Livre VI : Les événements des années 389 à 367

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Livre VI : Les événements des années 389 à 367

Message par Belain le Sam 29 Avr 2017, 11:50

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Plan

1ère partie: [6, 1-20] Redressement de Rome (389-384)
2ème partie: [6, 21-35] Reprise du conflit dans le Latium (383-370)
3ème partie: [6, 36-42] Nouvelles victoires de la plèbe (370-367)


Crédits

La traduction a été reprise à MM. Corpet-Verger et E. Pessonneaux, Histoire romaine de Tite-Live, t. II, Paris, Garnier, 1904. Dans quelques cas, elle a été légèrement modifiée. Les intertitres proviennent de A. Flobert, Tite-Live. La conquête de l'Italie. Histoire romaine. Livres VI à X, Paris, 1996 (Garnier- Flammarion - GF 950).

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1ère partie: [6,1-20] Redressement de Rome (389-384)


[6,1] Élections pour 389. Mesures politiques et religieuses

(1) J'ai exposé en cinq livres l'histoire des Romains, depuis la fondation de la ville de Rome jusqu'à la prise de la même ville, d'abord sous les rois, ensuite sous les consuls et les dictateurs, les décemvirs et les tribuns consulaires; les guerres étrangères, les dissensions domestiques: (2) histoire obscure, et par son extrême antiquité, comme ces objets qu'à de lointaines distances on aperçoit à peine; et par la rareté, l'absence même, en ces temps reculés, de l'écriture, seule fidèle gardienne du souvenir des actes du passé; enfin par la destruction presque entière, dans l'incendie de la ville, des registres des pontifes, et des autres monuments publics et particuliers.

(3) J'exposerai désormais avec plus de certitude et de clarté les événements civils et militaires qui vont suivre cette seconde naissance de Rome, repoussée, pour ainsi dire, de sa souche avec plus de sève et de vie. (4) Relevée par le bras de M. Furius, la république s'appuya encore sur ce grand citoyen pour se maintenir. On ne consentit point à l'abdication de sa dictature avant la fin de l'année. (5) On ne voulut point confier la tenue des comices pour l'année suivante, aux tribuns en charge lors de la prise de la ville, et on eut recours à des interrois.

(6) Pendant que les citoyens travaillaient avec un zèle, une ardeur infatigable à la reconstruction de leur ville, Q. Fabius, à peine sorti de magistrature, est assigné par Cn. Marcius, tribun du peuple, pour avoir, lui député, chargé d'une conciliante mission, contre le droit des gens, combattu les Gaulois. (7) À ce jugement vint le soustraire une mort arrivée si à propos, que beaucoup la crurent volontaire. (8) Le premier interroi fut P. Cornelius Scipion; après lui, M. Furius Camillus pour la seconde fois. Il créa des tribuns militaires avec puissance de consuls: L. Valerius Publicola pour la seconde fois, L. Virginius, P. Cornelius, A. Manlius, L. Aemilius, L. Postumius.

(9) L'interrègne cesse: ils entrent en charge aussitôt, et leur premier soin est d'occuper le sénat d'intérêts tout religieux. (10) D'abord ils firent rechercher les traités et les lois qui subsistaient encore (les douze tables et quelques lois royales); les unes furent publiées, même parmi le peuple; mais celles qui touchaient aux choses saintes furent tenues secrètes par des pontifes qui voulaient garder la multitude dans leur dépendance par le frein de la religion. (11) Alors aussi, et pour la première fois, on désigna les jours "religieux". Le quinzième jour avant les calendes d'août, marqué par un double désastre (sur le Crémère, le massacre des Fabius; ensuite sur l'Allia, la honteuse défaite de l'armée, suivie de la ruine de Rome), fut appelé, de ce dernier revers, jour d'Allia, et tout travail public ou privé fut interdit en ce jour. (12) C'était le lendemain des ides de juillet que Sulpicius, tribun militaire, avait sacrifié sans succès; et, sans avoir apaisé les dieux, il avait, trois jours après, livré l'armée romaine aux coups de l'ennemi; c'est pour cela qu'il fut ordonné de s'abstenir de tout acte sacré le lendemain des ides; et par la suite, selon quelques traditions, cette pieuse interdiction s'étendit au lendemain des calendes et des nones.

[6,2] Victoires de Camille sur les Volsques et les Èques (389)

(1) On n'eut pas longtemps le loisir de s'occuper des moyens de relever la république d'une si grave chute. (2) D'un côté, les Volsques, vieux ennemis du nom romain, avaient pris les armes pour l'anéantir; d'un autre, au dire des marchands, les chefs de toutes les nations de l'Étrurie, réunis au temple de Voltumna, avaient juré la guerre; (3) enfin, pour surcroît d'alarmes, on annonçait la défection des Latins et des Herniques, qui, depuis le combat du lac Régille, pendant près de cent ans, n'avaient jamais trahi la foi qui les unissait au peuple romain.

(4) En présence de si nombreux et de si pressants dangers, on comprit clairement que non seulement la haine de l'ennemi, mais le mépris même des alliés menaçaient le nom romain; (5) on voulut remettre la défense de la république aux mains qui l'avaient reconquise: on nomma dictateur M. Furius Camillus. (6) Ce dictateur nomma C. Servilius Ahala maître de la cavalerie, proclama le "iustitium", et fit une levée de jeunes soldats: les vieillards même qui n'avaient pas perdu toute vigueur; prêtèrent serment et furent enrôlés par centuries. (7) Ces troupes inscrites et armées, il les divisa en trois corps: le premier, sur les terres de Véies, ferait tête à l'Étrurie; (8) un autre eut ordre de camper aux portes de la ville, sous le commandement du tribun militaire A. Manlius; ceux qu'il envoyait contre les Étrusques avaient pour chef L. Aemilius. Il mena lui-même le troisième corps contre les Volsques, les trouva campés non loin de Lanuvium, au lieu dit "près Mecium", et les attaqua.

(9) Les Volsques, qui méprisaient Rome et lui portaient la guerre parce qu'ils croyaient la jeunesse romaine presque entièrement exterminée par les Gaulois, au seul nom de Camille furent saisis d'une telle épouvante, qu'ils se couvrirent d'un retranchement, fortifié lui-même d'un amas d'arbres renversés, pour fermer à l'ennemi l'accès des palissades. (10) À cette vue, Camille fit mettre le feu à ce rempart de branchages; par hasard, le vent soufflait avec violence du côté de l'ennemi, (11) et la flamme eut bientôt ouvert un chemin: l'incendie gagna le camp; et la vapeur, la fumée, le pétillement même de cette verte matière embrasée, tout effraya si bien l'ennemi, que les Romains eurent moins de peine à forcer le retranchement pour pénétrer dans le camp des Volsques, qu'ils n'en avaient eu à franchir les amas d'arbres dévorés par l'incendie. (12) Après la défaite et le massacre des ennemis, l'assaut et la prise du camp, le dictateur livra le butin au soldat; largesse d'autant plus agréable à ces troupes qu'elles l'attendaient moins de ce général, peu libéral.

(13) Camille poursuivit les fuyards, et ravagea entièrement le territoire des Volsques, qui se rendirent, domptés enfin après soixante-dix ans de guerres. (14) Vainqueur des Volsques, il marcha contre les Èques, qui, eux aussi, préparaient la guerre; il écrasa leur armée à Bolae, attaqua leur camp, leur ville même, et du premier coup s'en empara.

[6,3] Camille reprend Sutrium aux Étusques

(1) Tandis que de ce côté, Camille, à la tête des forces romaines, avait pour lui la fortune, ailleurs étaient survenues de vives alarmes. (2) Presque toute l'Étrurie en armes assiégeait Sutrium, alliée du peuple romain. Ses députés, priant qu'on l'assistât en sa détresse, s'adressèrent au sénat, et obtinrent un décret qui ordonnait au dictateur de se porter sans délai au secours des Sutriens. (3) La fortune des assiégés ne leur permit pas d'attendre l'accomplissement de cette promesse: peu nombreux, abattus par les fatigues, les veilles, les blessures, exposés sans cesse aux mêmes coups, les habitants avaient, par une capitulation, livré leur ville à l'ennemi, et, désarmés, n'emportant qu'un seul vêtement, ils s'en allaient, proscrits et misérables, et fuyaient leurs pénates: (4) en cet instant, Camille arrive avec l'armée romaine; cette troupe désolée se jette à ses pieds; il entend et les plaintes des chefs, expression d'une douleur extrême, et les gémissements des femmes et des enfants, qui se traînent pour les suivre en exil: il les accueille, les engage à cesser leurs lamentations: aux Étrusques il va porter le deuil et les larmes.

(5) Il fait déposer les bagages, laisse les Sutriens sous la protection d'un détachement peu considérable, et donne ordre au soldat de n'emporter que ses armes. Alors, avec ses troupes plus légères, il marche à Sutrium: il y trouve ce qu'il avait prévu: le désordre partout, comme toujours après un succès, pas un poste en avant des remparts, les portes ouvertes, le vainqueur dispersé pour enlever le butin des maisons ennemies. (6) Pour la deuxième fois, Sutrium est prise en un même jour; les Étrusques vainqueurs sont égorgés l'un après l'autre par ce nouvel ennemi, sans avoir eu le temps de se grouper, de se rassembler, de prendre leurs armes. (7) Plusieurs courent aux portes enfin de se jeter dans la campagne; ils trouvent les portes fermées (c'était le premier ordre qu'avait donné le dictateur).

(8) Alors, les uns prennent les armes; les autres, que cette soudaine attaque avait surpris tout armés, appellent leurs camarades, veulent lutter et se défendre, et leur désespoir eût allumé le combat, si des hérauts répandus par la ville n'eussent crié de mettre bas les armes: désarmés, on leur fera grâce; armés, ils seront égorgés. (9) Alors ceux dont le courage, n'ayant plus d'autre espoir, s'obstinait à combattre, retrouvant l'espoir de vivre encore, jettent leurs armes, et, désarmés, acceptent le parti plus sûr que leur offre la fortune, et se livrent à l'ennemi. (10) Pour garder toute cette multitude captive, on la divisa. Avant la nuit, la ville fut rendue aux Sutriens, entière et vierge de tout outrage de guerre, car elle n'avait point été prise d'assaut, mais remise par capitulation.

[6,4] Triomphe de Camille. Extension de Rome et nouvelles victoires (389-388)

(1) Camille rentra dans Rome en triomphe, après trois guerres et trois victoires. (2) Une longue suite de prisonniers, la plupart étrusques, allait devant son char. On les vendit à l'encan, et le produit en fut si profitable, qu'après avoir rendu la valeur de leur or aux matrones, on put faire encore du surplus trois coupes d'or; (3) revêtues du nom de Camille, on les déposa aux pieds de Junon dans la chapelle de Jupiter, où elles étaient, assure-t-on, encore avant l'incendie du Capitole.

(4) Cette année on admit au droit de cité les transfuges véiens, capénates et falisques, qui, durant ces guerres, avaient suivi l'armée romaine, et on assigna des terres à ces nouveaux citoyens. (5) Un sénatus-consulte rappela de Véies à Rome ceux qui, pour s'épargner la peine de rebâtir, avaient pris possession des maisons désertes de Véies où ils s'étaient retirés. Ils se récrièrent d'abord et méprisèrent l'ordre du sénat; mais on fixa un jour, avec peine capitale contre tout émigré qui ne rentrerait pas dans Rome: réunis, ils tenaient tête; la crainte les divisa, ils obéirent. (6) Rome vit ainsi s'accroître sa population en même temps que se relever partout ses édifices; la république subvenait aux dépenses, les édiles surveillaient les travaux comme des travaux publics, et les citoyens eux-mêmes, pressés par l'impatience et le besoin, se hâtaient de mener à terme l'entreprise: en moins d'un an, la nouvelle ville fut debout.

(7) L'année expirée, on procéda aux élections des tribuns militaires avec puissance de consuls: on créa T. Quinctius Cincinnatus, Q. Servilius Fidenas pour la cinquième fois, L. Julius Julus, L. Aquillius Corvus, L. Lucretius Tricipitinus, Ser. Sulpicius Rufus. (8) Une armée partit contre les Èques, non pour les combattre (ils s'avouaient vaincus), mais pour assouvir la haine de Rome par la dévastation de leurs plaines, et leur ôter la force de recommencer la guerre. Une autre armée se dirigea sur le territoire des Tarquiniens. (9) Là, les villes étrusques Cortuosa et Contenebra furent prises d'assaut et renversées. À Cortuosa, nulle résistance: surprise par une attaque imprévue, la place fut emportée du premier choc, au premier cri de charge; puis pillée et brûlée. (10) Contenebra soutint l'assaut quelques jours. Un siège continu, qu'on ne suspendit ni le jour ni la nuit, put seul la réduire. Partagée en six divisions, l'armée romaine, de six en six heures, se relayait pour combattre; les assiégés, peu nombreux, ne pouvant opposer que leurs mêmes corps épuisés à des adversaires qui se renouvelaient sans cesse, succombèrent à la fin, et laissèrent les Romains pénétrer dans leur ville. (11) Les tribuns voulaient réserver le butin à la république, mais leurs ordres tardèrent plus que leur décision: pendant qu'ils hésitaient, le soldat s'était emparé du butin, et, à moins de braver sa haine, on n'eût pu le lui reprendre.

(12) La même année, outre les constructions particulières dont s'agrandit la ville, le Capitole fut reconstruit jusqu'en ses fondements sur une masse de pierres équarries: oeuvre qui se fait encore remarquer au milieu de la magnificence actuelle de notre ville.

[6,5] Interrègne. Dédicace du temple de Mars. Rome compte désormais 25 tribus (387)

(1) Et déjà les tribuns du peuple, au milieu de ces travaux de la cité qui se relève, s'efforçaient d'attirer avec des lois agraires la multitude à leurs assemblées. (2) Ils lui montraient en espérance les terres du pays Pontin, dont Camille, par la ruine des Volsques, avait désormais assuré la possession. (3) Ils s'indignaient de ce que ce territoire était plus infesté par les nobles qu'il ne l'avait jamais été par les Volsques; ces ennemis du moins n'avaient pu étendre leurs incursions qu'en raison de leurs forces et de la puissance de leurs armes: (4) les nobles marchent à l'entière usurpation des terres publiques, et si, avant qu'ils n'aient tout envahi, on ne partage pas, le peuple n'aura rien. (5) Ils ne purent fortement remuer encore la multitude, que le soin de ses constructions éloignait du Forum; épuisée d'ailleurs par les dépenses, elle songeait peu à ces terres qu'elle n'avait pas le moyen de mettre en valeur.

(6) Dans cette cité déjà si religieuse, depuis le dernier désastre la superstition avait atteint les chefs mêmes: on voulut renouveler les auspices, et on eut recours à un interrègne. Les interrois, qui se succédèrent, furent M. Manlius Capitolinus, Ser. Sulpicius Camerinus, L. Valerius Potitus. (7) Ce dernier tint les comices; on élut tribuns militaires avec puissance de consuls, L. Papirius, C. Cornelius, C. Sergius, L. Aemilius pour la seconde fois, L. Menenius, L. Valerius Publicola pour la troisième. L'interrègne cessa, ils entrèrent en charge. (8) Cette année, le temple voué à Mars durant la guerre des Gaulois, fut dédié par T. Quinctius, duumvir commis aux cérémonies sacrées. On institua encore quatre tribus, composées des nouveaux citoyens, la Stellatina, la Tromentina, la Sabatina, l'Arniensis; ce qui compléta le nombre de vingt-cinq tribus.

[6,6] Camille prend en main la guerre contre les Étrusques (386)

(1) L. Sicinius, tribun du peuple, parla du pays Pontin devant une multitude déjà plus nombreuse, plus remuante et plus avide de terres qu'auparavant. (2) La question de la guerre aux Latins et aux Herniques fut agitée dans le sénat; mais le souci d'une plus importante guerre, à la vue de l'Étrurie en armes, fit ajourner ce projet. (3) Le pouvoir revint à Camille, nommé tribun militaire avec puissance de consul: on lui donna cinq collègues, Ser. Cornelius Maluginensis, Q. Servilius Fidenas pour la sixième fois, L. Quinctius Cincinnatus, L. Horatius Pulvillus, P. Valerius.

