Le Périple de la mer Érythrée

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Le Périple de la mer Érythrée

Message par Bibliothécaire le Dim 08 Avr 2018, 14:56

Source : http://remacle.org/bloodwolf/erudits/anonyme/periple1.htm

ANONYME

Le Périple de la Mer Erythrée.

Περίπλους τῆς Ἐρυθρᾶς Θαλάσσης


NOTICE

L’auteur du texte est un grec anonyme, ce texte comporte 66 paragraphes. Les 18 premiers paragraphes relatent un périple le long de la côte orientale de l’Afrique ; à partir du paragraphe 19, il s’agit d’un autre périple qui, en contournant le sud de la péninsule arabique, va en Inde et au-delà.

Le texte ci-dessous est basé sur la traduction française littéraire presque intégrale de ce Périple de l’article du vice-amiral Jurien de la Gravière intitulé Commerce de l’Orient sous les règnes d’Auguste et Claude, 1883. Cependant pour avoir une autre version, on a recoupé la traduction française avec une traduction faite de l’édition anglaise de Wilfred Schoff, The Periplus of the Erythraean Sea, 1912, disponible sur Internet.

Les ouvrages suivants fournissent de bonnes informations sur ce Périple :

·         William Vincent, The voyage of Nearchus, 1797;

·         R. Mauny, Le périple de la mer Erythrée et le problème du commerce romain en Afrique au sud du Limes, 1968 ;

·         Jacqueline Pirenne, Le royaume de Qatabân et sa datation, 1961 ;

·         Christian Robin, Hadramawt, la vallée inspirée, 1991 ;

·         Jehan Desanges, Le Littoral africain du Bab el-Mandeb d'après les sources grecques et latines, 1978 ;

·         Jérémie Schiettecatte, Ports et commerce maritime dans l’Arabie du Sud préislamique, sur le site informatique des « Carnets Yéménites ».

Pour trouver des notes parfois illustrées et plus pointues que celles qui figurent ci-dessous, on consultera celles (en anglais) de l’édition Schoff, celles de R. Mauny pour les premiers paragraphes (1 à 18… en particulier) ainsi que celles des ouvrages mentionnés ci-dessus. En général on a traduit brièvement les notes anglaises lorsqu’elles semblaient être en conformité avec les vues de 2010. Dans le cas contraire, non-conformité des points de vue, Internet a en général fourni l’information agréée en 2010. Les cas où les historiens ne s’accordent pas encore entre eux sont mentionnés.

Le grand problème est la datation du texte ; on semblait s’accorder (à peu près) sur la seconde moitié du Ier siècle de notre ère, mais le débat a été relancé sur l’hypothèse d’il y a cent cinquante ans, où certains historiens parlaient du IIIe siècle de notre ère.[1] Alors….

L’autre difficulté de ce texte provient des noms (lieux, personnes, …), en particulier pour l’orthographe à restituer mais aussi pour l’identification des lieux mentionnés.



[1] Joseph Reinaud, Mémoire sur le périple de la mer Erythrée…, 1864.

ANONYME
Le Périple de la Mer Erythrée.
Περίπλους τῆς Ἐρυθρᾶς Θαλάσσης

1. Parmi les ports reconnus de la Mer Erythrée[1] et les villes commerçantes qui l’entourent, le premier est le port égyptien de Myos Hormos.[2] Ceux qui naviguent vers cet endroit, à main droite, après dix huit cents stades,[3] trouvent Bérénice.[4] Ces deux ports sont à la frontière de l'Egypte, et sont des baies s'ouvrant sur la Mer Erythrée.

2. Sur le côté droit de la côte, juste en dessous de Bérénice, commence la Barbarique.[5] Le long du rivage, on trouve les Ichtyophages, qui vivent dans les grottes dispersées de vallées étroites. Plus loin à l'intérieur des terres se trouvent les Barbares et après eux les Sauvages Agriophages[6] et les Moschophages,[7] chaque tribu ayant son propre chef; et au-delà, plus loin à l'intérieur, dans le pays en allant vers l'ouest, est située une ville appelée Méroé.[8]

3. En dessous des Moschophages, après avoir navigué environ quatre mille stades depuis Bérénice, il y a une petite ville commerçante sur le rivage appelée Ptolémaïs des Chasses,[9] dont les chasseurs commencèrent vers l'intérieur sous la dynastie des Ptolémées. Cette ville commerçante a la véritable tortue de terre en petit nombre; c'est blanc et plus petit dans les coquilles. Là aussi on trouve un peu d’ivoire comme celui d'Adulis. [10] Mais l'endroit n'a aucun port et ne peut être rejoint que par de petits bateaux.

4. Au-dessous de Ptolémaïs des Chasses, à une distance d'environ trois mille stades, se trouve Adulis, un port établi selon une loi, installé au fond d'une baie orientée vers le sud. Devant le port se trouve la soi-disant île Orine,[11] à environ deux cents stades de la mer depuis la pointe même de la baie, avec les rivages de terre ferme proches des deux côtés. Les navires voguant vers ce port y jettent maintenant l'ancre ; ils y sont à l'abri des incursions des naturels du pays. Ils avaient auparavant l'habitude de jeter l'ancre à la pointe de la baie, dans une île appelée Diodore, plus avancée dans le golfe, et si rapprochée du rivage que les barbares y pouvaient arriver de la côte à pied, moyen par lequel les indigènes barbares attaquaient l'île. Face à l'île Orine, sur la terre ferme à vingt stades du rivage, se trouve Adulis, village peu important, à trois jours de marche de Coloé,[12] ville de l’intérieur et premier marché de l'ivoire. De Coloé, on compte cinq jours de marche jusqu'à. la capitale des gens appelés Axoumites[13]; à cet endroit est apporté tout l'ivoire du pays qu'on recueille au-delà du Nil en passant par le district appelé Cyeneum[14] et de là à Adulis. Pratiquement le nombre total d'éléphants et de rhinocéros tués vivent dans des endroits de l'intérieur, bien qu’ils soient chassés à de rares moments sur le littoral même près d'Adulis. C’est avant le port de cette ville de commerce, en mer, du côté droit, qu’apparait un grand nombre de petites îles sablonneuses appelées Alalaei,[15] produisant l'écaille de tortue que les Ichtyophages apportent au comptoir d'Adulis.

5. Et à environ huit cents stades de là se trouve une autre baie très profonde,[16] avec un grand monticule de sable accumulé à droite de l'entrée; au fond on trouve la pierre opsienne[17] qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Le territoire qui s'étend du pays des Moschophages jusqu'à la Barbarique ultérieure, est gouverné par Zoscalès;[18] homme avide et cupide, mais honnête néanmoins et très au fait de la littérature grecque.

6. On importe en ces endroits, du tissu écru fabriqué en Egypte pour les Barbares; des robes d'Arsinoé[19] ; des capes de moindre qualité teintes en couleurs; des capes en lin à double-frange; de nombreux articles de verroterie et d'autres de murrhine, faits à Diospolis[20] ; du laiton, utilisé pour la décoration et des pièces coupées à la place de la monnaie; des feuilles de cuivre doux, utilisées pour des ustensiles de cuisine et coupés pour faire des bracelets et des anneaux de chevilles pour les femmes; du fer, transformé en lances utilisées contre les éléphants, d’autres bêtes fauves et dans les combats. En outre, on importe de petites haches, des doloires[21] et des épées; des coupes à boire en cuivre, grandes et rondes; de la menue monnaie pour ceux venant au marché; du vin de Laodicée[22] et d'Italie, en petite quantité; un peu d'huile d'olive ; pour le roi, des plats en or et en argent façonnés au goût du pays et quant aux vêtements, des habits militaires et de minces manteaux de peau, de peu de valeur. De même, on importe du district d'Ariaca[23] par cette mer, du fer indien, de l'acier et des tissus indiens de coton; de larges toiles appelés monache et sagmatogene,[24] des gaines, des manteaux de peau, du tissu de couleur mauve, quelques mousselines et de la laque de couleur.[25] On exporte de là l'ivoire, l'écaille de tortue et la corne de rhinocéros.[26] La plus grande partie de ce qui atteint l'Egypte provient de ce marché à partir du mois de janvier jusqu'en septembre, c'est-à-dire de Tybi à Thoth; mais selon la saison ils mettent à la mer vers le mois de septembre.

7. Dès lors le golfe Arabique s'étend en direction du levant et il se rétrécit au maximum juste avant le golfe d’Avalitès.[27] Après une navigation de quelque quatre mille stades vers l’est le long de cette même côte, il y a d'autres comptoirs barbariques, connus comme les ports « de la côte lointaine[28] »; espacés l'un après l'autre, sans ports véritables mais ayant des rades où les navires peuvent ancrer et rester par beau temps. On appelle le premier Avalitès; c’est là que le passage d'Arabie à la côte « lointaine » est le plus court. Il y a là une petite ville commerçante appelée Avalitès,[29] à laquelle on accède au moyen de radeaux et de barques. L’on y importe, de la verroterie variée; de l'omphakion[30] de Diospolis; un assortiment de vêtements pour les Barbares; du blé, du vin et un peu d'étain. On en exporte, et quelquefois ce sont les Barbares eux-mêmes qui assurent le transport par radeaux[31] à Océlis et à Mouza[32] en face, des épices, un peu d’ivoire, des écailles de tortue et une très faible quantité de myrrhe, [33] mais d'une qualité supérieure. Et les Barbares qui habitent là sont très turbulents.

8. Après Avalitès existe un autre comptoir, meilleur que celui d’avant, appelé Malao,[34] distant à la voile d'environ huit cents stades. L'ancrage est une rade ouverte, abritée par un promontoire venant de l'est. Ici les indigènes sont plus pacifiques. On importe dans cet endroit les marchandises déjà mentionnées et de nombreuses tuniques, des capes d'Arsinoé, façonnées et teintes; des coupes à boire, des plaques de cuivre doux en petite quantité, du fer, de l'or et des pièces d’argent, en petit nombre. On exporte de Malao la myrrhe, un encens,[35] (connu comme celui de la « côte lointaine »), la cassia[36] dure, du duaka,[37] du kankamon[38], et du makeir,[39] qui sont importés dans Arabie; et les esclaves, mais rarement.[40]

9. Distante de deux ou trois jours à la voile, au-delà de Malao se trouve la ville commerçante de Mundus,[41] où les navires sont à l'ancre en toute quiétude derrière une île faisant saillie près du rivage. On y importe les marchandises citées auparavant et de là on exporte de même les marchandises déjà mentionnées et l'encens appelé mokrotu.[42] Les commerçants indigènes ont des mœurs plus querelleuses.

10. De Mundus, en naviguant à la voile vers le levant, après encore deux ou trois jours, on atteint Mosyllum,[43] sur une plage, avec un mauvais ancrage. On importe ici les mêmes marchandises déjà mentionnées, plus de l'argent, un peu de fer et du verre. On expédie de l'endroit une grande quantité de cassia, (c’est pourquoi ce comptoir nécessite des navires de plus grande grandeur), des gommes parfumées, des aromates, une peu d’écaille de tortue et du mokrotu, (de moindre qualité que celui de Mundus), de l'encens, (de la côte « lointaine »), et occasionnellement de l'ivoire et de la myrrhe.

11. En naviguant le long de la côte après Mosyllum, une course de deux jours vous amène au fleuve dénommé Petit Nil,[44] à Tapatégé, au petit Daphnôn et au cap Eléphant.[45] Alors le rivage s'éloigne dans une baie et il y a un fleuve appelé Éléphant[46] et le grand Daphnôn appelé Acannae,[47] où seul est produit l'encens de la côte « lointaine », en grande quantité et de la meilleure qualité.

12. A partir de cet endroit, la côte tourne vers le sud, et là se trouvent le Marché et le cap des Aromates, un promontoire abrupt, à la pointe même de la côte barbare vers l'est. L'ancrage est dangereux par moments du raz-de-marée, car l'endroit est exposé au nord. Un signe annonciateur de tempête particulier à cet endroit, consiste en ce que l'eau profonde devient plus turbide et change de couleur. Quand cela se produit, tous courent vers un grand promontoire appelé Tabai,[48] qui offre un abri sûr. Dans cette ville commerçante on importe les marchandises déjà mentionnées; et on y produit le cinnamone (et ses différentes variétés, gizeir, asyphê, arebo, magla et motô) et l'encens.

13. Au-delà de Tabai, après quatre cents stades, il y a le village de Pano.[49] Et ensuite, après avoir navigué quatre cents stades le long d'un promontoire, vers lequel le courant vous attire aussi, il y a une autre ville comptoir appelée Opone,[50] où les mêmes marchandises déjà mentionnés sont importées et où la plus grande quantité de cinnamone est produite, (arebo et moto), on y trouve de vigoureux esclaves, qui sont emmenés en Egypte en nombre toujours croissant; et une grande quantité d'écaille de tortue, meilleure que celle que l’on peut trouver ailleurs.

14. On fait d'Egypte le voyage vers tous ces comptoirs éloignés en Epiphi ou juillet.[51] Et des navires sont aussi depuis ces endroits habituellement affrétés pour traverser cette mer, d'Ariaca[52] et de Barygaza,[53] apportant à ces comptoirs éloignés leurs produits locaux : blé, riz, beurre clarifié, huile de sésame, tissu de coton (monache et sagmatogene), ceintures, miel de roseau appelé sacchari.[54] Certains font ce voyage surtout vers ces villes commerçantes et d'autres échangent leurs chargements en naviguant le long de la côte. Il n'existe point de roi sur la côte, chaque comptoir est gouverné par son chef respectif.

