Livre V, traitant des situations des nations, des mers....

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Livre V, traitant des situations des nations, des mers....

Message par Stephandra le Ven 29 Avr 2011, 15:25

LIVRE V.

CONTENANT LES SITUATIONS, LES NATIONS, LES MERS, LES VILLES, LES PORTS, LES MONTAGNES, LES FLEUVES, LES MESURES, LES PEUPLES, QUI SONT ET QUI ONT ÉTÉ.


I. Les Mauritanies.

[1] L'Afrique a été appelée Libye par les Grecs, et la mer qui la baigne, mer Libyque; elle a l'Égypte pour limite (01). Aucune région ne présente moins de golfes; les côtes s'étendent obliquement sur une ligne prolongée à partir de l'occident. Les noms de ses peuples et de ses villes (02) sont, plus peut-être que ceux d'aucun autre pays, impossibles à prononcer pour les étrangers; et d'ailleurs les indigènes n'habitent guère que des châteaux.

[2] (I) On rencontre d'abord les Mauritanies. Ce furent des royaumes jusqu'à C. César (Caligula), fils de Germanicus; sa cruauté (03) en fit deux provinces. A l'extrémité du détroit et sur l'Océan est un promontoire appelé Ampelusia par les Grecs. Il y eut jadis les villes de Lissa et de Cotta (XXXII, 6), au delà des colonnes d'Hercule; maintenant on trouve Tingi, fondée jadis par Antée, puis appelée Traducta-Julia par l'empereur Claude, quand il en fit une colonie.

[3] Tingi est à 30.000 pas de Belone, ville de la Bétique; c'est de ce point que le trajet est le plus court pour passer en Espagne. A 25.000 pas de Tingi, sur la côte de l'Océan, est la colonie d'Auguste, Julia Constantia Zilis, qui fut soustraite à la domination des rois de la Mauritanie et attribuée à la juridiction de la Bétique ; à 32.000 pas de cette dernière ville est Lixos, dont l'empereur Claude a fait une colonie, et qui a été pour les anciens l'objet des récits peut-être les plus fabuleux: là fut le palais d'Antée et son combat avec Hercule; là furent les jardins des Hespérides (XI, 12). La mer se répand en un estuaire à trajets sinueux; aujourd'hui on explique le dragon et sa garde par cette disposition des lieux.

[4] Dans cet estuaire est une île, qui, bien qu'un peu plus basse que le reste du terrain avoisinant, n'est pas cependant inondée à la marée montante; on y voit un autel d'Hercule, et du célèbre bois qui produisait des pommes d'or il ne reste que des oliviers sauvages. On s'étonnera moins des mensonges extravagants de la Grèce sur ces jardins et sur le fleuve Lixus, si l'on songe que tout récemment des auteurs latins ont fait sur le même sujet des récits qui ne sont guère moins prodigieux : à savoir, que cette ville de Lixos est très puissante, et surpasse en étendue Carthage la Grande; qu'en outre elle est située l'opposite de Carthage et à une distance presque immense de Tingi, et tous ces contes auxquels Cornélius Népos a ajouté foi avec tant d'avidité.

[5] A 40.000 pas du Lixus, dans l'intérieur des terres, est une autre colonie d'Auguste, Babba, appelée Julia Campestris, et à 75.000 pas une troisième colonie, Banasa, surnommée Valentia; à 35.000 pas de cette dernière, la ville de Volubile, également éloignée de l'une et de l'autre mer; sur la côte, à 50.000 pas du Lixus, le Subur, coulant le long de Banasa, fleuve magnifique et navigable: à 50.000 pas du Subur, la ville de Sala, placée sur un fleuve de même nom, déjà voisine des déserts, et infestée par des troupeaux d'éléphants, et bien plus encore par la nation des Autololes, que l'on traverse pour aller au mont Atlas, le plus fabuleux même de l'Afrique.

[6] C'est du milieu des sables, dit-on, qu'il s'élève vers les cieux, âpre et nu du côté de l'Océan auquel il a donné son nom, mais plein d'ombrages, couvert de bois et arrosé de sources jaillissantes, du côté qui regarde l'Afrique (04), fertile en fruits de toute espèce, qui y naissent spontanément, et peuvent rassasier tout désir. Pendant le jour on ne soit aucun habitant; tout y garde un silence profond, semblable au silence redoutable des déserts. Une crainte religieuse saisit les coeurs quand on s'en approche, surtout à l'aspect de ce sommet élevé au-dessus des nuages, et qui semble voisin du cercle lunaire. Mais la nuit il reluit de feux innombrables; les Aegipans et les Satyres (V, 8) le remplissent de leur allégresse; il retentit des accords des flûtes et des musettes, du bruit des tambours et des cymbales. C'est ce que des auteurs renommés ont raconté, sans parler des travaux qu'Hercule et Persée y ont accomplis. Pour arriver à ce mont l'espace est immense et inconnu.

[7] Il a existé des mémoires de Hannon, chef carthaginois, qui, à l'époque ou Carthage était la plus florissante, reçut l'ordre d'explorer les côtes d'Afrique. La plupart des auteurs grecs et latins l'ont suivi, rapportant, entre autres fables, qu'il y fonda beaucoup de villes, dont il ne reste ni souvenir ni vestiges.

[8] Scipion Émilien commandant en Afrique, l'historien Polybe reçut de lui une flotte avec laquelle il fit un voyage d'exploration dans cet autre monde. Il a raconté qu'allant de l'Atlas au couchant on trouve des forêts pleines des animaux propres à l'Afrique jusqu'au fleuve Anatis, dans un espace de 485.000 pas; que du fleuve Anatis au Lixus il y a 205.000 pas, et du fleuve Lixus au détroit de Cadix 112.000 pas; que le golfe qu'on rencontre en venant de ce détroit s'appelle Saguti ; qu'on trouve la ville et le cap de Mulelacha, les fleuves Subur et Sala, le port Rutubis à 213.000 pas du Lixus;

[9] le promontoire du Soleil, le port Risardir, les Gétules Autololes, le fleuve Cosenus, les Scelatites et les Masates, le fleuve Masatat, le fleuve Darat, où vivent des crocodiles; puis un golfe de 616.000 pas (05), formé par un cap du mont Barce, cap qui se prolonge à l'occident et qu'il appelle Surrentium;

[10] puis le fleuve Palsus, au delà les Ethiopiens Pérorses, et derrière eux les Pharusiens, les Gétules Dariens, limitrophes des Pharusiens dans l'intérieur; sur la côte, les Éthiopiens Daratites, le fleuve Bambotus, rempli de crocodiles et d'hippopotames ; plus loin, des chaînes continues de montagnes, jusqu'à celle que nous appellerons Théon Ochema (VI, 35). De là jusqu'au promontoire Hespérien, Polybe évalue la distance à dix jours et à dix nuits de navigation; au milieu de cet intervalle il a placé (VI, 30, 2) le mont Atlas (06), que tous les autres ont mis à l'extrémité de la Mauritanie.

[11] C'est sous l'empereur Claude que pour la première fois les armes romaines ont pénétré dans la Mauritanie. Le roi Ptolémée ayant été mis à mort par C. César (Caligula ), son affranchi Aedémon entreprit de le venger; et il est certain qu'à la poursuite des barbares qui s'enfuyaient on arriva jusqu'à l'Atlas. Non seulement des personnages consulaires et des généraux pris dans le sénat, qui furent alors chargés des commandements, mais encore des chevaliers romains qui ensuite gouvernèrent dans ce pays, ont eu la réputation d'être arrivés jusqu'à cette montagne.