(4) Au commencement de l'année, les esprits furent distraits de la guerre d'Étrurie par l'arrivée soudaine à Rome d'une troupe fugitive d'habitants du territoire Pontin, annonçant que les Antiates avaient pris les armes, et que les peuples latins avaient envoyé secrètement leur jeunesse à cette guerre; (5) ces peuples désavouaient toute participation publique, mais ils n'avaient pu, disaient-ils, empêcher leurs volontaires d'aller combattre où bon leur semblerait.

(6) On avait appris à ne plus mépriser un ennemi. Le sénat remercia les dieux: Camille était en charge; car il eût fallu le nommer dictateur, s'il eût alors été sans fonctions. Ses collègues reconnaissaient que la conduite de toutes choses, en présence de la guerre et de ses alarmes, devait reposer sur un seul homme; (7) ils sont, au fond du coeur, résolus à déférer le commandement à Camille, et ils ne croient rien perdre de leur majesté par cette concession à la majesté d'un tel homme. Le sénat donna des louanges aux tribuns, et Camille, confus lui-même, leur rendit grâces. (8) Il dit ensuite que le peuple romain lui avait imposé un grand fardeau en le créant déjà quatre fois dictateur; le sénat un bien pesant, par la noble opinion qu'avait conçue de lui un tel ordre; et ses collègues un plus pesant encore, par une si honorable condescendance. (9) Que s'il pouvait ajouter à ses travaux et à ses veilles, il s'efforcerait de se surpasser lui-même, afin que cette universelle estime de ses concitoyens, trop haute pour grandir encore, il pût la faire durable.

(10) Quant à la guerre et aux Antiates, il y a par là plus de bruit que de danger; mais, s'il ne faut rien craindre, à son sens, il ne faut rien négliger. (11) De toutes parts la ville de Rome est assaillie par l'envie et la haine de ses voisins; plusieurs chefs et plusieurs armées se partageront donc le service de la république. (12) Toi, P. Valerius, - ajoute Camille - je t'associe à mes commandements, à mes conseils; tu conduiras avec moi les légions contre nos ennemis d'Antium: (13) toi, Q. Servilius, avec une autre armée, équipée et toute prête, tu camperas dans Rome, soit que l'Étrurie s'agite, comme naguère, soit que les Latins et les Herniques nous donnent un nouveau sujet d'inquiétude. J'ai la confiance que tu agiras de manière à ne point démériter de ton père, de ton aïeul, de toi-même, de tes six tribunats. (14) Une troisième armée, formée par L. Quinctius des citoyens que leur âge ou d'autres causes éloignent du service, gardera la ville et les remparts. L. Horatius pourvoira aux approvisionnements d'armes, de traits, de blé, à tous les besoins de la guerre. (15) À toi, Ser. Cornelius, la présidence du conseil public, la surveillance de la religion, des comices, des lois, de tous les intérêts de la ville: c'est le voeu de tes collègues.

(16) Tous acceptent l'emploi qui leur est assigné, et promettent de le remplir avec zèle. Valerius, choisi pour partager le commandement, ajoute qu'il regardera M. Furius comme son dictateur, qu'il lui servira de maître de la cavalerie: (17) ainsi, le succès qu'on attend de l'unité de commandement, on peut l'espérer pour la guerre. Les sénateurs ont bon espoir et de la guerre et de la paix et de la chose publique tout entière. Transportés de joie, ils s'écrient (18) que jamais la république n'aura besoin d'un dictateur avec de tels hommes aux magistratures, unis d'une si étroite intelligence, également prêts à obéir et à commander, et plus disposés à mettre en commun leur propre gloire qu'à ramener à soi la gloire de tous.

[6,7] Camille remonte le moral des troupes

(1) On proclame le "iustitium", on achève la levée; Furius et Valerius marchent sur Satricum. Avec l'armée des Volsques, choisie de neuves et jeunes troupes, les Antiates avaient appelé là un nombre immense de Latins et d'Herniques, de ces peuples qu'une si longue paix avait conservés forts et entiers. La réunion de ces nouveaux ennemis aux anciens ébranla le courage du soldat romain. (2) Camille disposait déjà son ordre de bataille, quand les centurions viennent lui apprendre "que les soldats, l'esprit troublé, ne prennent qu'à regret les armes, qu'ils hésitent, qu'ils refusent de sortir du camp; on a même entendu quelques voix dire qu'on allait combattre un contre cent ennemis: cette multitude serait sans armes qu'à peine on pourrait lui faire tête; armée, comment lui résister?"

(3) Camille saute à cheval, arrive en avant des enseignes, se présente aux légions, et parcourant les rangs: "Que signifie cet abattement, soldats quelle étrange hésitation! Ne connaissez-vous plus l'ennemi, ni moi, ni vous-même? L'ennemi, qu'est-ce autre chose pour vous qu'une perpétuelle matière de courage et de gloire? (4) Vous, au contraire, et sous mes ordres (sans rappeler la prise de Faléries et de Véies, et, dans la patrie conquise, le massacre des légions gauloises), n'avez-vous pas naguère, par une triple victoire, triomphé trois fois de ces mêmes Volsques, de ces Èques, de l'Étrurie? (5) Quoi! parce que je vous ai donné le signal, non plus comme dictateur, mais comme tribun, ne me reconnaissez-vous plus pour votre chef? Moi, je n'ai pas besoin d'avoir sur vous une autorité sans limites, et vous ne devez regarder en moi que moi-même. La dictature ne me donna jamais le courage, l'exil ne me l'a pas ôté. (6) Nous sommes donc tous les mêmes; et puisque nous apportons à cette guerre tout ce que nous avons apporté aux autres, espérons le même succès. Une fois aux prises, chacun fera ce qu'il sait faire, ce qu'il fit toujours: vous vaincrez, ils fuiront."

[6,8] Victoire romaine sur les Volsques; prise de Satricum (386)

(1) Le signal donné, il saute de cheval, saisit par la main l'enseigne le plus proche, et l'entraîne avec lui vers l'ennemi: "En avant, soldat? lui crie-t-il". (2) À peine ont ils vu Camille, le corps affaibli par la vieillesse, marcher sur l'ennemi, qu'ils se précipitent en foule sur ses pas, en poussant le cri de guerre, et se répétant l'un à l'autre: "Suivons le général". (3) On dit même que Camille fit jeter le drapeau dans les rangs ennemis; (4) pour le reprendre, les soldats qui le gardaient s'élancent, culbutent les Antiates, et des premiers rangs portent l'épouvante jusqu'au milieu de la réserve.

(5) Outre l'impétueuse ardeur du soldat, que le chef soutenait de son exemple, ce qui frappait les Volsques de terreur, c'était surtout la présence et la vue de Camille: (6) aussi, partout où il se portait, il était sûr d'entraîner avec lui la victoire; on en vit là une preuve éclatante: au moment où l'aile gauche allait être enfoncée, il saisit vivement un cheval, et, sans quitter son bouclier de fantassin, accourt, paraît, et rétablit le combat, montrant partout ailleurs l'armée victorieuse. (7) Déjà le succès n'était plus douteux; mais le nombre des ennemis était un obstacle à leur fuite; mais pour exterminer cette multitude immense, il fallait un long massacre, et les soldats étaient las. Tout à coup un violent orage et des torrents de pluie vinrent interrompre la victoire plutôt que le combat.

(8) On donna le signal de la retraite, et la nuit qui suivit termina la guerre, sans le secours des Romains. En effet, les Latins et les Herniques, abandonnant les Volsques, s'en retournèrent, après un succès vraiment digne de leur perfide entreprise. (9) Les Volsques, se voyant délaissés de ceux-là même sur la foi desquels ils s'étaient soulevés, abandonnent leur camp, et s'enferment dans les murs de Satricum. D'abord Camille traça l'enceinte du retranchement, commença les chaussées et tous les ouvrages d'un siège régulier. (10) Comme nulle sortie de la place n'arrêtait ces travaux, voyant que les Volsques avaient trop peu de coeur pour qu'il dût attendre la victoire de moyens aussi lents, Camille exhorte ses troupes à ne point s'épuiser, comme au siège de Véies, en des travaux sans fin; la victoire est dans leurs mains: il anime ainsi le soldat qui s'élance, attaque de toutes parts, escalade les murailles et prend la ville. Les Volsques jettent leurs armes, et se rendent.

[6,9] Libération de Sutrium, attaquée par les Étrusques (386)

(1) L'âme du général méditait une plus glorieuse conquête encore, celle d'Antium, cette capitale des Volsques où s'était formée la dernière guerre; (2) mais comme on ne pouvait, sans un grand appareil de forces et de machines, réduire une si puissante ville, il laisse son collègue à l'armée et retourne à Rome pour exhorter le sénat à détruire Antium. (3) Comme il parlait de ses projets (les dieux, j'imagine, avaient pris à coeur de prolonger la durée d'Antium), des envoyés de Népété et de Sutrium viennent demander aide contre les Étrusques, insistant sur l'extrême besoin d'un prompt secours. (4) Ce fut là, et non sur Antium, que la fortune dirigea les coups de Camille.

Ces deux places en effet, faisant face à l'Étrurie, étaient de ce côté comme les barrières et les portes de Rome; les Étrusques ayant soin de s'en emparer à chaque nouvelle attaque contre elle, l'intérêt des Romains était de les reprendre et de les conserver. (5) Aussi le sénat engagea Camille à laisser Antium, et à porter la guerre en Étrurie. Un décret lui donna les légions de la ville, commandées par Quinctius; (6) il eût préféré son armée des Volsques, éprouvée déjà et faite à son autorité; cependant il ne refusa rien. Il demanda seulement qu'on associât Valerius à son commandement. Quinctius et Horatius remplacèrent Valerius chez les Volsques.

(7) Partis de Rome pour Sutrium, Furius et Valerius trouvèrent les Étrusques maîtres déjà d'une partie de la ville et dans l'autre, investis et retranchés, les habitants repoussant avec peine les assauts de l'ennemi. (8) L'arrivée d'une armée romaine à leur aide, le nom de Camille si connu des ennemis et des alliés, soutinrent un instant la chancelante destinée de Sutrium, et donnèrent le temps de lui porter secours. (9) Alors, divisant son armée, Camille ordonna à son collègue de tourner avec ses troupes la partie de la ville occupée par l'ennemi et d'attaquer les remparts, moins dans l'espoir d'escalader et de prendre la place, qu'afin de détourner l'ennemi par cette diversion, qui laisserait un moment de repos et de loisir aux habitants harassés de fatigue, et lui permettrait à lui de pénétrer sans combat dans la ville.

(10) L'une et l'autre manoeuvre, exécutée en même temps, mit entre deux périls les Étrusques, alarmés tout ensemble et de l'assaut acharné dirigé contre les remparts, et de la présence de l'ennemi dans la place: une porte par hasard était libre encore; tremblants, ils se jetèrent en masse par cette issue. (11) On fit des fuyards un immense massacre, et dans la ville et dans la campagne; les soldats de Furius en tuèrent plus encore dans la place: ceux de Valerius, les poursuivirent avec plus d'aisance; et la nuit seule, en dérobant la vue de l'ennemi, vint finir le carnage. (12) De Sutrium reconquis et restitué aux alliés, l'armée marcha sur Népété, qui déjà s'était rendue et remise tout entière aux mains des Étrusques.

[6,10] Prise de Népété (386)

(1) La prise de cette place semblait une oeuvre plus difficile; outre qu'elle était toute à l'ennemi, c'était la trahison d'une partie des Népésins qui avait livré la ville. (2) Néanmoins on envoya dire à leurs chefs de se séparer des Étrusques, et d'observer au moins eux-mêmes cette foi qu'ils avaient réclamée des Romains. (3) Ils répondirent qu'ils ne pouvaient rien, que les Étrusques étaient maîtres des remparts et de la garde des portes. On essaya d'abord d'effrayer les habitants par la dévastation de leur territoire; (4) mais, comme la foi de leur trahison leur était plus sacrée que celle de leur alliance, chargée de fascines apportées de leurs champs, l'armée s'approche des murs, comble les fossés, applique les échelles, et du premier cri, du premier assaut, la place est enlevée. (5) Un édit ordonna aux Népésins de mettre bas les armes; désarmés, on leur ferait grâce. Les Étrusques, sans distinction, avec ou sans armes, furent massacrés. Les Népésins, auteurs de la trahison, périrent sous la hache: la multitude n'était point coupable; on lui rendit ses biens, et sa ville, où on laissa une garnison. (6) Après avoir ainsi reconquis deux cités alliées sur l'ennemi, les tribuns ramenèrent avec une grande gloire dans Rome l'armée victorieuse.

La même année, on porta des réclamations aux Latins et aux Herniques; on leur demanda pourquoi, depuis quelques années, ils n'avaient point fourni le nombre de soldats convenu. (7) L'un et l'autre peuple, en assemblée solennelle, répondirent que ce n'était ni par la faute ni par la volonté de la nation qu'une partie de la jeunesse avait pris les armes en faveur des Volsques; (8) que cette jeunesse même avait été bien punie de sa coupable entreprise; pas un n'était revenu. Ils n'avaient point fourni de soldats, à cause des menaces continuelles des Volsques, cette peste attachée à leurs flancs, et que tant de guerres, tant de fois recommencées, n'avaient pu extirper encore. (9) On rapporta cette réponse au sénat, qui jugea Rome plus en droit qu'en état de leur faire la guerre.

[6,11] Agitation à Rome; désignation d'un dictateur (385)

(1) L'année suivante, A. Manlius, P. Cornelius, T. et L. Quinctius Capitolinus, L. Papirius Cursor, C. Sergius, étaient, ces deux derniers pour la seconde fois, tribuns avec puissance de consul, quand une grave guerre au-dehors, au-dedans une sédition plus grave encore éclatèrent: (2) la guerre venait des Volsques, aidés de la défection des Latins et des Herniques; la sédition, d'où jamais on n'eût osé la craindre, d'un homme de race patricienne et de noble renommée, de M. Manlius Capitolinus.

(3) Cette âme altière, qui méprisait tous les grands, en enviait un seul, illustre en dignités et en vertus tout ensemble, M. Furius. Il ne voyait qu'avec dépit celui-là toujours dans les magistratures, toujours auprès des armées. (4) Et déjà, disait-il, on l'a monté si haut que les magistrats créés sous les mêmes auspices, ne sont plus ses collègues; il en fait ses serviteurs. Et pourtant, à bien juger, M. Furius n'eût pu délivrer la patrie assiégée, si lui auparavant n'eût sauvé le Capitole et la citadelle. (5) Celui-là, c'est quand la vue de l'or et l'espoir de la paix endormaient les courages, qu'il attaqua les Gaulois; lui, c'est tout armés et les mains déjà sur la citadelle qu'il les a renversés; celui-là doit une part de sa gloire à chacun des nombreux soldats qui vainquirent avec lui; lui, personne au monde n'a droit à sa victoire.

(6) Enflé de ces idées, cet homme porté d'ailleurs par un mauvais penchant à la violence et à la colère, ne voyant pas son crédit grandir et s'élever parmi les patriciens autant qu'il le croyait juste, (7) premier exemple d'un patricien transfuge, se livre au peuple, se lie d'intelligence avec les magistrats plébéiens, décrie les sénateurs, cherche à gagner la multitude: il n'obéit plus à la raison, mais au vent populaire; sa renommée, il la veut grande plutôt que digne. (8) Non content des lois agraires, éternelle matière de séditions pour les tribuns du peuple, il cherche à ruiner la foi publique. Déchirantes tortures que les dettes, qui ne menacent pas seulement de misère et d'opprobre, mais de liens et de fers, redoutable supplice pour un corps libre. (9) Et les dettes étaient nombreuses, après des constructions, toujours à charge, même aux riches. En cet état, la guerre des Volsques, dont le poids s'aggravait encore de la défection des Latins et des Herniques, fut jetée en avant comme un prétexte pour recourir à une plus puissante autorité: (10) mais ce furent surtout les menées de Manlius qui poussèrent le sénat à créer un dictateur. On créa A. Cornelius Cossus, qui nomma maître de la cavalerie T. Quinctius Capitolinus.

[6,12] Le dictateur Cornelius Cossus combat l'armée volsque (385)

(1) Le dictateur, quoiqu'il prévît de plus rudes combats au-dedans qu'au-dehors, cependant, soit que la guerre demandât célérité, soit qu'il espérât, par la victoire et le triomphe, fortifier encore sa dictature, fait une levée, et se porte dans le territoire Pontin, où il savait que l'armée volsque se devait réunir.

