Sur les douze Césars dont Suétone a écrit l'histoire - Ausone

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Sur les douze Césars dont Suétone a écrit l'histoire - Ausone

Message par Zepto le Ven 05 Jan 2018, 20:16

SUR LES DOUZE CÉSARS DONT SUÉTONE A ÉCRIT L'HISTOIRE[ i].

AUSONE A HESPERIUS, SON FILS, SALUT.

REÇOIS ces douze Césars, ces empereurs dont la domination jadis mit les consuls au second rang, et s'empara de la puissance romaine. Un monostique désigne chacun de ces princes, dont Suétone autrefois, dans une histoire complète et suivie, nous a raconté les noms, les actions, et la vie et la mort.

MONOSTIQUES SUR LE RANG DES DOUZE EMPEREURS.

JULES CÉSAR ouvrit le premier la cour impériale, et il transmit â Auguste son nom et son pouvoir. Après Auguste, régna son beau-fils, Néron Claudius ; puis Caïus, qui reçut de l'armée le surnom de Caligula. Claude ensuite posséda l'empire, et après lui le cruel Néron, le dernier de la race d'Énée. Après Néron, trois empereurs, en moins de trois ans : le vieux Galba, qui plaçait une vaine confiance en son lâche collègue ; Othon l'efféminé, qui traîna dans la luxure une vie infâme et dégénérée ; et Vitellius, aussi indigne de régner que de mourir en homme de cœur. Le dixième, Vespasien, fut poussé au trône par sa destinée. Après lui Titus, qui fut heureux de la brièveté de son règne : il eut pour successeur son frère, que Rome nomma son Néron à tête chauve.

DURÉE DU RÈGNE DES DOUZE CÉSARS.

JULES, dont l'histoire a fait un dieu, régna trois ans ; Auguste dix lustres et six ans, et Néron Claudius trois fois sept ans et deux années encore. Le troisième hiver mit fin aux violences du règne de Caïus : celui de Claude se prolongea deux fois sept années, et celui du cruel Néron tout autant, moins la durée d'un consulat. Vieux Galba, voluptueux Othon, infâme Vitellius, trois étés ne vous ont pas vu régner sur le Latium : les débauches de votre vie avancèrent votre digne trépas. Vespasien accomplit ses dix ans de règne pour obéir à sa destinée. Trois fois un nouveau laurier ceignit le front de Janus sous l'empire de Titus, et quinze fois pendant que son frère inhumain garda les rênes.

LEUR GENRE DE MORT.

JULES CÉSAR périt assailli par les sénateurs. Une mûre vieillesse ajouta Auguste au nombre des dieux. Néron Claudius, exilé à Caprée, finit dans un âge avancé sa lente destinée. Le mou Chéréa tira vengeance de Caïus. Le poison, versé par une main inconnue, termina les jours de Claude. Néron, qui avait tué sa mère, se perça lui-même de son épée. Le vieux Galba périt sous les coups du cruel Othon ; puis Othon lui-même, l'infâme ! eut pourtant un beau trépas. Le sceptre vint ensuite au prodigue Vitellius qui devait mourir massacré. Vespasien après un règne louable, eut une douce fin. Titus, les délices de la terre, fut enlevé à la fleur de ses ans, et une expiation tardive, mais juste, frappa son frère, qui pesait sur le monde.

QUATRAINS SUR LES EMPEREURS DEPUIS JULES CÉSAR JUSQU'AU TEMPS D'AUSONE.

MAINTENANT je vais parler et de ceux que j'ai déjà nommés, et de ceux qui les ont suivis sur le trône, d'après l'ordre de leur avènement à l'empire. Je commencerai par le dieu, et je parcourrai successivement tous ces noms que l'histoire romaine m'a fait connaître et qui sont restés dans mon souvenir.

I. Jules César.

L'EMPIRE, autrefois dévolu par l'usage aux deux consuls, fut usurpé par Jules César. Mais son autorité souveraine, qui ne dura que le court espace de trois ans, tomba sous les armes ennemies de la toge conjurée.