[12] Il y a, comme nous l'avons dit, cinq colonies romaines dans cette province, et, à en croire les ouï-dire, l'Atlas peut paraître accessible; mais l'expérience prouve que ces rapports sont trompeurs le plus souvent; car tel homme en place, qui a reculé devant le soin de rechercher la vérité, ne recule pas devant un mensonge pour cacher son ignorance; et jamais l'erreur n'est admise plus facilement que quand une fausseté est garantie par une autorité grave. Au reste, je ne m'étonne pas qu'il y ait des choses ignorées des fonctionnaires de l'ordre équestre, fussent-ils faits sénateurs: mais ce qui m'étonne, c'est qu'il y en ait d'ignorées du luxe, dont l'impulsion est si puissante, et au profit duquel on fouille les forêts pour trouver de l'ivoire et du citre (XIII, 29), et tous les rochers de la Gétulie pour chercher des murex et des pourpres (XI, 60).

[13] Quant aux indigènes, ils rapportent que sur la côte, à 150.000 pas de Sala, est le fleuve Asana, dont l'eau est saumâtre, mais qui est remarquable par son port; puis un fleuve qu'ils appellent Fut. De là on compte 200.000 pas jusqu'au Dyris : c'est le nom que dans leur langue ils donnent à l'Atlas; on trouve dans l'intervalle un fleuve nommé Vior, et l'on dit qu'autour de l'Atlas on voit des indices qui montrent que le sol a été jadis habité : ce sont des restes de vignobles et de plants de palmiers.

[14] Suetonius Paulinus, que nous avons vu consul (an 66 après J. C.), est le premier des généraux romains qui ait dépassé l'Atlas de quelques milliers de pas: il a parlé comme les autres de la hauteur de cette montagne; il a ajouté que le pied en est rempli de forêts épaisses et profondes que forme une espèce d'arbres inconnus : la hauteur de ces arbres est remarquable; le tronc sans noeuds est brillant ; le feuillage est semblable à celui du cyprès; il exhale une odeur forte, et est revêtu d'un léger duvet avec lequel, par le travail de l'art, on pourrait faire des étoffes comme avec la soie (VI, 20; XII, 23). Le sommet de la montagne est couvert, même en été, de neige épaisses.

[15] Suetonius Paulinus rapporte qu'il arriva à l'Atlas en dix journées de marche, et qu'au delà, jusqu'à un fleuve qui porterait le nom de Ger, on traverse des déserts couverts d'un sable noir, au milieu duquel s'élèvent, d'intervalle en intervalle, des rochers comme brûlés; que ces lieux sont inhabitables à cause de la chaleur (07), même en hiver, et qu'il l'a éprouvé; que ceux qui habitent les forêts voisines, remplies d'éléphants, de bêtes féroces et de serpents de toute espèce, s'appellent Canariens, attendu qu'ils vivent comme des chiens, et qu'ils partagent avec ces animaux les entrailles des bêtes fauves.

[16] Il est assez bien établi que la nation des Éthiopiens, appelés Pérorses, est limitrophe de ces contrées. Le père de Ptolémée, Juba, qui le premier régna sur l'une et l'autre Mauritanie, et qui est encore plus célèbre par ses travaux littéraires que pour sa royauté, a donne les mêmes détails sur l'Atlas. Il ajoute qu'il y naît une herbe appelée euphorbe (XXV, 38), du nom de son médecin, qui en fit la découverte; il donne des louanges merveilleuses au suc laiteux de cette plante comme propre à éclaircir la vue, et à combattre la morsure des serpents et toute espèce de venin. Il a consacré un volume particulier à ce sujet. En voilà assez et trop sur l'Atlas.

[17] ( II.) La province de Tingitane a 170.000 pas de long. Des nations tingitanes la principale était jadis celle des Maures, qui a donné son nom à la Mauritanie, et que la plupart ont appelés Maurasiens: des guerres désastreuses l'ont réduite à quelques familles. Jadis aussi se trouvait dans leur voisinage celle des Massaesyliens; mais elle est éteinte pareillement. Maintenant le pays est occupé (XXI, 45) par les nations gétuliennes, les Baniures, les Autololes, les plus puissants de tous, les Vésuniens, qui faisaient jadis partie de ces derniers, et qui, s'en étant séparés, ont constitué une nation particulière; ils sont à côté des Éthiopiens.

[18] La province, montagneuse à l'orient, produit des éléphants; il y en a aussi dans le mont Abila et dans ceux qu'on appelle les Sept-Frères, à cause de leur hauteur égale. Ces montagnes, jointes à l'Abila, dominent le détroit. A partir de ces montagnes commence la côte de la mer Méditerranée; on trouve le fleuve Tamuda navigable, et l'emplacement d'une ancienne ville; le fleuve Laud, qui peut aussi porter des bâtiments, la ville et le port de Rusadir, le Malvana, fleuve navigable.

[19] La ville de Siga, résidence de Syphax, est située en face de Malacha, qui est en Espagne, et appartient déjà à l'autre Mauritanie. Longtemps ces contrées ont porté le nom de leurs rois : celle qui est en dehors s'appelait pays de Bogudes, et celle qui porte aujourd'hui le nom de Césarienne s'appelait pays de Bocchus. Puis viennent le grand Port, appelé ainsi à cause de son étendue, et jouissant du droit romain; le fleuve Mulucha, limite entre le pays de Bocchus et les Massaesyliens; Quiza Xenitana, ville des étrangers; Arsennaria (Arzew), jouissant du droit latin, à 3.000 pas de la mer; Cartenna, colonie de la seconde légion, fondée par Auguste; Gunugi, colonie fondée par le même, où il établit une cohorte prétorienne; le promontoire d'Apollon,

[20] la ville très célèbre de Césarée, appelée auparavant Jol, capitale de Juba, et ayant reçu du dieu Claude le droit de colonie; Oppidum Novum, où le même prince établit des vétérans; Tipasa, jouissant du droit latin; Icosion, qui a reçu la même faveur de l'empereur Vespasien; Rusconnia, colonie d'Auguste; Rusucurium, ayant reçu de Claude le droit romain; Rusazus, colonie d'Auguste; Salde, colonie du même, ainsi que Igilgili (Gigeri ) ; la ville de Tucca, placée sur la mer et sur le fleuve Ampsaga. Dans l'intérieur, la colonie Auguste, appelée aussi Succabar; Tubusuptus, aussi colonie d'Auguste: les cités de Timici, de Tigaves;

[21] les fleuves de Sardabal, d'Avès, de Nabar ; la nation des Macurèbes, le fleuve Usar, la nation des Nabades. Le fleuve Ampsaga est éloigné de Césarée de 222.000 pas. La longueur de l'une et l'autre Mauritanie est de 1.039.000 pas; la largeur, de 467.000.