(2) Outre le dégoût de relire en tant de livres le récit de ces guerres continuelles avec les Volsques, je ne doute point qu'on n'ait quelque peine à concevoir, (ce qui m'étonne moi-même, en parcourant les auteurs les plus voisins de ces événements) comment aux Volsques et aux Èques, tant de fois vaincus, les soldats ne manquèrent jamais. (3) Les anciens se taisent sur ce point: en cette absence de documents, puis-je avancer ici autre chose qu'une simple opinion, comme chacun d'ailleurs pourrait le faire d'après ses propres conjectures? (4) Il est vraisemblable, ou que dans l'intervalle d'une guerre à une autre, comme il se fait aujourd'hui pour les levées romaines, se succédait une autre et toujours nouvelle lignée de jeunes hommes suffisante à recommencer la guerre, ou que les armées ne se tiraient point toujours du sein des mêmes peuples, quoique toujours la même nation portât 1a guerre; (5) ou enfin qu'il existait une innombrable multitude de têtes libres en cette contrée, où maintenant on a peine à recueillir quelques soldats, et que les esclaves romains sauvent de la solitude. (6) Grande à coup sûr (ici tous les auteurs s'accordent) était l'armée des Volsques, malgré les dernières atteintes portées à leur puissance par le génie et le bras de Camille. Aux Volsques s'étaient joints encore les Latins et les Herniques, des Circéiens, des Romains même de la colonie de Vélitres.

(7) Le dictateur forme son camp, et le lendemain, après avoir consulté les auspices, immolé une victime, et imploré la paix des dieux, s'avance joyeux vers les soldats, qui au signal parti d'en haut, prenaient leurs armes au point du jour, suivant l'ordre qu'ils avaient reçu. (8) "À nous la victoire, soldats, leur dit-il, si les dieux et leurs devins savent l'avenir. Ainsi donc, en hommes assurés du succès, et qui vont combattre d'impuissants ennemis, laissons à nos pieds la javeline; que le glaive seul arme nos mains. Je ne veux même point qu'on marche en avant; tenez-vous là serrés, et de pied ferme attendez le choc des ennemis. (9) Dès qu'ils auront lancé leurs traits inutiles, et que sans ordre ils se porteront contre votre masse immobile, alors que les glaives étincellent, et que chacun songe qu'il est des dieux protecteurs du soldat romain, des dieux qui, sous d'heureux augures, nous ont envoyés au combat. (10) Toi, T. Quinctius, retiens la cavalerie; observe l'instant où la lutte commencera. Dès que tu verras les lignes aux prises s'étreindre corps à corps, alors, avec ta cavalerie, jette la terreur au milieu des ennemis qu'un autre péril aura troublés déjà; charge, et disperse les rangs des combattants".

(11) Cavaliers, fantassins, ainsi qu'il avait dit, combattirent; le général ne fit point faute aux légions, ni la fortune au général.

[6,13] Victoire romaine sur les Volsques et leurs alliés

(1) La multitude de l'ennemi, ne comptant que sur le nombre, après avoir mesuré des yeux l'une et l'autre armée, engage brusquement le combat, brusquement l'abandonne. (2) Après avoir poussé le cri, lancé ses traits, et chargé d'abord avec quelque vigueur, elle ne put soutenir ni les glaives, ni la lutte corps à corps, ni les regards de l'ennemi étincelant d'ardeur et de courage. (3) Le front de bataille, enfoncé, recule sur l'arrière-garde qu'il épouvante; la cavalerie vient ensuite jeter la terreur parmi eux; plusieurs rangs sont rompus; tout s'ébranle; on dirait une mer agitée. Enfin, la première ligne est renversée, chacun voyant le carnage arriver jusqu'à lui, tourna le dos.

(4) Le Romain pousse en avant. Tant qu'ils s'enfuirent armés, et les rangs serrés, l'infanterie seule eut charge de les poursuivre; mais quand on les vit jeter leurs armes, et toute cette foule ennemie en désordre se disperser dans la plaine, alors on lance les escadrons de cavalerie, avec ordre de ne point s'arrêter au massacre de quelques fuyards, ce qui donnerait le loisir à la masse de l'armée de s'échapper; (5) mais de se borner à lancer des traits pour inquiéter et gêner la marche de l'ennemi, à le harceler sur les flancs pour le tenir en échec, et laisser ainsi à l'infanterie le temps de l'atteindre et de l'anéantir par un massacre complet.

(6) À cette déroute, à cette poursuite, la nuit seule mit un terme. Le même jour, on prit et on pilla le camp des Volsques, et tout le butin, moins les têtes libres, fut abandonné au soldat. (7) La plupart des prisonniers étaient des Latins et des Herniques; et, dans le nombre, outre les hommes du peuple, qu'on aurait pu croire engagés pour un prix dans cette guerre, on trouva quelques jeunes fils de leurs premières familles: preuve évidente de l'appui prêté par la nation entière aux Volsques ennemis. (8) On reconnut là aussi quelques Circéiens et des colons de Vélitres. Envoyés tous à Rome, et interrogés par les principaux sénateurs, ils leur révélèrent clairement, comme au dictateur, la défection de chacun des peuples dont ils faisaient partie.

[6,14] Marcus Manlius prend la tête de l'opposition populaire

(1) Le dictateur tenait son armée en campagne, ne doutant point que le sénat ne lui ordonnât de porter la guerre à ces peuples; mais un embarras plus grand survenu à l'intérieur le rappela dans Rome, où grandissait de jour en jour une sédition que son auteur rendait plus redoutable que jamais. (2) Aux discours, désormais Manlius joignait des actes, populaires en apparence, mais séditieux en effet, à bien juger l'esprit qui le dirigeait.

(3) Un centurion, connu par des actions guerrières, venait d'être adjugé comme insolvable: on l'emmenait; Manlius le voit, accourt avec sa troupe au milieu du Forum, le délivre; puis déclamant sur l'orgueil des patriciens, la cruauté des usuriers, les misères du peuple, les vertus de cet homme et son infortune, il s'écrie: (4) "C'est vainement que mon bras aurait sauvé le Capitole et la citadelle, si je souffrais qu'un citoyen, mon frère d'armes, fût, sous mes yeux, comme un prisonnier des Gaulois vainqueurs, mené en servitude et en prison". (5) Il paie le créancier en présence du peuple, rachète par l'as et la balance le débiteur, qui se retire en attestant les dieux et les hommes, et les priant d'accorder à M. Manlius, à son libérateur, au père du peuple romain, une digne récompense.

(6) Accueilli par une turbulente multitude, il augmente le trouble encore en montrant les blessures qu'il a reçues à Véies, et contre les Gaulois, et dans les autres guerres qui avaient suivi. (7) "Il combattait, disait-il, il relevait ses pénates renversés, pendant que le capital de sa dette, déjà mille fois payée, s'engloutissait sous les intérêts; l'usure enfin l'avait écrasé: (8) s'il voit le jour, le Forum, ses concitoyens, c'est grâce à M. Manlius; tous les bienfaits d'un père, il les a reçus de lui; il lui dévoue ce qu'il lui reste de forces, de vie, de sang; tous les liens qui l'unirent à la patrie et à ses pénates publics et privés, l'attachent désormais à cet homme, à lui seul".

(9) Entraîné par ces paroles, le peuple était déjà tout à ce seul homme, qui, pour l'irriter encore et troubler toute chose, imagina de nouveaux moyens. (10) Il avait chez les Véiens une terre, la meilleure de son patrimoine; il la mit aux enchères: "Afin que pas un de vous, Romains, dit-il, tant qu'il me restera quelque bien, ne puisse être, à mes yeux, condamné et traîné dans les fers." Il enflamma tellement les esprits qu'on les vit prêts à suivre par toutes les voies, bonnes ou mauvaises, le défenseur de leur liberté.

(11) Chez lui, ses discours, comme ceux d'un tribun qui harangue, étaient remplis d'accusations contre le sénat; ainsi, sans examiner s'il parlait vrai ou non, il insinua "que des trésors d'or gaulois étaient cachés par les sénateurs; la possession des terres publiques ne leur suffit plus; il leur faut détourner encore l'argent de la république: ces richesses, si on les découvre, pourront acquitter les dettes du peuple." (12) Cet espoir séduit la foule, on considère comme une indignité qu'après une contribution consentie pour fournir aux Gaulois l'or qui devait racheter la ville, après la levée de cette contribution, le même or, reconquis sur l'ennemi, devienne la proie de quelques hommes. (13) On pressaient donc Manlius de déclarer le lieu qui renfermait un si riche larcin; plus tard et en son temps il leur révélerait, disait-il, ce secret: on oublia le reste, là se tournèrent toutes les pensées; et il était clair que la vérité ou la fausseté de l'assertion lui ferait ou un crédit ou une défaveur immense.

[6,15] Arrestation de M. Manlius

(1) Les esprits étaient en suspens, quand le dictateur, rappelé de l'armée, arriva à Rome. Le lendemain il assemble le sénat, et, assez instruit des intentions des hommes, il défend aux sénateurs de s'éloigner de lui, et marche, escorté de cette multitude, au Comitium, où son siège est dressé. Là, il envoie un appariteur à M. Manlius. (2) À cet ordre, à cet appel du dictateur, celui-ci donne aux siens le signal de la lutte qui va s'engager, et, suivi d'une troupe nombreuse, il arrive devant le tribunal. (3) D'un côté le sénat, de l'autre le peuple, les yeux fixés chacun sur son chef, se tenaient là comme deux armées en présence.

Alors on fait silence, et le dictateur: (4) "Plût aux dieux, dit-il, que moi et les patriciens romains pussions nous entendre avec le peuple sur d'autres intérêts comme nous nous entendrons, j'en ai la confiance, sur ce qui te regarde et sur la question que j'ai à te faire! (5) Je vois que tu as donné l'espoir à la cité que, sans porter atteinte au crédit, des trésors gaulois cachés par les principaux patriciens pourraient acquitter ses dettes. Loin de m'opposer à cela, je t'exhorte au contraire, M. Manlius, à sauver de l'usure le peuple romain, à déloger de leur secrète proie ces ravisseurs accroupis sur les trésors publics. (6) Si tu ne le fais, soit pour avoir aussi part au butin, soit parce que ton assertion est fausse, j'ordonnerai qu'on te jette aux fers, et je ne souffrirai pas plus longtemps que tu soulèves la multitude pour de trompeuses espérances."

(7) À cela Manlius: "Il ne s'est point trompé; ce n'est pas contre les Volsques, autant de fois ennemis qu'il convient au sénat, ni contre les Latins et les Herniques, qu'à force de fausses inculpations on réduit à combattre, c'est contre lui et le peuple romain qu'on a créé un dictateur. (8) Déjà on oublie cette guerre, qui n'était que supposée, pour se ruer sur lui; déjà le dictateur s'avoue le patron des usuriers contre le peuple; déjà de la faveur de la multitude on lui fait un crime pour le perdre."

(9) "Ce qui vous blesse, ajoute-t-il, toi, A. Cornelius, et vous, pères conscrits, c'est la foule répandue partout à mes côtés. Que ne la détachez-vous de moi chacun par vos bienfaits? Intercédez, arrachez au fouet vos concitoyens, empêchez qu'ils ne soient condamnés, adjugés, asservis; du superflu de vos richesses, soulagez les besoins des autres. (10) Mais où vais-je, moi, vous engager à mettre ici du vôtre? Contents d'une somme fixe, retranchez du capital les intérêts qu'on vous a souvent comptés déjà, et mon cortège n'aura pas plus d'éclat qu'un autre. (11) Mais, dites-vous, pourquoi seul prendre à coeur le bien des citoyens? Je n'ai rien de plus à répondre que si tu me demandais pourquoi seul aussi j'ai sauvé le Capitole et la citadelle. À tous alors j'ai porté le secours que j'ai pu; ce secours, aujourd'hui je le porte à chacun."

(12) "Quant aux trésors gaulois, la chose est simple de sa nature, mais la question même la rend difficile. Pourquoi en effet demandez-vous ce que vous savez? pourquoi, ce que vous cachez dans un pli de votre robe, m'ordonner de le secouer, plutôt que de le poser là vous-mêmes, s'il n'y avait point là-dessous quelque fraude? (13) Plus vous insistez pour qu'on dévoile vos adroites fourberies, plus je crains que vous n'ayez fermé les yeux même aux plus clairvoyants. Ce n'est donc point à moi à vous indiquer vos larcins, c'est vous qu'on doit contraindre à les mettre au jour."

[6,16] Emprisonnement de Manlius et triomphe du dictateur

(1) Le dictateur lui commande de laisser là les détours; il le presse de prouver la vérité de son assertion, ou d'avouer son crime et la fausseté de son accusation contre le sénat, et cette odieuse supposition d'un larcin supposé. Manlius refuse de parler au gré de ses ennemis; le dictateur le fait conduire en prison. (2) Saisi par l'appariteur, il s'écrie: "Jupiter très bon, très grand, Junon Reine, Minerve; vous tous, dieux et déesses qui habitez le Capitole et la citadelle, est-ce ainsi que vous abandonnez votre soldat, votre défenseur à la fureur de ses ennemis? et cette main dont j'ai chassé les Gaulois de vos sanctuaires, serait chargée de fers et de chaînes!"

(3) Il n'y avait là personne qui pût le voir ou l'entendre sans gémir de cette indignité; mais la cité s'était fait un invincible devoir de l'obéissance au légitime pouvoir; et loin de combattre l'autorité du dictateur, les tribuns du peuple et le peuple lui-même n'osaient lever les yeux ni ouvrir la bouche. (4) Manlius jeté en prison, on assure qu'une grande partie du peuple changea de vêtements; plusieurs même laissèrent croître leurs cheveux et leur barbe; et devant le vestibule de la prison se promena longtemps une foule désolée.

(5) Le dictateur triompha des Volsques: il recueillit de son triomphe plus de haine que de gloire. C'était dans la ville non à l'armée qu'il l'avait gagné; contre un citoyen, non contre l'ennemi: on se disait qu'une seule joie avait manqué à son orgueil, il n'avait point traîné Manlius devant son char. (6) La sédition était près d'éclater: pour l'apaiser, devenu tout à coup libéral, le sénat, par une largesse volontaire et qui n'était point sollicitée, fit inscrire pour Satricum une colonie de deux mille citoyens romains; on assigna deux arpents et demi de terre à chacun. (7) Ce don modique et trop restreint fut mal interprété: c'était le prix dont on voulait acheter du peuple la trahison de M. Manlius; le remède irrita la sédition; (8) de jour en jour les amis de Manlius mettaient plus d'éclat dans leur deuil et dans leur douleur d'accusés; et l'abdication du dictateur, qui suivit son triomphe, en éloignant la terreur, laissa toute liberté de langage et de sentiments à la multitude.

[6,17] Libération de Manlius

(1) Alors on entendit s'élever des voix qui reprochaient au peuple que sa faveur portait toujours ses défenseurs au-dessus d'un abîme, et les abandonnait ensuite à l'heure du danger. (2) Ainsi Sp. Cassius, qui appelait le peuple au partage des terres; ainsi Sp. Maelius, qui de toute sa fortune repoussait la faim des lèvres de ses concitoyens, avaient succombé; ainsi M. Manlius, qui ramène à la liberté, à la lumière, une partie de la cité ensevelie, écrasée par l'usure, est livré à ses ennemis. (3) Le peuple engraisse ses partisans pour qu'on les égorge. Un tel supplice, pour n'avoir point répondu au gré du dictateur, lui, un homme consulaire! En supposant qu'il ait menti d'abord et qu'il n'ait su que répondre alors, quel esclave jamais pour un mensonge fut puni par les fers? (4) On ne s'est rappelé ni le souvenir de cette nuit qui fut presque une dernière, une éternelle nuit pour le nom romain; ni ce spectacle d'une armée de Gaulois gravissait la roche Tarpéienne; ni Manlius enfin, tel qu'on l'avait vu tout armé, plein de sueur et de sang, arrachant, pour ainsi dire, Jupiter lui-même des mains de l'ennemi! (5) Est-ce avec des demi-livres de farine qu'ils auront payé les services du sauveur de la patrie? Et celui qu'ils ont presque fait dieu, que son surnom du moins égale à Jupiter Capitolinus, ils le laissent enchaîné dans un cachot, dans les ténèbres, vivre à la discrétion du bourreau. Ainsi un seul homme a suffi pour les défendre tous, et tous n'auront pu venir en aide à un seul homme! (6) Et déjà, même la nuit, la foule ne quittait plus ce lieu, et menaçait d'enfoncer la prison. On leur accorda ce qu'ils auraient pris; un sénatus-consulte rendit la liberté à Manlius. Ce n'était point finir la sédition, c'était lui donner un chef.