15. Après Opone, la côte incline de plus en plus au midi, d'abord il y a d’abord deux caps, le petit et le grand Apokopa[55] ; cette côte a très peu de ports, mais il y a des lieux où les navires peuvent ancrer, le rivage étant abrupt; cette navigation dure six journées, en direction du sud-ouest. Viennent alors la petite et la grande Aigialos[56] pendant encore six jours et après cela dans l'ordre, les dromes ou flèches d'Azania,[57] Le premier de ces dromes porte le nom de Sarapion, le suivant s'appelle le drome de Nicon[58] ; puis après cela plusieurs fleuves et, une succession de sept rivières, fournissant chacune un ancrage, un par jour, jusqu'aux îles Pyralaoi [59] et que l'on appelle le canal[60] si l'on fait route au sud-ouest, pendant une navigation de deux jours et nuits le long de la côte Ausanitique,[61] se trouve l'île Menuthias,[62] à environ trois cents stades du continent ; c’est bas et boisé, et il y a des rivières avec beaucoup d’espèces d'oiseaux et de la tortue terrestre. Nulle bête féroce d'ailleurs, si ce n’est des crocodiles; mais là ils n'attaquent pas l'homme.[63] Dans cet endroit il y a des bateaux aux bordages cousus l'un à l'autre et des canoës creusés dans un seul tronc d’arbre, utilisés pour pêcher et attraper la tortue. Dans cette île on les attrape aussi de façon spéciale, dans des nasses d’osier, dressée dans les chenaux entre les rochers.

16. Deux jours à la voile au-delà, se trouve le dernier comptoir du pays d'Azania, appelé Rapta[64] ; ce nom provient des bateaux cousus déjà mentionnés; il y a là de l'ivoire en grande quantité et de l'écaille de tortue. Le long de cette côte, des hommes pratiquent la piraterie de façon endémique, ils sont très grands[65] et chaque endroit a son chef respectif. Le tyran de Mapharitis[66] gouverne en vertu d'anciens droits, qui l’assujettit à la souveraineté de l'état devenu le premier en Arabie.[67] Et les gens de Mouza le tiennent maintenant sous son autorité et envoient à Rapta beaucoup de grands navires; utilisant des capitaines et des équipages arabes, qui sont familiers avec les autochtones, font des intermariages,[68] connaissent toute la côte et parlent la langue des indigènes.

17. On importe, dans les comptoirs d'Azania, des objets façonnés en majeure partie à Mouza : lances, hachettes, coutelas et alênes,[69] différentes sortes de verre; et à quelques endroits un peu de vin et de blé, pas pour le commerce, mais serviront pour s'assurer de la bienveillance des barbares. On exporte de ces endroits beaucoup d'ivoire, mais de qualité inférieure à celui d'Adulis, de la corne de rhinocéros et de l’écaille de tortue (qui est la plus recherchée après celle de l'Inde) et un peu d'huile de palme.[70]

18. Et ces marchés d'Azania sont les derniers du continent qui s'étend vers le bas du côté droit depuis Bérénice; car au-delà de ces endroits, l'océan inexploré se déploie vers l'ouest et, courant le long des régions du littotal méridional de l'Ethiopie, de la Libye et de l'Afrique, va rejoindre à la mer occidentale.[71]

[72]19. Maintenant à gauche de Bérénice, en naviguant pendant deux ou trois jours depuis Myos Hormos vers le levant, on aborde à la côte opposée du golfe. Il existe un autre port, qui est un lieu fortifié appelé la « Ville Blanche[73] », d’où il y a une route vers Petra,[74] qui est soumise à Malichas,[75] roi des Nabatéens. Cette ville sert d'entrepôt aux marchands de la côte, qui, sur de petites barques, y apportent les produits de l'Arabie; et donc un centurion[76] est là en permanence ainsi qu’un agent chargé de percevoir le quart de la valeur des marchandises importées, avec une compagnie de soldats en garnison.

20. Aussitôt après le port de Leuké Komé commence l’Arabie, province qui s’étend sur un grand espace le long de la Mer Erythrée. Diverses peuplades habitent cette contrée, les unes parlent à peu près la même langue, les autres ont chacune leur idiome particulier.[77] Sur ce rivage, aussi bien que sur la côte barbarique, les Ichtyophages vivent dispersés dans des huttes. Le pays intérieur, avec ses bourgs et ses pâturages, est occupé par des tribus inhospitalières parlant deux langues, qui vivent dans les villages et les camps nomades: le navigateur que quelque accident fait tomber entre leurs mains est bien sûr d'être dépouillé; s'il sort vivant du naufrage, il n'échappera pas à la servitude. Les chefs et les rois de l'Arabie n'ont cessé de poursuivre ces tribus indépendantes connues sous le nom de Canraïtes[78] ; c'est chez elles qu'ils vont chercher leurs esclaves. La navigation de toute cette partie de la côte arabique est remplie de périls : une côte sans ports, sans mouillages, hérissée d'écueils et de roches, de toute façon horrible. Aussi préférerons-nous naviguer à mi-canal et gagner le plus promptement possible l'île brûlée.[79] Au-delà de cette île, on rencontre des populations plus paisibles, adonnées à l'élevage des troupeaux, des moutons et des chameaux.




[1] La Mer Rouge.

[2] Tout le monde ne semble pas encore s’accorder sur l’identification sans conteste du site de Myos Hormos (le port aux moules). Certains y voient Qusayr al-Qadim, l’antique Leucus Limen (Chroniques yéménites, http://cy.revues.org/1671#ftn10); Schoff par le de Ras Abu Somer ; d’autres enfin disent que « Ptolémée le Géographe a placé par erreur sur la côte égyptienne le port nabatéen de Leukè Kômè (Blanc-Village) qui se trouve sur la côte arabique de la mer Rouge en l’appelant Leukos Limen (Port-Blanc). » (Cf. www.diplomatie.gouv.fr, La question de Myos Hormos enfin réglée.)

[3] L’hypothèse la plus probable est 185 m pour le stade, unité de longueur. (Wikipédia)

[4] Ou Bérénikè. Port égyptien sur la mer Rouge situé à peu près à la latitude d’Assouan, en face de Leuké Komé. Fondé par Ptolémée II Philadelphe qui lui donna le nom de sa mère. Schoff l’identifie à la baie d’Umm el-Ketef en dessous de Ras Benas.

[5] « Barbarie. Partie d'Afrique. Ce mot est très ancien à ce pays, mais il n'y eut d'abord que la partie qui n'était point soumise à l'Empire Romain, que l'on appela Barbarique, comme il paraît par le 52e des Canons de l'Eglise d'Afrique ; en sorte que ce nom ne signifiait rien d’autre chose, sinon qui est hors de l'Empire. » Dictionnaire étymologique de la langue françoise, Volume 1, 1750.

[6] A l’ouest sont les Nigres, dont le roi n’a qu’un œil, et dans le front ; les Agriophages, qui se nourrissent surtout de chair de panthère et de lion … — (Pline l’ancien, Histoire naturelle).

[7] Mangeurs de chair de veau.

[8] Cette cité, située en aval de la sixième cataracte du Nil en Nubie, à l'Est de Koush, donne son nom à une brillante civilisation qui se développe depuis la première cataracte jusqu’au confluent des deux Nils et sans doute plus au sud, entre le Ve et IIIe siècles de notre ère. Influencée par ses voisins, surtout l’Égypte lagide des Ptolémées puis romaine, mais aussi le Proche-Orient et la Perse, elle connaît un âge d’or au Ier siècle av. J.-C. La cité fut découverte par l'explorateur français Frédéric Cailliaud en 1822. (Wikipédia)

[9] Ptolémaïs des chasses a été identifiée avec l'île Er-Rih, par 18° 19' N, au sud du delta du Tokar (éd. Schoff). Ce lieu fut fondé par Ptolémée Philadelphe pour devenir le centre de la chasse aux éléphants. Il était en effet beaucoup plus avantageux pour les souverains d'Egypte de les faire capturer ici que de les importer des Indes. Une route commerciale partait de ce point pour rejoindre Méroé. Aujourd’hui le lieu de cet endroit fait encore débat parmi les spécialistes.

[10] Adulis, Adoulis, est un site archéologique d’Érythrée, à environ 50 km du port de Massawa, sur la côte de la Mer Rouge. Le site constituait le port principal du Royaume d'Aksoum et est à l'origine du nom de la Baie d'Adulis. La ville actuelle de Zula pourrait être un prolongement de l’antique Adulis. Il semble d'ailleurs que le nom de Zula tire son origine du mot grec Adulis. (Wikipédia)

[11] Ile Orine : île montagneuse. C'est l'île Disset ou Valentia selon Vivien de Saint-Martin.

[12] Selon Walter Raunig, Koloé, peut être identifié à l’un de ces deux sites : Hishmale ou Kohaito, tous deux peu éloignés de la ville actuelle d’Adi-Keih en Erythrée.

[13] Ou Aksoumite. C’est la première référence connue au royaume d’Aksoum. Fondé au Ier siècle comme simple principauté, celui-ci connaît une croissance rapide et s'étend jusqu'au plateau du Tigré et la vallée du Nil, annexant les petits royaumes voisins. Il atteint son apogée au Ve siècle, il est alors une grande puissance commerciale, et le premier État africain à battre monnaie. Il lance même des expéditions de l'autre côté de la mer Rouge, comme en 571 contre La Mecque. Depuis le IVe siècle et le roi Ezana, le royaume est chrétien, et le premier évêché éthiopien est fondé en 340 par saint Frumence. Le royaume finit par disparaître au XIIe siècle, miné par l'émergence du royaume éthiopien méridional et l'influence des nomades musulmans au nord. (Wikipédia)

[14] Probablement la ville moderne de Sennaar, dans l'est du Soudan.

[15] L'archipel des Dahlak est un archipel de l'Érythrée situé dans la mer Rouge et composé de plus de cent îles, îlots et récifs dont deux îles principales. Sur les 124 îles composant l'archipel, seules quatre sont habitées en permanence. Le village de Dahlak Kebir est le plus peuplé des villages dont les habitants parlent le Dahlik.

[16] Baie d'Haualik, au nord du Ras Hanfileh, par 14° 44' N probablement.

[17] L’obsidienne (selon Schoff) ; une roche volcanique vitreuse et riche en silice. De couleur grise, vert foncé, rouge ou noire, elle est issue d'une lave acide (type rhyolite). Ce pourrait être de l’hématite.

[18] Personnage non identifié avec certitude. Selon Schoff, ce serait Za Hakale des Chroniques éthiopiennes (ca. 76 à 89 apr. J.-C). Plus récemment J. Pirenne, après J. J. Reinaud, note qu'un roi Za Asgal a régné vers + 248. Il n'existe donc aucune certitude au sujet de ce souverain. Wikipédia avance qu’il aurait été vraisemblablement le premier roi du Royaume d'Aksoum. Tout cela paraît bien mince.

[19] Ville d'Egypte près de la moderne Suez.

[20] Diospolis (Cité de Dieu) est probablement Thèbes.

[21] Cognée à taillant droit, à large lame plane dont le tranchant n'a qu'un seul biseau, oblique par rapport au manche court et un peu courbé, servant à aplanir, dresser et unir les pièces de bois.

Ce pourrait être aussi une herminette : hachette servant à travailler le bois, dont le tranchant est dans un plan perpendiculaire au manche.

[22] Laodicée : la moderne Lattaquié, port de la côte syrienne.

[23] L'Ariaca est la côte nord-ouest de l'Inde, spécialement vers le golfe de Cambaye.

[24] Le cotonnier (Gossypium herbaceum et G. arboreum) est originaire de l'Inde, où il a été utilisé depuis une haute antiquité : la filature en est notée dès 800 av. J.-C. par les lois de Manu. Hérodote le connaissait comme une laine, meilleure que celle du mouton, provenant des fruits d'un arbre de l'Inde. Il était cultivé en Egypte dès le Ier siècle apr. J.-C. Le monachè : toile large, devait servir pour l'habillement ; le sagmatogene, plus grossier, doit provenir du Gossypium arboreum et servir en particulier pour remplir des coussins, etc.

[25] La laque en bâtons n'est autre chose qu'une sorte de résine dans laquelle se trouvent empâtés des débris d'insectes et souvent même des insectes entiers contenant une couleur rouge identique à celle du kermès (Guignet, Coul., 1889, p. 142).

[26] La corne et les dents du rhinocéros sont des aphrodisiaques recherchés en Extrême-Orient principalement.

[27] Identifiée par Schoff avec Zeila, ville portuaire sur le golfe de la côte d’Aden, situé dans la région d’Awdal du Somaliland, ancien territoire britannique situé au nord-ouest de la Somalie, république indépendante de facto reconnue comme faisant partie de la Somalie. Cette ville est située près de la frontière de Djibouti.

[28] C'est la côte Somalie au-delà de Zeila. Ce nom de côte « lointaine » a dû être donné par les Arabes du Sud qui à plusieurs reprises s'établirent sur cette côte, loin de leur pays.

[29] Avalitès serait la moderne Zeila, par 11° 20' N, à l'est de Djibouti, comme on l’a vu plus haut. Le village d'Abalit, sur le côté nord de la baie, en a conservé le nom. La côte est effectivement très basse, bordée de récifs de corail et difficile à approcher à plus d'un mille. D’autres indentifications plus récentes l’identifient à Assab (ou Aseb), port d'Érythrée situé sur la côte ouest de la Mer Rouge.