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Message par Stephandra le Ven 29 Avr 2011, 15:25

II. La Numidie.

(III) [1] A l'Ampsaga commence la Numidie, célèbre par le renom de Massinissa ; elle a été appelée par les Grecs terre Métagonitis. Les Numides ont été appelés Nomades, parce qu'ils changent de lieux de pâturage, transportant leurs mapalia, c'est-à-dire leurs maisons, sur des chariots. Villes: Cullu, Rusicade (Stora), et, à 48.000 pas dans les terres, Cirta (Constantine), colonie, surnommée ville des soldats de Sittius (08). Autre colonie dans l'intérieur, Sicca; la ville libre de Bulla Regia; sur la côte, Tacatua, Hipporegius (Bone); le fleuve Armua; la ville de Tabraca, jouissant du droit romain; le fleuve Tusca, limite de la Numidie. Rien de remarquable dans ce pays, st ce n'est le marbre numidique, et les animaux féroces qu'il produit.



III. L'Afrique.

(IV.) [1] Au fleuve Tusca commence la région Zeugitane; elle est appelée proprement Afrique. Trois promontoires, le promontoire Blanc, le promontoire d'Apollon en face de la Sardaigne, le promontoire de Mercure en face de la Sicile, s'avançant dans la haute mer, forment deux golfes : le premier est celui d'Hippone, le plus voisin de la ville qu'on nomme Hippo Dirutus, par corruption du mot grec diarrhytos, qui signifie arrosé par des eaux abondantes. Dans le voisinage est Theudalis, ville libre, à une certaine distance du rivage; puis le promontoire d'Apollon (cap Farina), et, dans le second golfe (golfe de Tunis), Utique, jouissant du droit romain, et célèbre par la mort de Caton.

[2] Le fleuve Bagrada (Medjerda), la localité appelée Castra Cornelia (Porto Farina), Carthage, colonie élevée sur les ruines de la grande Carthage; la colonie Maxulla, les villes de Carpi et de Misua, la ville libre de Clupée, sur le promontoire de Mercure (cap Bon) ; la ville libre de Curubis, Néapolis. Puis vient une autre division de l'Afrique proprement dite: on appelle Libyphéniciens ceux qui habitent le Byzacium ; tel est le nom d'une contrée de 250.000 pas de tour, d'une fertilité admirable, puisque la semence y rend cent pour un (XVII, 3). Là sont les villes libres de Leptis (Lemta), d'Adrumetum, de Ruspina (XV, 21 ), de Thapsus;

[3] puis Thènes, Macomades, Tacape, Sabrata qui touche à la petite Syrte (baie de Cabes), jusqu'à laquelle la longueur de la Numidie et de l'Afrique, depuis l'Ampsaga, est de 580.000 pas; la largeur de ce qu'on connaît est de 200.000. Cette partie, que nous avons appelée proprement Afrique, se divise en deux provinces, l'ancienne et la nouvelle, séparée par un fossé qui fut tracé par suite d'une convention entre Scipion Emilien et les rois, et mené jusqu'à Thènes, ville éloignée de Carthage de 216.000 pas.




IV. Les Syrtes.

[1] Un troisième golfe se partage en deux golfes, les Syrtes, périlleuses par la marée et les hauts-fonds. La plus voisine, qui est la plus petite, et, d'après Polybe, à 300.000 pas de Carthage, et a une entrée de 100.000 pas et un circuit de 300.000. Par terre, pour s'y rendre, il faut se guider sur les astres et traverser des déserts emplis de sables et de serpents. Vient ensuite une région boisée, que peuple une multitude de bêtes féroces; dans l'intérieur, des solitudes livrées aux éléphants, puis de vastes déserts; au delà les Garamantes, séparés des Augyles par douze journées de marche. Au-dessus des Garamantes fut jadis la nation des Psylles ; au-dessus des Psylles le lac de Lycomède, entouré de déserts.

[2] Quant aux Augyles mêmes, on les place entre l'Éthiopie qui regarde l'occident, et la région qui est intermédiaire aux deux Syrtes, et à une distance à peu près égale de l'une et de l'autre. Par la côte, la distance qui sépare les deux Syrtes est de 250.000 pas ; là sont la cité d'Oea, le fleuve Cinyps, la contrée de même nom, les villes de Néapolis, de Taphra, d'Abrotonum; la seconde Leptis, surnommée la Grande; puis la grande Syrte (golfe de Sidra), de 625.000 pas de tour, dont l'entrée a 312.000 pas: là habite la nation des Cisipades.

[3] Au fond du golfe, sur la côte, furent jadis les Lotophages (XIII, 32), appelés par quelques-uns Alachroens, jusqu'aux autels des Philènes; ces autels sont en sable. De ce côté, et peu avant dans les terres, est un vaste marais qui reçoit le fleuve Triton et qui en porte le nom; il a été appelé Pallantias par Callimaque; on dit qu'il est placé en deçà de la petite Syrte, mais beaucoup le mettent entre les deux Syrtes. Le promontoire qui borne la grande Syrte s'appelle Borion; au delà est la province Cyrénaïque.

[4] L'Afrique, depuis le fleuve Ampagsa jusqu'à cette limite, renferme vingt-six peuples qui obéissent à l'empire romain. On y trouve six colonies, quatre déjà nommées, et Uthina et Tuburbis; quinze villes jouissant du droit romain, parmi lesquelles il faut nommer, dans l'intérieur des terres, Azuritum, Abutucum, Aborium, Canopicum, Chilma, Simittuum, Thanusidium, Taburnicum, Tynidrumum, Tibiga, deux Ucita, la grande et la petite; Vaga; une ville jouissant du droit latin, Usalita; une ville tributaire placée près des Castra Cornelia;

[5] trente villes libres, desquelles il faut nommer, dans l'intérieur, Acola, Acharita, Avina, Abzirita, Canopita, Melzita, Matera, Salaphita, Tysdrita (09), Tiphica, Tunica, Theuda, Tagesta, Tiga, Ulusubrita, une autre Vaga, Visa, Zama. Les autres ne sont pas tant, pour la plupart, des cités seulement que des nations, telles que les Natabudes, les Capsitans, les Misulans, les Sabarbares, les Massylliens, les Nisives, les Vacamures, les Ethiniens, les Mussiniens, les Marchubiens, et toute la Gétulie jusqu'au fleuve Nigris, qui sépare l'Afrique de l'Éthiopie.





V. La Cyrénaïque.

(V.) [1] La Cyrénaïque ou Pentapole est célèbre par l'oracle d'Hammon, qui est éloigné de la ville de Cyrène de 400.000 pas, par la source du Soleil (II, 10, 6), et surtout par cinq villes: Bérénice, Arsinoé, Ptolémais, Apollonle, et Cyrène elle-même. Bérénice est située sur la corne la plus intérieure de la Syrte; elle a porté jadis le nom des Hespérides, dont nous avons déjà parlé (V, 1); car le théâtre des fables grecques est souvent déplacé. Non loin et en avant de la ville est le fleuve Léthon, et un bois sacré où la tradition a placé les jardins des Hespérides. Elle est éloignée de Leptis de 375.000 pas;

[2] puis vient Arsinoé appelée Theuchira, à 43.000 pas ; puis Ptolémaïs, portant jadis le nom de Barcé, à 22.000 pas plus loin. A 40.000 pas, le promontoire Phyconte s'avance dans la mer de Crète; il est à 350.000 pas du cap Ténare en Laconie, et à 225.000 de la Crète elle-même; ensuite Cyrène, à 11.000 pas de la mer; du cap Phyconte à Apollonie, 24.000, et au cap Chersonèse 88.000 pas; de Chersonèse jusqu'à Catabathmos, 216.000 pas :

[3] là habitent les Marmarides, qui s'étendent à peu près depuis le pays des Paraetoniens jusqu'à la grande Syrte; puis les Araraucèles; sur la côte de la Syrte les Nasamons, appelés auparavant par les Grecs Mesammons, à cause de leur situation au milieu des sables. Le territoire de la Cyrénaïque, dans une largeur de 15.000 pas à partir du rivage, passe pour être riche en arbres; la zone, suivante intérieure, dans une même largeur, ne produit que des grains; enfin une dernière zone, de 30.000 pas de large sur 250.000 de longueur, ne produit que de l'assa foetida (XIX, 15).

