La chasse aux sorcières

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La chasse aux sorcières

Message par Drizzten le Jeu 16 Avr 2009, 19:49

La chasse aux sorcières

Introduction :
À la fin du XVIème et au début du XVIIème siècle on peut véritablement parler d’une épidémie de chasse aux sorcières qui se déclenchera en Europe. L’Europe du Nord sera durement touchée, le Nord, l’Est de la France, les Pays-Bas, l’Allemagne Rhénane et la Lorraine. Le contexte historique est prépondérant dans ce phénomène, notamment pour les facteurs religieux et politiques. Les guerres de religion ont fait rage jusqu’à la fin du XVIème siècle marquant les esprits, notamment juste après la Saint Barthélemy, où des accusations contre un nombre infini de sorciers ont fusé. La concurrence entre les deux Églises, catholiques et protestantes, provoque une émulation dans la christianisation de masse. La Contre-Réforme catholique souhaite supprimer les tentations paganisant des ruraux en installant un catholicisme de terreur. On note aussi une coïncidence entre la fin des procès d’hérésie et le début du phénomène de chasse aux sorcières. Ces évènements sont aussi liés au contexte politique et au mécontentement populaire. Au royaume de France, une crise économique et sociale s’installa avec la guerre civile, avec une hausse des prix entraînant des famines au sein de la population, sans oublier les exactions commises par les troupes et les lourds impôts levés par le roi et les seigneurs. Des révoltes populaires se formèrent. La géographie de la chasse aux sorcières rencontre assez bien celle des révoltes rurales, surtout dans les régions périphériques du royaume.

La victime principale : la femme
Suivant les régions, les procès de sorcellerie concernent pour 80 à 90 % des accusés des femmes entre 1580 et 1680. D’après le Marteau des sorcières, ( ouvrage de démonologie écrit par SPRENGER et INSTITORIS, deux moines dominicains et parus à Strasbourg en 1486), Satan traque de préférence les individus lui offrant les défaillances dont il saura profiter. Mais d’après ce Marteau des sorcières, la femme occupe le premier plan de tous ceux que le diable guette et obsède. Elle y apparaît, en effet, comme “ l’associée idéale des entreprises diaboliques, la servante de Satan, celle par qui arrivent les maléfices dont les hommes et le monde sont accablés. ” Dans ce monde bipolaire de l’Ancien régime ( homme / femme), la femme ( et à plus forte raison la sorcière ), n’est jamais saisie comme différente de l’homme, mais comme radicalement inverse. La nature féminine est, elle, définie par une addition de traits négatifs venue de l’Église ; Tentatrice, pécheresse par nature, référence à Eve, etc.… Cette addition nourrit la sorcellerie. L’homme désigne ainsi en elle l’absence où viendraient se loger toutes leurs peurs et toutes les menaces qu’ils croient peser sur le monde. Le profil type de la sorcière est la vielle gardienne des traditions païennes et non acceptées par l’Église (voir paragraphe suivant) ou la jeune fille tentatrice de la chaire procédant ainsi à une véritable répression sexuelle.