[30] L'omphakion est décrit par Pline (XII, 60) comme un mélange d'huile d'olives pressées alors qu'elles ne sont pas encore mûres et de verjus de raisin aminéen (décrit également par Pline, XIV, 4) récolté lorsqu'il a la dimension d'un pois, avant le lever de la Canicule. Selon Pline (XXIII, 4 et 39), il était utilisé comme médicament pour guérir les ulcères des parties humides du corps, la dysenterie, les crachements de sang, l'esquinancie, les gommes et pour procurer la sudation.

[31] Il est possible que ces radeaux aient utilisé des outres gonflées, du type des Kelek de l'Euphrate, que les Arabes du Sud auraient emprunté à la Mésopotamie.

[32] Océlis, l'Acila de Strabon, Artémidore et Pline a été identifiée par Glaser avec la baie située au nord du promontoire de Cheikh Saïd, en face de Périm sur le Bab el-Mandeb. C'était vraisemblablement le dernier port où l'on permettrait aux navires indiens d'aborder. De là, les marchandises étaient transportées рar caravanes au port de Mouza (la moderne Al-Mukha du Yémen. par 13° 19' N). Selon Pline et Ptolémée, le marché était à quelque distance à l'intérieur, probablement au village moderne de Mauza, le port étant, selon Pline, Masala. Pline précise (VI, 104) que c'était d'Océlis que l'on pouvait se rendre en 40 jours jusqu'à Muziris, premier marché de l'Inde. Al-Mukha n'est plus aujourd'hui qu'un port insignifiant du Yémen.

[33] La myrrhe est la gomme exsudée par l'écorce d'un petit arbre poussant en Arabie du Sud, Oman et Somalie, le Balsamodendron myrrha Nesse ou Commiophora abyssinien, Engl. Depuis une époque très reculée, elle a été l'un des composants de l'encens, des parfums et des onguents ; elle entrait dans le célèbre Kyphi des Égyptiens, utilisé pour les fumigations, la médecine et l'embaumement. Elle était l'un des articles les plus recherchés de leurs expéditions vers le Punt (expédition d'Hatshepsut, au xve siècle av. J.-C, par ex.). Pline (XII, 35) en décrit la récolte et donne le prix des diverses variétés.

[34] Malao est la moderne Berbera, capitale de l’ех-Somaliland britannique.

[35] Encens, aussi appelé oliban, est une résine aromatique obtenue à partir d'arbres du genre Boswellia. Elle est utilisée dans l'encens et des parfums. Il y a quatre principales espèces de Boswellia qui produisent l'encens véritable et chaque type de résine est disponible en diverses qualités. Les catégories dépendent du moment de la récolte, et la résine est triée manuellement pour la qualité.

[36] Le Périple appelle Kasia ce que l'on distingue normalement, et ce depuis l'Antiquité, en cinnamone et en cassia : la première valait 1.500 deniers la livre et la seconde 50 seulement. Elles proviennent des efflorescences, de l'écorce et du bois de plusieurs variétés de Lauracées poussant principalement dans l'Inde, le Thibet, la Birmanie et la Chine, Cinnamomum malabathroum. Le cinnamone tendre, la plus prisée, devait comprendre les jeunes pousses et les efflorescences, et la cassia dure, l'écorce, le bois débité et les racines ; elle était beaucoup plus commune et moins chère aussi.

Il n'existe pas de Cinnamomum poussant en Somalie et il est fort probable que le cinnamone était importée ici des Indes et mélangée à de la « fausse cassia », écorces des lauriers dont les bois sont mentionnés plus loin. Voir sur cette question Schoff, 1912 et E. Warmington, 1928, p. 186-194 et, sur les prix des différents aromates, ce dernier auteur, p. 226-228.

[37] « On hésite entre une variété de cinnamone et la gomme-résine du Commiphora playfairii, un arbre commun dans la région de Berbera. » Cf. Annick Le Guérer, Le parfum, des origines à nos jours, p. 369, 2005.

[38] Le kankamon pourrait être une gomme-résine semblable à la myrrhe ou au copal indien (Valeria indica).

[39] Le makeir serait la racine odoriférante de l’Ailanthus Malabarica ou Holarrhena antidysenterica.

[40] Cette exportation d'esclaves de la côte Somalie est à noter, ainsi que son faible volume ; une autre plus importante est signalée plus loin à Opone, § 13.

[41] Probablement Bandar Hais, par 10° 52' N selon Vivien de Saint-Martin, p. 283 et Schoff, p. 81. Ou Bandar Kassim selon d’autres.

[42] Le mokrotu est sans doute un encens de qualité supérieure, dont la meilleure variété se dit en arabe mghairot, mghar en Mahri et mokhr en somali.

[43] Ou Mosyllon ; ce serait Ras Hantara, par 11°28' N, sur la côte nord de la corne de l’Afrique, non loin de l’extrémité du cap Guadarfui. C'est là que l'on fait traditionnellement finir les conquêtes de Ptolémée Evergète au IIIe siècle av. J.-C. ; Pline ne connaît rien de la côte africaine au-delà.

[44] Nilopotamion ou Niloptolemaion est peut-être la rivière Tokwina, par 11° 30' N et 49° 55' E.

[45] Traduction de William Vincent. Le petit Daphnon : petit bois de lauriers, se trouverait, selon Millier, à Bandar Muriyeh, par 50° 25' E ; le cap Elephas est le moderne Ras el-Fil ou Filuk, par 50° 32' E, promontoire à 40 milles à l'ouest du cap Guardafui.

[46] La R. Elephanta serait la R. Dagaan (49° E) ou la Tokwina.

[47] Identifié avec Bandar Ululah, Saris, 12° 0' N., 50° 42' E.

[48] Ce serait selon Müller Raas Chenarif (Somalie) et selon Glaser juste derrière la pointe est du cap Guardafui.

[49] Pano est probablement Raas Binna, par 11° 12' N.

[50] Opone est le cap Hafun, par 10° 25' N. Glaser fait remarquer la relation entre Pano, Opone, Punt (Poen-at), l'île de Pa-anch des Égyptiens (Socotora) et Panchaia, pays de l'encens de Virgile (Géorgiques, II, 139).

[51] Les navires arabes du xixe siècle procédaient ainsi selon Salt, p. 103. Ils partaient de la mer Rouge en août (auparavant, il est dangereux de s'aventurer hors du golfe), allaient à Mascate, puis sur la côte de Malabar. En décembre, ils traversaient l'océan pour se rendre en Afrique, visiter les ports entre Mogadischou et Melinde, allaient aux îles Querimbo, aux Comores et sur la côte nord de Madagascar et parfois jusqu'à Sofala ; cela leur prenait jusqu'en avril, époque à laquelle ils retournaient vers la mer Rouge pour préparer un voyage identique l'année suivante.

[52] Ariaca était une région de l’Inde occidentale au-delà de Barygaza, mentionnée dans les sources géographiques antiques. Ariaca faisait partie du royaume de Nambanus dirigé par le satrape indien Nahapana. Wikipédia.

[53] Barygaza est aujourd’hui Bharuch, (21° 42' N et 72° 59' E) grande ville portuaire de l’Inde du Nord-Ouest, de plus d’un million d’habitants, dans l’état de Gujarat.

[54] Il est très probable que c'est par ces relations directes de navires indiens avec l'Afrique orientale que certaines plantes comme le riz, la canne à sucre, le manguier, le cocotier, etc., ont été introduits en Afrique. Inversement, d'autres plantes comme le sorgho ont pu trouver par là le chemin de l'Inde. La mention du sucre, « miel du roseau sacchari » est la première faite de ce produit comme article du commerce. Pline le connaissait comme remède. La canne à sucre, Saccharum officinarum est originaire du Sud-est asiatique (de l’Inde à la Chine du Sud).

[55] Nous reprenons ici les traductions de William Vincent et de Jurien de la Gravière, The voyage of Nearchus… Celle de Schoff parle des falaises d’Azania. C'est la côte escarpée connue sous le nom d'El-Hazin, se terminant au Ras el-Kyl par 70 44' N. Selon Schoff. 360 km environ séparent Opone du Ras el-Kyl, soit la moyenne assez faible de 60 km par jour. Ce seraient les monts Aravali.

[56] La petite et la grande plage, le Sif el-Tauil ou côte basse se terminant au Ras Aswad, par 40 30' N, selon Schoff. Les 6 jours pour faire les 400 km entre le Ras el-Kyl et le Ras Aswad représentent 66 km par jour.

[57] Les Courses d'Azania correspondant à la côte désertique s'étendant jusqu'au-delà de l'équateur, le Barr Ajjan (nom formé d'après Azania) et le Benadir, la côte des ports. Serapion est peut-être Mogadichou, capitale de la Somalie, par 20° 5' N et Nikon, Barawa, par 1° 10' N. D'Azania est dérivé de Zendj et Zanzibar et par conséquent Tanzanie. Azania est mentionné par Ptolémée. Il y a 1.100 km du Ras Aswad à Patta, faits selon le Périple en 7 jours de navigation, soit en moyenne 157 km par jour. Mogadichou étant à 450 km au-delà du Ras Aswad, l'on s'attendrait plutôt à ce qu'elle soit le 3e drome d'Azania et Barawa le 4e, et non le 1er et le 2e comme le pense Schoff. Seule l'archéologie pourra peut-être nous renseigner un jour sur ces dromes.

[58] On approche de l'équateur.

[59] Les îles Pyralaoi seraient les îles Patta, Manda et Lamu (archipel de Lamu), derrière lesquelles se trouvent effectivement un chenal, le seul de toute la côte à offrir une protection efficace.

[60] « Je ne reconnais pas dans ces détails un peu vagues la précision habituelle de l'auteur du Périple; sa concision me laisse soupçonner qu'il n'a pas visité lui-même ces parages et que nous n'avons ici qu'un récit de seconde main. N'importe, le document n'en a pas moins son prix, car il complète l'histoire des lents progrès d'une navigation qui allait se reposer pendant plus de mille ans. » Cf. Jurien de la Gravière.

[61] La côte ausanatique est celle dépendant d'Ausan ou Awsan, région du Qataban en Arabie du Sud absorbée par les Himyarites au début de notre ère (Pline, XII, 69). Sur les rois d'Awsan, voir J. Pirenne, Le royaume sud-arabe de Qatabân…, 1961, p. 138- 140. L'ensemble du passage cité ici est corrompu et peut-être même une phrase a été omise.

[62] L'île de Menuthias, citée également par Ptolémée, serait identifiable de préférence à Pemba (ve siècle) à 350- 400 km de Patta-Lamu, distance qui peut effectivement être couverte en 2 jours ½ de navigation. Zanzibar (vie siècle) est déjà à 500 km ; quant à Mafia (Monfiyen), elle semble à écarter car les 650 km qui la séparent de Patta-Lamu seraient difficiles à couvrir pendant le même laps de temps.

[63] Des varans ? Des iguanes ?

[64] Les sites proposés sont nombreux, en Tanzanie : Bagamoyo, Dar es-Salam, Pangani, delta du Rufiji. Pour d’autres Rhapta ne serait pas loin du Ras Kimbiji, près de Dar es-Salam. A noter que Ptolémée situe sa ville de Rapta sur un fleuve Rapton, non loin de son embouchure. Seule l'archéologie peut résoudre ce problème.

[65] Qui sont ces gens de très grande taille, pirates endémiques, voilà ce qu’il est difficile de savoir.

[66] Mapharitis est le pays de Ma'afir, tribu himayarite, dont le chef tenait évidemment des privilèges spéciaux de son « roi légal », Charibaël. Le chef de Mapharitis continuait donc à maintenir en Azania ses entreprises « coloniales », qui semblent remonter à un passé lointain déjà à l'époque de la rédaction du Périple. Ce sont les Maforites de Ptolémée. Une de leurs villes, la Save du Périple, est la Sawwa.

[67] Les Himyarites ou Homérites.

[68] Ce processus d'intermariages des Arabes du Sud avec les Africains de la côte s'est poursuivi pendant deux millénaires sans discontinuer, surtout depuis l'introduction de l'Islam à partir du viie siècle, d'où la formation d'un peuple mélangé à forte dominante noire, ayant une culture arabo-noire et une langue bantoue imprégnée d'arabe, le swahili.

[69] Notons que, tout comme sur la côte Somalie plus au nord, les objets de fer étaient importés, laissant à penser que les populations locales ne connaissaient pas encore la métallurgie et en étaient encore au néolithique. G. P. Murdock, 1959, p. 206, estime que sur cette côte la métallurgie a été introduite d'Arabie au sud et des Indes.

[70] Huile de palme (nauplios) doit être corrigé en nargilios, mot qui apparaît en grec sous des formes voisines, venant du sanscrit narikela = noix de coco. Cette huile « de palme » est en réalité l'huile du cocotier, Cocos nucifera, probablement originaire de l'archipel indonésien et introduit ici par les navigateurs indous.

[71] Les Grecs pensaient généralement que l'Afrique était entourée par l'océan et Hérodote (IV, 42) en donnait comme preuve le périple des Phéniciens de Nechao en 600 av. J.-C. Ératosthène, Strabon et Pomponius Mela faisaient tourner la côte africaine à l'ouest immédiatement après le cap Guardafui, et Pline dès Mossylum. Marin de Tyr et Ptolémée, au contraire, pensaient que l'océan Indien était une mer fermée. Le Périple n'est donc pas influencé par l'autorité du grand géographe alexandrin. De son côté, ce dernier cite une bonne partie des noms cités par le Périple, mais pas tous. Il semble bien que les deux sources soient indépendantes, bien qu'elles aient pu puiser à un fonds commun.