[4] Après les Nasamons habitent les Asbystes et les Maces; au delà les Hammanientes, à douze journées de marche de la grande Syrte vers l'occident, et entourés eux-mêmes de sables dans tous les sens: toutefois, ils trouvent sans peine des sources à la profondeur d'environ deux coudées; car c'est là que refluent et séjournent les eaux de la Mauritanie; ils emploient en guise de pierre, pour construire leurs maisons, des blocs de sel qu'ils taillent dans leurs montagnes. De ces peuples il y a quatre journées de marche du côté du couchant d'hiver jusqu'aux Troglodytes, avec lesquels on ne fait d'autre commerce que celui de la pierre précieuse que nous appelons escarboucle (XXXVII, 25), et qui est apportée d'Éthiopie.

[5] Sur ce chemin est le pays de Phazanie (Fezzan ), tourné du côté des déserts d'Afrique, dont nous avons parlé au-dessus de la petite Syrte. Là nous avons soumis la nation des Phazaniens et les villes d'Alèle et de Cillaba, de même que Cidamus en face de Sabrata (V, 3). De la s'élève une chaîne qui s'étend dans un long espace du levant au couchant. Les Romains l'ont appelée Noire (ater), soit que naturellement elle semble brûlée, soit qu'elle doive cette apparence à l'action des rayons du soleil.

[6] Au delà de cette montagne sont des déserts, Matelgae, ville des Garamantes; Debris, où est une fontaine dont les eaux sont bouillantes de midi à minuit et glaciales de minuit à midi, et la ville célèbre Garama, capitale des Garamantes. Toutes ces contrées ont été subjuguées par les armes romaines; Cornelius Balbus en a triomphé (44 de J, C.). Il est le seul étranger qui ait obtenu le char triomphal et le droit de cité: né à Cadix, il obtint ce droit avec Balbus l'ancien, son oncle; et, chose singulière, tandis que les auteurs romains lui ont attribué la conquête des villes susdites, lui-même a mené en triomphe, outre Cidamus et Garama, les noms et les images de toutes les nations et villes, dans l'ordre suivant:

[7] la ville de Tabidium, la nation Niteris, la ville de Negligemela, la nation où la ville de Bubéium, la nation Enipi, la ville Thuben, la montagne appelée Noire (niger), Nitibrum et Rapsa, villes, la nation Discera, la ville Debris, le fleuve Nathabur, la ville Thapsagum, la nation Nannagi, la ville Boin, la ville Pège, le fleuve Dasibari, puis les villes contiguës de Baracum, de Buluba, d'Alasi, de Balsa, de Galla, de Maxala, de Zizama; le mont Gyri, qui, d'après le titre de l'image, produit des pierres précieuses. Jusqu'à présent on n'avait aucun chemin tracé menant aux Garamantes, attendu que les brigands de cette nation recouvrent de sable des puits qu'on trouve sans creuser beaucoup, si l'on a la connaissance des lieux.

[8] Dans la dernière guerre que les Romains eurent avec les Oeens, sous les auspices de l'empereur Vespasien, on a trouvé une route abrégée de quatre journées; ce chemin s'appelle Au delà de la tête du rocher. La limite de la Cyrénaïque est Catabathmos, nom d'une ville et d'un vallon qui s'enfonce tout à coup. Depuis la petite Syrte jusqu'à cette limite, l'Afrique Cyrénaïque a 1.060.000 pas de long: en largeur, autant qu'on la connaît, elle a 800.000 pas.

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Re: Livre V, traitant des situations des nations, des mers....

Message par Stephandra le Ven 29 Avr 2011, 15:26

VI. La Libye Maréotis.

(VI) [1] La région qui suit s'appelle Libye Maréotide, limitrophe de l'Égypte. Elle est occupée par les Marmarides, les Adyrmachides, puis par les Maréotes; la distance de Catabathmos à Paraetonium est de 86.000 pas. Dans ces parages est le bourg Apis (VIII, 71), lieu célèbre par le culte des Égyptiens: on compte de là à Paraetonium 62.000 pas; de Paraetonium à Alexandrie 200.000; la largeur est de 169.000.

[2] Ératosthène a écrit que de Cyrène à Alexandrie il y a par terre 525.000 pas. Agrippa a évalué la longueur de toute l'Afrique depuis la mer Atlantique y compris la basse Égypte, à 3.040.000 pas. Polybe et Ératosthène, qui passent pour les plus exacts, comptent 1.100.000 pas de l'Océan à la grande Carthage; de là la branche Canopique du Nil, qui est la plus voisine, 1.5828.000; Isidore, de Tingis à Canope, 3.599.000 pas (10); Artémidore, 40.000 de moins qu'Isidore.




VII. Les îles autour de l'Afrique.

(VII.) [1] Ces mers ne renferment pas un grand nombre d'îles: la plus célèbre est Meninx, de 25.000 pas de long, de 23.000 de large, appelée par Ératosthène Lotophagitis; elle a deux villes : Meninx du côté de l'Afrique, et Thoar de l'autre; elle-même est à 200 pas du promontoire de droite de la petite Syrte. A 100.000 pas de cette île, en face du promontoire gauche, est Cercina, avec une ville libre de même nom; elle est longue de 25.000 pas; là où elle est le plus large, elle n'a que la moitié de cette étendue, et à l'extrémité la largeur n'en est pas de plus de 5.000 pas;

[2] du côté de Carthage elle est adjacente à une toute petite île qu'on appelle Cercinitis, et qui y est jointe par un pont. A environ 50.000 pas de ces deux îles est Lopadusa, longue de 6.000 ; puis Gaulos et Galata (III, 146),dont la terre tue le scorpion, animal dangereux de l'Afrique; on dit aussi qu'il meurt à Clupée, en face de laquelle est l'île Cosyra, avec une ville. Vis-à-vis le golfe de Carthage sont les deux autels d'Aegimore, moins îles que rochers situés à peu près entre la Sicile et la Sardaigne: des auteurs prétendent que ces îles, habitées jadis, se sont enfoncées dans la mer.




VIII. Le revers de l'Afrique.

(VIII) [1] Dans l'intérieur de l'Afrique, du côté du midi, au-dessus des Gétules, et après avoir traversé des déserts, on trouve d'abord les Libyégyptiens, puis les Leucéthiopiens; plus loin, des nations éthiopiennes : les Nigrites, ainsi nommés du fleuve dont nous avons parlé (V, 4) ; les Gymnètes, les Pharusiens qui atteignent l'Océan, et les Pérorses que nous avons nommés (V, 1, 10), sur les confins de la Mauritanie. Tous ces peuples sont bornés du côté de l'orient par de vastes solitudes, jusqu'aux Garamantes, aux Augyles et aux Troglodytes. Rien n'est plus vrai que l'opinion de ceux qui placent au delà des déserts d'Afrique deux Éthiopies, et, avant tous, d'Homère (Od.,I, 23), qui divise en deux les Éthiopiens, ceux de l'orient et ceux du couchant.