(7) Dans le même temps, aux Latins et aux Herniques, aux colons de Circéi et de Vélitres, qui vinrent se justifier de leur criminelle participation à la guerre volsque, et redemander leurs prisonniers pour les punir selon leurs lois, on adressa de sévères réponses; de plus sévères aux colons, qui, citoyens romains, avaient formé le sacrilège projet d'attaquer leur patrie. (8) Aussi, non seulement on leur refusa leurs prisonniers, mais on leur infligea une honte qu'on avait du moins épargnée aux alliés, en leur signifiant, par ordre du sénat, qu'ils eussent à sortir promptement de la ville, à s'éloigner de la présence et de la vue du peuple romain, de peur que le droit des ambassadeurs, établi pour l'étranger, non pour le citoyen, ne pût les sauver.

[6,18] Nouveau développement de l'affaire Manlius (384)

(1) La sédition de Manlius reprenant une vigueur nouvelle, sur la fin de l'année on tint les comices, et on créa tribuns militaires avec puissance de consul, les patriciens Ser. Cornelius Maluginensis pour la troisième fois, P. Valerius Potitus pour la seconde, M. Furius Camille, Ser. Sulpicius Rufus pour la seconde, C. Papirius Crassus, T. Quinctius Cincinnatus pour la seconde fois. (2) Au commencement de cette année, la paix, qui s'établit au-dehors, vint favoriser également les patriciens et le peuple; le peuple, délivré de la levée, conçut l'espoir à l'aide de son puissant chef, d'anéantir l'usure; (3) les patriciens, l'esprit libre de toute crainte du dehors, pourraient guérir enfin les maux de la cité.

Ainsi, plus animé, l'un et l'autre parti se relève, et Manlius aussi se prépare à une lutte prochaine. Il convoque le peuple en sa maison; jour et nuit, avec les chefs, il dispose le plan de ses nouveautés, plus rempli d'orgueil et de colère qu'il ne le fut jamais. (4) Après l'affront qu'il avait reçu, la colère s'était enflammée en son coeur peu fait aux outrages, et sa fierté s'exaltait de voir que le dictateur n'avait point osé contre lui ce que Cincinnatus Quinctius avait osé contre Sp. Maelius; que la haine soulevée par son emprisonnement avait forcé le dictateur d'abdiquer la dictature, et que le sénat lui-même n'avait pu en soutenir le poids.

(5) À la fois aigri et enflé de ces idées, il irritait encore l'esprit déjà si ardent de la multitude. "Jusques à quand enfin ignorerez-vous vos forces, ce que la nature n'a point voulu laisser ignorer même à la brute? Comptez du moins combien vous êtes, combien d'ennemis vous avez. (6) Fussiez-vous un contre un dans cette lutte, j'imagine que vous combattriez plus vivement pour la liberté que ceux-là pour la tyrannie. Mais, autant vous avez été de clients auprès d'un seul patron, autant vous serez maintenant contre un seul ennemi. (7) Montrez seulement la guerre, vous aurez la paix. Qu'ils vous voient prêts à employer la force, et d'eux-mêmes ils vous feront droit. Il faut oser tous ensemble ou tout souffrir isolément."

"Jusques à quand n'aurez-vous les yeux que sur moi? (8) Certes je ne ferai faute à aucun de vous; gardez que la fortune ne me fasse faute. Moi, votre vengeur, dès que nos ennemis l'ont trouvé bon, à l'instant même j'ai cessé d'être. Et vous avez vu traîner dans les fers, tous ensemble, celui qui avait repoussé les fers loin de chacun de vous. (9) Que dois-je espérer, si contre moi nos ennemis osent plus encore? attendrai-je le sort de Cassius et de Maelius? Vous faites bien d'en rejeter le présage; les dieux l'empêcheront; mais jamais, pour moi, ils ne descendront du ciel. Que plutôt ils vous donnent, il le faut, le courage de l'empêcher, comme ils m'ont donné à moi, sous les armes et sous la toge, de vous défendre contre des ennemis barbares et d'orgueilleux concitoyens."

(10) "Ce grand peuple a-t-il le coeur si petit, que toujours un appui vous suffit contre vos ennemis, et que jamais, sinon pour fixer l'empire que vous leur accordez sur vous, vous n'avez su combattre les patriciens. Et ce n'est point la nature ici qui vous inspire, c'est l'habitude qui vous subjugue. (11) Pourquoi en effet, contre l'étranger, portez-vous si loin l'audace que vous trouviez juste d'avoir sur lui l'empire? Parce que vous êtes habitués à lutter pour l'empire avec lui; contre eux, à essayer plutôt qu'à revendiquer la liberté."

(12) "Cependant, quelques chefs que vous ayez eus, quels que vous ayez été vous-mêmes, tout ce que jusqu'ici vous avez demandé, si grand que ce fût, vous l'avez obtenu ou par la force ou par votre fortune: il est temps d'aspirer à de plus nobles conquêtes. (13) Éprouvez seulement et votre heureuse destinée, et moi-même, que déjà vous avez, j'espère, heureusement éprouvé; vous imposerez un maître aux patriciens avec moins de peine que vous ne leur avez imposé, des hommes qui leur résistassent, alors qu'ils étaient les maîtres. (14) Il faut anéantir dictatures et consulats, afin que le peuple romain puisse lever la tête. Enfin, montrez-vous, empêchez qu'on ne poursuive les débiteurs. Moi, je me proclame le patron du peuple; de ce titre mon zèle et ma foi m'investissent: (15) vous, si vous appelez votre chef d'un nom qui marque mieux son pouvoir et sa dignité, vous trouverez en lui un plus puissant secours pour obtenir ce le vous voulez."

(16) De ce jour, il commença, dit-on, à tendre vers la royauté: avec qui, et jusqu'où parvinrent ses efforts, c'est ce que nulle tradition n'explique bien clairement.

[6,19] Manlius est accusé d'aspirer à la royauté

(1) De son côté, le sénat s'inquiète de ce rassemblement du peuple dans une maison privée, placée par hasard dans la citadelle, et de cette masse menaçante pour la liberté. (2) Plusieurs s'écrient "qu'il faudrait ici un Servilius Ahala, qui, sans faire jeter en prison un ennemi public, que cette peine irrite encore, saurait perdre un seul homme pour finir cette guerre intestine". (3) Plus douce d'expression, la décision qu'on adopta avait même vigueur: "Les magistrats veilleront à ce que des pernicieux desseins de M. Manlius la république ne reçoive aucun dommage".

(4) Alors les tribuns consulaires et les tribuns du peuple eux-mêmes (ils avaient senti que leur puissance finirait avec la liberté de tous, et s'étaient rangés à l'autorité du sénat), tous ensemble se concertent sur le parti à prendre. (5) La violence et le meurtre sont les seuls moyens qu'on imagine. Comme on prévoyait un conflit terrible, M. Menenius et Q. Publilius, tribuns du peuple déclarent: (6) "Pourquoi faire une guerre des patriciens contre le peuple, de cette lutte de la cité contre un citoyen pervers? Pourquoi attaquer le peuple avec cet homme, qu'il est bien plus sûr de faire attaquer par le peuple lui-même, afin qu'écrasé de ses propres forces, il succombe? (7) Notre dessein est de l'assigner en jugement. Rien n'est moins populaire que la royauté. Une fois que cette multitude aura compris que ce n'est point elle qu'on vient combattre, que de défenseurs ils seront devenus juges, qu'ils verront des accusateurs plébéiens, un patricien accusé, et une inculpation de royauté au milieu, il n'y aura plus d'intérêt qu'ils préfèrent à leur liberté".

[6,20] Mort de Marcus Manlius (384)

(1) On les approuve, ils assignent Manlius. Cela fait, le peuple s'émut d'abord en voyant l'accusé couvert de haillons, et près de lui pas un sénateur, (2) pas même ses parents ou ses alliés, pas même enfin ses frères A. et T. Manlius: jusqu'à ce jour jamais on n'avait manqué à l'usage; nulle famille encore qui n'eût changé de vêtement en une si grande infortune: (3) "quand Appius Claudius fut jeté dans les fers, C. Claudius, son ennemi, et la famille Claudia tout entière avaient pris des vêtements de deuil; on s'entendait pour opprimer un homme populaire, parce que c'était le premier patricien passé dans les rangs du peuple".

(4) Au jour assigné, outre les réunions du peuple, les paroles séditieuses, les largesses et la fausse imputation contre le sénat, les accusateurs durent présenter contre l'accusé des charges particulières au crime de royauté; je ne les trouve dans aucun auteur. (5) Et sans doute elles ne furent point légères, puisque l'hésitation du peuple à le condamner, tint, non à la cause, mais au lieu. C'est un fait remarquable et qui doit apprendre aux hommes combien de nobles actions la honteuse passion de régner a pu rendre non seulement stériles, mais odieuses même.

(6) Manlius produisit, dit-on, près de quatre cents citoyens dont il avait, sans intérêts, acquitté les dettes, empêché les biens d'être vendus, la personne adjugée. (7) Ses gloires guerrières, il ne se borna pas à les rappeler; il en apporta d'éclatants témoignages: les dépouilles de trente ennemis tués par lui, quarante récompenses reçues de ses généraux, parmi lesquelles on distinguait deux couronnes murales, huit civiques. (8) Il produisit encore les citoyens sauvés par lui des mains de l'ennemi; entre autres, C. Servilius, maître de la cavalerie, absent alors, et qu'il nomma seulement. Puis, après avoir rappelé ses exploits guerriers et élevé son discours à la hauteur du sujet pour égaler aux faits les paroles, il mit à nu sa poitrine marquée de blessures reçues dans les batailles; (9) et, de temps en temps, les yeux tournés vers le Capitole, il supplia Jupiter et les autres dieux de le secourir dans ses misères; il les pria, dans sa détresse, d'inspirer au peuple romain les sentiments dont ils l'avaient animé lui-même pour la défense du Capitole et le salut du peuple romain; il conjura ses juges, ensemble et séparément, de contempler le Capitole et la citadelle, de se mettre en face des dieux immortels en prononçant son jugement.

(10) Comme c'était au Champ de Mars que le peuple s'assemblait pour les comices par centuries, et que l'accusé, les mains tendues vers le Capitole, adressait ses prières, non plus aux hommes, mais aux dieux, les tribuns reconnurent que s'ils ne délivraient les yeux des citoyens du souvenir de tant de gloire, jamais, dans ces esprits préoccupés de ses bienfaits, la reconnaissance ne laisserait de place à la conviction. (11) Aussi on ajourna le jugement, et on convoqua le peuple dans le "Bois Petelinus", hors de la porte Flumentane, d'où l'on ne pouvait voir le Capitole.

Alors l'accusation prévalut, et de ces coeurs inflexibles sortit une sentence fatale, odieuse aux juges mêmes. (12) Quelques auteurs rapportent qu'on créa, pour l'examen du crime contre l'État, des duumvirs qui le condamnèrent. Les tribuns le précipitèrent de la roche Tarpéienne, et le même lieu fut, pour le même homme, le témoin d'une noble gloire et d'un ignoble supplice. (13) À la peine de mort furent ajoutées deux flétrissures; l'une publique: sa maison s'élevait au lieu où se trouvent aujourd'hui le temple et l'atelier de Moneta; la nation décréta que nul patricien n'habiterait désormais dans la citadelle ou au Capitole; (14) l'autre particulière à sa famille: la famille Manlia décida qu'aucun de ses membres ne pourrait jamais s'appeler M. Manlius.

Ainsi finit cet homme qui, s'il ne fût né dans un État libre, eût laissé un nom mémorable. (15) Bientôt le peuple, qui n'avait plus à le craindre, et ne se rappelait que ses vertus, le regretta. Une peste aussi survint bientôt après, et une telle calamité, en l'absence de toute cause apparente, sembla au plus grand nombre une punition du meurtre de Manlius. (16) "On avait souillé le Capitole du sang de son libérateur, et les dieux n'avaient pu prendre à coeur ce supplice, offert presque à leurs yeux, de celui qui avait arraché leurs temples aux mains de l'ennemi".

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Belain
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Re: Livre VI : Les événements des années 389 à 367

Message par Belain le Sam 29 Avr 2017, 11:54

2ème partie: [6,21-35] Reprise du conflit dans le Latium (383-370)

[6,21] Épidémie à Rome. Nouvelles défections dans le Latium

(1) À cette peste succéda la disette, et, à la nouvelle de ces deux fléaux, l'année suivante, plusieurs guerres ensemble. Pour la quatrième fois L. Valerius, A. Manlius pour la troisième, Ser. Sulpicius pour la troisième, L. Lucretius, L. Aemilius pour la troisième, M. Trebonius, étaient tribuns militaires avec puissance de consuls. (2) Outre les Volsques, que le sort semblait ramener toujours pour exercer le soldat romain; outre les colonies de Circéi et de Vélitres, qui, depuis longtemps, préparaient leur défection, et le Latium, dont on se défiait; on vit les gens de Lanuvium, ville jusque-là très fidèle, se lever soudain. (3) Le sénat, pensant qu'ils agissaient ainsi par mépris de Rome, parce que les Véliternes, citoyens romains, restaient depuis si longtemps impunis pour leur défection, décida de présenter, au premier jour, au peuple, une déclaration de guerre contre eux. (4) Pour mieux préparer le peuple à cette campagne, on créa des quinquévirs pour le partage du pays Pontin, et des triumvirs pour l'établissement d'une colonie à Népété. (5) Alors on proposa au peuple d'ordonner la guerre, et, en dépit de l'opposition des tribuns de la plèbe, toutes les tribus votèrent la guerre.

(6) On en fit les préparatifs cette année; mais la peste empêcha l'armée de se mettre en marche. Ce délai donnait le temps aux colons de conjurer le sénat: une grande partie des habitants penchait à envoyer une députation suppliante à Rome; (7) mais le risque couru par les particuliers, comme toujours, interféra avec l'intérêt public. Les auteurs de la défection, craignant que, seuls chargés de crime, on ne les livrât, en expiation, aux vengeances de Rome, détournèrent les colonies de leurs desseins pacifiques; (8) et non contents de s'opposer, dans le sénat, au projet de députation, ils excitèrent même une grande partie du peuple à envahir et à dévaster le territoire de Rome: nouvel outrage, qui chassa toute espérance de paix.

(9) Cette année aussi, s'élevèrent les premiers bruits d'une défection des Prénestins: aux dénonciations des Tusculans, des Gabiens et des Labicans, dont ils avaient ravagé les terres, le sénat répondit si mollement, qu'on vit bien qu'il croyait peu aux accusations, parce qu'il ne voulait pas qu'elles fussent vraies.

[6,22] Guerres contre Vélitres et contre les Volsques

(1) L'année suivante, Sp. et L. Papirius, nouveaux tribuns militaires avec puissance de consuls, menèrent les légions à Vélitres; leurs quatre collègues, Ser. Cornelius Maluginensis, tribun pour la quatrième fois, Q. Servilius, Ser. Sulpicius, L. Aemilius pour la quatrième fois, restèrent pour défendre la ville au premier bruit d'un nouveau mouvement de l'Étrurie; car tout était suspect de ce côté. (2) À Vélitres, on rencontra une armée auxiliaire de Prénestins, plus nombreuse en quelque sorte que les troupes de la colonie: on les combattit avec succès; la proximité de la ville fut à la fois, pour l'ennemi, l'occasion d'une fuite prématurée et son unique asile en sa fuite.

(3) Les tribuns renoncèrent à attaquer la place, parce que le succès était douteux, et qu'ils ne voulaient point combattre pour la destruction de la colonie. La lettre qu'ils envoyèrent à Rome au sénat pour annoncer leur victoire, accusait plus les Prénestins que les Véliternes: (4) aussi, par un sénatus-consulte et par un ordre du peuple, on déclara la guerre aux Prénestins, qui s'allièrent aux Volsques, et, l'année suivante, marchèrent sur Satricum, colonie du peuple romain: malgré l'opiniâtre défense des colons, ils l'emportèrent d'assaut, et abusèrent cruellement de la victoire. (5) Indignés, les Romains créèrent M. Furius Camille, pour la septième fois, tribun militaire; on lui donna pour collègues A. et L. Postumius Regillensis, et L. Furius, avec L. Lucretius et M. Fabius Ambustus. (6) La guerre volsque fut, à titre extraordinaire, confiée à M. Furius; pour l'assister, le sort désigna le tribun L. Furius, moins dans l'intérêt de la république, que pour fournir à Camille une matière à toute louange: général, il releva l'affaire presque perdue par la témérité de son collègue; homme, il aima mieux se faire de la faute de Furius un titre à son affection, qu'un profit pour sa propre gloire.