[72] Ce paragraphe inaugure un second voyage de Bérénice en Inde.

[73] Leuké Komé. On l’a située sur de nommbreux sites de la côte arabique : al-Haura (Schoff), Umm Lajj, Yanbu al-Bar et Egra. L’archéologie et la topographie la placent plus au nord à Aynuna. Le problème n’est sans doute pas clos.

[74] Gaia anciennement appelé Wadi Moussa est une ville de Jordanie. On y trouve à proximité les vestiges de la cité nabatéenne de Pétra, et ceux de la forteresse croisée du Val-Moyse.

[75] La mention de ce roi soulève encore la polémique car elle permettrait de fixer la date du Périple, date que l’on estime à notre époque entre 50 et 90 après J.-C. alors qu’il y a un siècle on parlait du IIIe siècle avant J.-C. Là encore le problème n’est pas clos.

[76] W. Vincent suppose qu’il est romain mais le texte ne dit rien de tel.

[77] Au nord les Nabatéens parlent un dialecte d’araméen ; les Carnaïtes parlent divers dialectes ismaéliens, dont est sorti l’arabe moderne. Les Minéens parlent l’hadramitique. En atteignant le Yémen on parle l’himyaritique

[78] Aucun texte ne porte ce nom pour identifier cette tribu. Vraisemblablement des Carnaïtes de Karna.

[79] Sans doute l'île volcanique du Djebel Teer, par 15°33’ de latitude, 41°50’ E.


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Re: Le Périple de la mer Érythrée

Message par Bibliothécaire le Dim 08 Avr 2018, 15:30

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Le Périple de la Mer Erythrée.
Περίπλους τῆς Ἐρυθρᾶς Θαλάσσης

21. Au-delà de ces régions, dans la dernière baie sur le rivage côté gauche de ce golfe, se trouve un endroit sur la côte appelé Mouza, ville commerçante établie légitimement, lointaine d’environ douze mille stades[80] en tout de Bérénice quand on fait voile droit vers le sud. Et l'endroit tout entier est rempli d’Arabes, armateurs, hommes de mer et est entièrement animé par les affaires commerciales; car ces gens partagent un commerce maritime avec la côte lointaine[81] et avec Barygaza, en y envoyant leurs propres embarcations.

22. A trois jours de ce port dans l'intérieur des terres se trouve la ville appelée Saue,[82] en plein milieu de la province appelée Mapharitis[83]; et son gouverneur résident se nomme Cholaibos.[84]

23. Neuf journées plus loin, on trouve Saphar, métropole, où vit Charibael,[85] roi légitime de deux tribus, les Homérites et leurs voisin, appelés les Sabéens; c’est un ami des empereurs grâce à l’envoi continuel d’ambassadeurs et de présents.

24. Le ville commerçante de Mouza n’a pas de port, mais elle a une bonne rade et un ancrage grâce au fond sablonneux environnant, où les ancres tiennent en toute quiétude. Les marchandises qu’on y importe sont : des tissus pourpres, premier choix et grossiers ; des vêtements arabes à manches; les uns simples et communs, les autres soutachés ou brodés avec du fil d'or; du safran, du souchet,[86] des mousselines, des manteaux, quelques couvertures, les unes ordinaires, les autres fabriquées au goût du pays,; des ceintures de différentes couleurs, une certaine quantité d’onguents parfumés, un peu de vin et du blé. Le pays d’ailleurs produit lui-même du froment en quantité modérée et beaucoup de vin. Au roi et au seigneur on apporte des chevaux et des mules de bât, des vases d’or et d'argent ciselés, des vêtements finement tissés et des ustensiles en cuivre. On exporte de Mouza les produits du pays : la myrrhe locale de la meilleure qualité et de la résine minéenne, de l'albâtre et toutes les marchandises déjà mentionnées d'Avalitès[87] sur la côte d’en face. Le meilleur moment pour voyager à cet endroit est le mois de septembre, i.e. Thoth; mais rien ne s’oppose à ce qu’on y vienne plus tôt.

25. Après avoir navigué au-delà de ce port pendant environ trois cents stades, la côte d'Arabie se rapproche maintenant du pays barbare vers le golfe d’Avalès, il existe un chenal, pas très long, qui rétrécit la mer et l’enferme dans un détroit.[88] Au milieu de ce passage de soixante stades, s’élève l'île de Diodore[89]. Aussi la traversée dans les parages de cette île est sujette à de forts courants et exposée à de forts vents soufflant des arêtes des montagnes avoisinantes. Près de ce détroit il y a un village arabe appelé Océlis[90] sur la côte, qui dépend du même gouverneur[91] ; ce n'est pas à proprement parler un comptoir mais plutôt un mouillage, un point d’eau et le premier point d’ancrage pour ceux qui entrent dans le golfe.

26. Quand on a dépassé Océlis, le détroit s’épanouit de nouveau vers l'est et devient peu à peu une mer ouverte ; à environ mille deux cents stades se trouve sur la côte un bourg appelé « Arabie Eudaemon[92] », faisant aussi parti du royaume de Charibael. Il possède des ancrages commodes et des points d’eau, plus douce et meilleure qu’à Océlis; il est à l'entrée d'une baie formée par une terre qui s’en retire. On l'a appelé Eudaemon, parce qu'avant qu’on y assît une ville, quand les marins n’osaient pas encore tenter la traversée de l'Inde en Egypte ni partir d'Egypte pour rejoindre les ports de cet océan, mais que tous se réunissaient là, il recevait les cargaisons des deux pays, comme Alexandrie reçoit maintenant à la fois les marchandises apportées tant de l'étranger que de l'Egypte. Mais peu de temps avant notre époque, Charibael détruisit cette place.

27. Lorsqu’on a dépassé Eudaemon, le rivage et le golfe, sur un espace de plus de deux mille stades, n’ont d’autres habitants villageois que des Nomades et des Ichtyophages; puis se présente caché derrière un promontoire élevé, l’autre comptoir maritime de ce rivage, Cana,[93] du royaume d'Eléazos,[94] le Pays de l'Encens; et en face, à cent vingt stades de Cana, s’élèvent deux îles désertes, l’une s’appelle l’île aux Oiseaux, l'autre l’île du Dôme. À l'intérieur de cet endroit est la métropole Sabbata,[95] résidence du roi. Tout l'encens produit dans le pays est apporté à cet endroit sur les chameaux pour être entreposés et à Cana sur des radeaux soutenus, selon la coutume indigène, par des outres ou sur de petites barques. Et Cana entretient aussi un commerce actif avec les ports éloignés de Barygaza, de la Scythie, d’Omana[96] ainsi qu’avec la côte proche de la Perse.[97]

28. De Cana on importe d'Egypte un peu de blé et du vin, comme à Mouza; des vêtements arabes, les uns ordinaire et unis, avec un grand assortiment d’entre eux fabriqués en fraude; du cuivre, de l’étain, du corail, du storax[98] et d'autres produits de même sorte envoyés à Mouza; pour le roi on importe habituellement la vaisselle d'or, les monnaies d’argent, des chevaux, des statues et des vêtements de qualité parfaite. Et on exporte toutes sortes de produits locaux, l'encens, l’aloès et les mêmes articles qu’on peut se procurer dans les autres ports. La meilleure saison pour rejoindre Cana est la même que celle pour Mouza, mais peut-être un peu plus tôt.

29. Après Cané, la côte court tout droit au nord-est jusqu'au point où elle se creuse de nouveau pour former un golfe très profond et d'une grande longueur. Ce golfe, nommé le golfe de Sachalitès,[99] borde le pays de l'encens, pays montagneux et d'un accès difficile, où l'air est épais et lourd. L'encens qu'on y recueille provient d'arbres peu élevés et grands à peine comme des arbustes. La résine odorante se coagule sous l'écorce à la façon de ces larmes de gomme qui suintent en Égypte de certains arbres. Pour la récolte, on emploie des esclaves du roi et des criminels qui sont envoyés dans cette région malsaine en expiation de leurs méfaits. Toute la contrée est des plus insalubres ; les vaisseaux mêmes ne la côtoient pas impunément. L'air y est mortel aux travailleurs; n'oublions pas non plus les tristes effets d'une nourriture insuffisante.

30. Sur cette baie il y a un très grand promontoire appelé Syagros[100] qui fait face au Levant, sur lequel est un fort pour la défense du pays et un port pour l'entrepôt de l'encens recueilli; et en face du cap Syagrus et du côté du sud, on remarque une île qui tient à peu près le milieu entre le continent arabe et le promontoire des Aromates. L'île est cependant un peu plus rapprochée du cap Syagros : elle est appelée Dioscoride.[101] C'est une très grande île, mais une île à peu près déserte, quoique l'eau n'y manque pas. On y rencontre, en effet, des fleuves infestés de crocodiles, beaucoup de serpents et d'énormes lézards, dont les indigènes mangent la chair[102] et emploient la graisse fondue en guise d'huile. L'île ne produit ni raisin ni blé. Les habitants, peu nombreux, se sont rassemblés sur un seul côté, de l'île, celui qui regarde le nord et fait face à l'Arabie. Cette population n'est pas aborigène; elle se compose d'un mélange d'Arabes et d'Indiens, de quelques Grecs aussi, jetés là par les hasards de la navigation. On trouve à Dioscoride des tortues de mer et des tortues de terre celles qui fournissent de l'écaille blonde, et qui sont remarquables par leur grande carapace aussi bien que les tortues de montagne,[103] à la vaste et épaisse cuirasse, dont la partie qui protège le ventre ne peut guère, à cause de sa dureté, être entamée par le ciseau. On s'en sert pour fabriquer des coffrets, des tablettes, des plats à gâteaux et divers genres d’ustensiles. L’île Dioscoride produit encore cette gomme sous forme de larmes, qui a reçu le cinabre indien.[104]

31. De même que l'Azania, l'île Dioscoride reconnaît le pouvoir de Charibaël,[105] roi du pays de l'encens,[106] et celui du chef de la Mopharitide. Les marins de Mouza et ceux qui, partis de Damirica[107], et de Barygaza, venaient par aventure aborder à ces rivages, échangeaient contre l'écaille de tortue, dont ils chargeaient en majeure partie leurs vaisseaux, du riz, du blé, des mousselines de l'Inde, des esclaves femelles, qui, très rares en ce lieu, s'y vendaient aisément. Maintenant, l'île est affermée par les rois de la côte arabique, qui y ont mis garnison.

32. Après le promontoire Syagros le golfe dont nous avons déjà parlé se prolonge au loin, pénétrant profondément dans la côte d'Oman sa longueur est bien de six cents stades. Puis viennent, sur un espace de cinq cents stades environ, de hauts rochers dans lesquels les habitants se sont creusé des cavernes, et, plus loin encore, le port désigné pour y déposer l'encens sachalitique. Ce port est appelé Moscha[108]: quelques navires y sont envoyés régulièrement depuis Cana; des vaisseaux revenant du Limyriké et de Barygaza, attardés dans leur navigation, s'y réfugient souvent pour y passer l'hiver. Les officiers du roi leur livrent des chargements d'encens en échange de blé et de mousselines. Sur toute la côte du Sachalitès, on remarque de grands tas d'encens qui ne sont gardés par personne; on s'est contenté de les mettre sous la protection des dieux. Il n'est pas à craindre qu'aucun vaisseau, ni clandestinement ni ouvertement, se hasarde à en détacher la moindre parcelle; le capitaine qui se rendrait coupable d'un pareil acte verrait son navire impitoyablement retenu au port.

33. Au-delà du port de Moscha sur environ mille cinq cents stades autant qu'Asich, une chaîne de montagnes descend jusqu’au rivage[109] ; à l'extrémité de ce rivage abrupt se détachent au large sept îles appelées les îles Zénobies.[110] Une autre contrée barbare, qui ne fait plus partie des états de Charibaël, mais qui appartient déjà au royaume de Perse, s'étend ensuite jusqu’à une distance de deux mille stades. Là, séparée de la terre ferme par un canal d’environ cent vingt stades, s'élève l'île de Sérapis.[111] Cette île a six cents stades de long et à peu près deux cents de large. Elle renferme trois bourgs habités par des Ichtyophages, qui parlent la langue arabe et t ont pour tout vêtement des ceintures fabriquées avec des feuilles de palmiers. L'île de Sérapis fournit une très belle écaille, que viennent chercher de petits voiliers et des navires de charge expédiés régulièrement de Cané.

34. En naviguant le long de la côte, qui se prolonge au nord jusqu’à l'entrée du Golfe persique, il existe de nombreuses îles s'étendant le long du rivage sur environ deux mille stades et connues sous le nom de Calées.[112] Les habitants de ces îles sont hostiles et très peu civilisés.

35. A l'extrémité de cette côte basse et à demi noyée, peu après s'ouvre le Golfe Persique, bordé de nombreuses pêcheries d'huîtres perlières. A gauche de l'entrée du golfe surgissent les monts Asabôn[113] ; à droite apparaît, s'élevant au milieu des sables, le mont rond et haut appelé Sémiramis.[114] Entre ces deux chaînes montagneuses, la distance est d’environ six cents stades. C'est par cette vaste bouche qu'on pénètre dans le Golfe Persique. Tout au fond du golfe a été établi, pour servir de bureau de douanes et d'entrepôt légal, le comptoir d'Apologos,[115] situé non loin de Charax Spasinou[116] sur l'Euphrate.

