L'inquisition

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L'inquisition

Message par Drizzten le Jeu 16 Avr 2009, 19:35

L'Inquisition

Je vais décrire ici la Sainte Inquisition ou Saint Ordre. Cette vénérable et puissante institution ne ressemble pas aux préjugés que l’on en a et la plupart des inquisiteurs n’ont jamais vu une sorcière de leur vie… C’est avant tout une police de la foi destinée à éliminer toutes formes de déviance par rapport au Credo de l’Église, et indirectement vis-à-vis de la société. Elle enquête (le terme inquisition signifie enquête) et conduit des procès.

Les origines

Si les Chrétiens des premiers siècles furent pourchassés par le pouvoir romain, c’est qu’ils représentaient une menace pour l’ordre établi. Si les pratiques religieuses étaient relativement libres dans l’Empire, elles ne devaient en aucun cas représenter une menace pour le pouvoir politique.
Ce bon principe fût directement récupéré par les premiers empereurs chrétiens (Constantin au 4e siècle). Ainsi sous Theodosius le second, tout hérétique risquait la prison, la confiscation des biens et même la mort. En 407, un décret précisa même que l’hérésie était assimilable à la trahison.
L’empereur byzantin Justinien décidant d’uniformiser la foi dans l’Empire arrivé à faire mettre à mort près de 100 000 hommes pour hérésie ou paganisme.

Cependant, la plupart des autorités religieuses avaient encore quelques scrupules à préconiser l’usage de la force dans les cas d’hérésie et préféraient avoir recours à l’excommunication ou à la prison.

À l’approche de la fin du premier millénaire, si la violence était parfois utilisée, la chasse aux hérétiques n’était ni une priorité ni activité organisée pour l’Église. La plupart des jugements et des châtiments étaient confiés aux autorités laïques et non religieuses. Même lors du quatrième concile de Latran (1215), l’exil et la confiscation des biens restaient la solution recommandée pour les cas d’hérésie. Quant à la magie et aux démons, ils n’étaient pas une grande préoccupation pour l’église.

La croisade Albigeoise
C’est la montée en puissance du mouvement Cathare qui força l’Église à prendre une position officielle et systématique sur l’hérésie. Les Cathares (ou Albigeois) croyaient en la dualité de la Création et reprenaient les thèses des Manichéens (hérésie chrétienne des premiers siècles). De plus, ils rejetaient l’enrichissement de l’Église et le droit de l’État à lever l’impôt. Bref, ils constituaient une grande menace pour l’ordre social établi. (Leur concentration géographique dans le Sud de la France, provinces qui étaient assez rebelles au pouvoir royal, les plaça sur l’échiquier politique du mauvais côté…)

Le Pape Innocent III (1198-1216) ordonna une croisade contre les Albigeois hérétiques en octroyant les mêmes indulgences aux chevaliers qui combattraient les Cathares qu’à ceux combattant les Mahométans (Droit de piller, violer et tuer sans risque de damnation + purification des péchés et des « erreurs » antérieure).
L’Empereur Frédérique II (Saint Empire) en 1224 mit en place des Inquisiteurs pour chasser les hérétiques en Italie et en Sicile et remit au goût de jour une ancienne loi romaine prévoyant la peine de mort pour les hérétiques.
Finalement, en 1229, le Concile de Toulouse édicta un décret incitant les évêques du Sud de la France à établir des comités qui dans chaque paroisse auraient pour but de traquer et découvrir les hérétiques. Leurs propriétés furent confisquées et leur destin mis entre les mains de cour ecclésiastique.