(7) Déjà d'un âge avancé, Camille était prêt à prononcer dans les comices le serment usité pour excuse de santé; la volonté du peuple s'y opposa: une sève de génie vivifiait encore cette forte poitrine, et sa verte vieillesse avait l'entier usage de ses sens. Le service des affaires civiles commençait à lui peser, mais la guerre le ranimait. (8) Il leva quatre légions de quatre mille hommes chacune, convoqua son armée pour le lendemain à la porte Esquiline, et marcha sur Satricum. Les vainqueurs de la colonie peu effrayés, comptant sur leurs troupes supérieures en nombre, l'attendaient là. (9) À la nouvelle de l'arrivée des Romains, ils s'avancent en bataille, voulant, sans délai tenter les hasards d'un combat décisif, afin qu'à l'ennemi peu nombreux, la science de son unique chef, en qui seule il comptait, fût inutile.

[6,23] L'armée romaine brûle de combattre malgré les sages conseils de Camille

(1) Même ardeur animait l'armée romaine et l'un de ses chefs, et l'issue de cette lutte imminente n'était retardée que par la sagesse et l'autorité d'un seul homme, qui cherchait, en traînant la guerre, une occasion de suppléer aux forces par le génie. (2) L'ennemi n'en était que plus pressant: non content de déployer ses lignes le long de son camp, il s'avance au milieu de la plaine, vient porter ses enseignes presque sous les palissades ennemies, et affecte une orgueilleuse confiance en ses forces.

(3) C'était un spectacle pénible pour le soldat romain, plus pénible encore pour l'autre tribun militaire, L. Furius, qu'entraînaient et la fougue de son âge et de son caractère, et que gonflait les espérances de la multitude, dont les plus fragiles indices exaltent le courage. (4) Cette irritation des soldats, il l'excitait encore en attaquant sur le seul point où il pût l'atteindre, sur son âge, l'autorité de son collègue. "La guerre est faite pour les jeunes hommes, disait-il; avec la force du corps fleurit et se flétrit le courage; (5) le plus actif guerrier n'est plus qu'un temporisateur; celui qui, dès son arrivée, emportait toujours camps et villes du premier choc, maintenant s'endort et use le temps derrière des palissades: (6) qu'espère-t-il? accroître ses forces? affaiblir celles de l'ennemi? en quelle occasion, en quel temps, en quel lieu dresser des embûches? Froides et glaciales combinaisons de vieillard que tout cela. (7) À Camille désormais assez de vie, assez de gloire: convient-il, avec ce corps qui va mourir, de laisser vieillir et s'éteindre les forces de la cité qui doit être immortelle?"

(8) Par ces discours, L. Furius avait mis l'armée entière de son côté; et comme, de toutes parts, on demandait le combat: "Nous ne pouvons, M. Furius, dit-il, contenir l'ardeur du soldat; et l'ennemi, dont nos lenteurs ont augmenté l'audace, nous insulte avec un orgueil qui n'est plus supportable. Cède: seul contre tous, laisse-toi vaincre au conseil, tu vaincras plus tôt au combat.

(9) À cela Camille répond: "Jamais, dans toutes les guerres qu'il a dirigées seul jusqu'à ce jour, ni lui ni le peuple romain n'ont eu à se repentir de ses mesures ou des résultats: aujourd'hui, il sait qu'il a un collègue qui, comme lui, a le pouvoir et l'autorité, et, plus que lui, la vigueur de l'âge. (10) Quant à l'armée, il la gouverne d'ordinaire, et n'en est point gouverné; il ne peut s'opposer à la volonté d'un collègue: puisse-t-on, avec l'aide des dieux, mener à bien ce qu'on croira profitable à la république; (11) lui, comme une grâce de son âge, il demande à n'être point au premier rang: les devoirs qu'on peut attendre d'un vieillard à la guerre, il saura les remplir. Ce qu'il demande aux dieux immortels, c'est qu'aucun malheur ne donnât raison à sa tactique."

(12) Ni les hommes n'écoutèrent de si salutaires avis, ni les dieux de si pieuses prières. Le tribun qui veut le combat se place à la tête des troupes; Camille fortifie la réserve, et dispose en avant du camp un vigoureux détachement. Lui, du haut d'une éminence, spectateur attentif, surveille l'issue d'une mesure qu'il n'a point conseillée.

[6,24] Camille rétablit la situation compromise par l'imprudence de son collègue

(1) À peine, au premier choc, les armes ont retenti, que, par ruse, non par crainte, l'ennemi lâche pied. (2) Derrière lui, et par une pente assez douce, s'élevait une colline entre sa ligne et son camp. Grâce au nombre de ses troupes, il avait pu laisser au camp quelques vaillantes cohortes armées et toutes prêtes, et qui, une fois la lutte engagée, devaient, dès que l'ennemi approcherait du retranchement, fondre sur lui. (3) Le Romain, poursuivant en désordre l'ennemi qui recule, se laisse attirer dans une position désavantageuse, et favorise ainsi la sortie. L'alarme alors saisit le vainqueur: la vue d'un second ennemi, le penchant de la vallée, font plier l'armée romaine, (4) pressée à la fois et par les troupes fraîches des Volsques, qui avaient fait irruption du camp, et par une nouvelle attaque de ceux dont la fuite n'avait été que simulée.

Déjà ce n'était plus une retraite: le soldat romain, oubliant sa fougue récente et sa vieille gloire, avait tourné le dos, courait en pleine déroute et regagnait le camp. (5) Alors Camille, placé sur un cheval par ceux qui l'entourent, s'élance, et, leur opposant à la hâte son corps de réserve: "Voilà donc, soldats, dit-il, le combat que. vous demandiez! À quel homme, à quel dieu pouvez-vous vous en prendre? vous d'abord si hardis, vous êtes lâches à cette heure? (6) Vous suiviez un autre chef; à présent, suivez Camille, et, comme toujours quand je vous guide, sachez vaincre. Que regardez-vous les palissades et le camp? pas un de vous n'y rentrera que vainqueur."

(7) La honte d'abord arrêta leur fuite; puis, voyant marcher les enseignes, l'armée se retourner contre l'ennemi, et ce chef, illustré par tant de triomphes et d'un âge si vénérable, se jeter aux premiers rangs, au plus fort de la lutte et du danger, ils s'accusent les uns les autres, s'animent, et de mutuels encouragements parcourent toute la ligne avec un cri de joie.

(8) L'autre tribun ne trahit point ses devoirs: envoyé vers les cavaliers par son collègue, qui ralliait l'infanterie, il ne leur fait point de reproches (complice de leur faute, il n'avait point pouvoir pour cela): il renonce au ton du commandement pour celui de la prière; il les conjure séparément, et tous ensemble, de le sauver de l'opprobre de cette journée, dont il a fait tous les malheurs. (9) "Malgré les refus, les défenses de mon collègue, dit-il, j'ai préféré m'associer à la témérité de tous qu'à la sagesse d'un seul. Camille, quelle que soit votre fortune, y trouvera sa gloire: moi, si le combat ne se relève (chose bien misérable!), j'aurai ma part d'infortune avec tous, mais seul j'aurai la honte.

(10) Ils trouvèrent bon, au milieu de ces lignes flottantes, de quitter leurs chevaux, et d'attaquer à pied l'ennemi. Ils vont, brillants d'armures et de courage, partout où ils voient l'infanterie vivement pressée. Ni aux chefs, ni aux soldats, le coeur ne faiblit dans cette lutte décisive; (11) aussi l'événement se ressentit de cet effort de courage: les Volsques, dispersés et vraiment en déroute, reprirent le chemin de leur fuite simulée; un grand nombre périt dans le combat et dans la fuite, le reste dans le camp, qui du même élan fut emporté; néanmoins il y en eut plus de pris que de tués.

[6,25] Les Tusculans évitent une guerre de représailles

(1) Dans le recensement des prisonniers, on reconnut quelques Tusculans: mis à part et conduits aux tribuns, qui les interrogèrent, ils avouèrent que c'était sur décision de leur nation qu'ils avaient combattu. (2) Camille, saisi de crainte à la vue d'un ennemi si voisin, déclara qu'il allait aussitôt mener lui-même ces captifs à Rome, afin que le sénat ne pût ignorer que le Tusculans s'étaient détachés de son alliance. Pendant ce temps, le camp et l'armée resteront sous le commandement de son collègue, s'il y consent.

(3) Un seul jour avait appris à celui-ci à ne point préférer son avis à de meilleurs conseils; cependant ni lui, ni personne dans l'armée ne pouvait supposer beaucoup d'indulgence à Camille pour une faute qui avait jeté la république en de si graves périls. (4) À l'armée, à Rome, c'était une opinion générale et constante que, dans les diverses chances du combat contre les Volsques, le revers et la déroute devaient être imputés à L. Furius, et qu'à M. Furius appartenait tout l'honneur du succès. (5) On introduit les prisonniers dans le sénat, qui décrète qu'on poursuivra par la guerre les Tusculans, et charge Camille de cette guerre. Pour cette entreprise il demanda quelqu'un pour l'aider; on lui permit de choisir parmi les tribuns, et, contre l'attente de tous, ce fut L. Furius qu'il choisit. (6) Par cette modération, il atténua la honte de son collègue, et s'acquit une gloire immense.

On n'eut d'ailleurs point à combattre les Tusculans: par une paix obstinée, ils parvinrent à repousser les vengeances de Rome; ce que leurs armes n'auraient pu faire. (7) Ils laissèrent entrer les Romains sur leurs terres, sans quitter les lieux voisins de la route, sans interrompre la culture des campagnes: des portes ouvertes de la ville, une foule d'habitants en toge s'avancèrent à la rencontre des généraux; de la ville et des campagnes on apporta complaisamment au camp des vivres à l'armée. (8) Camille campe en avant des portes; et curieux de savoir si les mêmes apparences de paix qu'on affectait dans les campagnes se montreraient dans la ville, (9) il entre, voit les maisons et les boutiques ouvertes, toutes les marchandises exposées en vente, chaque ouvrier attentif à son travail; les écoles retentissent du bruit des leçons; les rues sont pleines de peuple, entre autres d'enfants et de femmes qui vont, qui viennent, chacun où l'appellent ses habitudes et ses affaires; (10) nulle part rien qui ressemble à de la peur, à de l'étonnement même: il tournait partout ses regards, cherchant des yeux quelques signes de guerre: pas une trace d'un objet déplacé, ou rapporté à dessein, mais toutes choses en un tel calme et une si constante paix, qu'on eût pu croire que des bruits de guerre n'étaient pas même arrivés jusque-là.

[6,26] Une délégation de Tusculans est reçue au sénat

(1) Vaincu par cette résignation des ennemis, il fait convoquer leur sénat: "Seuls jusqu'ici, Tusculans, dit-il, vous avez trouvé les véritables armes, les véritables forces pour vous défendre de la colère des Romains. (2) Allez à Rome vers le sénat; les sénateurs jugeront si vous méritiez plus, ou d'être punis d'abord, ou d'être épargnés aujourd'hui. Je ne préviendrai point une faveur qui doit être un bienfait public. Je vous laisse la liberté de la solliciter; à vos prières le sénat fera l'accueil qu'il lui plaira".

(3) Les Tusculans vinrent à Rome, et quand on vit tristement arriver dans le vestibule de la curie ce sénat d'une ville alliée, un peu auparavant si fidèle encore, les sénateurs romains s'attendrirent, et les firent appeler avec des paroles hospitalières plutôt qu'hostiles. (4) Le dictateur tusculan tint ce langage: "Vous nous avez déclaré et porté la guerre, pères conscrits, et tels vous nous voyez paraître aujourd'hui dans le vestibule de votre curie, tels et avec ces armes et dans cet appareil nous nous sommes avancés à la rencontre de vos généraux et de vos légions. (5) Voilà quelle fut, quelle sera toujours notre manière d'être et celle de notre peuple, à moins qu'un jour, de vous et pour vous, nous ne recevions des armes. Nous rendons grâce et à vos généraux et à vos armées: ils ont cru leurs yeux plutôt que leurs oreilles; et où il n'y avait pas d'ennemi, ils n'ont point voulu l'être."

(6) "La paix que nous avons observée, nous l'implorons de vous; la guerre, reportez-la partout ailleurs, nous vous en prions. Ce que peuvent vos armes contre nous, s'il nous faut l'éprouver douloureusement, nous l'éprouverons désarmés. Telles sont nos intentions: fassent les dieux immortels qu'elles nous soient aussi heureuses qu'elles sont pures. (7) Quant aux griefs qui vous ont entraînés à déclarer la guerre, bien qu'à les réfuter les faits démentiraient nos paroles, toutefois, fussent-ils réels, nous pensons que notre aveu même, après un si éclatant repentir, est sans danger. On peut vous outrager, tant que vous mériterez de pareilles satisfactions".

(8) Tel fut à peu près le discours des Tusculans. Ils obtinrent la paix d'abord, et peu après le droit de cité. On ramena les légions de Tusculum.

[6,27] Reprise de l'agitation tribunicienne (380)

(1) Camille, que sa prudence et sa valeur dans la guerre volsque, son heureuse fortune dans l'expédition contre Tusculum, dans l'une et l'autre sa rare patience et sa modération envers son collègue, avaient chargé de gloire, sortit de magistrature. (2) On créa tribuns militaires pour l'année suivante L. et P. Valerius, Lucius pour la cinquième fois, Publius pour la troisième, puis C. Sergius pour la troisième, L. Menenius pour la seconde, Sp. Papirius et Ser. Cornelius Maluginensis. (3) On eut aussi besoin de censeurs cette année, à cause surtout des bruits vagues sur le nombre des dettes, odieuse charge exagérée par les tribuns du peuple, atténuée au contraire par ceux qui avaient intérêt d'imputer les embarras des débiteurs à leur mauvaise foi plutôt qu'à leur impuissance. (4) On créa censeurs C. Sulpicius Camerinus, Sp. Postumius Regillensis. Leurs travaux étaient commencés quand la mort de Postumius (on se fit scrupule de le remplacer, et d'adjoindre un nouveau censeur à son collègue) vint les interrompre. (5) Sulpicius abdiqua sa magistrature: on créa d'autres censeurs; mais un vice dans leur élection ne leur permit pas d'exercer. On n'osa point risquer une troisième élection: les dieux semblaient repousser, cette année, la censure.

(6) "Insupportable dérision! disaient les tribuns du peuple! Le sénat fuyait l'établissement de registres officiels, qui attesteraient la fortune de chacun; il ne veut point laisser voir l'énorme masse des dettes et la preuve qu'une partie de la cité dévore l'autre: en attendant, le peuple obéré est livré à tels et tels ennemis. (7) Partout désormais, indistinctement, on cherche la guerre; on promène les légions d'Antium à Satricum, de Satricum à Vélitres, de là à Tusculum. Latins, Herniques, Prénestins sont menacés des armes romaines, et cela plus en haine du citoyen que de l'ennemi, afin de tuer le peuple sous les armes, sans lui permettre de reprendre haleine en sa ville, de songer en loisir à la liberté, d'assister aux assemblées, où parfois il entendrait cette voix tribunicienne réclamant un soulagement à tant de charges, un terme à tant d'autres outrages. (8) Si le peuple gardait au coeur un souvenir du libre esprit de ses ancêtres, il ne souffrirait pas qu'on adjuge un citoyen romain pour argent prêté; ni qu'on fasse une levée, avant qu'on ait examiné les dettes, avisé aux moyens de les réduire, avant que chacun ne sache bien ce qu'il a, ce qu'il n'a pas, si son corps reste libre, ou sujet encore aux entraves."