36. A six jours de navigation de l’embouchure du Golfe, se trouve un autre comptoir de la Perse appelé Ommana.[117] On expédie sur ces deux marchés, celui d'Apologos et celui d'Ommana, de grands navires de Barygaza, chargés de cuivre, de bois de santal et de bois de teck, de rondins d'ébène et de sésamine.[118] Omnana entretient, en outre, un commerce particulier avec le port de Cana. Ce comptoir envoie à Ommana de l'encens; il en reçoit de petits navires très légers, propres à ce pays et connus sous le nom de madarate.[119] D'Ommana et d'Apologos, on importe à Barygaza et vers l’Arabie beaucoup de perles, inférieures aux perles de l'Inde, de la pourpre, des vêtements fabriqués à la mode locale, du vin, une grande quantité de dattes, de l'or et des esclaves.

37. Après la région d’Oman, s’étend toujours la côte des Persides, dépendant d’un autre royaume, et le golfe dit « de Gédrosie[120] », au milieu duquel, un promontoire fait saillie dans la baie. Une rivière débouchant dans ce golfe est navigable et permet d’arriver à un petit port de commerce, situé près de l’embouchure, que l’on appelle Oraia, et dans l’arrière-pays, à l’intérieur des terres, une ville, à sept jours de marche de la mer, où se trouve, là aussi, une autre cour royale, que l’on appelle <**[121]>. Cette région produit beaucoup de blé, de vin, de riz et de dattes, tandis que vers l’intérieur des terres, on ne trouve rien d’autre que du bdellium.[122]

38. A la suite de cette contrée, la terre se courbe depuis l'est et forme une série de golfes très profonds qui se déploient comme un vaste croissant. Ce sont là les parties maritimes de la Scythie qui regardent le nord.[123] La côte est extrêmement basse; un grand fleuve, le plus grand fleuve de la Mer Erythrée, le Sinthus,[124] y débouche dans la mer avec une telle abondance que, bien longtemps avant d'atteindre le rivage, on voit la mer blanchir par suite des eaux douces qui s'y mêlent. On reconnaît l'approche de la terre, quand on vient du large, à. l'apparition de certains serpents de mer qu'on rencontre également sur les côtes de la Perside et appelés graae.[125] Le Sinthus a sept branches; ces diverses branches ont malheureusement peu de profondeur et s'égarent dans des terrains marécageux: on n'y peut naviguer. La seule branche praticable est la branche du milieu, qui conduit au comptoir de Barbarikon.[126] En face de l'embouchure s'étend une petite île; qu’on dépasse pour trouver en arrière, dans l'intérieur des terres, Minnagara,[127] capitale de la Scythie maritime. Cette ville, appartient à l'empire des Parthes, dont les princes, perpétuellement divisés, ne cessent de se renverser tour à tour du trône.

39. Les navires mouillent à Barbarikon, mais leurs cargaisons sont emportées jusqu'à la capitale par le fleuve, pour le roi. Les objets d'importation sont surtout des vêtements unis, quelques draps de couleur, des tapis à trames variées, des topazes, du corail, du storax, de l'encens, des verreries, des vases d’or, des pièces de monnaie, un peu de vin. En retour, les vaisseaux rapportent en Égypte du costus,[128] du bdellium, du lycium,[129] du nard, des turquoises, des lapis-lazuli, des peaux du pays des Sères,[130] des étoffes de coton, de la soie et de l'indigo. Et les marins se mettent en route là avec les vents Etésiens indiens, vers le mois de juillet, qui est Epiphi : c'est plus dangereux alors, mais par ces vents, le voyage est plus direct et plus tôt accompli.

40. Au-delà du fleuve Sinthus on rencontre un golfe qui s'enfonce vers le nord dans l'intérieur des terres et dont l'entrée est difficile à distinguer. Ce golfe porte le nom d'Eirinon.[131] Il y a le grand et le petit Eirinon. Les deux Eirinons forment une mer marécageuse sillonnée de grands courants et semée de nombreux hauts-fonds qui se prolongent au large. Souvent les vaisseaux, avant d'apercevoir la côte, ont échoué sur ces bancs, ou, portés à terre, y ont péri. Le golfe est dominé par un promontoire qui part de l'Eirinon, se dirige d'abord vers l'est, puis vers le midi, tourne enfin à l'ouest, embrassant ainsi à la fois la baie de Baraca[132] et sept îles. Les navires qui atterrissent à l'entrée de ce golfe et prennent le large pour contourner les bancs peuvent gagner le port sains et saufs; ceux, au contraire, qui s'engagent sans précaution dans l'enfoncement de Baraca, sont certains de périr. Le courant est, dans ces parages, très violent, la mer fort agitée et remplie des tourbillons les plus dangereux. Un fond inégal, abrupt sur quelques points, rocheux et tranchant sur d'autres, augmente le péril; les câbles sont promptement coupés ou s'usent lentement si l'on jette l'ancre. L'approche de cette partie de la côte est généralement signalée par la rencontre de gros serpents noirs; les serpents, que l'on trouve plus au sud, dans les environs de Barygaza, sont plus petits et de couleur vert clair tirant sur l’or.



[80] C’est sans doute une erreur car la distance actuelle est d’environ 8.000 stades.

[81] En face en Afrique.

[82] Ce toponyme peut être identifié sans ambiguïté avec l’antique Sawâ (actuelle al-Sawâ, 13°20’N-43°55’E, à une vingtaine de kilomètres au sud de Ta‘izz) Cf. http://cy.revues.org/1671#ftn10.

[83] Ma‘âfir comme on l’a vu dans une note précédente du § 16.

[84] Ce personnage a été identifié avec Kulayb Yuha’min.

[85] Le texte corrompu contient Caesar, mais aucun empereur n’ordonna cette destruction.

[86] Plante dont les parfumeurs emploient la racine réduite en poudre dans la composition de leurs aromates.

[87] Le texte corrompu porte Adulis, mais cette cité n’est pas face à Mounza.

[88] Evidemment celui de Bab el-Mandeb, ou « Porte des Larmes », ainsi nommée à cause de ses vents et courants traîtres.

[89] Ile de Perim.

[90] Ville avec une baie située à l'extrême pointe sud-ouest de l'Arabie, à l'entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, du côté nord du promontoire de Cheikh al-Sa’id par 12° 48 lat. N., 43° 28 long.

[91] Que Mouza.

[92] Eudaemon = Heureuse. C’est Aden.

[93] L'ancienne cité portuaire de Qanî, la Kanê emporion des auteurs grecs et latins, connue de Pline l'Ancien et de Ptolémée, a été implantée au début du Ier siècle ap. J.-C. sur la côté méridionale du Yémen. Sa fondation témoigne du développement des relations maritimes entre l'Inde et le monde gréco-romain. Les Etats d'Arabie du Sud y jouaient alors un rôle très actif. Aujourd’hui sur la baie de Bi'r 'Alî.

[94] Ili-azzu Yalut = « mon Dieu est tout puissant », roi du Hadramut. Le roi Il'az (Éléazos du Périple) avait épousé la sœur du roi de Saba. Cependant celui-ci n'en a pas moins mené deux campagnes terribles contre Shabwa et Cane, et après avoir livré la capitale au massacre et au pillage, il a remmené à Saba la reine, sa sœur.

[95] Le nom d’origine était Shabwa. Ce serait un endroit déserté sauf de quelques bédouins travaillant dans des mines de sel à proximité. C’est la Sabota de Pline (VI, 32). Sabbata serait environ à 100 km à l’ouest de Shibam, ville du Yémen, située dans l'Hadramaout et peuplée de 7.000 habitants dont l’architecture en immeubles de briques terre crue de plusieurs étages séparés par un dédale de ruelles étroites lui vaut le surnom de « Manhattan du désert » et son inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO. Shibam fut à de nombreuses reprises la capitale du royaume Hadramaout.

[96] Ce nom d’Omana, le même qu’Oman, semble avoir désigné à l’époque de l’auteur du Périple, une zone plus étendue.

[97] C’est la partie du sud de la côte Arabique entre la baie de Kura Muria et Raas el-Hadd.

[98] Substance résineuse aromatique provenant de certaines espèces de styrax, anciennement utilisée comme encens ou dans différentes préparations pharmaceutiques. Le stryrax est un arbrisseau de la famille des Styracacées, dont certaines espèces fournissent des baumes.

[99] Aujourd’hui Ghubbet el Kamar dans le sud de l’Oman.

[100] Le cap Syagros est le Ras Fartak, en Arabie du Sud, par 52° 12' E. L'élévation du promontoire Syagros dépasse 812 mètres ; on l'aperçoit d'une distance de 60 milles.

[101] Avant l'expansion de l'Islam en 639, l'île, peuplée de chrétiens nestoriens, s'appelait Dioscoride et était un comptoir égypto-byzantin qui commerçait avec les chrétiens de Kerala, en Inde. Son premier nom signifiait « île des Dioscures ». Elle porte aujourd’hui le nom de Socotra ou Suqutra et c’est une île du Yémen située en mer d'Oman, dans le Nord-Ouest de l'océan Indien, à l'entrée du golfe d'Aden. Agatharchide la connaît sous le nom d’île des Bienheureux. Des Grecs y furent installés dès l'époque des Ptolémées, selon Cosmas Indicopleustes qui y passa au vie siècle, mentionnant sa conversion au christianisme : l'île était encore chrétienne à l'époque où Marco Polo y passa au xive siècle (III, 32) mais la communauté chrétienne semble avoir été détruite au xve siècle. Les Portugais l'occupèrent de 1507 à 1622.

[102] Vraisemblablement des varans du Nil.

[103] Ces tortues de Socotora sont difficiles à identifier. L'écaillé du commerce provient de Chelone imbricata, véritable tortue de mer ; la tortue de montagne peut être Chelone mydas, la tortue verte, également marine, mais plus vraisemblablement une espèce éteinte de Testudo (la Testudo grandidieri de Madagascar était dans ce cas) et Testudo gigantea et daudini se trouvent encore dans des îles peu fréquentées. La tortue terrestre et la tortue blanche peuvent être des Cinyxis, des Pyxis et des Testudo.

[104] Ce « cinabre indien » est le « sandragon », exsudation du Dracaena cinnabari de Socotora, du Dracaena schizantha de Somalie et du Calamus draco de l'Inde. Selon la légende rapportée par Pline (XXXIII, 38 et VIII, 12), le cinabre venait des sangs du dragon et de l'éléphant, mélangés de leurs combats. Il note aussi l'erreur faite par les médecins de son temps, prescrivant du cinnabre espagnol (sulphide rouge de mercure, qui est un poison), au lieu de cinabre indien.

Il est curieux de noter que la principale production ancienne de Socotra, l'aloès amer, originaire presque exclusivement de l'île, n'est pas mentionné ici, mais plus haut au § 28, comme exporté de Cana, port d'Arabie du Sud ; il est probable que l'île, qui était sujette de l'Hadramaout, voyait tout son aloès monopolisé par Cana.

[105] Charibael est l'arabe Kariba-il : « Dieu le bénit ». C'est un titre royal plutôt qu'un nom. Voir J. Pirenne, 1961, p. 20 sq.

[106] Le pays de l'encens est l'Hadramaout, pays des Atramitae.

[107] Ou Limyriké. Ces deux mots seront employés avec la même signification dans le texte. C’est ainsi que les géographes gréco-romains désignaient l’Inde du Sud.

[108] Schoff identifie cette cité avec Khor Rori, également appelée Sumhuram, qui est une zone archéologique et les ruines d'une ville fortifiée et d’un port. Ce site est à proximité de la ville de Taqah-Salalah en Oman. Sumhuram fut un avant-poste du royaume d’Hadramaout, fondé pour des raisons commerciales et économiques loin de la capitale Shabwa, le long de la côte d’Oman.

[109] Asich est Ras Hasik et la chaîne de montagnes est le djebel Samhan. Au sud, dans la province du Dhofar, on trouve la chaîne montagneuse homonyme, dont le djebel Samhan constitue le pic le plus élevé culminant à 1.463 m.

[110] C’est-à-dire les îles Kura-Maria, au large de l'actuel sultanat d'Oman.

[111] Elle porte sur nos cartes modernes le nom de Masirah, île de la côte est d’Oman, 658 km².

[112] Les îles Daimaniyat Kalaiou, N. O. de Muscat (23° 48' N., 58° 0' E.)

[113] Sans doute nom tribal, « montagne des Asabi » ou Beni Assab.

[114] Haut de 260 mètres, qui doit être, dit Müller, le Koh-Mubarek, la montagne de la Bonne Fortune, à moins que ce ne soit plutôt le Djebel Serraovat

[115] Nom originel Obollah ou Obolleh. Port situé sur le Chatt el-Arab, qui est l'embouchure conjointe du Tigre et de l'Euphrate.