La sorcellerie populaire
Au fond, les villageois ne cherchent pas les sorciers pour les mêmes raisons que les magistrats et les élites. À l’origine, le sorcier est issu d’une croyance populaire et non d’une relation avec le Diable. En effet, la culture populaire intègre d’innombrables croyances. La conception paysanne, ce phénomène est restreint au monde campagnard, cherche à expliquer magiquement la vie, la mort ou les maladies. Elle place sur le même plan le recours aux saints guérisseurs et la magie thérapeutique. Le sorcier, est quand à lui, toujours selon la religion rurale, détenteur d’une magie destructrice, c’est un faiseur de maléfices. Ces accusations sont la cristallisation de craintes liées aux malheurs que les villageois retrouvent fréquemment, notamment la mort prématurée de jeunes enfants, la mort inopinée de bêtes, les mauvaises récoltes, les maladies ou encore les envoûtements. Ainsi, les paysans parlent de leurs hantises habituelles, une personne mal aimée et mal vue du village devient souvent le bouc émissaire des maux paysans, et deviendra le sorcier ou la sorcière à chasser. À l’inverse des sorciers, on retrouve les guérisseurs et autres devins qui eux servent à protéger les individus et servent accessoirement, en ces temps reculés, de médecins et de prêtre. En effet, le médecin scientifique ou le prêtre bien formé ne fréquentent guère les sentiers boueux de la campagne à cette époque. Le devin-guérisseur dispose d’un savoir efficace aux yeux de ces concitoyens. Il a recours aux saints guérisseurs, emprunt à un mélange de christianisme et de paganisme avec chaque saints qui a sa spécialité. Ils utilisent aussi de nombreuses recettes secrètes composées de mélanges de produits en tout genre souvent très fantaisistes. Des rites accompagnent ces concoctions. Enfin, tout cela est préparé dans un but curatif, pour repousser la mort et guérir les maladies. Néanmoins, la distinction entre devin et sorcier est pourtant loin d’être net pour les villageois comme pour les élites, par exemple dans le texte la guérisseuse est jugée pour sorcellerie. Mais le guérisseur n’était certainement pas automatiquement assimilé à un sorcier, contrairement à ce que l’Église va décider avec la Contre-Réforme. En effet, ces guérisseurs faisaient concurrence aux prêtres et propageaient des valeurs païennes. Avec la Contre-Réforme, très présente en Lorraine, la frontière entre guérisseurs et sorcier disparaîtra, le devin deviendra un criminel maléfique aux yeux de la loi.
Les élites culturelles et sociales avaient décidé l’éradication de toutes les superstitions paysannes appelant désormais démoniaque ce qui relevait pour les villageois d’une conception magique et animiste de l’existence. Désignant ainsi un bouc émissaire ; La sorcière, servante du Diable.

La sorcellerie Diabolique
Le diable est une création de l’Église. Il apparaît largement avec la Contre-Réforme catholique qui recherche la christianisation en masse de la population rurale. Elle instaure ainsi le Diable et divers démons incarnant le mal absolu et aboutissant à un catholicisme fondé sur la peur. L’homme peut être maintenant tenté par le diable. Les juges et autres élites interprètent à partir de ce changement tous les agissements païens et non conformes comme des agissements de Satan. La sorcellerie démoniaque est née. L’impulsion venant du haut de la société. Une grande chasse aux sorcières s’ensuivra dans les années 1580 menant à la persécution de milliers d’hommes et surtout de femmes. Un modèle démonologique de la sorcellerie se construit peu à peu. L’Église et des Laïcs définissent le corps de la doctrine démonologique avec l’écriture de bulles Pontificales et la floraison de traités de démonologies en tout genre, on peut citer le célèbre « marteau des sorcières » rédigées par deux moines dominicains. Une théorie venant de la pratique inquisitoriale se développe rapidement pour le cas des sorcières : l’appartenance à une secte diabolique. Les magistrats en charge de juger étaient peu à peu persuadés de l’appartenance de l’accusée à une secte satanique. Le sorcier diabolique avait selon les juges une marque de ce pacte sur le corps. Le sorcier fait un contrat avec le Diable. La marque diabolique est censée avoir été imprimée par le démon à un endroit quelconque du corps du sorcier. On reconnaît le signe du démon à son insensibilité. On entend aussi parler du sabbat, une sombre invention de l’Église. Le sabbat est une messe diabolique célébrée par la prêtresse démoniaque qu’est la sorcière. La messe diabolique est une messe inversée où toute la liturgie est modifiée. D’après les témoignages, le sabbat se passe la nuit, près d’anciens sites antiques, les sorcières s’y rendent en volant avec leurs balais. Il y a généralement un grand banquet avec des mets ignobles, s’ensuit des danses qui se terminent en une sorte d’orgie sexuelle. La sorcière a ainsi une relation charnelle avec le Diable. Le diable est souvent représenté avec des cornes, des griffes et une queue. Le sabbat est un mélange de détails réalistes et fantastiques enracinés dans le folklore régional, ces caractéristiques dépendent beaucoup des régions. L’Église piégea littéralement les campagnards en jouant sur leurs peurs, les villageois dénoncèrent, pour s’innocenter, les guérisseurs, sorciers et tous individus marginaux à leurs yeux, créant ainsi une véritable épidémie. Les pratiques magiques et païennes, synonymes maintenant de relations avec le diable étaient forcées de reculer. Le délit de sorcellerie devint un crime religieux des plus graves, un abominable péché, n’épargnant pas les sorcières de la cruauté des juges.

