers exigent l'espacement le plus considérable; sur ce point l'opinion de Caton (De re rust., XVI), quant à l'Italie, est, qu'il faut les planter à vingt-cinq pieds au moins, à trente pieds au plus. Mais cela varie suivant la nature des lieux. L'olivier est le plus grand des arbres de la Bétique.

[2] En Afrique (je laisse aux auteurs la responsabilité de l'assertion), il est beaucoup d'oliviers qu'on nomme milliaires, d'après le poids de l'huile qu'ils produisent annuellement; aussi Magon prescrit-il un intervalle de soixante-quinze pieds en tous sens, ou quarante-cinq au moins, dans un sol maigre, dur, et exposé aux vents. La Bétique récolte les plus riches moissons entre les oliviers. On conviendra que c'est une ignorance honteuse que d'émonder plus qu'il ne convient les arbres adultes, et d'en précipiter la vieillesse ; ou, ce qui est de la part de ceux qui les ont plantés un aveu d'impéritie, de les abattre complètement. Rien de plus honteux pour les agriculteurs que de revenir sur ce qu'ils ont fait, et il vaut mieux pécher en laissant trop d'espace.




XX. Quels arbres croissent lentement, quels rapidement.

(XIII.) [1] Quelques arbres sont naturellement lents à croître; ce sont surtout ceux qui viennent seulement de graine et qui vivent longtemps. Mais ceux dont la vie est courte croissent rapidement (XVI, 51), tels que le figuier, le grenadier, le prunier, le pommier, le poirier, le myrte et le saule; toutefois ils sont les premiers à produire ; ils commencent à porter à trois ans, et dès auparavant ils promettent. De ceux-ci le plus lent est le poirier; le plus prompt est le cypre (lawsonia inermis, L.) (XII, 51.), ainsi que l'arbuste appelé pseudocypre; en effet ils portent tout aussitôt fleurs et graines. Tous les arbres dont on arrache les rejetons poussent plus vite, parce que les sucs nourriciers sont forcés à passer dans le tronc seul.




XXI. Arbres qui se reproduisent par provins.

[1] C'est la nature encore qui a enseigné l'art de provigner : les ronces, s'infléchissant parce qu'elles sont trop grêles et trop longues, enfoncent en terre les extrémités de leurs rameaux, et donnent naissance à une nouvelle tige; elles rempliraient tout si la culture ne s'y opposait pas, à tel point qu'on pourrait dire les hommes nés pour soigner la terre. Ainsi une plante mauvaise et odieuse n'en a pas moins enseigné l'art des provins et des plants-vifs. Le lierre a la même propriété.

[2] Caton (De re rust. LI.) outre la vigne, dit qu'on multiplie par provins le figuier, l'olivier, le grenadier, toutes les espèces de pommiers, le laurier, le prunier, le myrte, le noisetier, le noyer de Préneste, le platane. Il y a deux espèces de provins : on couche une branche tenant a l'arbre dans une fossé de quatre pieds en tous sens; au bout de deux ans on la coupe dans la courbure, et on transplante au bout de trois ans : si on veut faire voyager le plant, il convient de placer immédiatement le provin dans des paniers ou des pots qui serviront au transport. L'autre procédé est plus recherché : on demande des racines à la tige même, en faisant passer des branches à travers des pots de terre ou des paniers suspendus qu'on remplit de terre; ces soins délicats obtiennent des racines; et au milieu des fruits, dans la cime même (car on soumet la cime à ce procédé), une audacieuse invention produit un nouvel arbre loin du sol; on coupe le provin, comme plus haut, après un intervalle de deux ans, et on le plante avec le panier. La sabine (juniperus sabina, L.) se multiplie de provins et de rejetons; on dit que la lie de vin ou la brique pilée la font prospérer merveilleusement. On multiplie le romarin de la même manière, et de bouture aussi, ni la sabine ni le romarin n'ayant de graine. Le rhododendron vient de provins et de graine.




XXII. De la greffe; comment elle a été inventée.

(XIV.) [1] La nature a aussi enseigné à greffer avec la gaine: une graine est avalée à la hâte par un oiseau affamé; entière, amollie par la chaleur de l'estomac, elle est jetée, avec la fiente qui la féconde, dans les molles litières des arbres, ou transportée par les vents dans quelque fente de l'écorce. C'est ainsi qu'on a vu un cerisier dans un saule, un platane dans un laurier, un laurier dans un cerisier, et des fruits de couleur variée sur un même arbre. On dit aussi que le choucas, cachant des graines dans des trous qui lui servent de magasins, donne lieu au même résultat.




XXIII. De la greffe par inoculation.

[1] De la est née la greffe par inoculation : avec un instrument semblable à un tranchet de cordonnier, on ouvre un bourgeon dans un arbre en excisant l'écorce, et on y renferme un bourgeon pris avec le même instrument a un autre arbre. Ce fut la l'ancienne greffe pour les figuiers et les pommiers. Virgile (Géorg., II, 73), pour la greffe qu'il décrit, cherche une fente dans le nœud d'un bourgeon qui soulève l'écorce, et y renferme le bourgeon pris à un autre arbre. Jusque-là la nature a été notre maîtresse.







XXIV. Espèces de greffes.

[1] La greffe par fente a été enseignée de la façon suivante par le hasard, autre maître qui a peut-être fourni plus d'enseignements : Un cultivateur soigneux, voulant donner à sa cabane la palissade d'une haie, enfonça dans du lierre vif ses pieux, pour les préserver de la pourriture. Ces pieux, saisis par les lèvres vivantes de la plaie faite au lierre, puisèrent la vie à une vie étrangère, et l'on connut qu'une tige peut tenir lieu de la terre. Pour cette greffe on enlève également avec la scie la surface; on polit le tronc avec la serpe.

[2] Cela fait, il y a deux procédés : le premier consiste à greffer entre l'écorce et le bois. Les anciens craignaient de fendre le tronc; puis ils osèrent introduire la greffe dans le milieu, l'enfonçant dans la moelle; ils n 'en mettaient qu'une, parce que la moelle n'en pouvait contenir davantage. Une pratique plus ingénieuse en a, dans la suite, porté le nombre jusqu'à six : on veut remédier par le nombre aux chances de mort des greffes; on fend doucement le trou, par le milieu, un coin mince tient écartés les deux côtés de la fente, jusqu'à ce que la greffe taillée en pointe y ait pénétré.

[3] Beaucoup de précautions sont à prendre : avant tout il faut greffer sur un arbre et prendre la greffe sur un autre qui supportent une telle union. La sève est distribuée diversement suivant les arbres, et chez tous elle n'est pas au même endroit. Dans les vignes et les figuiers le milieu est plus sec, et c'est au sommet qu'est la force de conception; aussi est-ce là qu'on prend les greffes. Dans les oliviers, la sève est dans la partie intermédiaire; aussi y faut-il prendre les greffes: le sommet est sec. Les greffes prennent très facilement entre des arbres dont l'écorce est de même nature, et qui, fleurissant simultanément, sont contemporains pour le bourgeonnement et la sève.

[4] Au contraire, la réunion est lente toutes les fois que le sec est en lutte avec l'humide, et l'arbre à écorce molle avec l'arbre à écorce dure. Les autres préceptes sont : de ne pas faire la fente dans un nœud, car la dureté inhospitalière du nœud repousse l'étranger; de la faire dans l'endroit le plus uni; de ne la faire ni beaucoup plus longue de trois doigts, ni oblique, ni traversant l'arbre de part en part. Virgile (Géorg., ib.) défend de prendre des greffes à la tête; et il est certain qu'il fait les prendre aux épaules regardant le lever d'été, à des arbres fertiles, sur une pousse nouvelle, à moins que la greffe ne soit destinée à un vieil arbre; alors elle doit être plus forte. En outre, la greffe doit être en état d'imprégnation, c'est-à-dire gonflée par le bourgeonnement (XVI, 32, 40 et 41), et promettant de produire cette année même; elle doit toujours avoir deux ans, et au moins la grosseur du petit doigt; on l'insère par le bout le plus petit, quand on veut qu'elle monte moins et s'étende davantage.

[5] Surtout il importe que les bourgeons soient unis, et qu'ils ne soient nt écorchés ni rabougris. On comptera sur la réussite si la moelle de la greffe est mise en contact avec le bois et l'écorce du sauvageon : cela vaut mieux que de l'accoler en dehors, écorce contre écorce (XVII, 25). En taillant en pointe la greffe ne mettez pas la moelle à nu : cependant, avec un petit instrument talliez de façon que la pointe s'amincisse en un coin lisse, dont la longueur ne dépasse pas trois doigts : ce qu'on obtient facilement quand on la racle après l'avoir humectée d'eau. Ne taillez pas la greffe au grand air, et ayez soin que ni l'écorce de la greffe ni celle du sauvageon ne soient décollées.

[6] Enfoncez la greffe jusqu'à l'écorce; prenez garde de ne pas la forcer en l'enfonçant, et ayez soin que l'écorce ne se fronce pas. C'est pour cela qu'il ne faut pas prendre des greffes pleines de sève, pas plus certes que des greffes sèches : dans le premier cas, l'écorce, trop humectée, se détache; dans le second, elle ne s'humecte pas, faute de vie, ni ne s'incorpore. On s'astreint encore religieusement à mettre la greffe pendant que la lune croît, et à l'enfoncer avec les deux mains à la fois. Le fait est que les deux mains, agissant en même temps, exercent un moindre effort, et se modèrent réciproquement l'une l'autre. Les greffes enfoncées trop fortement produisent plus tardivement et durent plus; c'est le contraire pour les greffes enfoncées moins fortement. La fente du sauvageon ne doit pas être trop ouverte ni trop lâche ; elle ne doit pas non plus l'être trop peu, car alors elle chasserait ou tuerait par compression la greffe. La précaution qu'il faut surtout prendre, c'est que dans le sauvageon la greffe soit placée exactement au milieu de la fente.

[7] Quelques-uns marquent la fente sur le sauvageon avec une serpe, et lient le bord du tronc mer de l'osier; puis ils enfoncent des coins, les liens empêchant le tronc de s'ouvrir trop. Quelques végétaux greffés dans la pépinière sont transplantés le même jour. Si on greffe un gros sauvageon, il vaut mieux mettre la greffe entre l'écorce et le bois; le mieux pour cela est un coin d'os, de peur que l'écorce, relâchée, ne se rompe. On fend les cerisiers après avoir enlevé le liber; ce sont les seuls arbres qu'on greffe même après le solstice d'hiver. Le liber étant ôté, ils ont une sorte de duvet qui pourrit la greffe, s'il s'y attache. Quand l'extrémité en coin de la greffe a été introduite sans lésion, il est très utile de la serrer. Il y a beau coup d'avantage à greffer très près du sol, si l'état des nœuds et du tronc le permet. Les greffes ne doivent pas sortir de plus de six doigts hors du sauvageon.

[8] Caton (De re rust. XL) recommande de faire un mélange d'argile ou de craie en poudre et de bouse, de le pétrir jusqu'a ce qu'il devienne collant, et d'en enduire tout autour le point greffé. Par ses écrits nous voyons facilement qu'a cette époque la seule greffe usitée était la greffe entre le bois et l'écorce, et qu'on ne l'enfonçait pas au delà de deux doigts. Il recommande de greffer les poiriers et les pommiers pendant le printemps, ainsi que cinquante jours après le solstice d'été et après les vendanges: quant aux oliviers et aux figuiers, de les greffer seulement pendant le printemps, par une lune qui ait soif, c'est-a-dire sèche: de plus, après midi et sans vent du sud.

[9] Chose singulière! non content d'avoir enduit fa greffe comme nous l'avons dit, et de l'avoir protégée contre la pluie et les froids avec du gazon et de souples faisceaux d'osier fendu, il recommande en outre de la couvrir avec la buglosse (XXV, 40) (c'est une espèce d'herbe), d'attacher cette buglosse, et de mettre de la paille par-dessus. Maintenant on regarde comme suffisant de garnir la greffe d'écorce et d'un mélange de boue et da paille; on n'en laisse passer que deux doigts. Quand on greffe au printemps, le temps presse, les bourgeons font éruption, excepté dans l'olivier, dont les bourgeons sont très longs à éclore, et ont très peu de sève sous l'écorce: or un excès de sève nuit aux greffes.

[10] Quant au grenadier et au figuier, quoique du reste ce soient des arbres secs, il ne vaut rien d'en retarder la greffe. On peut greffer le poirier même en fleur, et retarder cette opération jusqu'au mois de mai. Si l'on veut transporter à une certaine distance les greffes des arbres à fruit, on pense que le meilleur moyen de les conserver c'est de les ficher dans des raves ; on les conserve encore en les mettant auprès d'un ruisseau ou d'un étang, entre deux tuiles creuses lutées aux deux bouts avec de la terre. (XV.) Les greffes de vigne se gardent dans des trous secs; on les couvre de paille, puis de terre, tout en laissant passer les sommités.