(9) Le prix offert à la sédition souleva la sédition sur l'heure. D'un côté, on allait condamner une foule de débiteurs; de l'autre, le sénat, au bruit des armements des Prénestins, avait décrété l'enrôlement de légions nouvelles: à ces deux mesures s'opposèrent tout ensemble et la puissance tribunicienne et l'unanimité du peuple: (10) les tribuns refusaient de laisser emmener les citoyens condamnés, les jeunes gens de donner leurs noms. Pour le moment, les sénateurs avaient moins de souci de la poursuite du jugement des débiteurs, que de la levée: car on annonçait déjà que l'ennemi, parti de Préneste, avait pris position sur le territoire de Gabies; (11) cependant cette nouvelle même, loin de détourner les tribuns du peuple de leur projet de résistance, les animait encore, et rien ne put éteindre la sédition dans Rome, que la guerre, et la guerre presque à ses portes.

[6,28] Les Prénestins prennent position au bord de l'Allia

(1) En effet, quand les Prénestins apprirent qu'il n'y avait point à Rome de troupes sous les armes, de général désigné, que les patriciens et le peuple étaient en lutte, (2) leurs chefs, profitant de l'occasion, précipitent la marche de leur armée, ravagent en passant la campagne, et portent leurs enseignes jusqu'auprès de la porte Colline. (3) L'alarme fut grande dans Rome: on crie aux armes; on court sur les remparts et aux portes; on quitte enfin la sédition pour la guerre, et on nomme dictateur T. Quinctius Cincinnatus. (4) Il créa maître de la cavalerie A. Sempronius Atratinus. À cette nouvelle (tant cette magistrature était redoutée), les ennemis s'éloignèrent des murailles, et la jeunesse romaine se soumit à l'édit sans résistance.

(5) Pendant qu'à Rome on lève une armée, l'ennemi va placer son camp non loin du fleuve Allia: de là il se répand au loin, dévastant la campagne, et s'applaudissant d'avoir choisi un lieu fatal à la cité romaine: (6) "ce serait, disaient-ils, même terreur, même déroute que dans la guerre des Gaulois. En effet, si ce jour qu'ils ont frappé d'un religieux interdit, et marqué du nom de ce lieu; si le jour d'Allia effraie les Romains, combien plus l'Allia lui-même, témoin d'un si grand désastre, doit les épouvanter encore. Là certes, leurs yeux et leurs oreilles retrouveraient encore la farouche image des Gaulois et leurs voix retentissantes." (7) De ces vains raisonnements tirant de plus vaines espérances, ils avaient remis leur fortune aux hasards de ce lieu.

Les Romains, au contraire: "Partout où se présente un ennemi latin, ils savent assez que c'est le même qu'ils ont vaincu au lac Régille et qu'une paix de cent ans a tenu dans leur dépendance. (8) Ce lieu, qui leur rappelle un insigne désastre, leur donnera du coeur pour détruire le souvenir de cette honte, plutôt que la crainte qu'il n'y ait une terre où la victoire leur soit interdite. (9) Reviennent les Gaulois eux-mêmes à cette place, et les Romains combattront comme à Rome ils ont combattu pour reconquérir leur patrie; comme, le jour suivant, près de Gabies, alors que, grâce à leurs efforts, de tant d'ennemis entrés dans les remparts de Rome, pas un ne put porter chez lui la nouvelle de ses succès et de ses revers".

[6,29] Victoire des Romains sur les Prénestins et leurs alliés (380)

(1) Ainsi animés de part et d'autre, ils arrivèrent sur les bords de l'Allia. Le dictateur romain, en présence de l'ennemi rangé et sous les armes: "Ne vois-tu pas, dit-il, A. Sempronius, qu'ils comptaient sur la fortune de ce lieu en prenant position sur l'Allia? Puissent les dieux immortels ne leur avoir point donné de plus sûr gage de confiance, ou de meilleur appui! (2) Mais toi, qui comptes sur tes armes et ton courage, charge et lance la cavalerie au milieu de ces bataillons; moi, avec les légions, parmi leurs lignes troublées et tremblantes, je pousserai nos enseignes. Assistez-nous, dieux témoins des serments! venez punir ceux qui vous ont outragés, qui ont abusé de votre nom pour nous trahir!"

(3) Les Prénestins ne résistèrent ni aux cavaliers, ni aux fantassins: au premier choc, au premier cri, leurs lignes furent rompues. Puis, ne pouvant sur aucun point tenir la ligne, ils tournent le dos: culbutés et en pleine déroute, emportés par la frayeur au-delà de leur camp, ils ne s'arrêtèrent qu'en vue de Préneste.

(4) Là, ces fuyards se rallient, et s'emparent d'une position qu'ils fortifient à la hâte: s'ils se réfugiaient dans leurs murs, on brûlerait aussitôt leurs campagnes, et, après une entière dévastation, on mettrait le siège devant la ville. (5) Mais lorsque, après avoir pillé leur camp sur l'Allia, le Romain vainqueur apparut, ils abandonnèrent même ce nouveau retranchement; et, rassurés à peine par la protection de leurs remparts, ils se renferment dans leur ville de Préneste. (6) Outre cette ville, huit autres se trouvaient sous la domination des Prénestins. On leur porta la guerre tour à tour; on les prit sans beaucoup de peine, et on mena l'armée à Vélitres, qu'on emporta de même. (7) Alors on revint à Préneste, le but de cette guerre. Sans attendre l'emploi de la force, elle capitula.

(8) T. Quinctius, après avoir gagné une bataille rangée, pris deux camps ennemis, forcé neuf villes, reçu Préneste à composition, rentra dans Rome. Il triompha, et porta au Capitole une statue de Jupiter Imperator, enlevée de Préneste. (9) Il lui dédia une place entre la chapelle de Jupiter et celle de Minerve: au-dessous fut scellée une tablette, monument de ses exploits, avec une inscription conçue à peu prés ainsi: "Jupiter et tous les dieux ont donné à T. Quinctius, dictateur, de prendre neuf villes." Vingt jours après son élection, il abdiqua la dictature.

[6,30] L'armée romaine tombe dans une embuscade (379)

(1) Les comices s'ouvrirent ensuite pour l'élection des tribuns militaires avec puissance de consuls: il en sortit un nombre égal de patriciens et de plébéiens. (2) Les patriciens nommés furent P. et C. Manlius, avec L. Julius: le peuple élut C. Sextilius, M. Albinius, L. Antistius. (3) Les Manlius, supérieurs en naissance aux plébéiens, en crédit à Julius, furent, avant toute épreuve du sort, avant tout examen, à titre extraordinaire, chargés de la campagne contre les Volsques: ce dont bientôt eux-mêmes et le sénat, qui leur confiait cette charge, se repentirent.

(4) Sans reconnaître le pays, ils envoient des cohortes au fourrage: un faux bruit leur apprend qu'elles sont enveloppées; pour les secourir, ils marchent à la hâte, sans même retenir l'auteur de la nouvelle, un ennemi latin, qu'ils croient soldat romain et qui les abuse: ils se jetèrent dans une embuscade. (5) Là, tandis qu'ils se maintiennent dans une position désavantageuse par la seule vaillance des soldats, qui tuent et se font tuer; ailleurs le camp romain, assis dans la plaine, est assailli par l'ennemi. (6) Des deux côtés, la témérité, l'ignorance des généraux trahirent les armes romaines: ce qui put survivre de la fortune de l'empire ne dut son salut qu'à cette vaillance du soldat qui tint ferme, même sans chef.

(7) Quand cela fut connu dans Rome, on voulut d'abord nommer un dictateur: bientôt on sut que les Volsques demeuraient tranquilles; on comprit qu'ils ne savaient user ni de la victoire ni de l'occasion, on rappela l'armée et les généraux: on eut alors, du côté des Volsques au moins, quelque repos, (8) qui ne fut troublé qu'à la fin de l'année par une insurrection des Prénestins et des peuplades latines soulevées avec eux.

(9) La même année, on inscrivit de nouveaux colons pour Sétia, qui se plaignait elle-même de manquer d'habitants. Enfin, comme une consolation à de si malheureuses chances de guerre, succéda la paix domestique, qui fut une conquête des tribuns militaires plébéiens, de leur crédit et de leur ascendant parmi leur ordre.

[6,31] Représailles de l'armée romaine en territoire volsque (378)

(1) Au commencement de l'année suivante, une violente sédition s'alluma soudain sous le tribunat militaire avec puissance de consuls de Sp. Furius, Q. Servilius, élu pour la seconde fois, C. Licinius, P. Cloelius, M. Horatius, L. Geganius. La matière et la cause de cette sédition étaient les dettes: (2) pour en connaître, on créa censeurs Sp. Servilius Priscus et Q. Cloelius Siculus; la guerre vint arrêter leur travail. (3) Des messages alarmants d'abord, puis des fuyards de la campagne annoncèrent que les légions des Volsques avaient envahi les frontières, et dévastaient partout le territoire de Rome. (4) En ce moment d'alarmes, loin que la terreur du dehors comprimât les luttes intestines, la puissance tribunicienne, plus acharnée encore, s'opposa aux enrôlements, et le sénat dut subir la condition qu'on suspendrait, pendant toute la durée de la guerre, et la perception du tribut, et les poursuites contre les débiteurs. (5) Ce répit gagné au peuple, rien ne retarda plus les levées.

Des nouvelles légions enrôlées, on résolut de former deux armées, et de les diriger séparément sur le territoire volsque. Sp. Furius, D. Horatius marchèrent à droite, vers la côte maritime, sur Antium; Q. Servilius et L. Geganius à gauche, vers les montagnes, sur Écétra. (6) D'aucun côté ne parut l'ennemi. Alors commença le pillage; mais non pas au hasard et à la course, comme ce furtif brigandage des Volsques, encouragés par les discordes de l'ennemi autant qu'effrayés de sa valeur, mais comme la juste vengeance d'une armée justement irritée: vengeance que sa durée fit plus terrible encore. (7) Les Volsques en effet, craignant à chaque instant de voir sortir de Rome une armée, n'avaient fait incursion que dans les régions frontières: le Romain, au contraire, qui voulait attirer l'ennemi au combat, avait intérêt de séjourner sur ses terres. (8) Il brûla donc toutes les habitations éparses des campagnes, et quelques villages même, sans épargner un arbre fruitier, un champ semé, l'espoir d'une moisson; puis, entraînant ce qui se trouva hors des villes, tout un butin d'hommes et de bestiaux, l'une et l'autre armée revint à Rome.

[6,32] Victoire romaine devant Satricum (378). Élection des tribuns militaires (377)

(1) On avait accordé aux débiteurs un court délai pour respirer: une fois sans crainte de l'ennemi, on recommença vivement à les poursuivre, et, loin d'espérer du soulagement à leurs dettes anciennes, ils durent en contracter de nouvelles, afin de payer un tribut imposé pour la construction en pierres de taille d'un mur adjugé par les censeurs. (2) Le peuple fut contraint de subir encore ce fardeau, ses tribuns n'ayant point d'enrôlement à empêcher.

(3) Bien plus, subjugué par l'influence des grands, il nomma pour tribuns militaires tous patriciens L. Aemilius, P. Valerius pour la quatrième fois, C. Veturius, Ser. Sulpicius, L. et C. Quinctius Cincinnatus. (4) La même influence parvint, pour repousser les Latins et les Volsques, dont les légions réunies campaient près de Satricum, à faire prêter serment sans obstacle à toute la jeunesse et à lever trois armées. (5) L'une devait garder la ville; un autre faire face aux premiers mouvements qui surviendraient encore, aux alertes imprévues; la troisième, de beaucoup la plus forte, commandée par P. Valerius et L. Aemilius, partit pour Satricum.

(6) Là, trouvant l'armée ennemie rangée dans la plaine, on combattit sur l'heure. La victoire n'était pas encore évidente, mais on avait bon espoir, quand un orage et des flots de pluie mirent fin au combat. (7) Le lendemain, nouvelle attaque. Quelque temps, avec une vaillance et une fortune égales, les légions latines surtout, instruites, par une longue alliance, aux leçons de la milice romaine, se maintinrent. (8) Mais la cavalerie s'élance, et jette le désordre dans les rangs: l'infanterie pousse ses enseignes au milieu de ce désordre, et autant l'armée romaine gagnait de terrain, autant en perdait l'ennemi: aussi la ligne de bataille eut à peine plié, que rien ne put faire tête à la valeur romaine.

(9) Battus, les ennemis voulurent gagner, non leur camp, mais Satricum, à deux milles de là; ils furent mis en pièces, par la cavalerie surtout: le camp fut pris et pillé. (10) Ils quittèrent Satricum la nuit qui suivit le combat, et, d'une marche qui ressemblait à une fuite, se dirigèrent sur Antium. L'armée romaine s'attacha de près à leurs traces: mais la peur fut plus rapide que la colère, (11) et les ennemis entrèrent dans la ville, avant que le Romain pût harceler leur arrière-garde, ou retarder leur marche. Alors on passa quelques jours à ravager la campagne, les Romains n'ayant point l'appareil nécessaire pour l'assaut des murailles, ni l'ennemi pour tenter les chances d'un combat.

[6,33] Les Latins s'en prennent à Satricum et à Tusculum. Riposte de l'armée romaine

(1) Une querelle s'éleva alors entre les Antiates et les Latins: les Antiates, vaincus par le malheur et subjugués par la guerre, au sein de laquelle ils étaient nés et avaient vieilli, aspiraient à se rendre; (2) les Latins, reposés par une longue paix, trouvaient, dans la première ardeur d'une défection récente, plus d'âpreté et de persévérance pour la guerre. Cette lutte cessa quand chacun reconnut qu'il ne tenait à aucun des deux peuples d'empêcher l'autre de poursuivre ses desseins. (3) Les Latins partirent pour s'affranchir de la solidarité d'une paix qui leur semblait déshonorante; les Antiates, délivrés de ces incommodes censeurs de leurs projets de salut, remirent ville et terres aux Romains.

(4) La fureur, la rage des Latins éclatèrent; et dans cette impuissance de nuire aux Romains par la guerre, et de retenir les Volsques sous les armes, ils anéantirent dans les flammes la ville de Satricum, ce premier asile de leur déroute, et nul autre toit ne resta de cette ville (où leurs torches atteignaient à la fois les lieux saints et profanes) que le temple de Mater Matuta. (5) Encore ce ne furent, dit-on, ni leurs scrupules religieux, ni leur respect des dieux qui les arrêtèrent, ce fut une voix terrible sortie du temple, avec de fatales menaces s'ils n'éloignaient leurs feux impies des sanctuaires.

(6) Toujours enflammés de rage, le même élan les entraîne à Tusculum, par colère contre ses habitants, qui, détachés de la ligue commune du Latium, s'étaient faits non seulement des alliés, mais des citoyens de Rome. (7) Les portes étaient ouvertes, leur attaque imprévue: du premier cri, la ville fut prise, moins la citadelle, où les Tusculans se réfugièrent avec leurs femmes et leurs enfants, après avoir envoyé des messages à Rome pour instruire le sénat de leur détresse. (8) Avec cette diligence dont la loyauté du peuple romain se faisait un devoir, une armée partit pour Tusculum sous la conduite de L. Quinctius et de Ser. Sulpicius, tribuns militaires. (9) Ils voient les portes de Tusculum fermées, et les Latins, dans la double position d'assiégeants et d'assiégés, défendre d'un côté les remparts de la ville, de l'autre assaillir la citadelle; effrayer et trembler tout ensemble.

(10) L'arrivée des Romains eut bientôt changé les dispositions de l'un et de l'autre parti. Les Tusculans passèrent d'une grande terreur à une vive allégresse; les Latins, qui, maîtres de la ville, avaient presque la ferme confiance de prendre bientôt la citadelle, conservèrent à peine l'espoir de se sauver. (11) Au cri poussé de la citadelle par les Tusculans répond un plus terrible cri de l'armée romaine. Les Latins, pressés des deux côtés, ne peuvent soutenir l'élan des Tusculans, qui se précipitent des hauteurs de la citadelle, ni repousser les Romains, qui se glissent au pied des remparts et détruisent les défenses avancées des portes. (12) À l'aide des échelles, on s'empare des murailles, puis on brise les portes et leurs verrous; serrés entre deux lignes, en face et derrière, les ennemis, sans un reste de force pour combattre, sans une issue pour fuir, tombent au centre, massacrés jusqu'au dernier. Tusculum reconquise, l'armée fut reconduite à Rome.

[6,34] La jalousie de la fille cadette de M. Fabius Ambustus

(1) À mesure que les succès militaires de cette année rétablissaient partout la paix au-dehors, dans la ville croissaient de jour en jour et la violence des patriciens et les misères du peuple, auquel on ôtait tout pouvoir de payer ses dettes, en s'obstinant à l'y contraindre. (2) Une fois donc leur patrimoine épuisé, ce fut leur honneur et leur corps que les débiteurs, condamnés et adjugés, livrèrent en paiement à leurs créanciers; à l'obligation de dette s'était substitué.