La Sainte Inquisition devint une institution de l’Église Romaine catholique en 1231 quand le Pape Grégoire IX confia à l’Ordre des Dominicains, jeune, mais très actif, la tâche de supprimer l’hérésie. Il édicta la même année « L’Excommunicamus » qui met en place l’instauration de cours spéciales pour juger et condamner l’hérésie.
Les hérétiques repentants seraient punis d’emprisonnement à vie, les autres subiraient la peine de mort.
En 1232, le pape Grégoire IX dessaisit les tribunaux épiscopaux, qu'il juge trop complaisants, pour confier la responsabilité des enquêtes aux frères prêcheurs (dominicains) auxquels les franciscains seront plus tard associés. Ils ne dépendent que du pape. On verra le terrible inquisiteur champenois Robert le Bougre être suspendu en 1234, remis en fonction en 1235 et définitivement démis de ses fonctions et condamné en 1241.
La torture fût autorisée en 1252 par Innocent IV. Ce dernier l’imposa même aux podestas (chefs magistrats) comme moyen de confession de l’hérésie dans les cités italiennes. D’abord confiée aux laïques, la torture fut confiée aux inquisiteurs en 1262.

Les pratiques de l’Inquisition
La justice de l’Inquisition est dotée de pouvoirs largement étendus par rapport aux juridictions normales. Premièrement, les inquisiteurs pouvaient convoquer n’importe quel suspect. Les convocations étaient soit données de manière privée soit annoncées pendant la messe dominicale. Si le suspect ne venait pas se présenter au bout d’un an, il était définitivement considéré comme hérétique.
Déroulement du procès :
Les suspects doivent prêter serment de témoigner sans mentir même contre eux. Les témoignages de tiers sont acceptés même de personnes non autorisées habituellement (criminels, excommuniés, etc.). De plus, point d’avocat ou de clerc pour assurer leur défense. L’Excommunicatus de Grégoire IX interdit aux accusés d’en appeler au Saint Siège.
Un suspect qui mentait pendant son audition était systématiquement emprisonné.

Après une audience publique, si le suspect reconnaissait son hérésie, il recevait généralement le pardon de l’Église et était soumis à une peine allant du pèlerinage à l’emprisonnement en vie. De l’autre coté, les fortes têtes qui ne voulaient point de reconnaître leur hérésie étaient condamnés à mort. Comme les lois canoniques empêchaient l’Église d’appliquer de tels châtiments, la peine était confirmée et exécutée par une cour laïque.
La peine capitale prenait généralement la forme d’un bûcher…


Déroulement d’un interrogatoire :
Aux cotés de l'inquisiteur, quelques officiels diocésains, le greffier, et autres justiciers en robes. L'accusé prête serment sur les évangiles, puis décrit son état civil, sa vie, sa famille, ses amis, il précise ensuite la date de sa dernière confession.
Les tortures sont variées et dépendent de l’inquisiteur. Conrad de Marbourg et Jean Galand furent particulièrement cruels alors que le Frère Wiliam, franciscain, confesseur du roi d’Angleterre, n’appréciait pas de recourir à telles extrémités (cf. Au nom de la Rose)
L'inquisiteur peut employer toutes les ruses notamment le Mouton qui occupe la même cellule que l'accusé dont la mission est de le faire parler. Dès lors, on pratique un trou dans le mur pour écouter attentivement la conversation. Lors de l'interrogatoire, le mensonge est autorisé et même recommandé, tous les moyens sont bons, un seul but confondre l'homme, obtenir ses aveux.