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Re: Livre XVII, traitant des arbres cultivés

Message par Stephandra le Mer 27 Avr 2011, 14:36

XXV. De la greffe de la vigne.

[1] Caton (De re rust., XLI) greffe la vigne de trois façons: dans la première, il fend la mère vigne par la moelle, y insère les greffes taillées en pointe, comme nous avons dit, et met en contact les moelles; la seconde s'emploie si les deux vignes sont dans le voisinage l'une de l'autre : on taille en biais le côté par lequel elles se regardent, mais en sens contraire, et on joint les deux moelles par une ligature; dans la troisième, on perce en biais la vigne jusqu'à la moelle; on enfonce dans le trou des greffes longues de deux pieds, on les lie, on les enduit d'une pâte de terre; on a soin que les greffes soient redressées.

[2] De notre temps on a amélioré ce procédé en employant la tarière gauloise, qui perce sans brûler; or, toute brûlure affaiblit, on a soin de choisir une greffe qui commence à bourgeonner, de ne laisser au-dessus de la greffe que deux yeux, de l'attacher avec un lien d'orme et de faire des deux côtés une incision, afin de donner un écoulement au liquide, qui fatigue surtout les vignes; puis, quand la greffe a crû de deux pieds, on en coupe le lien, et on en abandonne la croissance à la vigueur de la pousse. Le temps de greffer les vignes a été fixé depuis l'équinoxe d'automne jusqu'au commencement du bourgeonnement. On greffe les végétaux domestiques sur les racines des végétaux sauvages, lesquelles sont naturellement plus sèches.

[3] Si on greffe des végétaux domestiques sur des végétaux sauvages, ils reviennent à l'état sauvage. Le reste dépend du ciel : un temps sec convient très bien aux greffes : on remédie en effet sans peine à la trop grande sécheresse, en plaçant à côté des pots de terre pleins de cendre, à travers laquelle on fait filtrer de l'eau. La greffe par inoculation aime de légères rosées.





XXVI. Greffe en écusson.

(XVI.) [1] Le procédé de l'écusson peut paraître avoir été suggéré lui-même par celui de l'inoculation; il convient surtout à une écorce épaisse comme est celle du figuier. On coupe toutes les branches, pour qu'elles ne détournent pas la sève, on choisit l'endroit le plus uni, celui qui paraît le plus heureusement disposé. On y enlève un lambeau d'écorce en forme d'écusson, en ayant soin que le fer ne pénètre pas au delà. Un lambeau d'écorce égal, pris sur un autre arbre, y est fixé avec son bourgeon. La réunion en doit être si exacte qu'il n'y ait pas lieu à une cicatrice, et que l'union soit immédiate, sans laisser accès ni à l'humidité ni à l'air. Toutefois il est bon aussi d'y ajouter et un enduit et un lien.

[2] Ceux qui favorisent les modernes prétendent que ce genre de greffe est une invention récente; mais on la trouve usitée même chez les anciens Grecs, et Caton (De re rust, XLII) recommande de greffer ainsi l'olivier et le figuier, déterminant même les mesures, selon son exactitude ordinaire : L'écusson, dit-il, doit avoir quatre doigts de long, trois de large : taillé de cette façon, on le met en place, et on l'enduit de ce mélange dont il a parlé (XVII, 24). Il indique un même procédé pour le pommier.

[3] Quelques-uns ont fait sur la vigne un procédé mixte de la greffe en écusson et de la greffe en fente: ils ont levé sur la vigne mère un lambeau d'écorce, et sur le côté plan, mis a nu, ils ont fixé un scion. Nous avons vu près des cascades de Tibur un arbre greffé de toutes ces façons, chargé des fruits les plus divers, portant sur une branche des noix, sur une autre des baies, sur d'autres des raisins, des figues, des poires, des grenades et quelques espèces de pommes; mais la vie en fut courte. Néanmoins, tous nos essais ne peuvent rivaliser avec la nature. Quelques végétaux me viennent que spontanément, et ceux-là ne croissent que dans des lieux sauvages et déserts.

[4] Le platane est regardé comme l'arbre le plus apte à recevoir toute espèce de greffe, puis le rouvre; mais l'un et l'autre gâtent le goût des fruits. Quelques végétaux se greffent de toutes les façons, par exemple le figuier et le grenadier. La vigne ne reçoit pas les écussons, non plus que les arbres dont l'écorce est mince, caduque et fendillée. Les arbres qui sont secs ou ont peu d'humidité ne reçoivent pas l'inoculation. L'inoculation, puis l'écusson, sont les procédés les plus avantageux ; mais ces deux greffes tiennent peu : celles qui n'ont de support que dans l'écorce sont emportées très promptement par un vent même léger : la greffe par insertion est la plus solide; un arbre ainsi greffé est plus fécond qu'un arbre planté. (XVII.)

[5] Il ne faut pas omettre un fait unique : Corellus, chevalier romain, né à Ateste, greffa, dans le territoire de Naples, un châtaignier avec un scion pris sur l'arbre même, ce qui produisit la châtaigne qui porte son nom et qui est renommée. Dans la suite, Étéreius, affranchi, greffa de nouveau le châtaignier corellien (XV, 25). Voici les différence, qui en ont résulté : le corellien produit davantage, l'étéreien produit des fruits meilleurs.




XXVII. Végétaux qui naissent d'une branche

[1] C'est le hasard qui a été l'inventeur des autres modes de multiplication, et qui a enseigné à planter des branches que l'on arrache aux arbres, attendu qu'on vit des pieux fichés en terre prendre racine. On propage, suivant ce procédé, beaucoup de végétaux, et surtout le figuier, qui vient de toutes les façons susdites, excepté de bouture. Le figuier vient surtout très bien si, prenant une grosse branche, on l'aiguise en forme de pieu et on renfonce profondément, laissant au-dessus du sol un petit bout, que l'on couvre même avec du sable. On plante aussi de bille le grenadier ; on fait le trou avec un pieu (XVII, 29); il en est de même du myrte. Pour tout plant de ce genre on prend une branche de trois pieds de long, un peu moins grosse que le bras, ayant l'écorce soigneusement conservée et le gros bout taillé en pointe.





XXVIII. Végétaux qui naissent de bouture, manière de les planter.

[1] Le myrte se plante aussi de bouture; le mûrier ne vient que de cette façon, et les rites religieux relatifs à la foudre (XV, 17) empêchent de le greffer sur l'ormeau. C'est donc ici le moment de parler de la bouture. Voici les conditions quelle doit remplir avant tout: La bouture sera prise sur des arbres fertiles; elle ne sera ni tortue ni raboteuse, ni bifurquée; elle sera assez grosse pour remplir la main ; elle n'aura pas moins d'un pied de long; l'écorce en sera intacte; le bout coupé, celui qui est du côté de la racine, sera toujours mis en bas; pendant la végétation on accumule de la terre alentour, jus qu'à ce que la plante ait pris da la force.




XXIX. Culture de l'olivier.

(XVIII.) [1] Quant aux précautions que recommande Caton (De re rust., XLV) pour la propagation de l'olivier, nous n'avons rien de mieux que d'employer ses expressions : Donnez trois pieds aux boutures d'olivier que vous voulez planter dans une fosse; prenez garde d'endommager l'écorce quand vous les taillez ou les coupez; donnez un pied de longueur à celles que vous voulez planter dans la pépinière; plantez-les de la façon suivante: Que l'endroit soit remué avec la boue, et bien meuble. Quand vous enfoncez la bouture, appuyez dessus avec le pied; si elle ne s'enfonce pas assez, aidez-vous du maillet ou du manche de la houe, et prenez garde de déchirer l'écorce quand vous enfoncez la bouture.

[2] Si vous faites d'abord avec un pieu un trou pour y enfoncer la bouture, elle réussira mieux. Quand la bouture aura trois ans, alors vous aurez soin de faire une marque à l'écorce, afin de l'orienter dans la transplantation. Si vous plantez dans des fosses ou dans des sillons. mettez les boutures trois à trois. Ecartez-les à la surface du sol, qu'elles ne dépasseront pas de plus de quatre travers de doigt; qu'elles aient un bourgeon ou œil au-dessus du sol. il faut dépiquer l'olivier avec soin, et enlever le plus de racines possible avec la terre qui les entoure. Quand les racines sont bien recouvertes, il faut fouler la terre avec le pied, afin que rien ne puisse leur nuire.



XXX. Distribution de la greffe d'après les saisons.


[1] Si l'on demande quel est le temps pour la plantation de l'olivier, on répondra : Dans une terre sèche, les semailles; dans une bonne terre, le printemps. Commencez à tailler les oliviers quinze jours avant l'équinoxe du printemps; la taille sera bonne pendant les quarante jours qui suivent ce jour. Voici les règles pour la talle: Dans un terroir très productif, ôtez tous les rameaux desséchés et tous ceux que le vent a rom pus; dans un terroir moins bon, taillez davantage; labourez bien, ôtez les nœuds et allégez les tiges. En automne, déchaussez le pied des oliviers, et mettez du fumier; celui qui labourera le plus souvent et le plus profondément une plantation d'oliviers, enlèvera les petites racines. Si les racines montent, elles grossiront, et les forces de l'olivier passeront dans les racines.

[2] Quelles sont les espèces d'oliviers; en quelle espèce de terre ces arbres doivent vivre et être plantés; quelle en doit être l'exposition; c'est ce que nous avons dit en parlant de l'huile (XV, 8). Magon a recommandé de planter les oliviers sur les coteaux, dans les lieux secs, dans un terrain argileux, entre l'automne et le solstice d'hiver; dans un terrain fort, ou humide ou un peu arrosé, depuis la moisson jusqu'au solstice d'hiver; précepte qui il faut entendre pour l'Afrique. Aujourd'hui en Italie c'est au printemps surtout que l'on plante; mais si l'on veut aussi planter en automne, il n'y a, dans les quarante jours qui séparent l'équinoxe du coucher des Pléiades, que quatre jours où il ne convient pas de planter les oliviers (XVII, 2, 2; XVIII, 69). Un usage particulier à l'Afrique, c'est de ne greffer l'olivier que sur l'olivier sauvage. L'olivier s'éternise pour ainsi dire : on fait pousser le rejeton qui mérite le plus d'être adopté; de la sorte, l'ancien arbre revit en un arbre nouveau; et ainsi de suite toutes les fois qu'on en a besoin, de manière que les mêmes plantations d'oliviers durent des siècles. L'olivier sauvage se greffe par scions et par inoculation.

[3] L'olivier s'accommode mal des terrains d'où l'on vient d'arracher des chênes, parce que les vers appelés rauques naissent dans la racine du chêne et passent dans l'olivier. On a reconnu qu'il valait mieux ne pas enterrer les boutures ni les faire sécher avant de les planter. L'expérience a enseigné qu'il importait de tailler de deux ans l'un une vieille plantation d'oliviers, de l'équinoxe du printemps jusqu'au lever des Pléiades exclusivement, ainsi que d'entourer de mousse les racines, de les déchausser tous les ans après le solstice d'été, en donnant à la fosse deux coudées de large sur un pied de profondeur, et de les fumer tous les trois ans.

[4] Le même Magon recommande de planter les amandiers depuis le coucher d'Arcturus ( XVIII, 74 ) jusqu'au solstice d'hiver. Toutes les espèces de poiriers ne se plantent pas en même temps, parce qu'elles ne fleurissent pas non plus en même temps. Les poiriers à poires oblongues ou rondes se plantent depuis le coucher des Pléiades (XVIII, 59) jusqu'au solstice d'hiver; les autres espèces, au milieu de l'hiver, après le courber de la constellation de la Flèche (XVIII, 74), dans des positions regardant le levant équinoxial ou le nord; le laurier, depuis le coucher de l'Aigle (XVIII, 69) jusqu'au coucher de la Flèche; car les époques de la plantation ont aussi des rapports avec les constellations. En général, on choisit le printemps et l'automne. II est encore vers le lever de la Canicule une autre époque connue d'un petit nombre, attendu qu'elle n'est pas également avantageuse dans toutes les contrées; mais je ne dois pas l'omettre, puisque je m'occupe non des conditions d'un pays en particulier, mais de l'ensemble de la nature.

[5] Dans la Cyrénaïque, on plante pendant que soufflent les vents étésiens (II, 47; XVIII, 68) ; même coutume en Grèce, surtout pour l'olivier en Laconie. L'île de Cos plante aussi alors la vigne. Dans le reste de la Grèce, on n'hésite pas à greffer par inoculation et par scion à cette époque; mais on ne plante pas les arbres. En cela la nature des localités a une grande influence : en effet, on plante tous les mois en Égypte, et partout où il n'y a pas de pluies en été. comme dans l'Inde et dans l'Éthiopie. Nécessairement, quand on ne plante pas les arbres au printemps, on les plante en automne.

[6] II y a trois époques semblables pour la pousse des bourgeons (XVI, 41), le printemps, la Canicule et le lever d'Arcturus. Ce ne sont pas les animaux seuls que sollicite l'ardeur de la reproduction; cette ardeur est encore bien plus grande dans la terre et dans les végétaux : savoir en user à propos est de la plus grande Importance pour la pousse des bougeons; et cela importe surtout dans les greffes, où les deux sujets ont un mutuel désir de s'unir. Ceux qui préfèrent le printemps pratiquent la greffe aussitôt après l'équinoxe, assurant qu'alors les arbres bourgeonnent, ce qui facilite l'union des écorces. Ceux qui préfèrent l'automne greffent aussitôt après le lever d'Arcturus (XVIII, 74), parce qu'immédiatement la greffe s'enracine quelque peu, arrive préparée au printemps, et ne perd pas tout d'abord ses forces par le bourgeonnement. Toutefois il est des époques fixées, dans tous les cas, pour certains arbres : les cerisiers et les amandiers se plantent ou se greffent vers le solstice d'hiver. Pour beaucoup la situation des localités sera le meilleur guide : dans un terrain froid et humide il faut planter au printemps; dans un terrain sec et chaud, en automne.