(3) Une telle dépendance avait abattu les esprits et des plus humbles et des plus distingués plébéiens; et si bien, qu'ils ne cherchaient plus non seulement à disputer aux patriciens le tribunat militaire, ce prix de tant de luttes et de travaux jadis, (4) mais même à solliciter ou à prendre en main les magistratures plébéiennes: pas un homme hardi et entreprenant ne se sentait ce courage; et la possession d'une dignité dont le peuple avait à peine usé quelques années, semblait à jamais reconquise aux patriciens. (5) Mais pour troubler l'extrême joie de ce parti, survint un léger incident, qui amena (comme souvent il arrive) de graves événements.

M. Fabius Ambustus, homme puissant parmi les membres de son ordre et même auprès du peuple, qui savait n'être point méprisé de lui, avait marié ses deux filles, l'aînée à Ser. Sulpicius, la plus jeune à C. Licinius Stolon, homme distingué, plébéien toutefois; et cette alliance même, que Fabius n'avait pas dédaignée, lui avait mérité la faveur de la multitude. (6) Un jour, il arriva que, pendant que les deux soeurs, réunies au logis de Ser. Sulpicius, tribun militaire, passaient le temps, comme d'ordinaire, à converser ensemble, Sulpicius revenait du Forum et rentrait chez lui: le licteur heurta la porte, suivant l'usage, avec sa baguette; à ce bruit, la jeune Fabia, étrangère à cet usage, s'effraya: sa soeur se prit à rire, étonnée de son ignorance. (7) Ce rire piqua au vif ce coeur de femme, ouvert aux plus faibles émotions. Puis la vue de cette foule qui suivait le tribun et lui demandait ses ordres, lui fit, j'imagine, estimer bien heureux le mariage de sa soeur; et cette mauvaise honte, qui ne permet à personne d'être moins que ses proches, dut lui donner regret du sien.

(8) Elle avait l'esprit encore troublé de cette récente blessure, quand son père la vit, et lui demanda si elle était malade. Elle déguisait le motif d'un chagrin qui n'était ni assez bienveillant pour sa soeur, ni fort honorable pour son mari, (9) mais il insista avec douceur, et lui arracha enfin l'aveu que le motif de son chagrin n'était autre que l'inégalité de cette union qui l'avait alliée à une maison où les honneurs et le crédit ne pouvaient entrer. (10) Ambustus consola sa fille, lui commanda d'avoir bon courage: bientôt elle verrait chez elle ces mêmes honneurs qu'elle avait vus chez sa soeur. (11) Il commença dès lors à se concerter avec son gendre, après s'être associé L. Sextius, jeune homme de coeur, auquel il ne manquait, pour aspirer à tout, qu'une origine patricienne.

[6,35] Les tribuns de la plèbe C. Licinius et L. Sextius. Vacance du gouvernement (375-370)

(1) Un prétexte se présentait de tenter des nouveautés, c'était la masse énorme des dettes; le peuple ne devait espérer de soulagement à ce mal qu'en plaçant les siens au sommet du pouvoir: (2) c'est à ce but qu'il fallait tendre. À force d'essayer et d'agir, les plébéiens avaient déjà fait un grand pas; quelques efforts de plus, et ils arriveraient au faîte, et ils pourraient égaler en dignités ces patriciens qu'ils égalaient en mérite. (3) D'abord ils avisèrent de se faire nommer tribuns du peuple: cette magistrature. leur ouvrirait la voie aux autres dignités.

(4) Créés tribuns, C. Licinius et L. Sextius proposèrent plusieurs lois, toutes contraires à la puissance patricienne et favorables au peuple - la première sur les dettes - on déduirait du capital les intérêts déjà reçus, et le reste se paierait en trois ans par portions égales; (5) une autre limitait la propriété, et défendait à chacun de posséder plus de cinq cents arpents de terre; une troisième enfin supprimait les élections de tribuns militaires, et rétablissait les consuls, dont l'un serait toujours choisi parmi le peuple: projets immenses, et qui ne pouvaient réussir sans les plus violentes luttes. (6) C'était attaquer à la fois tout ce qui fait l'objet de l'insatiable ambition des hommes, la propriété, l'argent, les honneurs.

Épouvantés, tremblants, les patriciens, après plusieurs réunions publiques et privées, ne trouvant point d'autre remède que cette opposition tribunicienne éprouvée tant de fois déjà dans des luttes antérieures, engagèrent des tribuns à combattre les projets de leurs collègues. (7) Ces tribuns, le jour où ils virent les tribus citées par Licinius et Sextius pour donner leurs suffrages, parurent, soutenus d'un renfort de patriciens, et ne permirent ni la lecture des projets de lois, ni aucune des autres formalités en usage pour un plébiscite. (8) Plusieurs assemblées furent convoquées encore, mais sans succès: les projets de lois semblaient repoussés. "C'est bien, dit alors Sextius, puisque l'opposition de nos collègues a ici tant de force, ce sera notre arme aussi pour la défense du peuple. (9) Allons, patriciens, annoncez des comices pour des élections de tribuns militaires: je ferai en sorte que vous trouviez moins de charme à ce mot "Je m'oppose", qui dans la bouche de nos collègues résonne aujourd'hui si agréablement à votre oreille.

(10) Ces menaces ne furent pas vaines: aucune élection, hors celles des édiles et des tribuns du peuple, ne put réussir. Licinius et Sextius, réélus tribuns du peuple, ne laissèrent créer aucun magistrat curule, et comme le peuple renommait toujours les deux tribuns, qui toujours repoussaient les élections de tribuns militaires, la ville demeura cinq ans dépossédée de ses magistrats.

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Re: Livre VI : Les événements des années 389 à 367

Message par Belain le Sam 29 Avr 2017, 11:59

3ème partie: [6, 36-42] Nouvelles victoires de la plèbe (370-367)

[6,36] Élection des tribuns militaires (370-368). Revendications de la plèbe

(1) Partout ailleurs, heureusement, la guerre dormait. Cependant les colons de Vélitres, enchantés de l'inaction de Rome, qui n'avait pas d'armée, firent plusieurs incursions sur les terres de la république, et osèrent assiéger Tusculum. (2) À cette nouvelle et à la voix des Tusculans, de ces vieux alliés, de ces nouveaux concitoyens qui demandaient secours, un vif sentiment de honte toucha les patriciens et le peuple lui-même. (3) Les tribuns du peuple ayant relâché leur rigueur, un interroi tint des comices, et créa tribuns militaires L. Furius, A. Manlius, Ser. Sulpicius, Ser. Cornelius, P. et C. Valerius.

Le peuple fut moins docile aux levées qu'aux comices, (4) et leur disputa longtemps l'enrôlement d'une armée. Ils partirent enfin et repoussèrent de Tusculum l'ennemi, qu'ils refoulèrent même jusqu'au sein de ses remparts; (5) et Vélitres fut assiégée avec plus de vigueur encore que ne l'avait été Tusculum. Cependant ceux qui commencèrent le siège de Vélitres ne purent l'achever. (6) On créa auparavant de nouveaux tribuns militaires: Q. Servilius, C. Veturius, A. et M. Cornelius, Q. Quinctius, M. Fabius; et ces tribuns même ne firent rien de mémorable à Vélitres.

(7) De plus violents combats s'élevaient dans Rome. De concert avec Sextius et Licinius, qui avaient proposé les projets de lois, et qu'on avait renommés huit fois déjà tribuns du peuple, un tribun militaire, beau-père de Stolon, Fabius, premier auteur de ces lois, s'en proclamait sans hésiter le défenseur. (8) Dans le collège des tribuns du peuple, il s'était trouvé d'abord huit opposants; il en restait cinq encore, et ces tribuns (comme presque toujours ceux qui trahissent leur parti), embarrassés, interdits, n'appuyaient leur opposition que de cette leçon que des voix étrangères, à domicile, leur avaient apprise: (9) "Une grande partie du peuple est loin de Rome, à l'armée, devant Vélitres; jusqu'au retour des soldats, on doit différer les comices, afin que tout le peuple puisse voter sur ses intérêts".

(10) Sextius et Licinius au contraire, soutenus de leurs collègues et du tribun militaire Fabius, et devenus, par une expérience de tant d'années déjà, habiles à manier les esprits de la multitude, prenaient à partie les chefs des patriciens et les fatiguaient de questions sur chacune des lois proposées au peuple: (11) Oseraient-ils réclamer, quand on distribuait deux arpents de terre aux plébéiens, la libre jouissance pour eux de plus de cinq cents arpents? chacun d'eux posséderait-il les biens de près de trois cents citoyens, quand le plébéien aurait à peine assez d'espace en son champ pour un logis bien juste, ou la place de sa tombe! (12) Leur plairaient-ils donc à voir le peuple écrasé par l'usure, et forcé, quand le paiement du capital devrait l'acquitter, de livrer son corps aux verges et aux supplices? et chaque jour, les débiteurs adjugés, traînés en masse loin du Forum? et les maisons des patriciens remplies de prisonniers, et, partout où demeure un noble, un cachot pour des citoyens?

[6,37] Les tribuns de la plèbe demandent qu'un des consuls soit obligatoirement choisi dans la plèbe (369)

(1) Après avoir ainsi tonné contre ces déplorables abus devant la multitude tremblant pour elle-même, et plus indignée que les tribuns, ils poursuivaient, (2) affirmant que les patriciens ne cesseraient d'envahir les biens du peuple, de le tuer par l'usure, si le peuple ne tirait de lui-même un consul, gardien de sa liberté. (3) "On méprise désormais les tribuns du peuple: cette puissance a brisé ses forces avec son opposition. (4) L'égalité est impossible quand pour ceux-là est l'empire, pour les tribuns le seul droit de défense: si on ne l'associe à l'empire, jamais le peuple n'aura sa juste part de pouvoir dans l'État. Personne ne peut se contenter de l'admission des plébéiens aux comices consulaires; si on ne fait une nécessité de toujours prendre un des consuls parmi le peuple, jamais on n'aura de consul plébéien. (5) A-t-on donc oublié déjà que, depuis qu'on s'était avisé de remplacer les consuls par des tribuns militaires, afin d'ouvrir au peuple une voie aux dignités suprêmes, pas un plébéien, pendant quarante-quatre ans, n'avait été nommé tribun militaire?

(6) Comment croire à présent que, sur deux places, ils voudront bien faire sa part d'honneur au peuple, eux qui d'ordinaire ont occupé huit places aux élections de tribuns militaires? et qu'ils lui permettront d'arriver au consulat, après avoir muré le tribunat si longtemps? (7) Il faut emporter par une loi ce que le crédit ne peut obtenir aux comices, mettre hors de concours un des deux consulats, pour en assurer l'accès au peuple: s'ils restent au concours, ils seront toujours la proie du plus puissant.

(8) Les patriciens ne peuvent plus dire à cette heure ce qu'ils allaient répétant sans cesse, qu'il n'y avait pas dans les plébéiens d'hommes propres aux magistratures curules. La république a-t-elle donc été plus mollement ou plus sottement servie depuis P. Licinius Calvus, premier tribun tiré du peuple, que durant ces années, où nul autre qu'un patricien ne fut tribun militaire? Au contraire, on a vu des patriciens condamnés après leur tribunat, jamais un plébéien. (9) Les questeurs aussi, comme les tribuns militaires, sont, depuis quelques années, choisis parmi le peuple, et pas une seule fois le peuple romain ne s'en est repenti. (10) Le consulat manque seul aux plébéiens: c'est le dernier rempart, c'est le couronnement de la liberté: si on y arrive, alors le peuple romain pourra vraiment croire les rois chassés de la ville et sa liberté affermie. (11) Car de ce jour viendront au peuple toutes ces distinctions qui grandissent tant les patriciens: l'autorité, les honneurs, la gloire des armes, la naissance, la noblesse, biens immenses pour eux-mêmes, et qu'ils lègueront plus immenses à leurs enfants."

(12) Lorsqu'ils virent de tels discours accueillis, ils publièrent un nouveau projet de loi qui remplaçait les duumvirs chargés des rites sacrés par des décemvirs moitié plébéiens, moitié patriciens. Pour la discussion de toutes ces propositions, on différa les comices jusqu'à la rentrée de l'armée qui assiégeait Vélitres.

[6,38] Luttes à propos du vote des lois. Démission du dictateur Camille (368)

(1) L'année s'écoula avant le retour des légions. Ainsi suspendue, l'affaire concernant cette loi passa à de nouveaux tribuns militaires; car les tribuns du peuple étaient toujours les mêmes: le peuple s'obstinait à les réélire, surtout les deux auteurs des projets de lois. (2) On créa tribuns militaires T. Quinctius, Ser. Cornelius, Ser. Sulpicius, Sp. Servilius, L. Papirius, L. Veturius. (3) Dès les premiers jours de l'année, on en vint à la lutte dernière au sujet des lois; et comme leurs auteurs avaient convoqué les tribus sans s'arrêter à l'opposition de leurs collègues, les patriciens alarmés recoururent aux deux remèdes extrêmes, au premier pouvoir, au premier citoyen de Rome. (4) Ils résolurent de nommer un dictateur, et nommèrent M. Furius Camille, qui choisit pour maître de la cavalerie L. Aemilius.

De leur côté, les auteurs des lois, en présence de ces redoutables préparatifs de leurs adversaires, arment de grands courages la cause du peuple: l'assemblée de la plèbe convoquée, ils appellent les tribus aux votes. (5) Le dictateur, environné d'une troupe de patriciens, plein de colère et de menaces, prend place au Forum: l'affaire s'engage par cette première lutte des tribuns du peuple qui proposent la loi, et de ceux qui s'y opposent; mais si l'opposition l'emportait par le droit, elle était vaincue par le crédit des lois et de leurs auteurs. Déjà les premières tribus avaient dit: "Ainsi que tu le requiers".

(6) Alors Camille: "Puisque désormais, Romains, dit-il, c'est le caprice des tribuns, et non plus la souveraineté du tribunat qui fait loi pour vous, et que ce droit d'opposition, cette antique conquête de la retraite du peuple, vous l'anéantissez aujourd'hui par les mêmes voies qui vous l'ont acquis; dans l'intérêt de la république tout entière, non moins que dans le vôtre, je viendrai, dictateur, en aide à l'opposition, et ce droit, qui est à vous et qu'on détruit, mon autorité le protégera. (7) Si donc C. Licinius et L. Sextius cèdent à l'intervention de leurs collègues, je n'interposerai point la magistrature patricienne dans une assemblée populaire; mais si, en dépit de l'intervention, ils prétendent imposer ici des lois comme dans une ville prise, je ne souffrirai point que la puissance tribunicienne s'anéantisse elle-même. "

(8) Au mépris de ces paroles, les tribuns du peuple n'en poursuivent pas moins vivement leur opération. Transporté de colère, Camille envoie des licteurs dissiper la foule, et menace, si on persiste, de contraindre toute la jeunesse au serment militaire, et d'emmener à l'instant cette armée hors de la ville. (9) Il avait imprimé au peuple une grande terreur: quant aux chefs, son attaque avait plutôt enflammé qu'abattu leur courage.

Mais, avant que le succès se fût décidé de part ou d'autre, il abdiqua sa magistrature, soit qu'il y ait eu vice dans son élection, comme on l'a écrit, soit que les tribuns aient proposé au peuple, et que le peuple ait accepté, de punir M. Furius, s'il faisait acte de dictateur, d'une amende de cinq cent mille as. (10) Mais, à mon avis, les auspices l'inquiétèrent plus que cette proposition sans exemple; ce qui me porte à le croire, c'est d'abord le caractère même de l'homme, c'est ensuite le choix immédiat d'un autre dictateur, de P. Manlius, à sa place: (11) or, à quoi bon ce nouveau choix, si M. Furius eût déjà succombé dans la lutte? D'ailleurs, ce même Furius fut, l'année suivante, réélu dictateur; et certes il eût rougi de reprendre une autorité brisée entre ses mains l'année précédente; (12) puis, au temps même où cette prétendue amende fut proposée, il pouvait ou résister à cette loi, qui tendait, il le voyait bien, à réduire son autorité, ou renoncer à combattre les autres, qui servaient de prétexte à cette mesure. (13) Enfin, de tout temps et jusqu'à nos jours, depuis qu'il y a lutte entre les forces tribunicienne et consulaire, la dictature a conservé sa haute souveraineté.