[116] Charax Spasinou (La ville de Hyspaosinès). La ville moderne de Mohammerah est sur l'emplacement de l'ancienne Charax. Charax est le lieu de naissance du géographe grec Isidore de Charax. Pline, Josèphe, Ptolémée, Lucien et les inscriptions anciennes ne séparent jamais ces deux mots, Spasinou-Charax, pour distinguer cette ville des autres du même nom. C'est elle qui a donné son nom à la Characène. Charax était située au fond du golfe Arabo-Persique dans le delta du Tigre, sur une éminence artificielle entre le Tigre et l'Eulaus (mod. Karoum), ou plutôt au confluent de l'Euleus avec un canal (mod. Haffar) partant du Tigre, car l'Eulaeus est un fleuve qui se jette directement dans la mer. Elle était environnée d'ouvrages construits pour la défendre contre les attaques des deux fleuves, mais ces travaux d'art furent insuffisants, car elle fut ruinée à plusieurs reprises par les eaux. Fondée par Alexandre le Grand, qui lui donna le nom d'Alexandrie (Alexandria Characenes), elle fut peuplée avec les habitants d'une autre ville royale appelée Durine, dont l'emplacement est inconnu, et avec les vétérans de l'armée macédonienne (Pline, VI, 31). Un demi-siècle plus tard, cette ville était détruite par la mer et elle fut restaurée en 205 par Antiochus III le Grand, sous le nom d'Antiochia. (www.cosmovisions.com).

[117] Sans doute la ville de Sohar dans le sultanat d’Oman.

[118] Essence inconnue.

[119] Bateau cousu, fabriqué en Oman et distribué en Arabie méridionale.

[120] W. Vincent dit « de Terabdon », que les anciens ont placée entre le cap Jask et Guadel. (Voyage de Néarque)

[121] Probablement Rhambacia.

[122] Le bdellium (du grec bdellion) est une gomme-résine que l'on faisait venir des Indes orientales, d'Afrique et d'Arabie par les routes commerciales du Levant.

[123] On sait qu'une dynastie d'Indo-Scythes remplaça, vers le milieu du IIe siècle avant Jésus-Christ, en l'année 120, les rois grecs de la Bactriane.

[124] L’Indus.

[125] Du sanscrit graha (souvent synonyme de maraka qui veut dire crocodile). Ces serpents étaient très vraisemblablement des crocodiles ou peut-être de grands serpents d’eau.

[126] L’ancien port de Barbariké/Daybul est maintenant un camp de ruines connu sous le nom de Banbhore, site archéologique situé au nord-ouest de Karachi, sur la route de Thatta. Banbhore se trouve sur la rive nord de la Gharro Creek près de la côte de l'océan Indien. Les fouilles archéologiques du site ont révélé que son occupation s’échelonnait du Ier siècle au XIIIe siècle, avec trois périodes distinctes : scytho-parthe, hindo-bouddhiste et islamique.

[127] Patala ou Bahmanabad, à l’embouchure de l’Indus ; signifierait « ville des envahisseurs ».

[128] Costus est un genre d'environ 150 espèces de la famille des Costaceae. Il est présent dans toutes les régions tropicales. Par exemple, le Costus arabicus L. : ses racines pouvaient être un des multiples constituants de la thériaque de la pharmacopée maritime occidentale au XVIIIe siècle

[129] Lycium est un genre de plantes de la famille des Solanacées. Il comporte environs 70 espèces d'arbustes épineux et de petits arbres. Entre autre le goji ou baie de goji est le nom commercial de la baie du lyciet commun (Lycium barbarum) et du lyciet de Chine (Lycium chinense). Il se présente sous la forme d'une petite baie orange, allongée, de saveur légèrement sucrée. On lui accorde en Asie des vertus médicinales exceptionnelles liées à la quête d'immortalité taoïstes et il est souvent commercialisé sous forme séchée ou sous forme de jus (généralement mélangé à d'autres jus de fruits).

[130] Les Seres ou Sères (les "soyeux") étaient le nom que les Grecs et les Romains donnaient, à partir du IVe siècle av. J.-C., aux habitants de la Chine, pays de la soie qui ne faisait pas partie de leurs possessions.

[131] Le Rann de Kutch est une région marécageuse située dans le Gujarat, qui borde le Sindh, une région du Pakistan. Le nom Rann vient d'un mot hindi ran qui signifie marais de sel. Le Rann occupe une superficie totale de 27.900 km. La région appartenait à l'origine à la mer d'Oman. Mais les forces géologiques, principalement les séismes, ont créé un barrage vers le haut de la région et l'ont ainsi transformée en une lagune d'eau salée. Cette zone s'est peu à peu remplie de vase, si bien qu'elle est devenue un marais de sel saisonnier. Durant la période des moussons, le Rann de Kutch devient un marais peu profond (l'eau arrive à peu près au niveau des genoux). Après les moussons, la région s'assèche. Wikipédia

[132] Le golfe de Kutch est un bras de la mer d'Oman situé sur la côte occidentale de l'Inde, dans l'État du Gujerat. Long d'environ 160 km, il sépare le Kutch de la péninsule du Kâthiâwar. La Rukmavati y a son embouchure.
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Re: Le Périple de la mer Érythrée

Message par Bibliothécaire le Dim 08 Avr 2018, 16:37

ANONYME
Le Périple de la Mer Erythrée.
Περίπλους τῆς Ἐρυθρᾶς Θαλάσσης

41. Après la baie de Baraca se déploie le golfe de Barygaza et la côte de l'Ariace,[133] où commence, avec le royaume de Mambara,[134] le reste de l'Inde. La partie intérieure de la province, limitrophe de la Scythie,[135] se nomme l'Aberia,[136] la partie maritime porte le nom de Sysastrène.[137] Le pays est fertile en blé, riz, sésame, beurre et beurre clarifié. On y fabrique des toiles de la texture la plus grossière avec le coton de l'Inde. Le gros bétail abonde dans l'Aberia; les indigènes y sont de haute taille et noirs de couleur. La ville de Minnagara,[138] est le chef-lieu du pays. Les toiles fabriquées, dans la province sont portées à Barygaza. Il existe encore à notre époque, des monuments de l'expédition d'Alexandre, des enceintes consacrées, des fondations de camps et de grands puits. De Barbarikon sur l'Indus au promontoire de Papica en face de Barygaza et avant Astacampra,[139] la distance est de trois mille stades.

42. Immédiatement après le promontoire de Papica, vous trouverez une longue baie, bien abritée des vagues, que couvre tout entière l'île Bæones.[140] Dans le fond de la baie débouche un très grand fleuve appelé le Mahi.[141] Dans sa plus grande dimension, la baie de Bæones a une étendue d'environ 300 stades. Pour se rendre à Barygaza, traversent cette baie en faisant route vers l’est et en laissant l'île sur leur gauche, juste visible par ses collines. On se dirige ainsi vers l'embouchure du fleuve de Barygaza, qui porte le nom de Nammadus.[142]

43. Le canal qui conduit à Barygaza est étroit et l'accès en est difficile pour les navires qui arrivent du large. On a quelque peine à ne pas tomber à droite ou à gauche du bon chenal; cependant, sur la gauche, la route est meilleure. A droite, l'entrée même est encombrée par un banc de roches sous l'eau, dont quelques têtes seulement sont visibles. Ce banc, connu sous le nom de « Héron », part de la côte sur laquelle est bâti le village de Kammoni.[143] A gauche se projette le promontoire de Papica qui prend naissance près d'Astacampra. Les abords de ce promontoire ne laissent pas d'être assez dangereux car la marée le contourne et si elle vous oblige à jeter un pied d'ancre, vos câbles courent grand risque de se couper sur le fond. Alors même qu'on a pénétré heureusement dans le golfe, il n'est pas aisé de trouver l’entrée du fleuve de Barygaza, car la côte est très basse, et on n'y découvre aucun amer. L'entrée trouvée, il reste encore à éviter les bancs qui obstruent l'embouchure et en rendent l'accès fort périlleux.

44. Aussi les pêcheurs indigènes du roi, qui se tiennent d'ordinaire à l'entrée de la baie, ont-ils coutume de se porter au-devant des navires attendus jusqu'à la Syrastrène. Ces pêcheurs montent de longues barques appelées, dans la langue du pays, des trappagas et des cotymbas. Ce sont eux, sorte de pilotes jurés, qui se chargent de conduire les vaisseaux étrangers à Barygaza. Leurs barques savent trouver le droit chemin au milieu des bancs et traîner au besoin de mouillage en mouillage les bâtiments qu'elles ont pris à la remorque. Elles appareillent à la marée montante; quand survient le jusant, elles vont jeter l'ancre dans certains replis de la côte où le fond est plus grand et où elles n'ont pas à craindre de demeurer échouées à la marée basse. Barygaza se trouve à trois cents stades environ de la bouche du fleuve.

45. Maintenant l'Inde entière possède un grand nombre de fleuves et de très grand flux et reflux de marées; augmentant à la nouvelle lune et à la pleine lune pendant trois jours et s’achevant pendant les quartiers lunaires extrêmes. Mais à Barygaza c'est beaucoup plus important, si bien qu’on voit subitement le fond et qu’alors des zones de terre sèche précédemment recouvertes par la mer, sont désormais à sec là où les navires naviguaient juste auparavant; et les fleuves, sous la poussée de la marée montante, quand la force entière de la mer est dirigée contre eux, sont emportés plus fortement à contre courant, sur de nombreuses stades.

46. Les marins qui ne connaissent pas ces parages, et qui viennent aborder pour la première fois au comptoir de Barygaza, courent de grands risques tant à l'entrée qu'à la sortie. Rien ne peut arrêter l'impétuosité du flot qui monte ou qui descend; les ancres ne résistent pas. Les navires, jetés alors en travers, sont entraînés par la violence de la marée sur les bancs; les vaisseaux de petites dimensions chavirent même quelquefois; ceux qui restent échoués avec le jusant s'inclinent sur le côté si l'on ne prend soin de les accorer,[144] ils se remplissent et sont submergés quand le flot revient. La force de la marée, surtout de la marée montante, est telle dans les syzygies, qu'au moment du flot, par la mer la plus calme, les riverains de l'embouchure entendent d'abord un bruit semblable à celui que produiraient les clameurs lointaines d'une armée; puis bientôt le flot fait irruption dans les marais avec un fracas épouvantable.

47. Dans l'intérieur du pays de Barygaza, on compte plusieurs peuplades distinctes des Aratrioi, des Arachosioi et des Gandaraioi. Au-delà, se trouve les gens de Proklais,[145] où Alexandre fonda Bucéphalie[146] ; plus loin encore habite la très belliqueuse nation des Bactriens constitués en royaume. C'est de la Bactriane que partit Alexandre, quand il pénétra jusqu'au Gange. Il laissa de côté Lymiriké et la partie méridionale de l'Inde. Des drachmes antiques sont encore aujourd'hui en circulation à Barygaza: ces drachmes portent gravés en lettres grecques les noms de ceux qui régnèrent après Alexandre le Grand : Apollodote[147] et Ménandre.[148]

48. Dans la partie orientale de la province de Barygaza, on trouve la ville d'Ozène, [149] qui fut jadis résidence royale. La majeure partie des produits exportés de Barygaza, onyx et vases de porcelaine, mousselines et madras, indiennes ordinaires, ivoire, soie, cachou et poivre long, venaient de l'intérieur et en majeure partie d'Ozène. Le nard y arrivait par Proklais des pays les plus extravagants : Caspapyrene, Paropanisene et Cabolitique.[150] On en recevait aussi de la Scythie adjacente. Par la même voie descendaient à la côte le costus et le bdellium.

49. A Barygaza on importe du vin d'Italie, de Laodicée, et d'Arabie, du cuivre, de l'étain, du plomb, du corail, des topazes, des vêtements unis ou nuancés de toutes sortes, des ceintures de couleurs vives, des coussins, du storax, du mélilot,[151] du verre grossier, du réalgar,[152] de l'antimoine, des monnaies d'or et d'argent, dont l'échange avec le numéraire du pays est assez lucratif, enfin quelques parfums, mais non pas des parfums de grand prix. Sous le nom de tribut, on envoyait au roi des vases précieux d'argent, des instruments de musique, de belles jeunes filles pour lui servir de concubines, du vin de choix, des vêtements unis, somptueux cependant, et des parfums délicats. On exporte de là : nard, costus, bdellium, ivoire, agate et cornaline, lycium, tissu de coton de toutes les sortes, tissu de soie, tissu de mauve, fil, long poivre et toutes autres choses qui sont apportées ici des villes de marché différentes. Ceux qui sont liés à cette ville comptoir depuis l'Egypte font le voyage favorablement au mois de juillet, i.e. Epiphi.

50. La côte qui suit Barygaza s'étend du nord au sud en ligne droite; on l'appelle la côte de Dakhinabades.[153] Dakhanos, dans la langue du pays signifie le midi. A l'intérieur en arrière de la côte vers l'est, on rencontre de nombreuses régions désertiques, de hautes montagnes, et des bêtes fauves de tout genre panthères, tigres, éléphants, serpents d'une taille énorme, hyènes, cynocéphales. De la côte jusqu'au Gange sont répandues des populations très nombreuses.

51. Parmi les villes comptoirs de Dakhinabades il y en a deux d'importance particulière; Pæthana,[154] lointain le voyage d'environ vingt jours au sud de Barygaza; au-delà dont, le voyage d'environ dix jours à l'est, il y a une autre très grande ville, Tagara. [155] Là sont envoyés à Barygaza de ces endroits par chariots et par de vastes étendues sans routes, depuis Pæthana une grande quantité de cornaline et depuis Tagara beaucoup de tissus communs, toutes sortes de mousselines et de mauve et d'autres marchandises apportées là localement depuis les régions du littoral. De Barygaza, si l'on continue de descendre la côte, on compte sept mille stades jusqu’au Damirica; de là la route est encore plus longue jusqu’au Pays de la Côte.[156]

52. Il existe au-dessous de Barygaza des comptoirs de moindre importance : Suppara[157] ; Kalliena[158] qui, au temps de Saraganus[159] l'Ancien, fut un grand entrepôt. Quand cette ville tomba au pouvoir de Sandares,[160] elle perdit beaucoup de son importance. Si le hasard y conduit des navires grecs, on les amène sous bonne garde à Barygaza.