II. Octave Auguste.

SON vengeur et son successeur fut Octave, appelé César aussi, mais plus célèbre sous le nom d'Auguste. La longue durée de sa puissance, que nulle atteinte ne mit en péril, le fit regarder comme un dieu placé sur la terre.

III. Tibère Néron.

NÉRON, qui reçut le prénom de Tibère, porta dignement, dans les premiers temps de sa jeunesse, le fardeau de l'empire. En vain il s'enferme ensuite dans l'antre solitaire de Caprée ; il croit que la retraite le met à l'abri, mais il est trahi par ses vices.

IV. César Caligula.

APRÈS lui, et plus cruel encore que ce cruel génie, régna César, qui prit d'une chaussure militaire le surnom de Caligula. Souillé de meurtres et d'incestes, il surpassa bientôt son aïeul pollué de tous les vices.

V. César Claude.

CLAUDE, la risée de Rome durant sa vie privée, donna sur le trône des preuves d'intelligence. Cependant il souffrit les crimes de ses affranchis et de ses femmes, et il fut coupable, non par ses actes, mais par sa tolérance.

VI. Néron.

SIXIÈME et dernier rejeton de la race d'Énée, Néron profana l'héritage sacré des Jules[ii], qui finirent avec lui. Autant sa piété eut de noms[iii] à révérer, autant sa vie compte de crimes. Suétone vous apprendra ce que je n'ose rappeler.

VII. Servius Galba.

Tu trompas l'espoir de Rome, ô vieillard : citoyen, tu paraissais digne du sceptre ; empereur, tu révélas ton impuissance. Ta réputation fut meilleure en ta jeunesse : mais il eût été plus naturel de déplaire d'abord, et de plaire ensuite.

VIII. Marcus Othon.

OTHON promettait de porter le sceptre à l'exemple de l'impur Néron, mais une prompte mort entraîna sa ruine. Sa fin pourtant mérite quelque éloge : il eut un beau trépas ; et la seule noble action qu'il ait faite, c'est de se tuer.

IX. Aulus Vitellius.

COMME ta vie, ta mort fut honteuse, Vitellius : tu ne méritais pas le rang des Césars ; mais tel sont les caprices du sort. Cependant ton règne passa comme une ombre ; car souvent un homme indigne atteint aux honneurs de l'empire, mais celui-là seul les conserve, qui en est digne.

X. Le divin Vespasien.

SOIGNEUX d'amasser, libéral dans l'emploi modéré de ses biens, Vespasien accroît ses richesses et n'en est point avare. Au temps de sa vie privée, sa réputation était équivoque ; prince, il eut le talent, assez rare chez d'autres, de la rendre meilleure.

XI. Titus Vespasianus.

HEUREUX de commander, heureux du peu de durée de ton règne, puis du sang de tes concitoyens, amour du monde entier, tu disais en mourant que tu n'avais qu'une faute à te reprocher. On t'accuserait, que nous ne croirions personne : nous ne te croyons pas.

XII. Domitien.

JUSQUE-LÀ, famille Flavia, tu nous avais donné des maîtres justes : d'où vient que les bienfaits des deux premiers nous sont ravis par le troisième ? Autant valait presque ne les point connaître : car les dons de la vertu passent vite, niais les atteintes du vice laissent une douleur éternelle.

XIII. Nerva.

APRÈS la mort de ce tyran, le vieux Nerva gouverne le sceptre, avec le nom d'empereur, avec le cœur d'un père. Il n'avait point d'enfants : l'adoption lui donne un fils ; et il est si heureux de l'héritier qu'il a choisi, qu'il en voudrait être le père.

XIV. Trajan.

TRAJAN arrive au trône dans un âge encore vert. Plus célèbre, comme guerrier, que son père, il lui ressemble pour tout le reste. Gomme lui sans enfants, il fit choix d'un associé, qu'on doit avouer pour un bon prince, mais désavouer pour son égal.

XV. Élius Adrien.

Émus, son successeur, illustra par de belles actions le milieu de son règne ; mais les commencements et la fin brillent d'un fâcheux éclat. Sans héritier, il associe à l'empire un homme qui devait prouver à quel point un fils adoptif l'emporte souvent sur un enfant légitime.