[6,39] Chantage exercé par les tribuns de la plèbe Licinius et Sextius

(1) Entre l'abdication du premier dictateur et l'entrée de Manlius en fonctions, les tribuns profitèrent d'une espèce d'interrègne pour convoquer une assemblée du peuple. On put voir alors celles des propositions que préférait le peuple et celles que préféraient leurs auteurs. (2) Il acceptait les lois sur l'usure et les terres, et repoussait le consulat plébéien, et il allait se prononcer séparément sur l'une et l'autre affaire, si les tribuns n'eussent réclamé pour le tout une seule et même décision. (3) P. Manlius, le dictateur, fit pencher ensuite le succès vers la cause du peuple, en nommant maître de la cavalerie le plébéien C. Licinius, qui avait été tribun militaire. (4) Le sénat, dit-on, en fut mécontent: le dictateur s'excusa auprès des sénateurs sur la parenté qui l'unissait à Licinius, et nia en même temps que la dignité de maître de la cavalerie fût supérieure à celle de tribun consulaire.

(5) Licinius et Sextius, une fois fixée la date des comices pour l'élection des tribuns du peuple, firent si bien que, tout en déclarant qu'ils ne voulaient plus du tribunat, ils excitèrent vivement le peuple à leur accorder un honneur que leur refus menteur sollicitait encore. (6) "Depuis neuf ans déjà, ils sont là comme en bataille contre la noblesse, et toujours à leur très grand risque personnel, sans aucun profit pour la république; avec eux ont vieilli déjà et les lois qu'ils ont proposées et toute la vigueur de la puissance tribunicienne. (7) On a combattu leurs lois d'abord par l'intervention de leurs collègues, puis par l'envoi de la jeunesse à la guerre de Vélitres; enfin la foudre dictatoriale s'est dirigée contre eux.

(8) Maintenant que ni leurs collègues ni la guerre ne font obstacle, ni le dictateur, qui même a présagé le consulat au peuple en nommant un plébéien maître de la cavalerie, c'est le peuple qui se nuit à lui-même et à ses intérêts. (9) Il peut tenir la ville et le Forum libres de créanciers, les champs libres de leurs injustes maîtres, et sur l'heure, s'il le veut. (10) Mais ces bienfaits, quand donc enfin les saura-t-il assez reconnaître et apprécier, si, tout en accueillant des lois qui lui sont profitables, il enlève l'espoir des honneurs à ceux qui les ont faites?

Il serait peu délicat au peuple romain de revendiquer l'allègement de ses dettes et sa mise en possession de terres injustement usurpées par les grands, pour laisser là, vieillards tribunitiens, sans honneurs, sans espoir même des honneurs, ceux qui l'auraient servi. (11) Il doit donc déterminer d'abord en son esprit ce qu'il veut, puis aux comices tribunitiens déclarer sa volonté. Si on veut accueillir conjointement toutes les lois proposées, on peut réélire les mêmes tribuns du peuple, car ils poursuivront leur oeuvre; (12) si, au contraire, on ne veut accepter que ce qui peut servir l'intérêt privé de chacun, ils n'ont que faire d'être maintenus dans une dignité si mal voulue: ils n'auront point le tribunat, ni le peuple les lois proposées".

[6,40] Discours d'Ap. Claudius au sénat

(1) Pour répondre à ce discours effronté des tribuns, dont les indignes prétentions tenaient dans la stupeur et le silence les autres sénateurs, (2) Ap. Claudius Crassus, petit-fils du décemvir, s'avança, dit-on, avec plus de haine et de colère que d'espoir; s'avança pour répliquer et parla à peu près en ces termes:

(3) "Il n'y aurait rien de neuf ou d'imprévu pour moi, Romains, à m'entendre adresser encore aujourd'hui cet unique reproche que des tribuns séditieux n'ont jamais épargné à notre famille, à savoir que la gens Claudia, depuis son origine, n'eut rien plus à coeur dans la république que la majesté des patriciens; que toujours ils ont combattu les intérêts du peuple. (4) Le premier de ces griefs, je ne le nie ici, ni ne le désavoue: oui, depuis que nous avons été élevés tout ensemble au rang de citoyens et de patriciens, nous avons tâché de mériter qu'on pût vraiment dire que, grâce à nous, s'était accrue plutôt qu'affaiblie la majesté de ces familles au sein desquelles vous avez voulu nous admettre. (5) Quant au second grief, j'oserai, en mon nom, au nom de mes ancêtres, soutenir, Romains, que jamais (à moins qu'on n'estime nuisibles au peuple, comme s'il habitait à part une autre ville, des mesures profitables à la république tout entière) nous n'avons, hommes privés ou magistrats, fait sciemment dommage au peuple; et qu'on ne pourrait vraiment citer un acte, un mot de nous contraires à votre intérêt (si parfois il en fut de contraires à vos désirs)."

(6) "Après tout, quand je ne serais ni de la famille Claudia ni d'un sang patricien, mais un Romain, n'importe lequel, si je sais que je suis né de père et mère indépendants, que je vis dans une cité libre, puis-je me taire, (7) alors que ce L. Sextius, ce C. Licinius, tribuns à perpétuité, si les dieux vous laissent faire, ont pris, depuis neuf ans qu'ils règnent, un tel empire, qu'ils refusent de vous accorder le libre droit de suffrages et pour les comices et pour l'acceptation des lois? (8) - C'est sous condition, dit l'autre, que vous nous réélirez tribuns une dixième fois. Qu'est-ce à dire, sinon: "Ce que sollicitent les autres, nous le dédaignons si bien que, sans un grand profit, nous ne l'accepterons point". - (9) Mais à quel prix enfin pourrons-nous vous avoir à jamais tribuns du peuple? "Le voici: que nos propositions, répond-il, vous plaisent ou vous déplaisent, vous servent ou vous desservent, vous les accepterez toutes en masse".

(10) "Je vous en conjure, Tarquins tribuns du peuple, prenez-moi pour un citoyen qui, du milieu de l'assemblée, vous crie: "Avec votre permission, qu'il nous soit permis de choisir dans vos lois celles que nous jugerons salutaires pour nous, et de repousser les autres." - Non, dit-il, cela ne se peut. (11) Tu voterais les lois sur l'usure et sur les terres, qui vous conviennent à tous, et jamais, ce qui pourtant ferait merveille dans la ville de Rome, tu ne voudrais voir consuls L. Sextius et ce C. Licinius que tu as en horreur, en abomination! Ou prends tout, ou je n'accorde rien. (12) C'est présenter du poison et du pain à celui que la faim presse, et lui enjoindre de renoncer à l'aliment qui le fera vivre, ou y mêler ce qui le tuera. En vérité, si cette ville était libre, de partout ne t'aurait-on pas crié: Va-t'en avec tes tribunats et tes projets de lois! Quoi! parce que tu refuses de présenter des lois utiles au peuple, n'y aura-t-il personne qui les présente? (13) Si un patricien, si (ce qui, à leur sens, est plus exécrable encore) un Claudius venait dire: "Ou prenez tout, ou je n'accorde rien," qui de vous, Romains, le souffrirait? (14) Ne ferez-vous donc jamais plus d'état des choses que des hommes? prêterez-vous toujours une oreille facile à tout ce que dira ce magistrat, pour la fermer quand parlera quelqu'un des nôtres!"

(15) "- Mais, dites-vous, par Hercule! ce langage n'est pas d'un bon citoyen. - Quoi donc! et cette proposition qu'ils s'indignent de vous voir repousser? en tout conforme au langage, Romains. - Je demande, dit-le tribun, qu'il ne vous soit pas permis de faire consuls qui bon vous semble. - (16) N'est-ce pas là ce qu'il demande, lui qui vous ordonne de choisir un des consuls parmi le peuple, sans vous laisser le pouvoir de nommer deux patriciens? (17) Vienne une guerre aujourd'hui comme celle des Étrusques, lorsque Porsenna prit pied au Janicule, ou comme celle des Gaulois naguère, lorsque tout ceci, moins le Capitole et la citadelle, était à l'ennemi, et qu'avec M. Furius ou tout autre patricien, ce L. Sextius sollicitât le consulat, pourriez-vous souffrir que L. Sextius fût assuré d'être consul, et que Camille luttât contre un refus?"

(18) "Est-ce là mettre en commun les honneurs, que de laisser faire deux plébéiens consuls, et deux patriciens jamais? que d'appeler nécessairement un plébéien à l'une des deux places, et de laisser exclure les patriciens de toutes deux? Quel genre de partage, quelle communauté est cela? C'est peu que d'avoir ta part d'un droit où tu n'eus jamais de part; tu demandes une part pour emporter le tout. (19) - Je crains, dit-il, que, s'il était permis d'élire deux patriciens, vous ne nommiez jamais un plébéien. - N'est-ce pas dire: Comme vous n'éliriez point volontairement des indignes, je vous imposerai la nécessité de les élire malgré vous. Que suit-il de là, sinon que le plébéien qui aura concouru seul avec deux patriciens ne devra aucune reconnaissance au peuple, et se dira nommé par la loi, et non par vos suffrages?"

[6,41] Suite du discours d'Ap. Claudius

(1) "Ils cherchent les moyens d'extorquer, non de mériter les honneurs, et ils obtiendront ainsi les plus hautes charges, sans vous devoir rien, même pour les moindres; ils aiment mieux tenir les honneurs des chances de la loi, que de leur mérite. (2) Ainsi voilà quelqu'un qui dédaigne d'être examiné, apprécié; qui trouve juste de s'assurer les honneurs quand d'autres luttent pour les conquérir; qui s'affranchit de votre dépendance, qui veut contraindre vos suffrages volontaires, asservir vos votes libres. (3) Sans parler de Licinius et de Sextius, dont vous comptez les années de perpétuelle magistrature comme celles des rois au Capitole, quel est aujourd'hui dans Rome le citoyen si humble à qui les chances de cette loi ne donnent un plus facile accès au consulat qu'à nous et à nos enfants; puisque enfin nous, vous ne pourrez pas toujours, quand vous le voudriez même, nous admettre, et que ceux-là, vous devrez les prendre en dépit de vous-mêmes?"

(4) "En voilà assez sur l'indignité de cette mesure (car la dignité est une question purement humaine): mais que dire de la religion et des auspices dont la violation est un mépris, un outrage direct aux dieux immortels? Les auspices ont fondé cette ville; les auspices, en paix et en guerre, à Rome et aux armées, règlent toute chose: qui l'ignore? (5) Or, en quelles mains sont les auspices, de par la loi des ancêtres? aux mains des patriciens, je pense; car pas un magistrat plébéien ne se nomme avec les auspices. (6) Les auspices sont à nous, et si bien, que non seulement le peuple, s'il crée des magistrats patriciens, ne peut les créer autrement qu'avec les auspices, mais que nous-mêmes encore c'est avec les auspices que nous nommons un interroi sans le suffrage du peuple: nous avons, pour notre usage privé, ces auspices dont ils n'usent même pas pour leurs magistratures. (7) N'est-ce donc pas abolir dans cette cité les auspices que de les ravir, en nommant des plébéiens consuls, aux patriciens qui en sont les seuls maîtres?"

(8) "Qu'ils se jouent à présent, s'ils veulent, de nos pieuses pratiques. Qu'importe au fait que les poulets ne mangent pas? qu'ils sortent trop lentement de la cage? ou comment un oiseau chante? Ce sont misères que tout cela! mais c'est en ne méprisant pas ces misères-là, que nos ancêtres ont fait si grande cette république. (9) Et nous, comme s'il n'était plus aujourd'hui besoin d'être en paix avec les dieux, nous profanons toutes les cérémonies. Qu'on prenne donc dans la foule les pontifes, les augures, les rois des sacrifices; mettons au front du premier venu, pourvu qu'il ait face d'homme, l'aigrette du flamine; livrons les anciles, les sanctuaires, les dieux, le culte des dieux, à des mains sacrilèges; (10) plus d'auspices pour la sanction des lois, pour l'élection des magistrats; plus d'approbation du sénat dans les comices par centuries et par curies! Que Sextius et Licinius, comme Romulus et Tatius, soient rois dans la ville de Rome, puisqu'ils donnent pour rien et l'argent et les terres d'autrui! (11) Il est si doux de piller le bien des autres! Et il ne vous vient pas à l'esprit qu'une de ces lois porte en vos champs la dévastation et la solitude, en chassant de leurs domaines les anciens maîtres, et que l'autre abolit la foi, avec qui périt toute société humaine?"

(12) "Pour tous ces motifs, je pense que vous devez repousser les lois proposées. Quoi que vous fassiez, veuillent les dieux lui assurer bonne fortune!"

[6,42] Élection du premier consul plébéien (366); création de la préture et de l'édilité curule (367)

(1) Le discours d'Appius ne réussit qu'à différer pour un temps l'acceptation des lois. (2) Réélus tribuns pour la dixième fois, Sextius et Licinius firent admettre la loi qui créait pour les cérémonies sacrées des décemvirs en partie plébéiens. On en choisit cinq parmi les patriciens et cinq parmi le peuple: c'était un pas de fait dans la voie du consulat. (3) Content de cette victoire, le peuple accorda aux patriciens que, sans parler de consuls pour le moment, on nommerait des tribuns militaires. On nomma A. et M. Cornelius pour la deuxième fois. M. Geganius, P. Manlius, L. Veturius, P. Valerius pour la sixième.

(4) À l'exception du siège de Vélitres, dont le succès tardait, sans être douteux, rien n'occupait les Romains au-dehors. Soudain l'annonce d'une irruption des Gaulois se répandit dans la ville, et l'obligea de créer dictateur pour la cinquième fois M. Furius, qui nomma T. Quinctius Pennus maître de la cavalerie. (5) Ce fut cette année, selon Claudius, qu'on livra bataille aux Gaulois près du fleuve Anio, et que s'engagea sur un pont ce combat célèbre, où T. Manlius, provoqué par un Gaulois, marcha à sa rencontre à la vue des deux armées, le tua et le dépouilla de son collier. (6) De plus nombreuses autorités m'amènent à croire que ce ne fut pas moins de dix ans plus tard que ces faits se passèrent: cette année, ce fut dans la campagne d'Albe que M. Furius. dictateur, en vint aux mains avec les Gaulois. (7) La victoire ne fut ni douteuse ni difficile pour les Romains, malgré l'immense terreur que leur inspirait cet ennemi par le souvenir de leurs anciens revers. Plusieurs milliers de Barbares périrent dans la plaine, plusieurs à la prise du camp. (8) Les autres, en désordre, gagnèrent l'Apulie pour la plupart: grâce à ce refuge éloigné, au trouble et à la frayeur qui les avaient dispersés de côté et d'autre, ils échappèrent aux coups de l'ennemi. Au dictateur, du consentement du sénat et du peuple, fut décerné le triomphe.

(9) À peine eut-il mis fin à cette guerre, qu'une plus atroce sédition l'accueillit dans Rome. Après de violents débats, où le dictateur et le sénat succombèrent, on adopta les lois tribuniciennes; puis, en dépit de la noblesse, s'ouvrirent des élections consulaires, et là, pour la première fois, un plébéien, L. Sextius, fut créé consul. (10) Les débats n'étaient point encore à leur terme. Les patriciens refusaient d'approuver l'élection, et le peuple faillit en venir à une retraite, après avoir fait d'ailleurs d'effroyables menaces de guerre civile. (11) Cependant le dictateur présenta des conditions qui apaisèrent les discordes; la noblesse accordait au peuple un consul plébéien, et le peuple à la noblesse un préteur, qui administrerait la justice dans Rome et serait patricien.

(12) Les longues querelles cessèrent enfin, et la paix revint parmi les ordres: en mémoire de ce digne événement, le sénat proposa (car jamais à plus juste titre on n'aurait rendu ce libre hommage aux dieux immortels) de célébrer les grands jeux et d'ajouter un jour aux trois jours de cette solennité. (13) Les édiles du peuple reculèrent devant cette charge: les jeunes patriciens s'écrièrent alors qu'ils consentaient à tout faire pour honorer les dieux immortels: ils voulaient être édiles. (14) On leur adressa d'universelles actions de grâces; un sénatus-consulte ordonna que le dictateur demanderait au peuple la création de deux édiles patriciens: le sénat approuverait toutes les élections de l'année.

FIN DU LIVRE VI DE TITE-LIVE

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