[7] D'après les conditions générales de l'Italie, les époques sont ainsi distribuées : le mûrier se plante des ides de février (3 février) à l'équinoxe; le poirier, en automne, de manière que la plantation précède le solstice d'hiver de quinze jours an moins; les pommiers d'été, les cognassiers, les sorbiers, les pruniers, du milieu de l'hiver aux ides de février; les caroubiers (XV, 26) et les pêchers, en automne, avant le solstice d'hiver; les arbres à noix, les noyers, les pins, les aveliniers, les amandiers, les châtaigniers, des calendes de mars (1er mars) aux ides de mars (15 mars); le saule et le genêt, vers les calendes de mars; le genêt de graine, dans les lieux secs (XVI, 20); le saule de scion, dans les lieux humides, comme nous l'avons dit (XVII, 46, 67 et 68).

[8] (XIX.) J'ajouterai tel, pour ne rien omettre sciemment de tout ce que j'ai pu trouver, une nouvelle manière de greffer, inventée par Columelle (De re rust., V, 9), ainsi qu'il l'affirme lui-même, à l'aide de laquelle on unit même des arbres de nature hétérogène et insociable, tels que le figuier et l'olivier. Il recommande de planter près de l'olivier un figuier, à une distance assez rapprochée pour que le figuier soit touché dans une grande étendue par une branche de l'olivier, la plus souple et la plus flexible; vous aurez soin pendant tout le temps de l'assouplir en la courbant continuellement; puis, le figuier ayant pris des forces, ce qui arrive au bout de trois ans ou de cinq ans au plus, coupez-en le haut , coupez aussi l'extrémité de la branche d'olivier, et, comme nous avons dit (XVII, 24), taillez-la en pointe, puis enfoncez-la dans le tronc du figuier et liez-la, pour empêcher cette branche ployée de s'échapper; ainsi cette opération est une sorte de mélange entre le provignement et la greffe par scion. On laisse les deux arbres vivre en commun pendant trois ans; la quatrième année, on coupe la branche d'olivier appartenant dès lors tout entière à l'arbre qui l'adopte : c'est un procédé encore peu répandu, ou du moins dont je n'ai pas une connaissance suffisante.

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Re: Livre XVII, traitant des arbres cultivés

Message par Stephandra le Mer 27 Avr 2011, 14:37

XXXI. Du déchaussement et du rechaussement des arbres.

[1] Au reste, les mêmes considérations que j'ai exposées plus haut sur les terrains chauds et froids, humides et secs, ont aussi enseigné les règles pour les déchaussements : dans les lieux humides on ne les fait ni profonds ni larges; c'est le contraire dans un terrain brûlant et sec où les fosses doivent autant que possible recevoir et garder l'eau. Cette règle s'applique aussi à la culture des vieux arbres: dans les lieux brûlants on amasse en été de la terre sur les racines, et on les recouvre, pour que l'ardeur du soleil ne leur nuise pas; ailleurs on les déchausse pour donner accès à l'air; là on les protège en hiver par des tas de terre contre le froid, tandis que dans les lieux chauds on la découvre en hiver, et l'on cherche à faire arriver l'humidité au pied des plantes altérées. En tous lieux la règle est de faire autour des arbres une fosse circulaire de trois pieds : cela ne peut se faire dans les près, où les racines s'allongent à fleur de terre pour chercher le soleil et l'humidité. Tel est le résumé général de ce que nous avions à dire sur les arbres que l'on plante et que l'on greffe pour en obtenir les fruits.





XXXII. Des saussaies.

(XX.) [1] Reste maintenant à parler de ceux qu'on plante en vue d'autres arbres et surtout de la vigne, et dont on coupe du bois de temps en temps. Au premier rang est le saule, qu'on plante dans un lieu humide (XVII, 30); la fosse doit néanmoins avoir deux pieds et demi de profondeur, la bouture un pied et demi; on plante aussi des perches, qui valent d'autant mieux qu'elles sont plus grosses. L'intervalle entre les plants doit être de six pieds : à trois ans on les coupe à deux pieds de terre, afin qu'ils se déploient en largeur et qu'on puisse les émonder sans échelle; le saule est d'autant plus productif qu'il est moins élevé. On recommande de bêcher les saussaies tous les ans, au mois d'avril. Telle est la culture du saule à vannerie.

[2] Le saule à perches se plante, et de scion et de bouture, dans une fosse de même dimension; il donne des perches au bout de quatre ans environ. Quand une saussaie vieillit, on la régénère de provins, en enfonçant en terre des perches qu'on ne sépare du tronc qu'au bout d'un an. Un seul jugère (25 ares) de saule à vannerie suffit peur vingt-cinq jugères de vignes. C'est pour le même objet qu'on plante le peuplier blanc : les fosses sont de deux pieds, la bouture est d'un pied et demi; on la laisse sécher pendant deux jours. On espace les plants d'un pied et un palme. On les recouvre d'une épaisseur de terre de deux coudées.




XXXIII. Plantations de roseaux.

[1] Le roseau se plaît dans un sol encore plus détrempé. On le plante en mettant la bulbe de la racine, nommée œil (XVI, 67) par d'autres, dans des fosses de neuf pouces, à deux pieds et demi d'intervalle. Une plantation de roseaux se reproduit d'elle-même, après que, devenue vieille, on l'a arrachée; ce qu'on a trouvé plus avantageux que de l'éclaircir comme on faisait auparavant, car les racines serpentent et s'entrelacent l'une à l'autre. Le temps de planter les roseaux est celui qui précède le gonflement de leurs yeux, c'est-à-dire avant les calendes de mars (1er mars).

[2] Ils croissent jusqu'au solstice d'hiver, et Ils cessent de croître quand ils commencent à durcir; c'est l'indice qu'ils sont bons à couper. On pense qu'Il faut les bêcher aussi souvent que la vigne. On plante aussi le roseau en le couchant transversalement, et en le recouvrant d'une couche de terre peu considérable; chaque œil donne naissance à autant de pieds. On le propage encore en mettant dans un sillon d'un pied de profondeur un roseau déplanté, garni de trois yeux, dont deux sont cachés sous la terre et le troisième à fleur de sol; on en penche la tête, pour qu'elle ne se charge pas de rosée. On coupe le roseau au décours de la lune. Pour être employé dans les vignobles, il vaut mieux séché pendant un an que vert.




XXXIV Des autres taillis qui donnent des perches et des pieux.

[1] Le châtaignier est préféré pour échalas à tous les autres bois, à cause de la facilité avec laquelle on le travaille, parce qu'il dure très longtemps, et parce que coupé il est encore plus prompt que le saule à repousser. Le sol qu'il recherche doit être léger sans être graveleux; il aime surtout un sable humide, une terre charbonnée (XVII, 3), ou même un tuf pulvérulent; il s'accommode des lieux ombragés, exposés au nord, très froids, et même des pentes. Il refuse de croître dans le gravier, dans la terre rouge, dans la terre crayeuse, et en général dans toute terre fertile. Nous avons dit qu'on le multiplie en semant des châtaignes (XV, 23 ) ; mais il ne lève qu'autant qu'on les choisit très grosses, et qu'on en fait un tas de cinq. On doit briser la terre au-dessus du semis depuis le mois de novembre jusqu'au mois de lévrier; car c'est l'époque où les châtaignes se détachent spontanément de l'arbre, tombent sur le sol, et y lèvent.

[2] Les intervalles doivent être d'un pied; le sillon doit avoir neuf pouces. De ce semis on les transporte dans un autre lieu au bout de deux ans et plus, et on les met à deux pieds d'intervalle. On provigne aussi cet arbre, et aucun ne s'y prête mieux : on déchausse la racine, et on couche le provin tout entier dans le sillon : alors, du sommet qu'on a laissé hors de terre naît un nouveau pied, et un autre de la racine; mais transplanté c'est un hôte difficile, et il redoute la nouveauté; il lui faut environ deux ans pour partir: aussi aime-t-on mieux le multiplier de châtaignes que de plants vifs pour en faire des taillis. La culture n'en est pas différente de celle du saule et du roseau : on le bêche et on le taille pendant les deux années qui suivent; du reste il se cultive lui-même, l'ombre étouffant les rejetons superflus. On le coupe la septième année. Un seul jugère (25 ares) de châtaigniers fournit des échalas à vingt jugères de vignes, d'autant que de chaque perche on fait deux échalas; ils durent au delà, du temps de la coupe suivante.

[3] Le chêne esculus vient de même; la coupe s'en fait trois ans plus tard : moins difficile à obtenir, il se sème dans tout terrain; il naît d'un gland, mais seulement d'un gland d'esculus; la fosse a neuf pouces, les intervalles sont de deux pieds. On sème le gland d'une main légère (un à un, ou guère plus), quatre fois par an. C'est l'espèce d'échalas qui se pourrit le moins; et plus on coupe l'arbre, plus il produit. On a en outre des taillis avec des arbres que nous avons nommés, le frêne. le laurier, le pêcher, le coudrier, le pommier; mais ils poussent plus lentement; les échalas qui ils fournissent résistent à peine à l'action du sol, loin de résister à celle de l'humidité. Le sureau, qui donne au contraire d'excellents pieux, se multiplie de bouture comme le peuplier; quant au cyprès, nous en avons suffisamment parlé (XVI, 60).




XXXV. De la vigne et des arbres qui servent à la soutenir.

(XXI.) [1] Après avoir énuméré ce qui forme pour ainsi dire l'arsenal des vignobles, il nous reste à traiter avec un soin particulier de la vigne elle-même. Les rejetons de la vigne et de certains arbres dont l'intérieur est naturellement spongieux ont des noeuds ou articulations qui, d'intervalle en intervalle, interrompent la moelle. Les internoeuds compris entre deux articulations sont courts dans les rameaux, et surtout à la cime. La moelle, sorte d'âme vivifiante, tend toujours devant elle en longueur, aussi longtemps que le noeud laisse un libre passage.

[2] Mais si le nœud devient complètement solide, elle est repoussée, et fait irruption à sa partie inférieure auprès du nœud précédant, d'un coté et de l'autre alternativement comme nous l'avons dit pour le roseau (XVI, 65) in fine) et pour la férule (XIII, 42) : cela veut dire qu'un bourgeon est à droite au bas d'un des nœuds, à gauche au bas du nœud suivant, et ainsi de suite. Dans la vigne ce bourgeon s'appelle gemme quand il s'est ouvert, mais avant de s'ouvrir il s'appelle œilleton dans le bas, et gemme au sommet. Ainsi se développent les sarments, les rejetons, les grappes, les feuilles, les vrilles; et, chose singulière! ce qui est produit à droite est plus vigoureux.

[3] Ainsi les boutures que l'on plante doivent être coupées au milieu du nœud, pour que la moelle ne s'échappe pas. De même pour la plantation du figuier on prend des scions de neuf pouces, on fait un trou, et on les y place de manière que la partie qui avait été voisine de l'arbre soit au fond, et que deux yeux soient hors de terre. On appelle proprement œil, dans les boutures des arbres, ce qui donne naissance à des bourgeons. C'est pourquoi dans les pépinières ces boutures ainsi plantées produisent quelquefois, l'année même, les fruits qu'elles auraient portés si elles étaient restées sur l'arbre. Plantées à propos et toutes fécondées, elles achèvent de porter les fruits commencés ailleurs. Les figuiers ainsi plantés se transplantent facilement la troisième année. En compensation de la rapidité avec laquelle il vieillit, cet arbre a le privilège de pousser très vite (XVI, 51).

[4] La vigne donne beaucoup de plant; et d'abord on ne plante que ce qui est inutile, et ce qu'on aurait coupé dans le sarment; or, on coupe tout ce qui a porté du fruit l'année précédente. Autrefois on plantait une marcotte en forme de tête à ses deux extrémités, et prise dans le bois dur; c'est pour cela qu'on l'appelle encore aujourd'hui maillot. Dans la suite on l'enleva avec un talon, comme dans le figuier; c'est de toutes les marcottes la plus vivace. En troisième lieu on a encore simplifié le procédé, et on a pris la marcotte sans talon; on la nomme flèche quand on la plante tordue, et trigemme quand on ne la taille ni ne la tord. Un même sarment peut donner plusieurs marcottes de cette espèce. Un drageon tiré du tronc est stérile, et il ne faut planter que des branches qui ont porté. On regarde comme inféconde la marcotte qui n'a que des nœuds rares; mais la multitude des gemmes est un indice de fécondité. Quelques-uns défendent de planter des marcottes qui n'aient pas fleuri. Il est moins avantageux de planter des flèches, parce que en plantant on est exposé à rompre ce qui a été tordu. On ne donne pas aux marcottes moins d'un pied de longueur; elles ont alors cinq ou six nœuds.