L’Inquisition se répand

Les Albigeois ne furent pas les seuls à subir des persécutions pour hérésie : les Vaudoins, les Béguins, les Fraticelli, les Spiritualistes…
Les Templiers au début du 14e siècle furent dévorés par les flammes de l’Inquisition.
L’inquisiteur de France, Guillaume de Paris, confesseur du roi Philippe IV, précise à tous les prieurs dominicains de recevoir et d’interroger au plus tôt les Templiers qui leur seront amenés (1000 Templiers seront torturés à Paris, 36 moururent pendant les interrogatoires, 138 reconnurent tous les chefs d’accusations et les autres avouèrent partiellement. 54 Templiers sont condamnés à mort, et sont brûlés vifs le lendemain tout en se déclarant innocents. Bossuet écrivit à leur propos : "Ils avouèrent dans les tortures ; ils nièrent dans les supplices et à l'heure de la mort."
L’histoire veut que l’homme derrière l’arrestation des Templiers soit Guillaume de Nogaret, petit fils de Cathares martyrisés, et fidèle serviteur du Roi. Il oeuvra aussi pour la chute du Pape Benoît XI qui fut remplacé par le français Clément V. Ce dernier n’eut pas un rôle actif dans cette affaire et il abandonnera les moines de l'ordre du Temple aux bourreaux de Philippe le Bel. Les inquisiteurs français agirent pour leur propre intérêt et non par ordre pontifical.
Les Juifs et les musulmans étaient aussi des hérétiques pourchassés (principalement en Espagne pendant la Reconquista).
Accessoirement les démonistes, adorateurs de Satan, déviants sexuels ou tout rebelle à la société furent rajoutés à la liste.
L’Empereur Charles Quint établit l'Inquisition aux Pays-Bas en 1522.
Au niveau géographique, les premiers feux de l’Inquisition concernèrent la France et l’Italie. Ensuite l’Allemagne puis l’Espagne. L’Angleterre ne fût touchée que par la purge des Templiers. Rappelons que dès le début du 15e siècle, l’Église d’Angleterre (avec John Wyclif) commence à prendre ses distances avec l’Église Romaine. Le schisme sera entériné en 1534 quand Henri VIII devient le seul chef de l’Église d’Angleterre pour pouvoir divorcer en toute tranquillité.
Les premiers bûchers flambent en Allemagne, en Italie, en France. Face à des évêques d'une inégale rigueur et à un fanatisme populaire qui ne recule pas devant les exécutions de masse, Lucius III crée une sorte de police européenne de lutte contre l'hérésie et toute résistance à l’ordre établi qui se révèle très efficace (Galilée et Copernic en seront victimes).


L’Inquisition Espagnole
Bien que tardive, l’Inquisition espagnole devint l’une des plus célèbres en devenant un État dans l’État. Les inquisiteurs se donnèrent de nombreux droits, dont celui de porter des armes…
Elle sera instituée (1478) à la demande des souverains Espagnols Ferdinand et Isabelle qui veulent s'assurer de la sincérité des convertis juifs (conversos) et maures (morisques) parce qu'ils veulent faire de l'unité de la foi le ciment national. Ils obtiennent que l'Inquisition ne dépende plus du pape, mais d'une instance espagnole. Tomas de Torquemada, un dominicain, devint Grand Inquisiteur d’Espagne et centralisa toutes les actions de l’Inquisition en Espagne. Il écrivit les instructions .

Torquemada précisa les travaux de ses prédécesseurs : Bernard Gui (« Au nom de la Rose »), Nicolas Eymerich d'une façon extrêmement pointue. Le principe était fort simple, l'Inquisition était le dernier rempart face à un monde de pécheurs et de pêchés.
Elle s'intéressa à la bigamie et à la sodomie, mais surtout aux sorciers, les adorateurs du démon, elle y joindra les avorteurs et les blasphémateurs, mais son principal gibier fut les athées, les juifs et les Maures. Convertir un chrétien méritait la peine de mort et le bourreau de la chrétienté n'était autre que Torquemada .
La torture permet d’obtenir toujours des confessions. Les moyens les plus connus sont encore les plus surs, flagellation pour les femmes, l'estrapade, l'eau et le feu pour les hommes...
Torquemada, cet homme étrange, l'égal d'un roi disposant d'un pouvoir sans limite vivait en toute pauvreté, mais la confiscation des biens des hérétiques revenant au Saint Office était colossale.
Cinquante cavaliers, deux cents hommes à pied, tous bien armés escortés en permanence Torquemada, nul n'osait lui résister.
L'une des plus grandes affaires fut celle de Santa cruz, elle montra une fois de plus la puissance de cet homme.
L'Inquisition venait d'arrêter un simple soldat, Domningo de Santa Cruz, le capitaine général estima que cela relevait des tribunaux militaires, il ordonna donc de saisir par tous les moyens le soldat enfermé dans les geôles de l'Inquisition. C'était mal connaître Torquemada .
Aussitôt les inquisiteurs adressèrent une plainte à la Suprema , on ordonna au capitaine général de comparaître, ce dernier ne put qu'obéir, il demanda humblement l'absolution, le pardon...
Le nombre des adversaires de Torquemada ne cessa d'augmenter, peu à peu il fût dessaisi, mais jusqu'à sa mort il aura été le moteur central, le rouage essentiel de l'Inquisition espagnole.
Ses dernières instructions sont de 1498, en cette année il réussit a avoir le dessus sur l'évêque d'Amanda.
À son heure dernière, 8800 personnes avaient été brûlées, 6500 en effigie, 90 000 condamnés à des pénitences diverses et un million de personnes chassés du pays.
L'Inquisition menacera également le jeune Ignace de Loyola fondateur de la Compagnie de Jésus.