[2] Le Nigris a la même nature que le Nil ; il produit le roseau, le papyrus et les mêmes animaux ; la crue s'en fait aux mêmes époques; il a sa source entre les Éthiopiens Taréléens et les Oecaliques. La ville de ceux-ci, Mavis, a été placée par quelques-uns dans les déserts; et à côté les Atlantes, les Aegipans, demi-bêtes, les Blemmyes, les Gamphasantes, les Satyres, les Himantopodes. Les Atlantes, si nous ajoutons foi aux récits, ont perdu les caractères de l'humanité; ils n'ont point entre eux de noms qui les distinguent; ils regardent le soleil levant et couchant en prononçant des imprécations terribles, comme contre un astre funeste à eux et à leurs champs; ils n'ont pas de songes, comme en ont les autres hommes.

[3] Les Troglodytes creusent des cavernes, ce sont leurs maisons; la chair des serpents leur sert de nourriture; ils ont un grincement, point de voix, et ils sont privés du commerce de la parole. Les Garamantes ne contractent point de mariages, et les femmes sont communes. Les Augyles n'honorent que les dieux infernaux. Les Gamphasantes, nus, ignorants des combats, ne se mêlent jamais aux étrangers. On rapporte que les Blemmyes sont sans tête, et qu'ils ont la bouche et les yeux fixés à la poitrine. Les Satyres, excepté la figure, n'ont rien de l'homme. La conformation des Aegipans est telle qu'on la représente d'ordinaire. Les Himantopodes ont pour pieds des espèces de courroies, avec lesquelles ils avancent en serpentant. Les Pharusiens sont d'anciens Perses qui, dit-on, accompagnèrent Hercule dans son expédition aux Hespérides. Je n'ai pas trouvé d'autres renseignements sur l'Afrique.




IX. L'Égypte et la Thébaïde.

(IX.) [1] A l'Afrique tient l'Asie, qui, d'après Timosthène, a, depuis la branche Canopique du Nil jusqu'à l'ouverture du Pont-Euxin, 2,639,000 pas. De l'ouverture du Pont-Euxin à celle du Palus-Méotide, Ératosthène compte 1.645.000 pas. L'Asie entière jusqu'au Tanaïs est, y compris l'Égypte, estimée à 6.375.000 pas par Artémidore et Isidore. Plusieurs des mers qui la baignent ont pris leur nom des peuples qui en habitent les côtes; aussi nous en parlerons en même temps. L'Égypte, limitrophe de l'Afrique, s'avance au midi, dans l'intérieur des terres, jusqu'à l'Éthiopie, qui la ferme par derrière.

[2] Le Nil, se divisant, forme à droite et à gauche les limites de sa partie inférieure; la branche Canopique la sépare de l'Afrique, la branche Pélusiaque de l'Asie; l'intervalle est de 170.000 pas : quelques-uns ont, à cause de cette disposition, mis l'Égypte au nombre des îles. Le Nil se partage de telle façon qu'il donne une configuration triangulaire au terrain; aussi beaucoup appellent-ils l'Égypte Delta, du nom de la lettre grecque. La distance, depuis le lieu où le canal unique du fleuve se bifurque pour la première fois, est de 146.000 pas jusqu'à la bouche Canopique, et de 256.000 jusque la bouche Pélusiaque.

[3] La haute Égypte, limitrophe de l'Éthiopie, s'appelle Thébaïde. L'Égypte est divisée en préfectures urbaines appelées nomes: l'Ombite, l'Apollopolite, l'Hermonthite, le Thinite, le Phaturite, le Coptite, le Tentyrite, le Diospolite, l'Antéopolite, l'Aphroditopolite, le Lycopolite. La région voisine de Péluse renferme les nomes Pharbaethite, Bubastite, Séthroïte, Tanite. Le reste de l'Égypte a les nomes Arabique, Ammonique qui est tourné du côté de l'oracle de Jupiter Hammon, Oxyrynchite, Leontopolite, Atharrhabite, Cynopolite, Hermopolite, Xoïte, Mendésien, Sébennyte, Cabasite, Latopolite, Héliopolite, Prosopite, Panopolite, Busirite, Onophite, Saïte, Ptenéthu, Phthemphu, Naucratite, Métélite, Gynaecopolite, Ménelaïte, dans la région d'Alexandrie;

[4] dans la Libye, le nome Maréotite; le nome Héracléopolite est dans une île du Nil longue de 50.000 pas, et où se trouve une ville qu'on appelle Ville d'Hercule. Il y a deux nomes arsinoïtes; ces nomes et le nome Memphite arrivent jusqu'au sommet du Delta; ils sont limitrophes, du côté de l'Afrique, des deux nomes oasites. Certains auteurs changent quelque-uns de ces noms et substituent d'autres noms, tels que les nomes Héroopolite et Crocodilopolite. Entre le nome Arsinoïte et le nome Memphite il y eut autrefois un lac de 250.000 pas de tour, ou, d'après Mucianus, de 450.000, et de 50 pas de profondeur; il avait été creusé de main d'homme et appelé Moeris (XXXVI, 16), du nom du roi qui avait fait exécuter ce travail.

[5] La distance est de 72.000 pas de là jusqu'à Memphis, ancienne capitale des rois d'Égypte. De Memphis à l'oracle d'Hammon le trajet est de douze journées de marche, et de 15.000 pas jusqu'au partage du Nil et au commencement du Delta.




X. Le Nil.

[1] Le Nil, sorti de sources mal connues, coule à travers des lieux déserts et brûlants. Il promène ses eaux dans un espace d'une immense longueur, dont la connaissance est due à des récits pacifiques (11), et non aux guerres qui ont procuré la découverte de tous les autres paye. La source (autant qu'ont pu s'étendre les recherches du roi Juba) en est une montagne de la Mauritanie inférieure, non loin de l'Océan; il forme aussitôt un lac qu'on appelle Nilis. On y trouve, en fait de poissons, des alabètes (12), des coracins (IX, 32) et des silures (IX, 17); un crocodile en a été rapporté et consacré par Juba même, preuve que c'est bien le Nil, dans le temple d'Isis à Césarée, où on le voit encore aujourd'hui.

[2] En outre, on a observé que la crue du Nil correspond à l'abondance des neiges et des pluies en Mauritanie. Sorti de ce lac, le fleuve s'indigne de couler à travers des lieux sablonneux et arides, et il se cache pendant un trajet de quelques jours de marche; puis, traversant un plus grand lac dans la Massaesylie, portion de la Mauritanie Césarienne, il s'élance, et jette, pour ainsi dire, un regard sur les sociétés humaines; la présence des mêmes animaux prouve que c'est toujours le même fleuve.

[3] Reçu de nouveau dans les sables, il se dérobe encore une fois dans des déserts de vingt journées de marche, jusqu'aux confins de l'Éthiopie; et lorsqu'il a reconnu derechef la présence de l'homme, ils s'élance, sans doute jaillissant de cette source qu'on a nommée Nigris. Là, séparant l'Afrique de l'Éthiopie, les rives en sont peuplées, sinon d'hommes, du moins de bêtes et de monstres: créant des forêts dans son cours, il traverse par le milieu l'Éthiopie, sous le nom d'Astapus, mot qui, dans la langue de ces peuples, signifie une eau sortant des ténèbres.