[5] Avec cette dimension elles ne peuvent pas avoir moins de trois gemmes. Les planter le jour même qu'on les a coupes est ce qui vaut le mieux. Si on est forcé de les planter beaucoup plus tard, on les garde comme nous l'avons recommandé (XII, 24), et surtout on a soin de ne pas les laisser hors de terre, exposées à être desséchées par le soleil, ou affaiblies soit par le vent, soit par le froid. Quand elles ont été trop longtemps au sec, on les tient, avant de les planter, plusieurs jours dans l'eau, pour les faire reverdir.

[6] Il faut une terre bien exposée et aussi profonde. que possible soit pour une pépinière, soit pour un vignoble. Le sol doit être remué avec un hoyau à deux dents, dont le fer aura trois pieds; on rejette la terre avec la marre : cette terre se gonflant forme une élévation de quatre pieds, la fosse en ayant deux. La terre ainsi extraite est nettoyée, étendue, pour qu'il n'y reste rien de non ameubli; Il faut même la niveler avec soin : des barres inégales montrent que la terre a été mal remuée. Il faut mesurer aussi le dos qui est entre deux fosses. On plante les marcottes, soit dans une fosse, soit dans un sillon allongé, et l'on met par-dessus de la terre très légère;

[7] mais on les planterait sainement dans un sol maigre, si l'on n'avait pas établi par-dessous une couche de terre grasse. Il ne faut pas en planter moins de deux ensemble; on leur fait affleurer la terre, que l'on enfonce et que l'on presse avec la houe. Dans la pépinière, il doit y avoir entre les marcottes un intervalle d'un pied et demi en largeur et d'un demi-pied en longueur. Ainsi plantés, on coupe les maillots au bout de deux ans vers le nœud le plus bas, à moins qu'on ne veuille le respecter. II en sort des œilletons, avec lesquels, au bout de trois ans. on transplante le plant vif.

[8] Il est encore une manière de planter la vigne, inspirée par le luxe: on attache avec un fort lien quatre maillots dans l'endroit le plus vert. Ainsi arrangés, on les passe dans un os de pied de boeuf ou dans un collet en terre cuite; on les enterre, en laissant en dehors deux gemmes. Ils s'imprègnent ainsi d'humidité; on les coupe, et ils jettent du bois: ensuite on brise le tuyau qui les renfermait; la racine, libre, prend des forces, et la grappe renferme des grains des quatre espèces plantées. Récemment on a imaginé une autre manière : on fend le maillot, on en ôte la moelle, on lie ensemble les deux portions fendues, et l'on respecte complètement les bourgeons.

[9] Alors le maillot est planté dans une terre mélangée de fumier, et quand il commence à jeter des branches on le taille, et on bêche souvent le sol. Columelle promet que les raisins d'une telle vigne n'auront point de pépins; c'est déjà une chose fort étonnante que les marcottes vivent privées de leur moelle. Toutefois il ne faut pas omettre que des arbres même dépourvus de moelle poussent de bouture; en effet, cinq ou six brins de buis liés ensemble et mis en terre donnent naissance à un pied. Autrefois on avait soin de les arracher à un buis non taillé; on pensait qu'autrement ils ne prendraient pas : l'expérience a détruit cette opinion.

[10] Après le soin de planter la vigne vient celui de la gouverner. Il y a cinq espèces de vignes : vignes courantes (XIV, 4 ), vignes basses non échalassées (XIV, 4), vignes échalassée sans perche en travers (XVI, 68), vignes échalassées et portées sur une perche en travers, vignes échalassées et portées sur quatre perches en travers. La culture qui convient à la vigne échalassée s'applique aussi à la vigne qui se soutient sans échalas; car c'est faute de bois qu'on la laisse sans support. La disposition sur la perche en travers se fait sur une ligne droite, et se nomme canterium; elle est la meilleure pour le vin, car de cette façon la vigne ne se fait pas d'ombre, elle est mûrie continuellement par le soleil; elle ressent mieux l'action du vent, et la rosée en est plus promptement chassée; c'est aussi celle qu'on effeuille, qu'on bêche, qu'on travaille avec le plus de facilité; surtout elle coule moins en défleurissant.

[11] Cette treille se fait avec une perche; un roseau, une corde de crin ou de chanvre, comme en Espagne et à Brindes. La vigne sur quatre perches à travers, appelée compluviata à cause de sa ressemblance avec les compluvia ou gouttières des maisons, donne plus de vin; elle est divisée en quatre faces, par autant de perches transversales. Je vais en exposer le mode de plantation, qui convient à toutes les vignes, avec cette seule différence qu'il est ici plus compliqué.

[12] Voici les trois manières de planter la vigne: dans un sol bêché, ce qui vaut le mieux; dans un sillon, ce qui vaut le mieux ensuite; dans une fosse, en troisième lieu. Nous avons dit comment il faut bêcher. (XVIII.) Il suffit que le sillon ait la largeur de la bêche; la fosse doit avoir trois pieds en tous sens. La profondeur pour toute espèce de vigne sera de trois pieds; il ne faut donc transplanter aucune vigne assez petite pour ne pas avoir hors du sol deux bourgeons. Il est nécessaire d'ameublir la terre en creusant au fond de la fosse de petits sillons, et d'y mêler du fumier. Les terrains en pente exigent des fosses plus profondes; en outre, il faut rehausser de terre le bord inférieur. Les fosses assez longues pour recevoir une vigne à chaque extrémité se nomment lits (alvei). Il faut que la racine de la vigne soit au milieu de la fosse; le cep lui-même, fixé solidement, doit regarder le levant équinoxial; les premiers supports qu'on lui donne doivent être en roseau.

[13] II faut que les vignobles soient bornés par un decumanus (XVIII, 77), (chemin dirigé du lever au couchant) large de dix-huit pieds, de manière à permettre à deux chariots de s'y croiser; d'autres chemins transversaux, de dix pieds de large, doivent être tracés par le milieu des jugères; ou si le vignoble a une grande étendue, ces chemins transversaux auront la même largeur que le decumanus. En tout cas il faut faire un sentier de cinq en cinq, c'est-à-dire de manière à limiter chaque perchée au cinquième échalas.

[14] Dans une terre forte on ne doit planter qu'après deux façons à la bêche, et ne mettre que du plant vif; dans une terre légère et meuble on peut planter même des maillots en sillon ou en fosse. Sur les coteaux il vaut mieux tracer des sillons transversaux que de bêcher le sol, afin que les échalas retiennent la terre qui s'éboule soit par l'action de la pluie, soit par celle de la sécheresse. II faut planter les maillots en automne, à moins que la nature de la localité ne s'y oppose; une localité sèche et chaude veut qu'on plante en automne; une localité humide et froide, qu'on plante à l'issue même du printemps. Un plant vif ne réussit pas dans une terre aride. Les maillots ne réussissent pas non plus dans les terrains secs, si ce n'est après la pluie. Mais dans les localités arrosées une vigne même en feuilles réussit, et cela jusqu'au solstice d'été : exemple, l'Espagne. Il est très avantageux que le jour de la plantation il n'y ait point de vent; la plupart désirent le vent du midi : Caton (De re rust., XL.) n'est pas de cet avis.

[15] Dans un sol médiocre on laisse entre deux ceps cinq pieds; dans un sol fertile on n'en pourra pas laisser moins de quatre, et dans un sol maigre on n'aura pas besoin d'en laisser plus de huit. Les Ombriens et les Marses laissent des intervalles qui vont jusqu'à vingt pieds, afin de cultiver l'entre-deux, qu'ils nomment porculetum. Dans une localité pluvieuse et brumeuse il faut planter plus écarté; dans une localité sèche, plus serré. L'industrie a trouvé un moyen d'économiser : c'est, tout en plantant une vigne dans une terre bêchée, d'y faire une pépinière; c'est-à-dire que le plant vif sera mis en son lieu, et que le maillot destiné à être transplanté sera mis entre les vignes et les rangées. Par ce procédé on obtient dans un jugère (25 ares) environ 16000 plants vifs.

[16] On gagne par la le produit de deux ans, car un plant de marcotte rapporte deux ans plus tard qu'un plant vif. Le plant vif mis dans la vigne est coupé au bout d'un an près de terre ; on ne laisse sortir du sol qu'un bourgeon, on fixe auprès un échalas, et on ajoute du fumier; on le taille la seconde année de la même manière, et il prend des forces qui le rendent capable de soutenir le fardeau de la production. Une production hâtive le rend grêle et menu comme le jonc, et si on ne le réprime de cette façon, il s'en va tout en bois. Rien ne pousse plus volontiers que la vigne, et si on ne lui conservait des forces pour produire, elle deviendrait tout sarment.

[17] Les meilleurs échalas se font avec les bois que nous avons dit (XVII, 34), ou bien avec des pieux de rouvre ou d'olivier; ou si ces bois manquent, avec le genévrier, le cyprès, l'aubour (XVI, 31), le roseau. Les échalas tirés d'autres bois doivent être taillés par le bout tous les ans. Les roseaux munis en faisceaux sont très bons pour la vigne en treille ; ils durent cinq ans. Quand on joint entre eux des ceps de petite taille par les sarments en forme de cordes, il en résulte des arcades qu'on nomme funeta.

[18] Au bout de trois ans part un jet rapide et vigoureux, qui avec le temps devient la vigne; il monte sur la treille. Quelques-uns alors en font sauter les yeux avec le dos de la serpe pour le faire croître en longueur, procédé nuisible; mieux vaut laisser la vigne s'habituer à produire, et ne l'épamprer que montée sur la treille, aussi longtemps qu'on juge convenable de la fortifier. Il en est qui défendent d'y toucher l'année de la transplantation, et qui veulent qu'on n'y porte pas la serpe avant cinq ans; alors ils la taillent en n'y laissant que trois bourgeons. D'autres la taillent, il est vrai, l'année de la transplantation; mais chaque année ils laissent la tige s'accroître de trois ou quatre nœuds, et la quatrième année ils la conduisent sur la treille.

[19] Ces deux procédés retardent la vigne et la rendent rabougrie et noueuse, comme sont les arbres nains. Le meilleur est d'avoir un cep robuste et des rejetons hardis. Il n'est pas sûr de compter sur les rejetons provenant de cicatrices; c'est une erreur due à l'ignorance ; tout bois de ce genre est le produit d'une violence et non celui de l'arbre même. La vigne pendant cette période de croissance est dans toute sa vigueur; et si on l'abandonne à elle-même, chaque année elle se couvre tout entière de pousses; car la nature agit sur tous les points. Quand le cep est grand, s'il est suffisamment fort, il faut aussitôt le mettre sur la treille; si elle est encore trop faible il faut la tailler, et la laisser sous l'abri hospitalier de la treille. C'est la force, non l'âge du cep qui décide.

[20] II est téméraire de rien exiger de la vigne avant qu'elle ait un pouce de grosseur. L'année suivante on conserve, selon les forces du cep, une ou deux branches; l'année d'après on les nourrit encore, si la faiblesse du pied y oblige; et enfin la troisième année on en ajoute deux. Il ne faut jamais en permettre plus de quatre. En un mot, point d'indulgence: arrêtez toujours la fécondité de ce végétal, qui, par sa nature, aime mieux produire que vivre. Tout ce que vous ôtez au bois, vous rajoutez au fruit. La vigne aime mieux produire des pousses que du fruit, parce que le fruit est quelque chose de passager : développement pernicieux; elle ne s'agrandit pas, elle s'épuise.

[21] On considère aussi la nature du sol. Dans un sol maigre, quand même le cep aurait de la vigueur, on la taille et on l'arrête de façon que toutes les pousses se fassent au-dessous de la treille. L'intervalle devra être très petit; la vigne y touchera presque, l'espérera sans en être maîtresse; encore moins doit elle s'y reposer et s'y étendre à son aise. Gouvernez ce mode de culture de manière que le cep aime mieux même croître que produire.

[22] Le cep doit avoir au-dessous de la treille deux ou trois bourgeons destinés à donner du bois; alors on le conduit le long de la treille, et l'y attache de manière qu'il soit soutenu, non suspendu; puis avec un lien on le serre au-dessus du troisième bourgeon, ce qui contribue encore à réprimer l'effort du bois, et à donner plus de force aux pousses en deçà de la ligature; on défend d'attacher la cime. Voici ce qui se passe: la portion libre et au-dessus de la ligature donne du fruit, surtout à l'endroit de la courbure; la portion au-dessous de la ligature donne du bois, grâce à l'interception de l'esprit vital et de la moelle dont nous avons parlé (XVII, 35, 1); le bois développé de cette façon donnera du fruit l'année suivante.

[23] Ainsi, Il y a deux espèces de pousses : celle qui vient des parties dures, et qui promet du bois pour la première année, se nomme sarment à feuilles, mais elle donne des fruits quand elle part d'au-dessus de la ligature; celle qui provient du bois d'une année donne toujours du fruit. On laisse encore au-dessous de la treille un rejeton dit de réserve : c'est une pousse nouvelle qui ne doit conserver que trois bourgeons, et qui dans l'année donnera du bois si la vigne s'est épuisée. A côté on en laisse aussi une autre, de la grosseur d'une verrue, qu'on nomme furunculus, pour le cas où le rejeton de réserve viendrait à manquer.