Le jugement
Ainsi, une nouvelle perception de la criminalité définissait délibérément la sorcellerie comme le crime de lèse-majesté divine le plus horrible qui fut au monde. Les modalités de la procédure sont dictées par le Marteau des sorcières pour lequel les participants aux cérémonies diaboliques, pleinement conscients de leur acte, constituaient une engeance redoutable que l’Église et la Justice ont le devoir d’extirper. La procédure en matière de sorcellerie ne suivait pas les doctrines juridiques ordinaires, mais les systèmes établis par les démonologues célèbres dont les juges possèdent les ouvrages ; INSTITORIS et SPRENGER ( 1487 ), BODIN (1580 ), DE LANCRE ( 1612 )… Après l’arrestation du suspect, l’interrogatoire commençait avec la déposition au secret des témoins. Les juges recherchaient ensuite les indices de sorcellerie prouvant la culpabilité du suspect. Ainsi, la découverte de la marque diabolique, punctum diabolicum, située dans un endroit indolore, que porté tous les sorciers en temps que serviteur du Diable, valait une demi-preuve. Mais le but du magistrat était d’obtenir des aveux pour asseoir leurs accusations. Pour les obtenir, la torture était utilisée. L’interrogation était longue et difficile pour l’accusé qui finissait par avouer ce que le juge voulait obtenir. Les juges lorrains par exemple, disposaient d’un arsenal à quatre degrés ; grésillons, échelles, tortillons, estrapades. Cependant, la procédure ne donne de ces séances que la transcription des interrogatoires et non les opérations subie par les victimes, ce qui explique que la torture ne soit pas évoquée dans ces extraits de procès. Au terme de l’instruction, le juge complète les indices par l’aveu ; la procédure est achevée. Le bûcher n’est pas loin. En l’absence d’édits royaux et comme suite à la naissance de la théorie de démonologie, le système judiciaire touchant la sorcellerie fut défini par la justice laïque comme le plus grave des crimes passibles de la peine du bûcher.

Un but : la terreur
Les interrogatoires avaient lieu de préférence le dimanche ou les jours fériés afin qu’un grand nombre de personnes puisse y assister. La condamnation suivait de prés l’aveu et constituait une simple formalité pour les juges. Ceux-ci, rendaient en plein jour et dans un endroit public leur sentence qui était exécutée aussi rapidement que possible. En effet, cette sentence était immédiatement exécutable, c’est-à-dire dans les heures qui suivaient sa proclamation. Les seuls délais entre le prononcé de la sentence et son exécution étaient ordinairement ceux que réclamait le bourreau pour dresser un gibet et un bûcher à l’endroit désigné par le juge.

Le bûcher
Une image symbolique forte, d’autant plus puissante aux yeux des juges que chaque procès et chaque bûcher prouvaient qu’ils avaient parfaitement raison, accompagnait ces procès de sorcellerie. Inventée et schématisée par des hommes d’Église à la fin du moyen-âge et mise en œuvre par les juges laïcs, la démonologie a nourri à partir du XVIe siècle une intense chasse aux sorcières. Les autorités civiles appuyées sur les tribunaux s’acharnèrent ainsi pendant plus d’un siècle à vaincre le démon et ses séides. Les magistrats, à travers ces centaines de procès, appliquèrent aux masses paysannes en particulier une véritable pédagogie de la peur pour mieux les déraciner de leurs superstitions ancestrales.

Conclusion
La chasse aux sorcières est principalement une conséquence directe de la Contre-Réforme, qui durcit le catholicisme en amenant le concept du diable et fût sans pitié envers la religion populaire et campagnarde. Le bouc émissaire est tout trouvé : la femme, fille de misère, vieille femme inutile et genre humain très mal vu de l’Église. Les juges laïques, appartenant à l’élite, furent la main de L’Église pour envoyer au bûcher de nombreuses sorcières, ils étaient les plus réceptifs aux thèses de l’Église et ainsi, éradiquèrent pour un temps les anciennes cultures. La christianisation plus profonde des campagnes était ainsi faite, mais en jouant sur les peurs des populations et avec des méthodes de persuasion regrettables. La fin des bûchers vers 1680 ne marquera en rien la disparition de la sorcellerie populaire, certes ils adhéreront mieux qu’auparavant au sacré orthodoxe, pratiquant toujours la magie, mais elle sera désormais voilée.


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