Sorcières et Démons
En 1484, le Pape Innocent VII édicta le Summis Desiderantes Affectibu et les sorcières devinrent des éléments indésirables pour la société. L’Inquisition pouvait donc s’en occuper…
Citation:
« [...] Récemment, en effet, il est parvenu à nos oreilles, non sans nous causer grand peine, que, en certaines régions de la Germanie supérieures comme dans les provinces, cités et territoires de Mayence, Cologne, Trèves, Salsbourg et Brême, maintes personnes de l'un et l'autre sexe, oublieuses de leur propre salut et déviant de la foi catholique, se sont livrées elles-mêmes au démons, succubes et incubes : par des incantations, des charmes, des conjurations, d'autres infamies superstitieuses et autres excès magiques.[...]
Nous donc, désirant, comme il incombe à Notre Charge, écarter tous les obstacles quels qu'ils soient qui pourraient retarder de quelque manière l'exercice des Inquisiteurs eux-mêmes et pourvoir par des remèdes opportuns à ce que la souillure de la perversion hérétique et autres excès de ce genre ne diffusent pas leur venin pour la perte des autres innocents.[...] «

En 1486, les Inquisiteurs Dominicains Henry Institoris et James Sprenger publient le Malleus Maleficarum, ou Marteau des Sorcières, un ouvrage décrivant les techniques d’investigation et de luttes contre les sorcières. Cet ouvrage servit pendant plus de deux siècles aux inquisiteurs et aux chasseurs de sorcières laïques (il y en eut beaucoup dans le Saint Empire et en Angleterre…). Ce fut le principal traité de démonologie publique et de nombreux théologiens comme Jean Bodin (qui fut aussi économiste !) le commenta et l’actualisa.

Les chasses aux sorcières connurent surtout du succès en Europe du Nord et l’Inquisition de l’Église ne fût pas la plus virulente… Les laïques furent très actifs (à tel point que la constitution des bûchers posa de graves problèmes de défrichement et des réglementations furent bientôt mises en place pour préserver les forêts !). Les sorcières étaient souvent des riches veuves dont les propriétés étaient convoitées par le bourgmestre ou bien de jeunes femmes qui n’avaient point d’époux et dont les charmes étaient convoités sans succès…

Les grands procès de sorcellerie commenceront au XIVe siècle (celui de Gilles de Rais en 1440) et atteindront un point culminant au XVIIe siècle (affaires de Loudun, Louviers, Nancy...). À tel point que le pape Urbain VIII recommande la prudence en 1637 dans la poursuite des sorciers et sorcières.

Conclusion
L'Inquisition ne fît un grand nombre de victimes que lorsqu’elle était aux mains des princes et des rois (Croisade Albigeoise, Éradication des Templiers, princes du Saint Empire, Inquisition Espagnole…). En effet, l’Inquisition était en effet avant tout un processus judiciaire et les données historiques semblent indiquer que 90% des accusés étaient relâchés après des peines légères.


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