[24] Une vigne qu'on fait produire avant la septième année accomplie, à partir de la marcotte, devient grêle comme un jour, et meurt. On n'aime pas non plus à laisser croître un vieux cep en longueur et jusqu'au quatrième échalas, disposition à laquelle on donne le nom tantôt de dragon, tantôt de junicule, et qu'on emploie quand on veut faire ce qu'on appelle des vignes mâles. Quand la vigne est devenue dure, elle ne vaut plus rien pour provins. Quand la vigne a cinq ans on tord les sarments, et on permet à chacun de produire une pousse nouvelle; puis on opère sur les sarments les plus voisins, et on retranche les précédents. Il vaut toujours mieux laisser un rejeton de réserve; mais il doit être très voisin du tronc de la vigne, et ne pas dépasser la longueur que nous avons dite (trois yeux). Si les sarments poussent avec trop d'abondance, on les tord, pour qu'ils ne produisent que quatre branches secondaires, ou deux seulement si la vigne est à treille simple.

[25] Si l'on veut des vignes qui se soutiennent seules sans échalas, il faut d'abord leur donner un appui quelconque, jusqu'à ce qu'elles apprennent à se soutenir et à rester debout. Du reste, tout est de même à l'origine. Il faut que la taille fasse de toutes parts une égale répartition des pousses, afin que le fruit ne surcharge pas un côté du cep; le fruit par son poids l'empêchera nécessairement de croître en longueur. Cette vigne, quand elle dépasse trois pieds en hauteur, penche; les autres s'élèvent à cinq pieds et au delà : seulement elles ne doivent pas dépasser la taille ordinaire d'un homme.

[26] Les vignes rampantes sont aussi environnées de roseaux courts, qui leur servent de support. On creuse des fosses tout autour, de peur que les branches vagabondes, venant à se rencontrer, ne se combattent l'une l'autre. La plus grande partie du monde vendange des grappes ainsi couchées sur le sol ; car cet usage prévaut en Afrique, en Égypte, dans la Syrie, dans l'Asie entière, et dans plusieurs lieux de l'Europe. Cette espèce de vigne doit être maintenue près de terre, pour qu'elle se fortifie sur sa racine de le même façon et aussi longtemps que la vigne en treille. On a toujours soin de ne laisser que de jeunes pousses, avec trois bourgeons sur un sol fertile, cinq sur un sol maigre; des pousses nombreuses valent mieux que des pousses longues. Les influences du sol, dont nous avons parlé, se feront sentir avec d'autant plus de force que les grappes seront plus près de terre.

[27] Il est très utile que les espèces de vignes soient séparées, et qu'elles soient plantées dans des compartiments isolés; car le désaccord d'espèces mélangées se fait sentir non seulement dans le moût, mais jusque dans le vin; ou si l'on mêle des espèces différentes, il est nécessaire de n'unir que celles qui mûrissent ensemble. Les treilles seront d'autant plus hautes que le sol sera plus fertile et plus uni. Les treilles hautes conviennent aussi dans une localité sujette aux rosées, aux brouillards, et peu exposée aux vents. Au contraire, on fera les treilles basses dans un terrain sec, aride, chaud, et battu par les vents. Le lien qui joint la perche à l'échalas doit être aussi serré que possible; celui qui assujettit la vigne doit l'être très peu. Quant aux espèces de vignes, quant au sol et au ciel qui conviennent à chacune, nous en avons parlé lorsque nous avons fait l'énumération des vignes et des vins (XIV, 4 et 5).

[28] Le reste de la culture est l'objet de grande. contestations. La plupart recommandent de donner une façon à la vigne après chaque rosée, durant tout l'été; d'autres défendent cette pratique quand la vigne est en bourgeons, disant que les allants et venants font tomber les bourgeons ou les froissent, et que pour cette raison il faut écarter tout bétail et surtout le bétail à laine, qui emporte très facilement les bourgeons; que le hoyau est nuisible aussi à la vigne quand le raisin se forme; qu'il suffit de donner par an trois façons à partir de l'équinoxe du printemps, la première au lever des Pléiades (XVIII, 66), la seconde au lever de la Canicule, la troisième quand le raisin noircit.

[29] Quelques-uns posent cette règle, qu'une vigne vieille doit recevoir une. façon après la vendange, avant le solstice d'hiver, tandis que d'autres pensent qu'il suffit de la déchausser et de la fumer; ils lui dorment une seconde façon après les ides d'avril (le 13 avril), avant la germination, c'est-à-dire vers le 6 des ides de mai (10 mai), puis une autre façon avant qu'elle fleurisse, puis une troisième après la floraison, et une quatrième quand la grappe tourne. D'habiles cultivateurs affirment que si on donne trop de façons, les grains s'attendris sent au point de crever. Quand on donne une façon, il faut la donner avant les heures brûlant tes du jour. Un terrain boueux ne doit être ni labouré ni bêché. La poussière soulevée par le bêche est utile contre l'action du soleil et des brouillards.

[30] L'épamprement du printemps doit, d'un aveu commun. se faire après les ides de mai {le 15 mai), et en tous cas dans les dix jours qui précèdent le commencement de la floraison; de plus, II faut le faire en dessous de la treille. Quant au second épamprement. les opinions varient: quelques-uns pensent qu'il faut épamprer quand la fleur est passée; d'autres, à l'approche de la maturité de la grappe : mais les préceptes de Caton décideront ce point. Maintenant passons à la manière de tailler la vigne.

[31] Après la vendange, alors que le temps est encore doux, on fait la taille de la vigne. Mais, au printemps, il ne faut je mais la pratiquer, pour des raisons physiques (XVIII, 69), avant le lever de l'Aigle, comme nous l'enseignerons dans le prochain livre en traitant des influences des astres. Il ne faut pas même la pratiquer quand souffle le Favonius (XVIII, 59) ; car II y a faute et danger à se hâter avant le temps. Si quelque retour d'hiver attaque les vignes souffrantes de la récente opération qu'elles ont subie, les bourgeons seront certainement débilités par le froid, les plaies se fendront, et la rigueur de la température brûlera les bourgeons humectés par les pleurs de la vigne.

[32] Qui ne sait en effet que le froid les rend fragiles? Cette pratique est un calcul des manœuvres dans les grands domaines, et non le fait de l'activité légitime de la nature. Plus on taille la vigne de bonne heure, dans les jours convenables, plus elle donne de bois; plus on la taille tardivement, plus elle donne de fruit. En conséquence, il convient de couper les vignes maigres les premières, les vignes vigoureuses les dernières. Toutes les sections doivent être obliques, afin que la pluie s'écoule facilement ; elles doivent regarder le sol; la serpe doit être tranchante et conduite avec légèreté, et la section doit être nette. Il faut toujours couper entre deux bourgeons, pour que l'œil n'ait pas à souffrir. On pense que tant que la vigne est noire, c'est qu'on n'est pas arrive aux parties saines, et qu'il faut la couper jusque-là: car du bois gâté ne peut donner naissance à des pousses utiles.

[33] Si une vigne maigre n'a pas de bois dans l'état désirable, Il est très avantageux de la couper à ras terre, et de lui faire produire de nouvelles pousses. Dans l'épamprement, il ne faut pas ôter les feuilles qui accompagnent la grappe; cela fait couler le raisin, excepté dans une vigne nouvelle. On regarde comme inutiles les feuilles qui naissent sur le tronc et non d'un bourgeon, voire même les grappes qui proviennent d'un bois assez dur pour ne pouvoir être enlevé qu'avec la serpe. Quelques- uns pensent qu'il vaut mieux placer l'échalas à demi-distance entre deux ceps; de cette façon on les déchausse plus facilement ; et cela vaut mieux en effet pour les vignes à treille simple, si toutefois la treille est forte, et que la localité ne soit pas exposée à de grands vents. Dans la vigne à quatre faces, l'échalas doit être aussi près que possible du fardeau qu'il a à supporter : cependant, pour qu'il n'empêche pas le déchaussement, il doit être à la distance d'une coudée, mais pas davantage. On recommande de déchausser la vigne avant de la tailler.

[34] Voici les préceptes de Caton (De re rus., XXXIII) sur l'ensemble de la culture de la vigne: Faites la vigne aussi haute que possible; attachez-la bien, sans la trop serrer. Soignez-la de cette façon : Après avoir taillé la vigne, bêchez le pourtour du pied; commencez à labourer. Tracez de part et d'autre des sillons continus. Si les ceps sont jeunes, provignez au plus tôt; s'ils sont vieux, élaguez le moins possible. Couchez-les plutôt, s'il en est besoin, et au bout de deux ans coupez-les. Il sera temps de couper la vigne nouvelle quand elle aura pris de la force. Si un vignoble s'éclaircit, tracez des sillons entre les vignes, et plantez-y du plant vif;

[35] que l'ombre ne donne pas sur ces sillons; bêchez souvent. Dans un vieux vignoble semez l'ocinum (fourrage). Si la vigne est maigre, ne semez rien qui porte graine. Mettez autour des pieds de vigne du fumier, de la paille. du marc de raisin, ou autre engrais semblable. Dès que la vigne aura commencé à se garnir de feuilles, épamprez : liez en plusieurs endroits la vigne jeune, de peur que la tige ne se casse. Quand la vigne monte déjà sur la perche, attachez légèrement les pampres les plus tendres et étendez-les, afin qu'ils se tiennent bien. Dès que le raisin commence à tourner, attachez la vigne.

[36] Il y a deux greffes pour la vigne, l'une au printemps, l'autre à l'époque de la floraison; cette dernière est la meilleure. SI vous voulez transplanter une vieille vigne, vous ne le pourrez qu'autant qu'elle ne sera pas plus grosse que le bras : commencez par la tailler, ne laissez que deux bourgeons, déracinez-la complètement, prenez garde de blesser les racines; donnez-lui dans la fosse ou dans le sillon la position qu'elle avait, couvrez-la, et foulez bien la terre. Soutenez, liez et tournez la vigne comme elle était auparavant; bêchez-la souvent. L'ocinum, que Caton recommande de planter dans les vignobles, est un fourrage qui supporte l'ombre, et que les anciens appelaient ainsi parce qu'il croît très vite. (XXIII.)

[37] C'est maintenant le lieu de parler de la culture de la vigne sur les arbres (XVII, 15), blâmée singulièrement par les Saserna père et fils, célébrée par Scrofa : les Saserna et Scrofa sont les agriculteurs les plus anciens après Caton, et les plus habiles; encore Scrofa ne permet-il la culture sur hautain qu'à l'Italie. L'expérience des siècles a prouvé que les vins renommés ne viennent que sur les hautains, et même parmi ceux-là les plus estimés sont du sommet, le bas produit le plus ; tant on gagne à faire monter la vigne ! Voici comment on choisit les arbres : Au premier rang de tous est l'ormeau, excepté celui d'Atinie, qui est trop chargé de feuilles;

[38] puis vient le peuplier noir, qu'on recherche pour la même raison, c'est-a-dire parce qu'il a le feuillage moins touffu. Généralement on ne méprise pas non plus le frêne, le figuier et même l'olivier, pourvu que les branches de ce dernier ne donnent pas trop d'ombre. Nous avons suffisamment traité de la manière de planter et de cultiver ces arbres. On défend de les émonder avant le trente-sixième mois. On conserve les branches alternativement de chaque côte, on les taille de deux années l'une, et on les marie à la vigne la sixième année. Dans l'Italie transpadane, outre les arbres susdits, on plante dans les vignobles le cornouiller, le peuplier, le tilleul, l'érable, l'orne, le charme et le chêne. Dans la Vénétie on plante le saule, à cause de l'humidité du sol, (XVI, 68). Quant à l'ormeau, on l'étête, et on en dispose les branches en étages; presque jamais l'arbre n'a plus de vingt pieds.

[39] Les étages commencent à huit pieds du sol dans les côteaux et dans les terrains secs, à douze pieds dans les plaines et dans les terrains humides. Les bifurcations de l'arbre doivent regarder le midi, les branches qui en sortent être dressées comme des doigts; on a soin d'ébarber aussi les petits rameaux, pour qu'ils ne donnent pas d'ombre. L'intervalle convenable entre les arbres, si on laboure le sol, est de quarante pieds en avant et en arrière, et de vingt sur les côtés; si on ne la boure pas de vingt pieds en tout sens. Un seul arbre soutient souvent dix ceps, et l'on blâme l'agriculteur qui en met moins de trois.

[40] Il ne vaut rien de marier les ormeaux avant qu'ils ne soient forts; le prompt accroissement des vignes les tuerait. Il est nécessaire de planter les ceps dans des fosses de trois pieds, et de laisser entre eux et l'arbre une distance d'un pied. Ici point de dépense pour les maillots, pour bêcher ou pour fouir; car la culture sur hautain à cet avantage particulier, que semer des céréales dans la même terrain est avantageux à la vigne. En outre elle se défend par sa hauteur, et il n'est pas besoin, comme dans les vignobles ordinaires, pour la protéger contre les insultes des animaux, de faire la dépense d'un mur, d'une haie, ni même d'un fossé.