53. Après Kalliena, on trouve encore de nombreux marchés Semylla,[161] Mandagora[162] ; Palaepatmae[163] ; Melizigara[164] ; Byzance[165] ; Toparus[166] ; Aurannoboas.[167] Pas une rivière débouchant à la côte qui n'ait à la fois son port et son comptoir. Plus au midi encore, vous trouverez les îles Sesecrienae,[168] puis viennent les îles des Agidiens,[169] vous arrivez enfin à l’île des Caenites,[170] située en face de la presqu'île de l'endroit appelé Chersonesus[171] (et dans ces endroits il y a des pirates) et après cela l'île Blanche.[172] Voici d'abord Naura,[173] et Tyndis,[174] les premiers comptoirs du Damirica, puis Muziris,[175] et Nelcynda.[176] C'est à Muziris et à Nelcynda que le commerce a une importance prépondérante.

54. Tyndis appartient au royaume de Cerobothra[177] ; c'est un village bien visible depuis la mer. Muziris, du même royaume, abonde en navires envoyés ici avec des cargaisons depuis l'Arabie et par les Grecs. La ville est située sur une rivière, éloignée de Tyndis par rivière et mer de cinq cents stades, et en remontant la rivière de vingt stades depuis le rivage. Nelcynda est éloigné de Muziris par la rivière et la mer d'environ cinq cents stades, et appartient à un autre royaume, celui des Pandya.[178] Cet endroit est également situé sur un fleuve, à environ cent vingt stades de la mer.

55. Une autre ville est assise à l'embouchure même c'est le bourg de Bakaré.[179] Les navires s'arrêtent à Bakaré, avant de prendre le large ils mouillent sur cette rade pour y embarquer leur chargement, parce que la rivière de Nelcynda est, à son entrée, tout encombrée de bancs au milieu desquels la navigation est fort dangereuse. On reconnaît ici, comme sur les autres points de la côte, l'approche de la terre à la rencontre de serpents, noirs aussi, mais moins gros que ceux de la côte septentrionale ces serpents ont la tête du dragon et l'œil injecté de sang.

56. On fréquente ces divers marchés avec de grands navires, à cause du volume et de la quantité des marchandises qu'on en exporte poivre et malabathrum[180], nous verrons plus loin que le malabathrum devait être du thé, de l'argent monnayé, des topazes, quelques vêtements unis, d'autres à plusieurs trames, de l'antimoine, du corail, du verre grossier, du cuivre, de l'étain, du plomb, un peu de vin, la quantité seulement qu'on en peut vendre à Barygaza, du réalgar, de l'arsenic, du blé pour la nourriture des matelots, car le blé ne saurait être dans ces parages un objet de commerce. Le poivre qu'on trouve dans ces comptoirs vient du Cottonara,[181] le seul pays de la côte qui en produise. On y apporte aussi beaucoup de perles parfaites, de l'ivoire, des étoffes de Chine, du nard des bords du Gange, du malabathrum de l'intérieur, des pierres précieuses, diamants, améthystes, de l'écaille de tortue, venant de l'île de Chrysé[182] ou de l'archipel situé le long de la côte du Damirica. Pour atteindre cette partie de l'Inde, il convient de partir d'Égypte vers le mois de juillet, soit Epiphi.

57. Tout ce voyage comme décrit précédemment, depuis Cana et l'Arabie Heureuse, on avait l'habitude de le faire dans de petits vaisseaux, en suivant de près les rivages des golfes; Hippalos[183] fut le pilote qui, en observant la localisation des ports et les conditions de la mer, découvrit le premier comment traverser directement l'océan. Car au moment où, pour nous, soufflent les vents étésiens, sur les côtes de l'Inde le vent souffle de l'océan et ce vent du sud-ouest est appelé Hippalos, du nom de celui qui découvrit le premier cette traversée. Depuis lors jusqu’à aujourd'hui, les navires partent, les uns directement de Cana et d'autres du cap des Aromates[184] ; et quant à ceux qui vont vers le Damirica, ils doivent subir pendant assez longtemps le vent du travers ; tandis que ceux qui vont à Barygaza et vers la Scythie ne longent pas la côte plus de trois jours et pour le reste du temps, suivent de même une course directe de pleine mer à partir de cette région, avec un vent favorable, en laissant loin la terre et naviguant ainsi hors des golfes susmentionnés.

58. Après Bakaré, le mont Rouge ou Rufus,[185] s'étend vers le sud[186] une autre contrée appelée Paralia.[187] Le premier endroit qu'on rencontre sur ce territoire se nomme Balita.[188] Cette ville possède un bon mouillage et un bourg maritime. Après Balita se présentent un autre endroit nommé Comari,[189] où est situé le cap Comari ; c’est là que les hommes et les femmes viennent faire leurs ablutions s’ils veulent se consacrer au célibat et donner à leur vie un caractère de sainteté. Car on dit qu’une déesse[190] s'est arrêtée un jour en ce lieu et s'y est baignée.

59. De Comari vers le sud cette région s'étend à Kolchi, où les pêcheries de la perle sont; (ils sont travaillés par les criminels condamnés); et il appartient au royaume Pandya. Au-delà de Kolchi suit un autre district appelé le Pays de la Côte,[191] qui est sur une baie et a une région à l'intérieur appelée Argaru.[192] A cet endroit et nulle part ailleurs, sont achetées les perles recueillies aux environs de la côte; et de là on exporte des mousselines dites Argaritiques.

60. Parmi les marchés de ces pays et les ports d’où les navires viennent du Damirica et du nord, les plus importants sont, dans l'ordre, le premier Camara,[193] puis Poduca,[194] et Sopatma[195] ; dans lequel il y a des navires du pays suivant la côte le long du rivage jusqu’au Damirica; et d'autres très grands vaisseaux faits de rondins simples liés ensemble, appelés sangara; mais ceux qui font le voyage à Chrysé[196] et vers le Gange sont appelés kolandia et sont très grands. On importe dans ces endroits tout les produits du Damirica et la plus grande partie de ce qui est provient n'importe quand d'Egypte arrive ici, avec toutes sortes de choses qui sont apportées du Damirica et de celles amenées par le Paralia.

61. Dans les environs de la région suivante, quand déjà la route se dirige vers l'est, on rencontre en pleine mer vers l'ouest l'île de Palaesimundu, appelée par les anciens Taprobane.[197] La partie septentrionale est à une journée de navigation du continent indien la partie méridionale se dirige peu à peu vers l'ouest et finit par se trouver en face de la côte de l'Azania.[198] L’île produit des perles, des pierres précieuses, des mousselines et de l’écaille de tortue.

62. Dans ces mêmes parages s'étend largement le long de la côte avant le continent, la province de Masalia,[199] contrée où il se fabrique une grande quantité de mousselines. Le navigateur qui se dirige ensuite vers l'est pour traverser le golfe rencontre d'abord la Dosarene,[200] produisant l’ivoire connu sous le nom de dosarénique. La côte se redresse un peu plus loin au nord là vivent de nombreuses peuplades barbares, et parmi elles les Cirrhades,[201] race farouche au nez épaté ; là aussi se rencontrent les Bargyses,[202] c'est-à-dire au long visage ou au visage de cheval.[203] On croit ces populations anthropophages.

63. Après cette portion de côte, si vous faites de nouveau route à l'est, ayant l'océan à droite, et la terre à gauche, vous trouverez, en venant du large, le Gange, et, près du Gange, la dernière contrée de l'Orient, Chrysé.[204] Dans les environs de Chrysé coule le Gange, qui a, comme le Nil, ses crues périodiques. Sur les bords du Gange il existe un marché, auquel l'antiquité avait donné le nom du fleuve Gange. De ce marché s'exportent du malabathrum, du nard gangétique,[205] des perles,[206] des mousselines appelées également gangétiques. On assure, en outre, qu'il existe dans cette province des mines d'or[207] et une sorte de monnaie d'or connue sous le nom de caltis. Juste en face de ce fleuve se trouve une île dans l’océan. C'est la dernière partie du monde habité du côté du Levant: elle est située aux lieux d'où le soleil se lève et appelée Chrysé. Il n'est pas un marché de la mer Érythrée qui fournisse d'aussi belle écaille.

64. Après Chrysé, se déploie vers le nord la mer extérieure, qui aboutit à un endroit nommé This.[208]. Dans l'intérieur des terres existe une très grande ville, nommée Thinæ.[209] C'est de Thinæ que viennent la laine, le fil et la mousseline de Chine qui sont apportés à Barygaza par voie de terre à travers la Bactriane; au Limyriké[210] par le Gange. » Il n'est pas facile de parvenir dans le pays des This; bien peu de voyageurs en arrivent et rarement. Cette contrée, en effet, est située sous la Petite Ourse[211] ; elle confine, dit-on, par sa côte opposée au Pont-Euxin et à la mer Caspienne, près de laquelle se trouve le lac Palus Méotide, qui se déverse dans l'Océan.

65. Chaque année, se présente sur la frontière du pays de This, une race d'hommes au corps chétif, à la face large, d'humeur douce, semblables à des bêtes sauvages. On appelle ces tribus errantes des Bésates. Ils émigrent avec leurs femmes et leurs enfants, portant de grands paniers remplis de feuilles assez semblables aux feuilles de vigne. Ils se rencontrent dans un endroit entre leur propre pays et la terre de This. Ils demeurent pendant quelques jours sur la frontière qui leur est commune avec This, font grande fête, couchés sur leurs paniers, puis ils s'enfoncent de nouveau dans l'intérieur et retournent chez eux. Les habitants de la contrée de This attendent le départ des Bésates et viennent alors ramasser les corbeilles abandonnées. Avec des roseaux qu'ils appellent des petri,[212] ils fabriquent des tamis à travers lesquels ils passent, après les avoir pliées et roulées, les feuilles apportées par les Bésates. On recueille ainsi trois espèces de feuilles les plus grandes fournissent le malabathrum hadrosphoerum,[213] les moyennes, le mesophælum,[214] les plus petites le mieropharum.[215] Ces trois sortes de malabathrum sont ensuite apportées dans l'Inde par ceux qui les ont préparées.

66. Les contrées qui se trouvent au-delà du pays de This, soit à cause des tempêtes trop fréquentes qui les dévastent, soit à cause des froids extrêmes qui y règnent et qui en rendent l'accès affreusement difficile, n'ont jamais pu être explorées.


AINSI FINIT LE PÉRIPLE DE LA MER ERYTHRÉE.





[133] L'Ariace paraît avoir été la presqu'île de Gujerat; le golfe de Barygaza était le golfe de Cambaye, qui suit immédiatement au midi le golfe de Kutch.

[134] En fait Nambanus, satrape de cette région. Peut-être Nahapana, dirigeant important des Kshatrapas, descendants des Indo-Scythes, dans le nord-ouest de l’Inde. Selon la numismatique, il serait le fils de Bhumaka. (Wikipédia)

[135] C'est-à-dire du royaume fondé par les Indo-Scythes.

[136] Abiria était une région du Sindh, au Pakistan, décrite par les auteurs classiques, principalement Ptolémée. Elle couvre la zone est du delta de l'Indus et tient apparemment son nom des peuples Abhira, supposés vivre dans la région.

[137] Actuelle péninsule de Kathiawar

[138] Une seconde Minnagara. Aujourd’hui sans doute la moderne Indore ; Vincent y voit les ruines de la ville de Tamvavati nagari appelée « Madhyamika nagari »

[139] Le Promontoire of Papica est Goaphat ou la Pointe de Gopinath Point dans la péninsule de Gujarat. Astacampra doit être identifiée avec Hastakavapra.

[140] L’île Piram. Face à l’embouchure de la Narmadâ est un fleuve (appelé aussi Narbadâ) qui coule d'est en ouest dans le centre de l'Inde. La Narmadâ fait partie des sept rivières sacrées de l'Inde.

[141] A Cambay, dans le nord de l'Inde (État du Gujarat), à l'embouchure de la rivière Mahi, se poursuit l'un des artisanats les plus anciens au monde : la taille des pierres de roches dures. L'étude de ces perles permet de proposer des hypothèses sur la dynamique à l'origine de la civilisation harappéenne (3e millénaire av. J.-C.). Des spécialistes venus de différents domaines du savoir, préhistoriens spécialistes en technologie lithique et ornementale, ingénieur en balistique, chercheurs en sciences du mouvement et en économie, ont élaboré des référentiels interprétatifs applicables aux perles archéologiques (perles de Nausharo, de Kalibangan, de Mésopotamie et de l'Indus). (Maison des sciences de l’homme)

[142] La Narmâda, cf. plus haut.

[143] Sans doute le port médiéval de Surat, ville actuelle de la côte ouest de l’Inde.

[144] Accorer : maintenir un navire en équilibre sur sa quille par des accores placées, sous les flancs, l'étrave et derrière l'étambot.

[145] Pushkalavati est un site antique situé dans la vallée de Peshawar, dans la province Nord-ouest du Pakistan. Il est situé sur les rives de la rivière Swat, près de sa jonction avec la rivière Kaboul, il est maintenant connu sous le nom Charsadda. Pushkalavati signifiant ville du Lotus était la capitale de l'ancien royaume Gandhara (du 6ème siècle avant JC jusqu’au 2ème siècle de notre ère). Wikipédia.