[4] Tant d'îles en parsèment le lit, et quelques-unes si étendues, que, malgré sa course rapide, il ne lui faut pas moins de cinq jours pour les dépasser. A Méroé, la plus célèbre de ces îles, le bras gauche est appelé Astabores, c'est-à-dire, branche d'une eau tenant les ténèbres; le bras droit s'appelle Astusapes, mot qui emporte l'idée d'eau cachée. Il n'est pas le Nil avant d'avoir réuni dans un seul lit ses eaux réconciliées; et même il porte encore, pendant quelques milles au-dessous comme au-dessus, le nom de Siris. Homère a donné au fleuve entier le nom d'Égyptus (Od. IV, 477) ; d'autres, celui de Triton. De là il se heurte contre des îles qui semblent l'irriter dans sa marche; enfin, resserré par les montagnes, il n'est nulle part plus torrentueux; il roule ses eaux impétueuses jusqu'au lieu d'Éthiopie qu'on appelle Catadupe; et dans cette dernière cataracte, au milieu des écueils qui l'arrêtent, il semble, non pas couler, mais se précipiter avec un horrible fracas:

[5] au delà il s'apaise, ses flots s'amortissent, sa violence est domptée, et, fatigué sans doute aussi par l'espace qu'il a franchi, il se décharge par des embouchures larges, quoique nombreuses, dans la mer d'Égypte. A des jours fixes il inonde de ses eaux débordées tout le pays, et, couvrant la terre, il la féconde.

[6] On a attribué ce débordement à des causes diverses: les plus probables sont, ou que les vents étésiens, qui à cette époque soufflent en sens inverse de son cours, le repoussent et font monter la mer dans ses embouchures, ou qu'il grossit par les pluies d'été en Éthiopie, où les mêmes vents étésiens portent les nuages du reste de la terre. Timée, le mathématicien, en a donné une raison occulte : la source du Nil, dit-il, s'appelle Phiala; le fleuve lui-même est plongé dans des souterrains, tout haletant par la chaleur sous les rochers fumeux où il se cache;

[7] mais, à l'époque de l'inondation, le soleil se rapproche de la terre, la chaleur de cet astre fait sortir le Nil, qui, soulevé, déborde et se cache ensuite, de peur d'être desséché: ce soulèvement du fleuve a lieu à partir du lever de la Canicule, le soleil entrant dans le signe du Lion, et cet astre étant placé verticalement au-dessus de la source; car alors dans ces parages il n'y a pas d'ombre. La plupart des auteurs pensent, au contraire, que si le fleuve coule plus abondamment quand le soleil va au septentrion dans les signes du Cancer et du Lion, c'est en conséquence de l'éloignement de cet astre que le lit du fleuve est plus rempli; mais que lorsque le soleil retourne au midi et dans le Capricorne les eaux baissent, et coulent pour cette raison avec moins d'abondance. On ne peut croire à cette attraction du Nil supposée par Timée, puisqu'à cette dernière époque dans ces parages les ombres manquent continuellement.

[8] Le Nil commence à croître à la lune nouvelle qui suit le solstice d'été; la crue est graduelle et modérée quand le soleil traverse le Cancer; elle devient très abondante quand il traverse le Lion; et dans le signe de la Vierge l'eau baisse, d'après la progression qu'elle avait suivie en montant. En somme, il rentre dans ses rives lorsque le soleil passe dans le signe de la Balance, au bout de 100 jours, comme le dit Hérodote (2, 19) ; pendant qu'il croît il est interdit au roi ou aux préfets de naviguer sur le fleuve. Sa crue se mesure par des marques qui sont dans des puits; le débordement régulier est de 15 coudées (XVIII, 47; XXXVI, 11); un débordement moindre n'arrose pas tout; un débordement plus grand, mettant plus de temps à se retirer, retarde les travaux: celui-ci, par l’humidité qu'il laisse dans le sol, empêche de profiter de l'époque des semailles; celui-là ne permet pas d'ensemencer un sol desséché.

[9] L'Égypte redoute l'un et l'autre: à douze coudées il y a famine, à treize il y a encore disette: quatorze amènent la joie, quinze la sécurité, et seize l'abondance et les délices. Le plus grand débordement jusqu'à ce temps a été de 18 coudées, sous l'empereur Claude; le moindre a été de cinq coudées, pendant la guerre de Pharsale, comme si le fleuve, par un prodige, témoignait son horreur de l'assassinat de Pompée. Lorsque les eaux sont arrivées à leur plus haut point, on les reçoit dans les terres en ouvrant les digues: on ensemence le terrain à mesure qu'il le quitte. Seul de tous les fleuves il ne donne naissance à aucune vapeur.

[10] Il commence à entrer dans le domaine de l'Égypte à Syène (II, 75), limite de l'Éthiopie: on appelle ainsi une péninsule de 1.000 pas de tour où sont les Camps, du côté de l'Arabie. En face est l'île de Philae, de 4.000 pas de tour (13), à 600.000 de la division du Nil, où commence ce qu'on appelle le Delta.

[11] Telle est du moins l'estimation d'Artémidore, d'après lequel cet espace a renfermé 250 villes; Juba l'a évalué à 400.000. Aristocréon compte d'Éléphantis à la mer 750.000 pas: Éléphantis est une île habitée, à 4.000 pas au-dessous de la dernière cataracte, et à 16.000 au-dessus de Syène; c'est à Éléphantis que s'arrête la navigation égyptienne. La distance d’Alexandrie est de 580.000 pas: qu'on juge par là de l'énormité des erreurs commises par les auteurs susdits ! C'est le rendez-vous des bateaux éthiopiens: ces bateaux se plient, et on les porte sur les épaules pour franchir les cataractes.

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Re: Livre V, traitant des situations des nations, des mers....

Message par Stephandra le Ven 29 Avr 2011, 15:26

XI. Les villes d'Égypte.

[1] L'Égypte, outre la gloire d'antiquité qu'elle s'attribue, se vante d'avoir renfermé vingt mille villes sous le règne d'Amasis. Maintenant encore elle en voit un grand nombre, mais sans renom. On célèbre toutefois la ville d'Apollon, la ville de Leucothée, Diospolis la Grande, ou Thèbes, fameuse pour ses cent portes; Coptos, le marché le plus voisin du Nil pour les marchandises de l'Inde et de l'Arabie: puis la ville de Vénus, une autre Diospolis, Tentyris; au-dessous, Abydus, renommée à cause du palais de Memnon et du temple d'Osiris et éloignée du fleuve de 7.500 pas du côté de la Libye;

[2] Ptolémaïs, Panopolis, une autre ville de Vénus: dans le côté Libyque, Lycon, où les montagnes font les limites de la Thébaïde; plus loin, la ville de Mercure, la ville des Alabastres, la ville des Chiens, la ville d'Hercule déjà nommée; puis Arsinoé et Memphis, déjà nommée: entre Memphis et le nome Arsinoïte, dans le côté Libyque, les tours appelées Pyramides (XXVII, 16), le Labyrinthe (XXXV, 19), bâti dans le lac Moeris sans qu'on ait employé le bois ; la ville de Crialon, et une ville située dans l'intérieur, voisine de l'Arabie et fort célèbre, la ville du Soleil.