[41] Dans la culture sur hautain, des procédés indiqués précédemment les seuls qui conviennent sont le plant vif et le provin : le provin et double, comme nous l'avons dit. Le mode de provigner sur l'étage même dans des paniers est le plus approuvé, parce qu'il est le plus sûr contre les bestiaux. Le second mode consiste à coucher en terre le cep ou un sarment auprès de son arbre protecteur, ou auprès de l'arbre célibataire le plus voisin. On recommande de ratisser du côté de la tige mère et qui est hors du sol, pour en empêcher la végétation. On ne met point en terre moins de quatre bourgeons pour prendre racine; on en laisse deux sur le bout hors de terre. La vigne sur hautain se plante dans un sillon long de quatre pieds, large de trois, et profond de deux et demi. Au bout de l'année, on coupe le provin jusqu'à la moelle, pour l'habituer peu à peu à ses racines; on retranche la tête de la tige, à deux bourgeons près. A la troisième année, on coupe complètement le provin et on l'enfonce plus profondément en terre. de peur que la coupure ne végète. Quant au plant vif, il faut l'enlever immédiatement après la vendange.

[42] Dans ces derniers temps on a imaginé de planter près de l'arbre un dragon; c'est le nom qu'on donne à un vieux cep durci par plusieurs années : on le coupe de la plus grande longueur possible, on l'écorce dans les trois quarts de sa longueur, c'est-à-dire dans tout ce qu'on enterre (aussi on le nomme plant écorce), on le couche dans le sillon; le reste est placé droit contre l'arbre : c'est le procédé le plus prompt pour avoir une vigne. Si la vigne ou le terrain est maigre, on est dans l'usage de la couper aussi près que possible du sol, jusqu'à ce que la racine se fortifie. De même on ne la plante pas couverte de rosée, ni pendant que le vent souffle du nord. La vigne elle-même doit regarder l'aquilon (nord-est), et les jeunes branches le midi.

[43] Il ne faut pas se hâter de tailler la vigne nouvelle; mais il faut commencer par donner au bols la forme d'une couronne, et ne la tailler que quand la plante est forte. La vigne sur hautain est d'ordinaire en retard d'un an sur la vigne en treille. Il en est qui défendent absolument de la tailler avant qu'elle ne soit de la hauteur des arbres. A la première taille on la coupera à six pieds de terre, et au-dessous on laissera un rameau qui aura été force de naître de la courbure du bois.

[44] Ce rameau, après avoir été taillé, n'aura pas plus de trois bourgeons. Les branches qui en sortiront l'année suivante seront disposées sur les étages inférieurs, et chaque année on les fera monter aux étages supérieurs. On aura toujours soin de laisser une vieille branche dans chaque étage, et une jeune branche qui montera où l'on voudra. Du reste, dans toute taille on doit couper les branches qui viennent de produire, et, après avoir coupé de toutes parts les tendrons, faire couper les branches nouvelles sur les étages. En Italie on taille de manière que, les sarments de la vigne étant étendus le long des rameaux de l'arbre, l'arbre se trouve tout revêtu de pampre et les sarments de raisins; en Gaule, de manière que la vigne passe d'arbre en arbre; le long de la voie Émilienne, de manière que la vigne enlace le tronc des ormes atiniens, mais on fuit le feuillage.

[45] Quelques vignerons inhabiles suspendent la vigne avec un lien au-dessous des branches de l'arbre, c'est lui nuire et l'étouffer; il faut la maintenir avec un lien d'osier, et non l'étreindre. Bien plus, dans les lieux où le saule abonde, on préfère comme plus souples les liens qu'il fournit: les Siciliens emploient l'herbe qu'ils nomment ampelodesmos; la Grèce entière se sert du jonc, du souchet, et d'herbes de marais. A la vigne délivrée de ses liens on doit permettre d'être vagabonde pendant quelques jours, de s'éparpiller en désordre, et de se reposer sur le sol, que pendant une année entière elle n'a pu que regarder.

[46] De même que les bêtes de somme après l'attetage et les chiens après une course aiment à se vautrer, de même la vigne aime à étendre ses bras. L'ormeau lui-même, délivré du poids qui le chargeait, se réjouit et semble respirer. II n'est rien, dans l'oeuvre de la nature, qui (témoin les jours et les nuits) ne désire certaines alternatives de vacances : c'est pour cela qu'on défend de tailler la vigne aussitôt aprés la vendange, et quand elle est encore fatiguée d'avoir produit le fruit. Après la taille, il faut la rattacher en un autre point, car la trace circulaire du lieu se fait voir: et il n'est et pas douteux qu'elle en a souffert.

[47] Dans la culture gauloise, on fait courir des deux côtés deux sarments, si les arbres sont éloignés de quarante pieds; quatre sarments, si l'intervalle est de vingt pieds; on les unit à leur rencontre, et confondus on les attache ensemble, en ayant soin de les fortifier de baguettes subsidiaires s'ils sont trop faibles. Dans le cas où les sarments trop courts ne peuvent se rencontrer, l'espace intermédiaire est rempli par un crochet qui les fait communiquer avec l'arbre qui les désire. On avait coutume de couper à deux ans, le sarment à conduire; en effet, à des vignes vieilles il vaut mieux donner du temps pour qu'elles fassent le trajet, à moins qu'elles n'aient une grosseur suffisante : d'ailleurs, il est avantageux de favoriser le développement de ce qui doit être un dragon.

[48] Une autre méthode qui tient le milieu entre la précédente et le provin consiste à coucher en terre une vigne entière, à tendre avec des coins la souche en portions que l'on met dans autant de sillons, en soutenant ces grêles segments avec des échalas attaches autour, et sans couper les pampres qui s'échappent des côtés. Les vignerons de Novare, non contents des sarments qui courent d'arbre en arbre, et du grand nombre de rameaux, font passer en outre la vigne sur des fourches plantées à cet effet; genre de culture qui, joint aux défauts du sol, donne de l'âpreté au vin.

[49] Autre faute (celle-là est du fait des Varracins auprès de Rome) : on ne taille que de deux années l'une les vignes; non que cela soit avantageux au vignoble, mais c'est qu'en raison du vil prix du vin les dépenses dépasseraient les produits. A Carséole on prend un terme moyen : on se borne à retrancher les parties de la vigne cariées, et commençant à se dessécher; on laisse le reste produire du raisin; on la décharge d'un poids inutile, et toute la nourriture qu'on lui donne, c'est de la tailler rarement. Mais, avec une telle culture, la vigne, à moins d'être dans un sol gras, dégénère en sauvageon.

[50] Les vignobles sur hautain demandent à être la bourrés très profondément, quoique les céréales qu'on y sème n'exigent pas un aussi profond labour. On n'est pas dans l'usage de les épamprer, et c'est autant de moins sur la main-d'œuvre. On taille les arbres en même temps que la vigne, et on les éclaircit en ôtant les rameaux inutiles, et qui consumeraient la nourriture. Nous avons dit (XVII, 16) qu'il ne fallait pas que les surfaces coupées regardassent le septentrion ou le midi; il serait bon aussi qu'elles ne regardassent pas le couchant. Ces plaies sont longtemps douloureuses et d'une difficile guérison, quand elles sont exposées à un excès de froid ou de chaleur. Un vignoble sur hautain offre plus de facilités qu'un autre, car il y est aisé de cacher certains côtés, et de tourner les plaies où l'on veut. Lorsque la coupure des arbres regarde en haut (XVII, 37, 8 ), il faut y pratiquer des espèces de rigoles, pour que l'eau n'y séjourne pas.

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Re: Livre XVII, traitant des arbres cultivés

Message par Stephandra le Mer 27 Avr 2011, 14:38

XXXVI. Moyens d'empêcher que les raisins ne soient dévastés par les animaux.

[1] Il faut donner à la vigne des échalas qu'elle saisira, et qui, s'ils sont plus grands qu'elle, la feront monter. (XXIV.) On assure que les treilles (XIV, 3) de bonne qualité doivent être taillées aux Quinquatries (fêtes de Minerve) (XVIII, 56), et celles dont on veut garder le raisin, au décours da la lune. On assure que celles qui ont été taillées à l'époque de la conjonction de la lune ne sont attaquées par aucun insecte. Dans un autre système on pense qu'il faut les tailler de nuit pendant la pleine lune, quand cet astre est dans le Lion. le Scorpion, le Sagittaire et le Taureau, et qu'en général il faut les planter pendant la lune pleine, ou tout au moins pendant le croissant. En Italie dix vignerons suffisent à la culture de cent jugères de vignoble (25 hectares).




XXXVII. Maladies des arbres.

[1] Après avoir suffisamment parlé de la plantation et de la culture des arbres (car nous avons amplement traité du palmier (XIII, 6) et du cytise (XIII, 47) à propos des végétaux exotiques), nous allons, pour ne rien omettre, nous occuper des autres détails de leur histoire naturelle, qui ont de grands rapports avec tout ce qui précède. Les arbres sont sujets aussi à des maladies : quel être engendré est exempt de ces maux ? A la vérité, on dit que les affections des arbres sauvages ne sont pas mortelles, et qu'ils ne craignent que la grêle pendant le bourgeonnement ou la floraison; qu'il leur arrive encore d'être grillés par un excès de chaleur, ou par un vent glacial survenant à contretemps : car, ainsi que nous l'avons dit (XVII, 2, 1), des froids venus à propos sont utiles.

[2] Quoi donc, dira-t-on, le froid ne fait-il pas périr la vigne? Oui sans doute, et c'est cela même qui fait reconnaître le défaut du terroir; car la vigne ne meurt de froid que dans un terrain froid. En hiver, nous aimons la froidure du ciel, non celle du terrain; et ce ne sont pas les arbres les plus faibles qui périclitent en hiver par la gelée, ce sont les plus grands. Dans ceux qui en ont souffert, la cime est la première partie qui se sèche, attendu que l'humidité condensée par le froid n'a pu y parvenir.

[3] Parmi les maladies les unes sont communes à tous les arbres, les autres particulières à des espèces. Les maladies communes sont les vers, la sidération et les douleurs des membres, qui produisent la débilité des parties. Faisant partager aux misères des végétaux les noms des misères des hommes, nous disons des corps mutilés, des yeux de bourgeons brûlés, et beaucoup d'expressions semblables ; nous disons qu'ils sont affectés de faim et d'indigestion, suivant la quantité d'humeur; quelques-uns même le sont d'obésité: ainsi tous les arbres résineux, quand ils ont trop de graisse, sont affectés de la maladie appelée teda (XVI, 19); et quand les racines commencent aussi à devenir grasses, ils périssent, comme les animaux, par trop de graisse. Quelquefois aussi des maladies pestilentielles sévissent sur des espèces. ainsi que parmi les hommes elles sévissent tantôt sur les esclaves, tantôt sur le peuple des villes, tantôt sur celui des campagnes.

[4] Les arbres sont plus ou moins sujets aux vers; toutefois presque tous en sont attaqués; et des oiseaux (X, 20) reconnaissent l'existence de ces insectes par le son que rend l'écorce creuse. Au reste, ces vers sont devenus un objet recherché sur les tables. Les gros vers du rouvre figurent parmi les mets délicats; on les nomme cosses (XI, 38; XXX, 39, 3) ; on va même jusqu'à les engraisser de farine et à les élever. Les poiriers, les pommiers et les figuiers sont les arbres que les vers attaquent le plus; ils attaquent moins les arbres amers et odoriférants. Des vers qui existent sur le figuier, les uns naissent de l'arbre même, les autres sont produits par le ver appelé céraste (XVI, 80): cependant tous se transforment en cérastes; ils font entendre un petit son aigu. Le sorbier est infesté de vermisseaux roux et velus qui le font mourir. Le néflier, dans la vieillesse, est sujet aussi à cette maladie.

[5] La sidération dépend tout entière du ciel; par conséquent il faut ranger dans cette classe la grêle, la bruine. et les dommages causés par la gelée blanche. La bruine tombant sur les pousses encore tendres que la chaleur du printemps invite et qui se hasardent à partir, brûle les jeunes bourgeons pleins de lait; c'est ce que dans la fleur on appelle charbon. La gelée blanche est plus dangereuse encore; car tombée elle persiste, elle gèle; et il n'est pas même de vent pour la chasser, vu qu'elle ne se produit que par un temps calme et serein.

[6] Toutefois, ce qui est le propre de la sidération, c'est au lever de la Canicule l'ardeur et la sécheresse, qui tuent les greffes et les jeunes arbres, particulièrement le figuier et la vigne. L'olivier, outre les vers auxquels il est sujet comme le figuier, est attaqué en outre du clou, qu'on appelle aussi champignon ou cupule; c'est une espèce de coup de soleil. Caton, De re rust, VI) assure que la mousse rouge (XV, 6) lui est nuisible également. Une trop grande fertilité nuit aussi la plupart du temps à la vigne et à l'olivier. La gale est commune à tous les arbres. L'impétigo et les limaçons qui naissent sur l'écorce sont des maladies particulières aux figuiers; non partout, car il est certaines maladies affectées même à des localités.