XVI. Antonin le Pieux.

ANTONIN, qui prit ensuite le pouvoir, reçut du peuple et du sénat le nom de Pieux, dit à ses mérites. Le sort ne lui donna point de fils ; mais, suivant la loi de ses devanciers, il tira du sein de la patrie celui qui devait gouverner la patrie.

XVII. Marc Antonin.

ON donne après lui le sceptre à Marcus, qui appliqua les doctrines de Platon à l'art de régner, et fut meilleur encore que le pieux empereur son père. Il laissa en mourant un héritier, niais un méchant prince, et le seul mal qu'il ait fait à sa patrie, c'est d'avoir été père.

XVIII. Commode.

COMMODE lui succède prince gladiateur, tout poudreux des combats de l'arène, et toujours armé pour la lutte. Étranglé enfin, il subit le châtiment de ses crimes, après avoir, par l'éclat de ses vices, trahi l'adultère de sa mère.

XIX. Helvius Pertinax.

ÉLU par jugement et par décision du sénat, Helvius, un décret te proclama empereur, et non les suffrages des soldats[iv] : ce qui blessa leur orgueil. Une cohorte infidèle prouva le vice de cette élection, car le sénat avait cédé tous ses droits à l'armée.

XX. Didius Julianus.

LES dieux sont justes ! Didius ne profita pas de ces dépouilles opimes, et le parjure vieillard perdit bientôt le prix de sa trahison. Et toi, Sévère, que ton cœur paternel ne redoute pas le nom d'usurpateur : renverser cet homme, ce n'est point envahir le pouvoir, c'est le reprendre.

XXI. Sévère Pertinax.

DES bords glacés de l'Ister, Sévère accourt, entraînant son armée, pour arracher l'empire au parricide Didius. Il était d'origine punique ; mais il prouva par sa vertu que la naissance n'est point un obstacle quand on a la puissance du génie.

XXII. Bassianus Antonius Caracalla.

BIEN différent de ton vertueux père, et plus encore de celui dont tu te vantais d'avoir adopté le nom, coupable du meurtre de ton frère, tu trouvas ton châtiment dans une mort sanglante, et plus encore, Caracalla, dans la risée du peuple[v].

XXIII. Opilius Macrinus.

GARDIEN de l'empereur, le fer qu'il avait pris pour la défense de César, Macrinus, lâche meurtrier, le tourne contre son maître. Et bientôt il tombe lui-même avec son fils. Qu'il cesse de se plaindre et de crier â la trahison il a mérité son sort.

XXIV. Antonius Héliogabale.

Tu souilles donc aussi le sanctuaire du palais des Césars, toi qui portes si indignement le nom des Antonins. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . [la suite manque]

[ i]
Cette histoire versifiée des empereurs peut nous donner une idée de l'abrégé des Fastes qu'Ausone avait aussi composés pour Hesperius ; ces ouvrages prouvent le soin qu'il prenait de l'éducation de ses enfants, un peu, il est vrai, aux dépens de la poésie.

[ii] Les sacrifices de la maison Julia. Chaque famille avait ses sacrifices, qui se transmettaient aux héritiers. — Voir CICÉRON, des Lois, liv. II, ch. 19, 20 et suiv., et FESTUS, aux mots Sine sacris hereditas, et les notes de Dacier.

[iii] Les noms de ses parents et de ses amis.

[iv] Sur ce passage assez obscur, j'ai adopté le sens de Souchay. Les prétoriens tuèrent Pertinax parce qu'il avait été plutôt élu par le sénat que par l'armée : ils prouvèrent donc que l'élection était vicieuse, errore probato ; car le droit d'élire ayant passé du sénat à l'armée, les soldats seuls auraient dû nommer l'empereur.

[v]
On sait à quel moment Caracalla fut tué ; quum levandœ vesicœ gratia ex equo descendisset, dit Spartien. Fleury a entendu tout autrement ce vers. Selon lui, il signifierait : « Le nom de Caracalla, que le peuple t'a donné par plaisanterie, te convenait mieux que celui d'Antonin. »

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