[3] (X.) Mais on louera à juste titre, sur le bord de la mer Égyptienne, Alexandrie, fondée par Alexandre le Grand, dans le côté Africain, à 12.000 pas de l'embouchure Canopiue, auprès du lac Maréotis, dans un lieu qui se nommait auparavant Rhacotès: le plan en a été tracé par Dinocharès (XXXIV, 42) architecte d'un génie remarquable à divers titres, qui lui donna une étendue de 15.000 pas, et la forme circulaire d'une chlamyde macédonienne frangée sur les bords, avec un prolongement anguleux à droite et à gauche : dès lors un cinquième de la ville fut consacré à l'emplacement du palais.

[4] Le lac Maréotis, au midi de la ville, provient de la bouche Canopique par un canal qui sert au commerce de l'intérieur; il renferme plusieurs îles; il a 30.000 pas de longueur et 150.000 de tour, d'après l'empereur Claude. D'autres disent qu'il a 40 schènes de long, et que le schène est de 30 stades, ce qui en porte la longueur à 150.000 pas; ils lui donnent autant de largeur.

[5] Il y a encore aux embouchures du Nil plusieurs villes renommées, surtout celles qui ont donné leurs noms aux bouches, non a toutes, puisque sur douze bouches, outre les quatre qu'on appelle fausses embouchures, les sept plus célèbres seulement portent des noms de ville: ce sont la bouche Canopique, la plus voisine d'Alexandrie; puis la bouche Bolbitique, la bouche Sebennytique, la bouche Phatnitique, la bouche Mendésique, la bouche Tanitique, et la dernière la bouche Pélusiaque; de plus, on trouve Butos, Pharbaethos, Leontopolis, Athribis, la ville d'Isis, Busiris, Cynopolis, Aphrodites, Saïs, Naucratis, dont quelques uns donnent le nom à une bouche du Nil, appelant Naucratique celle que d'autres nomment Héracléotique, et lui sacrifiant la bouche Canopique, qui en est la plus voisine.




XII. L'Arabie qui est le long de la mer d'Égypte.

(XI.) [1] Au delà de la bouche Pélusiaque est l'Arabie, contiguë à la mer Rouge et à cette Arabie fertile en parfums, opulente, et célèbre par son surnom d'heureuse. Celle dont il est question ici porte le nom des Arabes Catabanes, Esbonites, Scénites (VI, 30 et 32): elle est stérile, excepté aux abords de la Syrie; et le mont Casius seul y a quelque renom. Cette région tient du côté du levant aux Arabes Canchléens, du côté du midi aux Arabes Cédréens;

[2] et les uns et les autres tiennent aux Nabatéens (VI, 32) . La mer Rouge, du côté de l'Égypte, forme deux golfes appelés, l'un Héroopolite, et l'autre Aelanitique. On compte 150.000 pas entre Aelana, sur la mer Rouge, et Gaza sur la Méditerranée; Agrippa évalue à 125.000 pas à travers les déserts l'intervalle entre Péluse et Arsinoé (VI, 33), ville de la mer Rouge : il n'est besoin que de cette petite distance pour imprimer à la nature un caractère si différent.




XIII. La Syrie.

(XII.) [1] La côte voisine est occupée par la Syrie, autrefois le plus puissant des pays, et divisée entre plusieurs noms. Elle s'appelait Palestine du côte des Arabes, puis Judée, puis Coelésyrie, plus loin Phénicie, Damascène là où elle s'enfonce dans l'intérieur, et plus avant encore, au midi (14), Babylonie, Mésopotamie entre l'Euphrate et le Tigre, Sophène au delà du Taurus, Commagène en deçà; au delà de l'Arménie, Adiabène, nommée auparavant Assyrie, et Antioche là où elle touche la Cilicie. La longueur de la Syrie entre la Cilicie et l'Arable est de 470.000 pas;

[2] la largeur, depuis Séleucie dans la Piérie jusqu'à Zeugma, ville sur l'Euphrate, est de 175.00. Ceux qui font des divisions plus subtiles prétendent que la Phénicie est une enclave de la Syrie, dont elle occupe en partie le littoral et dont l'Idumée, la Judée, la Phénicie et la Syrie Antiochienne (15) sont des divisions. Toute la mer qui baigne ces côtes s'appelle Phénicienne. La nation phénicienne jouit d'une grande gloire (VII, 57) pour avoir inventé les lettres, et pour ses découvertes dans l'astronomie, la navigation et la guerre.




XIV. L'Idumée, la Palestine, la Samarie.

[1] A partir de Péluse, on trouve le Camp de Chabrias, le mont Casius, le temple de Jupiter Casien, le tombeau du grand Pompée. L'Arabie a pour limite la ville d'Ostracine, à 65.000 pas de Péluse.

[2] (XIII.) Puis commencent l'Idumée et la Palestine à la sortie du lac Sirbon, qui a, d'après quelques-uns, 150.000 pas de tour. Hérodote (3, 5) l'a mis au pied du mont Casius; maintenant c'est un marais de médiocre étendue. Villes: Rhinocolure, dans les terres; Rhaphée; Gaza, et dans les terres Anthedon; le mont Argaris (16) ; sur la côte, la Samarie; la ville d'Ascalon, libre; Azotus, les deux Jamnia, dont l'une est dans les terres; Joppé, des Phéniciens, plus ancienne que le déluge, d'après la tradition;

[3] elle est placée sur un coteau, et a devant elle un rocher où l'on montre les restes des chaînes d'Andromède. On y adore Céto, monstre fabuleux; au delà, Apollonie, la tour de Straton, autrement Césarée, fondée par le roi Hérode, maintenant appelée Prima Flavia, d'une colonie qui y a été établie par l'empereur Vespasien; la limite de la Palestine, à 189.000 pas de la frontière d'Arabie ; puis commence la Phénicie. Dans l'intérieur de la Samarie, les villes de Néapolis, qui se nommait auparavant Mamortha, de Sébaste sur une montagne, et de Gamala sur une montagne plus haute.




XV. La Judée.

(XIV.) [1] Au delà de l'Idumée et de la Samarie s'étend la Judée dans un grand espace. La partie qui tient à la Syrie s'appelle Galilée; celle qui est voisine de l'Arabie et de l'Égypte s'appelle Pérée, parsemée d'âpres montages, et séparée par le Jourdain du reste de la Judée. La Judée même est divisée en dix toparchies, dans l'ordre suivant : celle de Jéricho, plantée de palmiers, arrosée de sources; celle d'Emmaüm, celle de Lydda, celle de Joppé, celle d'Acrabatène, celle de Gophna, celle de Thamna, celle de Bethleptephe, telle d'Orine, ou fut Jérusalem, la plus célèbre des villes non de la Judée seulement, mais de l'Orient; celle d'Herodium, avec une ville illustre du même nom.

[2] (XV.) Le Jourdain sort de la source Paneas qui a donné un surnom à une Césarée dont nous parlerons (V, 16). C'est un fleuve agréable, et, autant que la situation des lieux le permet, se repliant et se montrant aux habitants de ses bords, comme s'il ne se rendait qu'à regret au lac Asphaltite, lac affreux où il finit par s'absorber et perdre ses eaux renommées, en les mélangeant à de eaux pestilentielles. Aussi, dès que les vallées qu'il traverse lui en offrent l'occasion, il s'épanche en un lac que beaucoup appellent lac de Génésara, long de 16.000 pas et large de 6.000, entouré de villes agréables, au levant Julias et Hippo, au midi Tarichée, dont quelques-uns donnent le nom au lac; à l'occident Tibériade, qui a des sources thermales et salutaires.