[7] L'arbre est comme l'homme, sujet à des maladies goutteuses, et de deux espèces aussi. En effet ou le mal se jette sur les pieds, c'est-à-dire sur les racines, ou il se jette sur les doigts, c'est-à- dire sur les extrémités de la cime les plus éloignées de la tige. Les parties ainsi affectées se dessèchent. Les Grecs ont une dénomination propre pour l'une et l'autre affection (σφακελισμὸς et κράδος). Dans les deux cas, il y a d'abord douleur, puis amaigrissement et fragilité des parties, puis marasme et mort, les sucs n'étant pas pompés ou n'étant pas transmis. Les figuiers y sont les plus exposés. Le figuier sauvage est exempt de toutes les affections que nous avons énumérées jusqu'à présent. La gale est produite par des rosées gluantes, après le lever des Pléiades; car si elles sont ténues, elles lavent l'arbre sans y engendrer la gale; les figues vertes tombent si les pluies ont été trop abondantes. Les figuiers souffrent encore du trop d'humidité des racines.

[8] Outre les vers et la sidération, la vigne est sujette à une maladie particulière des articulations (nœuds), que trois causes produisent : la première cause est la destruction des bourgeons par la violence des tempêtes; la seconde, selon Théophraste, les coupures regardant en haut (XVII, 35, 50); la troisième, les froissements dus à une culture malhabile. Toutes ces causes se font sentir dans les articulations. Dans la catégorie de la sidération il faut ranger la coulure quand la vigne défleurit, ou l'endurcissement (XVIII, 69, 8 ) des grains de raisin avant qu'ils aient grossi. Les vignes deviennent malades aussi par le froid qui en grille les bourgeons, lorsqu'elles viennent d'être taillées.

[9] Une chaleur intempestive leur nuit également ; car tout subsiste par une certaine mesure, par un certain tempérament. Des maladies encore sont dues à la faute des vignerons, et lorsqu'ils serrent trop la vigne, comme nous l'avons dit (XVII, 35, 45), et quand, en bêchant, ils l'endommagent d'un coup maladroit, et quand, laboureurs imprudents, ils en luxent les racines ou enlèvent l'écorce de la tige. On y cause aussi des contusions en se servant d'une serpe mal aiguisée. Toutes ces lésions les rendent plus sensibles au froid et à la chaleur, parce que toute influence nuisible du dehors pénètre dans la plaie.

[10] Le pommier, surtout celui qui donne des pommes douces, est de complexion très faible. Dans quelques arbres l'affaiblissement amène la stérilité, et non la mort; ainsi quand on étête un pin ou un palmier. ils deviennent stériles, mais ne meurent pas. Quelquefois les fruits eux-mêmes sont malades, indépendamment de l'arbre, par exemple quand, aux époques nécessaires, il y a eu défaut ou excès de pluie, de chaleur ou de vent; ils tombent alors, ou se détériorent. L'accident le plus funeste pour la vigne et l'olivier, c'est qu'ils soient, lors de la défloraison, frappés par la pluie; car le fruit coule en même temps.

[11] La pluie fait naître aussi les chenilles, animal redoutable qui ronge le feuillage ou la fleur, même des oliviers, comme à Milet, et qui laisse dans un état hideux l'arbre dévoré. Ce fléau est produit par une chaleur humide et douce; il est remplacé par un autre quand il survient un soleil ardent qui, brûlant les chenilles, ne fait que changer la nature du mal. Il est encore une affection particulière aux oliviers et aux vignes; on nomme toile d'araignée : des espèces de toiles enveloppent le fruit et l'étouffent. Certains vents grillent spécialement les olives et les raisins, sans toutefois épargner les autres fruits.

[12] Les fruits eux-mêmes, tels que la pomme, la poire, la nèfle et la grenade, sont piqués en certaines années, indépendamment de l'arbre. Dans l'olive deux résultats sont possibles : si le ver naît sous la peau, il détruit le fruit; il l'augmente s'il naît dans le noyau même, qu'il ronge. Les pluies qui surviennent après le lever d'Arcturus (XVIII, 74) empêchent les vers de naître sous la peau; venant avec le vent du midi, elles engendrent ces vers, même dans la chair des olives, qui, mûrissant, sont alors très sujettes à tomber. Cela arrive surtout dans les lieux arrosés, et il faut rejeter ces olives, même lorsqu'elle ne sont pas tombées. II est encore des moucherons nuisibles à certaines espèces, par exemple au gland et à la figue. Ces moucherons semblent naître d'une humeur placée sous l'écorce, et qui est douce alors. Voila à peu près toutes les maladies des arbres.

[13] On ne donnera pas proprement le nom de maladies à certaines influences temporaires ou locales qui causent immédiatement la mort, par exemple quand l'arbre est attaqué par le dessèchement, par la brûlure ou par quelque vent particulier à une localité; tels sont l'Atabule (vent de nord-ouest) en Apulie, l'Olympias (II, 46) dans l'Eubée. En effet, ces vents, s'ils soufflent vers le solstice d'hiver, brûlent et dessèchent par le froid les arbres, au point de ne pouvoir plus être ranimés par la chaleur du soleil. Les arbres plantés dans les vallées et le long des rivières sont exposés à ces accidents, surtout la vigne, l'olivier, le figuier. Quand cela arrive, on s'en aperçoit dès l'époque du bourgeonnement, plus tard dans l'olivier: dans tous, si les feuilles tombent c'est un signe qu'ils reprendront; autrement, ceux qu'on croirait avoir survécu meurent.

[14] Quelquefois les feuilles qui se sont fanées reverdissent. D'autres arbres du nord, par exemple du Pont, de la Phrygie, souffrent du froid ou de la gelée, quand le froid ou la gelée durent quarante jours après le solstice d'hiver. En ces contrées et partout ailleurs, une forte gelée, si elle survient immédiatement après la fructification, tue même en peu de jours.

[15] Les lésions qui sont du fait des hommes constituent la seconde catégorie. La poix, l'huile, la graisse, sont nuisibles aux arbres, surtout aux jeunes. On tue les arbres en enlevant un anneau circulaire de l'écorce, excepté le liège (XVI, 13), auquel celte opération fait même du bien; car l'écorce en s'épaississant l'étreint et l'étouffe. L'adrachné (XIII, 40) n'en souffre pas non plus, pourvu qu'on n'entame pas en même temps le bois. Au reste, le cerisier, le tilleul, la vigne perdent l'écorce ; non pas l'écorce essentielle à la vie, et la plus voisine du tronc, mais celle qui tombe à mesure qu'une autre se forme au-dessous.

[16] Dans quelques arbres l'écorce est naturellement crevassée; tel est le platane. Sur le tilleul l'écorce repousse, peu s'en faut, tout entière. Aussi, pour les arbres dont l'écorce est susceptible de cicatrisation, on emploie la boue et le fumier; et ces remèdes réussissent quelquefois, quand il ne survient pas subséquemment un excès de froid ou de chaud. A l'aide de ces moyens, la mort de certains arbres est retardée, par exemple pour le rouvre et le ébène. La saison a aussi de l'influence : si on écorce le sapin et le pin quand le soleil traverse le Taureau ou les Gémeaux, époque de leur bourgeonnement, ils meurent aussitôt; en hiver, ils résistent plus longtemps à la même lésion. Il en est de même de l'yeuse, du rouvre et du chêne. Si on n'écorce circulairement les arbres susdits que dans un espace étroit ils n'en souffrent pas; mais plus faibles et venus dans un sol maigre ils périssent à la suite d'un écorcernent, même opéré d'un seul côté.

[17] L'étêtement a le même résultat pour le cyprès, le faux sapin et le cèdre; ils meurent si on en coupe ou brûle la tête. La dent des bêtes ne cause pas moins de dom mage. Varron rapporte même (De re rust., I, 2), comme nous l'avons dit (VIII, 76, et XV, 8), que l'olivier seulement léché par une chèvre devient stérile. Broutés, quelques arbres meurent; d'autres se détériorent seulement, tel est l'amandier : l'amande de douce devient amère; d'autres en sont améliorés, comme à Chios le poirier nommé phocidien. Nous avons dit (XIII, 9, 1; XVII, 80, 8) quels arbres se trouvaient bien de l'étêtement. Fendre le tronc cause la mort de la plupart, excepté de la vigne, du pommier, du figuier et du grenadier. Pour en faire périr quelques-uns il suffit même d'une plaie; le figuier et tous les arbres résineux méprisent cette lésion. La section des racines cause la mort, et cela n'est nullement étonnant ; la plupart même périssent quand on a coupé non toutes les racines, mais les plus grosses et les plus essentielles à la vie.

[18] Les arbres se tuent réciproquement (XVI, 47) par leur ombre, ou par l'épaisseur de leur feuillage, ou en s'enlevant la nourriture. Le lierre tue en étreignant (XVI, 62). Le gui est loin d'être avantageux; et la plante que les Grecs nomment halimos (atriplex halimus, L.) donne la mort au cytise. Certaines plantes ne tuent pas, il est vrai, mais détériorent par leur odeur et le mélange de leur suc; telle est l'action que la raifort (XIX, 25) et le laurier exercent sur la vigne. La vigne, en effet, a pour ainsi dire de l'odorat, et les odeurs l'affectent d'une façon singulière ; aussi quand elle en est voisine elle se détourne, recule, et fuit une exhalaison ennemie. C'est cette observation qui a suggéré à Androcyde son remède contre l'ivresse, et lui la fait prescrire de manger du raifort. La vigne hait encore le chou et toute espèce de légumes ; elle hait aussi le coudrier, triste et maladive si ces plantes ne sont pas loin d'elle. Le nitre, l'alun, l'eau de mer chaude, les cosses de fèves ou d'ers, sont pour la vigne les poisons les plus actifs.





XXXVIII. Prodiges qu'ont présentés les arbres.

(XXV.) [1] Parmi les maux qui affectent les arbres rangeons aussi les monstruosités. On a vu des arbres qui n'avaient jamais eu de feuilles, une vigne et un grenadier dont le fruit adhérait au tronc, et non aux pousses ou aux branches; une vigne qui portait du raisin sans avoir de feuilles, et des oliviers dont les feuilles tombaient tandis que les olives restaient. Il y a ni des merveilles fortuites : un olivier complètement brûlé repoussa; en Béotie, des figuiers rongés par les sauterelles (XXIX, 29) bourgeonnèrent de nouveau. Les arbres changent aussi de couleur, et de noirs ils deviennent blancs : ce n'est pas toujours un prodige; cela se voit surtout sur ceux qui proviennent de graines : ainsi le peuplier blanc devient peuplier noir. Quelques-uns pensent que le sorbier transplanté en un lieu plus chaud cesse de produire.

[2] Mais ce qui est un prodige, c'est que des fruits acerbes se changent en fruits doux, et des fruits doux en fruits acerbes; ainsi le sauvageon devient figuier, et réciproquement. C'est un présage funeste quand il y a détérioration, par exemple quand l'olivier cultivé devient olivier sauvage, quand le raisin blanc et la figue blanche deviennent noirs, et, comme à Laodicée, quand à l'arrivée de Xerxès un platane se changea en olivier. Le livre d'Aristandre, chez les Grecs, fourmille de pareils prodiges, et nous dispense d'en rapporter davantage : nous avons en latin les Mémoires de C. Épidius, où l'on trouve que des arbres ont même parlé.

[3] Dans le territoire de Cumes, un arbre, et ce fut un présage menaçant, s'enfonça peu avant les guerres civiles du grand Pompée; quelques branches seulement paraissaient au-dessus du sol. On trouva dans les livres sibyllins qu'il y aurait carnage d'hommes, et que ce carnage serait d'autant plus grand qu'il serait plus près de Rome. Un autre genre de prodiges est la naissance d'un arbre en lieu extraordinaire, par exemple sur la tête d'une statue, sur un autel, ou sur un autre arbre. Un figuier poussa sur un laurier à Cyzique, avant le siège de cette ville [par Mithridate].

[4] Semblablement à Tralles un palmier naquit sur le piédestal de la statue du dictateur César, vers le temps de sa guerre civile. A Rome, dans le Capitole, un palmier qui naquit, lors de la guerre de Persée, sur la tête de la statue de Jupiter, présagea la victoire et le triomphe; renversé par des tempêtes, il fut remplacé dans le même lieu par un figuier, lors du recensement fait par les censeurs M. Messala et C. Cassius (an de Rome 600), époque à laquelle, selon Pison, auteur grave, la pudicité a péri. Au-dessus de tous les prodiges dont on a jamais ouï parler, nous mettrons celui qui s'est opéré de notre temps, lors de la chute de l'empereur Néron, dans le territoire des Marrucins : une plantation d'oliviers (II, 85) qui appartenait à Vectius Marcellus, des premiers de l'ordre équestre, franchit tout entière la grande route, et des champs qui étaient de l'autre côté de cette même route vinrent remplacer les oliviers.

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Re: Livre XVII, traitant des arbres cultivés

Message par Stephandra le Mer 27 Avr 2011, 14:38

XXXIX. Traitement des arbres malades.

(XXVI.) [1] Après avoir exposé les maladies des arbres, il convient d'en indiquer les remèdes. Parmi les remèdes les uns sont communs à tous, les autres sont particuliers à quelques-uns. Remèdes communs : déchausser, rechausser, donner de l'air aux racines, les couvrir de terre, les abreuver ou les priver d'eau, leur donner le fumier réparateur, les alléger par la taille du poids qui les charge. On leur ôte des sucs comme par une espèce de saignée (XVII, 48), on ratisse l'écorce tout autour (XVII, 45), on exténue la vigne, on en dompte les jeunes pousses; si le froid a rendu les bourgeons rabougris et rugueux, on les fait tomber, et on polit pour ainsi dire la tige.