[146] Bucéphalie était une ville fondée sur la rivière Jhelum à l'endroit de la mort de Bucéphale, le cheval d'Alexandre le Grand, durant la Bataille d'Hydaspe en -326. La ville port maintenant le même nom Jhelum, que la rivière, au Pakistan.

[147] La plupart des pièces frappées par Apollodote Ier Sôter, qui régna entre 180 et 160 av. J.-C. en Bactriane, étaient bilingues (grec/karoshti).

[148] Ménandre Ier, en sanskrit Milinda, fut le plus remarquable des rois indo-grecs qui succédèrent en Afghanistan, au Pakistan et en Inde du nord à la dynastie gréco-bactrienne. Il régna de -160 à -135, établit sa capitale à Sagala (actuelle Sialkot, au Pakistan) et se convertit probablement au bouddhisme. Le récit de ses entretiens avec le moine Nagasena, le Milindapañha, est un des livres canoniques du bouddhisme.

[149] Ancien nom : Ujjain, l’une des sept cités sacrées de l’Inde.

[150] Le district d’Attock (Pakistan), l’Hindu Kush et la vallée de Kaboul.

[151] Le Mélilot officinal ou Mélilot jaune (Melilotus officinalis) est une plante herbacée à fleurs jaunes de la famille des Fabacées (Légumineuses) qui présente un intérêt comme plante fourragère et comme plante mellifère. La sommité fleurie du mélilot possède surtout des propriétés : antispasmodique du tractus digestif ; diurétique ; anticoagulante ; tonique veineuse régularisant la fonction lymphatique ; légèrement astringente, anti-inflammatoire et anti-œdémateuse par voie externe.

[152] Le mot viendrait de l'arabe « rhag al-ghar » (poussière de caverne), ou de « rhag al-far » (poudre des rats) du fait d'une erreur de lecture : le réalgar était effectivement utilisé comme mort-aux-rats.

[153] C’est aujourd'hui le Dekkan moderne.

[154] Ou Plithana. Peut-être la moderne Paithan, sur la rivière Godavari.

[155] « A 450 km au sud-est de Bombay, le site de la ville de Ter (Tagara) nécessite des fouilles urgentes. Cette ville, qualifiée de « Pompéi indienne » fut créée au IIème siècle av. J.C. et dut, en tant que comptoir commercial mentionné dans un texte grec du Ier siècle, entretenir des contacts avec Rome et la Grèce: du matériel romain, des sculptures et objets en terre cuite, des bijoux et de l'ivoire y ont été découverts lors de sondages. Pillé et recouvert de briqueteries quasi inamovibles, le site antique risque de sombrer dans l'oubli. »

[156] Ce pays différent et au-delà du royaume Pandya, est le troisième des états dravidiens, le royaume de Chola et à l’époque du périple, le plus riche, vaste et prospère des trois.

[157] Suppára, Suppáraka. Un port de mer de l’Inde. A seaport in India. C’est dans la contrée de Sunáparanta que naquit Punna.

[158] Aujourd’hui Kalyana, non loin de Bombay.

[159] Vraisemblablement Gautamiputra Satakarni (connu aussi sous le nom de Shalivahana) (~ 78-102) fut le 23e dirigeant de l’empire Satavahana.

[160] Sundara Satakarni, qui régna une année ?

[161] Aujourd’hui Chaul, sur la rivière de Kundulika. Chaul est une ville ancienne de l'Inde portugaise, aujourd'hui en ruines. Elle est située à 60 km au sud de Mumbai, dans le district Raigad de l'état de Maharashtra en Inde occidentale.

[162] Probablement Bankot.

[163] Probablement la moderne Dabhol.

[164] Que Pline appelle Sigerus. Ce pourrait être Dánda-Rájápur, ou l’autre île rocheuse de Suvarndurg.

[165] Une faute qui correspond au port de Vijayadrug ou Geriah

[166] Auquel a succédé Devgarh

[167] Sur l'emplacement qu'occupe maintenant Malwan.

[168] Groupe à la hauteur de Malwan, dont l'îlot principal porte de nos jours le nom de Singi-Drog

[169] Qui ne peuvent avoir été que les îles Vingorla ou îles brûlées. (Jurien de la Gravière).

[170] Sur cette presqu'île s'élève aujourd'hui la ville de Murmagar; l’île des Cænites est incontestablement l'île Saint-George nous sommes à l'entrée de la baie de Goa. (Jurien de la Gravière).

[171] La moderne Karwar, sur les bords de la rivière Kali.

[172] Schoff dit que c’est Pigeon Island, située au sud de Bogmalo, un éperon rocheux dotée qui offre une excellente visibilité jusqu'à 30 m.

[173] Dont le nom à peine altéré se retrouve dans Cannanore, la moderne Kannur. Mais ce pourrait être Honavar, ville du district d’Uttara Kannada dans le Karnataka.

[174] Peut-être l’actuelle Ponnani, ville côtière et municipalité du district de Malappuram dans l’état indien de Kerala. Ou peut-être encore Thondi, ville côtière du district de Ramanathapuram dans l’état de Tamil Nadu.

[175] Bien qu'il soit été mentionné à de nombreuses reprises dans les documents anciens, le site du port de Muziris est longtemps resté introuvable. Des recherches archéologiques récentes ont identifié le village de Pattanam (non loin de Parur ou Paravur), en raison des nombreuses découvertes de poteries romaines, de pièces et d'autres indices d'un commerce antique à cet endroit. Le port de Muziris semble avoir décliné au VIe siècle. On avait aussi avancé le nom de Kodungalur (Cranganore).

[176] Nommée Nelcynda dans le Périple, par Pline l'Ancien et plus tard par Cosmas Indicopleustès ou Nelkunda par Ptolémée, et identifiée à l'actuel village de Niranam dans le Kerala, cette ville, située dans le royaume pandyan, est décrite comme un port majeur du Sud. Sa localisation précise n’est pas connue.

[177] Kerala Putra ; la première mention connue du Kerala existe sur l'une des inscriptions rupestres laissé par Asoka, empereur des Indes, au cours du IIIe siècle avant J.-C. Ce fut ensuite un royaume indépendant connu sous le nom de Kerala Putra, dirigé par la puissante dynastie Chera jusqu'au 5ème siècle après J.-C.

[178] L'empire Pândya était un empire de guerriers qui ont participé à la guerre de Kurukshetra et qui ont été mentionnés dans le Mahabharata épique et le Ramayana épique.

[179] Très vraisemblablement Purakkad, village du district d’Alappuzha, dans l’état de Kerala.

[180] Malabathrum, également nommé Malobathrum ou feuille de Malabar, est le nom utilisé dans les textes anciens et médiévaux pour la feuille du Cinnamomum tamala ; sous le nom de Malabarthe, ses feuilles étaient, comme la cannelle un des multiples constituants de la thériaque de la pharmacopée maritime occidentale au XVIIIe siècle. On en tirait une essence pour la chevelure.

[181] Kuttanadu est une région dans l'Etat méridional du Kerala, en Inde, bien connu pour ses vastes rizières pittoresques et ses particularités géographiques. C'est la région à l’altitude la plus basse en Inde, et l'un des rares endroits au monde où l'agriculture est faite au-dessous du niveau de la mer.

[182] Ile d’or.

[183] Le paragraphe a un intérêt tout particulier puisqu'il décrit la route maritime entre la sortie de la Mer Rouge et l'Inde, dont Pline de son côté retrace l'évolution dans son Histoire Naturelle. La découverte des routes les plus directes pour se rendre de la mer Rouge dans les Indes est attribuée par Pline (VI, 100-106) et le Périple à Hippalos, probablement un Grec d'Egypte familier de l'océan Indien. Cette découverte dut avoir lieu en plusieurs étapes, au cours de la première moitié du Ier siècle, apr. J.-C. comme le montre Warmington (1928, p. 44-61). Pline estime à 40 jours environ la traversée entre Océlis (Bab el-Mandeb) et Muziris (Inde du Sud). J. Pirenne, 1961, p. 180, situe la date de la découverte de cette route par Hippalos « vers 47 apr. J.-C. au plus tôt ».

[184] Le cap Guadafui (Ras Asir), en Somalie, est la pointe connue habituellement sous le nom de « Corne de l’Afrique. »

[185] Probablement la chaîne des Ghats.

[186] En réalité, la côte méridionale tourne brusquement à l'est et au nord (Jurien de la Gravière).

[187] Paralia serait la contrée proche de la rivière Parali ou Vattaar, dans le sud du Travancore, qui correspond à un territoire comprenant la majorité du sud de l'état du Kerala et le district actuel de Kanyakumari de l'État du Tamil Nadu.

[188] C’est Vizhinjam, une petite ville côtière du district de Thiruvananthapuram de l'état de Kerala, Inde du Sud. Il y a un port de mer important dans Vizhinjam.

[189] Kanyakumari, anciennement nommée Cap Comorin. Cette petite ville (19.000 hab.) se trouve à l'extrême pointe sud de l'Inde. Les européens l'avaient baptisé Cap Comorin. À cette situation géographique exceptionnelle, se rajoute le fait que Kanyakumari est un grand centre de pèlerinage hindou.

[190] Durga (?), l'épouse de Shiva.

[191] Cf. § 51.

[192] Connue anciennement sous les noms divers d’Uraiyur, Urantai, Koli or Koliyur, Urakapura, c’est maintenant une banlieue de Tiruchirappalli ou Trichinopoly, grande ville de l'Inde située dans l'état du Tamil Nadu.

[193] Aujourd’hui Kaveripatnam en Inde.

[194] Le marché de Podouké, mentionné dans le Périple, a été associé au site archéologique d'Arikamedu, proche de Pondichéry, qui a été un grand port à l'époque du Chola. Un grand nombre de d'amphores et de poteries romaines y ont été retrouvées, et des recherches archéologiques menées entre 1944 et 1949 ont révélé qu'il s'agissait d'un centre de commerce depuis lequel des produits romains étaient importés durant la première moitié du Ier siècle. (Wikipédia)

[195] Aujourd’hui Marakkanam, ville côtière (est de l’Inde) du district de Viluppuram dans l’état indien de Tamil Nadu.

[196] « Sumatra était dans l'antiquité « l'île d'or » par excellence, l'île Chrysé du Périple de la mer Erythrée, le Suvarnadvîpa des textes sanscrits. Le fait qu'on y a découvert des mines d'or très anciennes et qu'on y gagne encore de l'or tant par exploitation des mines que par orpaillage, montre que ces noms n'étaient pas purement honorifiques. » Cf. Robert Heine-Geldern, Le pays de P'i-k'ien, le Roi au Grand Cou et le Singa Mangaradja, 1959 (www.persee.fr).

[197] Taprobane désigne l'île de Ceylan dans les textes grecs de l'Antiquité.

[198] Le nom ne semble pas établi avec certitude : Azania, Zingis, Zendj,… mot mutilé fréquemment.

[199] Aujourd’hui Machilipatnam, cité dans le district de Krishna, Andhra Pradesh, Inde.

[200] La moderne Orissa est l'un des États de l'Union indienne, bordé par la baie du Bengale à l'est.

[201] Cirrhadae. Les Kirata ou Bhota (peuple de l'ancien Tibet), mentionnés dans la littérature sanskrite sont venus du nord-est et se sont installés dans la frange la plus au nord et après un laps de siècles se sont mélangées avec les habitants.

[202] Les Bhargas, voisins des Kiratas.

[203] Jurien de la Gravière traduit par hippioprosopes ou macroprosopes.

[204] Au temps du géographe Ptolémée, c'est-à-dire au IIe siècle de notre ère, 120 ou 130 ans après le règne de Claude, le progrès des connaissances géographiques avait appris aux Romains que Chrysé était une presqu'île. L'empire des Birmans et la presqu'île de Malacca étaient compris dans cette dénomination générale d'île Chrysé, qui devint, un peu plus tard, la Chersonèse d'or.

[205] Provenant de l’Himalaya ?

[206] De moindre qualité dit Schoff.

[207] Situées sans doute sur le plateau de Chota Nagpur est un plateau de l'est de l'Inde, qui recouvre une grande partie du Jharkhand ainsi que les parties adjacentes de l'Orissa, du Bihar et du Chhattisgarh. La superficie totale du plateau de Chota Nagpur est approximativement de 65.000 km². Ce plateau est célèbre pour ses importantes réserves de minerais et de charbon.

[208] Une région de la Chine.

[209] « L'analogie des noms nous permettra-t-elle de reconnaître ici la capitale du Chen-Si et de retrouver dans la ville de Thinæ la ville chinoise de Tsin? Les érudits se sont en général rangés à cette opinion, et je la crois, pour ma part, très plausible. » (Cf. Jurien de la Gravière).

[210] Ou Damirica, la côte du Malabar de l’Inde du sud.

[211] Aucune région de Chine ne peut avoir cette disposition car aucune n’est située à ce point au nord. Cela signifierait être dans le Cercle Arctique.

[212] Du sanscrit patra, feuille.

[213] Les notes qui viennent ainsi que les noms latins des trois malabathrum dans le texte sont de Jurien de la Gravière. Nous dirions aujourd'hui le thé souchong.

[214] Très probablement le thé péko.

[215] Thé vert, thé impérial ou thé poudre à canon.


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Re: Le Périple de la mer Érythrée

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