[2] Parmi les arbres, les uns aiment plus, les autres moins ces remèdes; ainsi le cyprès dédaigne l'eau, le fumier, les façons à la bêche, la taille; il hait tous les remèdes; bien plus, on le tue par l'arrosement, qui est le principal aliment pour la vigne et le grenadier. Quant au figuier, les arrosements l'alimentent, mais en fanent la figue. Si on bêche l'amandier, la fleur tombe. Il ne faut pas non plus bêcher le pied des arbres nouvellement greffes avant que les greffes soient fortes et aient commencé à donner du fruit. Plusieurs arbres veulent qu'on leur coupe ce qui est pour eux un poids superflu, comme nous nous coupons les ongles et les cheveux. Les vieux arbres se coupent par le pied et repoussent par quelque rejeton, non tous, mais seulement ceux dont nous avons dit que la nature le comporte (XVI, 53, 56, 66, 67 et 90).





XL. Comment il faut les arroser.

[1] L'arrosement est bon pendant les chaleurs de l'été, nuisible pendant l'hiver, d'effet variable en automne, suivant la nature du sol; car en Espagne le vigneron vendange sur un sol inondé, tandis que dans la plus grande partie du monde il faut même faire écouler les pluies d'automne. C'est vers le lever de la Canicule que les arrosements sont surtout utiles, mais alors même ils ne doivent pas être excessifs; autrement ils nuisent aux racines et les enivrent. L'âge aussi règle la mesure de l'arrosement; les jeunes plantes sont moins altérées. Celles qui désirent le plus d'être arrosées sont celles qui y sont habituées; au contraire, les plantes venues dans des lieux secs ne demandent que l'humidité nécessaire.





XLI. Faits remarquables touchant l'irrigation.

[1] L'âpreté des vins exige qu'on arrose les vignobles dans le canton Fabian, territoire de Sulmone, en Italie, localité où on arrose aussi les champs : chose singulière, cette eau tue les herbes, alimente les céréales, et l'arrosement tient lieu de sarclage. Dans ce même territoire, en hiver, surtout s'il y a neige ou gelée, pour empêcher que le froid ne grille les vignes, on y fait arriver l'eau, ce qu'on appelle en ce lieu attiédir; particularité qui appartient à une rivière seule, laquelle est en été d'un froid presque intolérable.





XLII. Incisions pratiquées sur les arbres.

(XXVII.) [1] Les remèdes contre le charbon et la rouille seront indiqués dans le prochain livre (XVIII, 45 et 70). En attentant nous placerons parmi les remettes la scarification. Quand l'écorce a maigrie se resserre par l'effet d'une maladie, et comprime plus qu'il ne faut les parties vitales de l'arbre, on fait, à l'aide d'une serpe bien tranchante tenue à deux mains, des incisions dans la longueur de l'arbre, et l'un donne une sorte de laxité à l'écorce. On reconnaît que ce moyen a été utile quand les cicatrices se dilatent, et sont rem plies par le bois intérieur.





XLIII. Autres remèdes pour les arbres.

[1] La médecine des arbres est en grande partie semblable à celle des hommes, puisqu'on en perfore aussi les os. Les amendes d'amères deviennent douces si, après noir bêché la terre tout autour de l'arbre, on en perce le pied, et qu'on essuie l'humeur qui suinte. A l'orme aussi on ôte le suc inutile, en le forant au-dessus de terre jusqu'à la moelle quand il est vieux, ou quand en reconnaît qu'il a un excès de nourriture. De même, quand l'écorce du figuier est turgescente on donne issue aux sucs à l'aide d'incisions obliques et peu profondes ; cela empêche les figues de tomber. Quand les arbres à fruit bourgeonnent sans produire on fend la racine, on met une pierre dans la fente, et ils deviennent productifs: cette opération se pratique aussi sur les amandiers, on y enfonce un coin de rouvre. Pour les poiriers et les sorbiers on emploie un coin de teda, et l'on jette par-dessus de la cendre et de la terre. Il est même utile de couper circulairement les racines des vignes et des figuiers qui ont un excès de végétation, et de jeter de la cendre sur les racines coupées. On obtient des figues tardives en ôtant les premières figues vertes quand elles ont dépassé la grosseur d'une fève; alors poussent celles qui mûrissent plus tardivement. Le figuier commencent à se couvrir de feuillage devient, si on coupe les cimes de chaque branche, plus solide et plus fécond. Quant à la caprification, elle mûrit les figues.





XLIV. De la caprification et du figuier.

[1] Il est certain que dans la caprification les figues vertes donnent naissance à des moucherons (XV, 21); car lorsque ces insectes se sont envolés, on ne trouve plus de graines à l'intérieur du fruit, et il est évident que ces graines ont été transformées en moucherons. Ces insectes sont tellement empressés de sortir, que la plupart laissent en s'enfuyant ou une patte ou partie de leurs ailes. Il est une autre espèce de moucherons qu'on nomme centrines; ils ressemblent, par leur fainéantise et leur méchanceté, aux bourdons des abeilles, et sont le fléau des moucherons véritablement utiles; en effet, Ils les tuent et meurent eux- mêmes. Les teignes attaquent aussi le plant de figuier:

[2] le remède contre ces teignes, c'est d'enfouir dans la même fosse une bouture de lentisque, que l'on renverse, le sommet eu bas. On rend les figuiers très productifs en délayant de la terre rouge dans du marc d'olives qu'on jette avec du fumier sur les racines, quand l'arbre commence à se couvrir de feuillage. Parmi les figuiers sauvages on estime surtout les noirs, et ceux qui viennent dans les lieux pierreux; ce sont en effet ceux qui ont le plus de graines. La caprification elle-même s'opère après la pluie.





XLV. Taille défectueuse.

[1] Avant tout il faut prendre garde que des remèdes n'engendrent des maladies, ce qui arrive par des traitements excessifs ou intempestifs. Éclaircir les arbres est avantageux; mais les massacrer chaque année est parfaitement inutile. La vigne n'exige qu'une taille annuelle; le myrte, le grenadier, l'olivier, demandent à être taillés de deux années l'une, attendu que la végétation en est très active Les autres arbres se taillent plus rarement; aucun ne se taille en automne. On ne les racle même qu'au printemps. Quand on taille un arbre, tout ce qui est coupé au delà du nécessaire porte atteinte à sa vitalité.





XLVI. De la manière de fumer.

[1] Mêmes précautions pour le fumier. Les arbres l'aiment; mais il faut prendre garde qu'il ne soit mis pendant l'ardeur du soleil, qu'il ne soit trop nouveau, ou plus fort qu'il n'est nécessaire. Le fumier de cochon brûle les vignobles, à moins qu'on ne mette cinq ans d'intervalle, excepté quand ils sont abondamment arrosés. Les immondices des corroyeurs (XVIII, 6, 2) brûlent également, à moins qu'on n'y mêle de l'eau. Trop de fumier brûle aussi. La quantité qu'on regarde comme régulière est trois muids pour dix pieds carrés : c'est la nature du sol qui en décidera.




XLVII. Médicaments pour les arbres.

[1] On traite aussi les plaies des arbres avec la fiente de pigeon et de cochon. Si les grenades sont arides, on déchausse les racines, et on y met du fumier de cochon; la première année les grenades sont vineuses, la suivante elles sont douces. D'autres pensent qu'il faut arroser les grenadiers quatre fois par an avec un mélange d'eau et d'urine humaine, une amphore (19 litr., 44) pour chaque pied, ou asperger l'extrémité des branches avec du silphium délayé dans du vin; qu'il faut tordre le pédicule des grenades, si elles se fendent sur l'arbre: quant aux figuiers, qu'il faut, dans tous les cas, les arroser de marc d'olives; que pour les autres arbres malades, on les arrose de lie de vin, ou qu'on sème du lupin autour des racines. L'eau d'une décoction de lupin, répandue sur les racines, est utile aussi au fruit Les figues tombent quand il a tonné pendant les Vulcanales (XVIII, 35); on en prévient la chute en jetant de la paille d'orge sous les figuiers. La chaux mise sur les racines rend les cerises précoces, et les force à mûrir. II vaut mieux éclaircir les cerises et tous les fruits, afin que ceux qu'on laisse grossissent.

(XXVIII.) [2] Certains arbres gagnent à être maltraités ou sont excités par des substances mordantes, par exemple le palmier et le lentisque, qui sont alimentés par les eaux salées. La cendre a la vertu du sel, mais à un moindre degré; aussi on jette sur le figuier de la cendre; on emploie de même la rue, pour en écarter les vers ou pour empêcher les racines de pourrir. Bien plus, on prescrit de verser de l'eau salée sur les racines des vignes, s'il en suinte de l'humeur; si les raisins tombent, d'asperger les racines ou la tige même avec de la cendre délayée dans du vinaigre, ou avec la sandaraque si la grappe pourrit; si la vigne est stérile, de l'arroser et de la frotter avec de la cendre pétrie dans du fort vinaigre;

[3] si le raisin, an lieu de mûrir, se dessèche, de recéper la vigne et d'en humecter la plaie et les fibres avec du fort vinaigre et de la vieille urine, puis de recouvrir les racines avec une boue où entre ce mélange, et de bêcher souvent. Quant aux oliviers, s'ils ne promettent guère de fruits, on découvre les racines, et on les expose au froid de l'hiver; ce châtiment leur profite. Toutes ces opérations, qui se font chaque année, sont subordonnés à l'état du ciel, et doivent être tantôt retardées, tantôt avancées. II n'est pas jusqu'au feu qui n'ait quelque utilité, par exemple pour le roseau, qui, brûlé, repousse plus épais et plus dru.

[4] Caton (De re rust., XCIII) donne aussi les recettes de certains médicaments, spécifiant même la dose: pour les racines des grands arbres une amphore, pour celles des arbres plus petits une urne d'un mélange, à partie égales, de marc d'olives et d'eau, que l'on versera peu à peu sur les racines préalablement déchaussées. Pour l'olivier il ajoute la recommandation de mettre d'abord de la paille tout autour, recommandation qu'il fait aussi pour le figuier. II prescrit, surtout au printemps, d'accumuler la terre sur les racines du figuier, disant qu'ainsi les figues vertes ne tomberont pas, que l'arbre sera plus productif, et ne deviendra pas raboteux. De la même façon, pour empêcher la pyrale de naître dans les vignes, faites cuire, dit-il, deux conges de marc d'olives jusqu'à consistance de miel, puis faites cuire le résidu avec un tiers de bitume et un quart de soufre, en plein air, car à l'intérieur on aurait à craindre le feu.

[5] Oignez la vigne avec ce mélange à la cime et aux aisselles; de cette façon il n'y aura pas de pyrales. Quelques-uns se bornent à faire avec ce mélange des fumigations au vent de la vigne; et cela pendant trois jours de suite. La plupart n'attribuent pas moins d'utilité et de vertus nutritives à l'urine que Caton au marc d'olives: seulement ils la coupent avec la moitié d'eau, parce que l'urine seule est nuisible. D'autres mentionnent un insecte qu'ils nomment volucre, et qui ronge les grappes naissantes. Pour empêcher que cela n'arrive, ils essuient les serpes, à chaque fois qu'ils les aiguisent, avec une peau de castor, et ils taillent. On recommande d'enduire après la taille ces instruments avec du sang d'ours. Les fourmis sont aussi un fléau des arbres, qu'on en préserve en enduisant les troncs avec de la terre rouge et de la poix liquide. On parvient encore à réunir ces animaux en un seul lieu, en suspendant un poisson dans le voisinage de l'arbre.

[6] Autre procédé : oindre les racines avec de l'huile dans laquelle on a broyé du lupin. Beaucoup tuent les taupes avec du marc d'olive. On préserve les pommes des chenilles et de la pourriture en touchant la cime du pommier avec le fiel d'un lézard vert. Un remède dirigé particulièrement contre les chenilles, c'est de faire faire le tour de chaque arbre à une femme ayant ses règles, les pieds nus et retroussée. De même encore, pour empêcher les animaux de porter sur les arbres une dent malfaisante, on asperge les feuilles avec de la fiente de bœuf délayée toutes les fois qu'il a plu, parce que la pluie emporte toute la force de cette préparation. L'industrie humaine imagine vraiment des choses merveilleuses! Ne va-t-on pas généralement jusqu'à croire qu'on détourne la grêle par un charme dont je n'ose pas, à la vérité, transcrire sérieusement les paroles, bien que Caton (De re rust, CLX) ait rapporté l'incantation qu'on doit employer contre les luxations, en même temps que les roseaux fendus (attelles). Le même auteur (De re rust., CXXXIX) a permis de couper les arbres consacrés et les bois sacrés après un sacrifice préalable, indiquant dans le même ouvrage le procédé à suivre et les prières à réciter.


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Re: Livre XVII, traitant des arbres cultivés

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