[3] (XVI.) Le lac Asphaltite ne produit que du bitume; d'où le nom qu'il porte. Aucun corps d'animal ne s'y enfonce: les taureaux et les chameaux y surnagent (17). De là le bruit, que rien n'y va au fond. Il a de long plus de 100.000 pas, dans la plus grande largeur 25.000, dans sa moindre 6.000. Il est dominé à l'orient par l'Arabie des Nomades, au midi par Machaeronte, autrefois la plus forte place de la Judée après Jérusalem; de ce même côté est une source chaude employée à des usages médicaux, Callirrhoé, nom qui, par lui-même, indique le mérite de ses eaux.

[4] (XVII. ) A l'occident, mais à une distance du rivage où il n'y a rien à craindre des exhalaisons, sont les Esséniens, nation solitaire, singulière par-dessus toutes les autres, sans femme, sans amour, sans argent, vivant dans la société des palmiers. Elle se reproduit de jour en jour, grâce à l'affluence de nouveaux hôtes; et la foule ne manque pas de ceux qui, fatigués de la vie, sont amenés par le flot de la fortune à adopter ce genre de vie. Ainsi, pendant des milliers de siècles, chose incroyable, dans une nation chez laquelle il ne naît personne, tant est fécond pour elle le repentir qu'ont les autres de leur vie passée. Au-dessous d'eux fut la ville d'Engadda, ne le cédant qu'a Jérusalem pour la fertilité et ses bois de palmiers; maintenant c'est un monceau de cendres comme Jérusalem. De là on arrive à Masada, château sur un rocher, qui n'est pas loin, non plus, du lac Asphaltite. Voilà pour la Judée.




XVI. La Décapole.

(XVIII) [1] Près de la Judée, du côté de la Syrie, est la Décapole, ainsi nommée du nombre de se villes, sur lequel tous les auteurs ne sont pas d'accord. La plupart comptent Damas, fertilisée par les dérivations du fleuve Chrysorrhoas, qui s'y absorbe; Philadelphie, Raphana, toutes villes qui s'avancent vers l'Arabie; Scythopolis, ainsi appelée des Scythes qui y furent établis, et portant auparavant le nom de Nysa à cause de Bacchus, dont la nourrice y fut ensevelie; Gadara, au pied de laquelle coule le Hieromiax ; Hippo, déjà nommée: Dion; Pella, riche en eaux ; Galasa, Canatha. Entre ces villes et autour d'elles sont des tétrarchies, dont chacune est comme un pays et forme un royaume: la Trachonitis, la Panéade, où est Césarée avec la source susnommée (V, 15); Abila, Arca, Ampeloessa, Gabe.




XVII. La Phénicie.

(XIX.) [1] De là il faut revenir à la côte et à la Phénicie (V, 14). Il y eut une ville appelée des Crocodiles; il n'y a plus qu'un fleuve de ce nom. Dorum, Sycaminum, villes qui n'ont laissé que leur souvenir; le cap Carmel, et sur la montagne une ville de même nom, appelée autrefois Ecbatane; auprès, Getta, Jebba; le ruisseau Pagida ou Bélus, apportant sur un petit espace de la côte un sable qui produit le verre (XXXVI, 65) : il sort du marais Cendevia, au pied du mont Carmel; auprès, Ptolémaïs, colonie de l'empereur Claude, jadis nommée Ace; la ville d'Écdippa, le promontoire Blanc;

[2] Tyr, île jadis, et séparée du continent par une mer profonde de 700 pas de large, maintenant jointe à la terre ferme par les ouvrages que construisit Alexandre durant le siège; Tyr, célèbre dans l'antiquité par la naissance de villes qu'elle a engendrées; Leptis, Utique (XVI, 79 ), Carthage, cette rivale de l'empire romain, ambitieuse de la conquête du monde, et Cadix, fondée même au delà des limites du monde. Maintenant tout l'éclat de Tyr est dans ses coquillages et sa pourpre. Le tour de cette ville est de 19.000 pas, y compris Palaetyrus; la ville elle-même a une étendue de 22 stades (mètres 4.048). Plus loin on rencontre les villes de Sarepta et d'Orithon, et Sidon fabricante du verre, et mère de Thèbes de Béotie.

[3] (XX.) Derrière cette ville commence la chaîne du Liban, s'étendant, dans un espace de 1.500 stades (myr. 27, 6), jusqu'a Simyra, dans la contrée appelée Coelésyrie. Égal en hauteur, et séparé par une vallée intermédiaire, court parallèlement l'Antiliban, joint jadis au Liban par un mur. Derrière et dans les terres sont la Décapole, les tétrarchies susdites (V, 16), et toute l'étendue de la Palestine; sur la côte au-dessous du Liban, le fleuve Magoras, Béryte, colonie, appelée Félix Julia,

[4] la ville de Léontos, le fleuve Lycos, Palaebiblos, le fleuve Adonis, les villes de Byblos, de Botrys, de Gigarta, de Trieris, de Calamos, Tripolis, habitée par des Tyriens, des Sidoniens et des Aradiens; Orthosia, le fleuve Éleuthère, les villes de Simyra, de Marathos; en face Arados, ville et île de sept stades (mètres 1.288), à 200 pas du continent ; la contrée ou les montagnes susnommées finissent, et où commence, après un intervalle de plaines, le mont Bargylus.

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Re: Livre V, traitant des situations des nations, des mers....

Message par Stephandra le Ven 29 Avr 2011, 15:27

XVIII. La Syrie d'Antioche.

[1] Là cesse la Phénicie, et la Syrie reprend. Villes, Carne, Balanea, Paltos, Gabale; le promontoire sur lequel est Laodicée, ville libre; Diospolis, Héraclée, Charadrus, Posidium.

[2] (XXI.) Puis le promontoire de la Syrie Antiochienne; dans les terres, Antioche elle-même, ville libre, surnommée Epidaphnes, partagée par l'Oronte; sur le promontoire, Séleucie appelée Pierie, ville libre.

[3] (XXII.) Au-dessus un mont Casius, portant le même nom qu'une montagne située sur la frontière d'Égypte (V, 14). La hauteur en est telle, qu'à la quatrième veille (4e quart de la nuit) on aperçoit le soleil du milieu des ténèbres, et qu'il suffit de se retourner pour être en présence du jour ou de la nuit. La route menant au sommet est de 19.000 pas; la hauteur perpendiculaire est de 4.000. Sur la côte, le fleuve Oronte, né entre le Liban et l'Antiliban près d'Héliopolis; la ville de Rhosos; par derrière, les portes appelées Syriennes, dans l'intervalle qui sépare les monts Rhosiens et le Taurus; sur la côte, la ville de Myriandros; le mont Amanus, où est la ville de Bomitae, et qui sépare la Syrie de la Cilicie.




XIX. Le reste de la Syrie.

(XXIII.) [1] Venons à l'intérieur des terres. La Coelésyrie a : Apamée, séparée par le fleuve Marsyas de la tétrarchie des Nazeriniens; Bambyce, qui porte aussi le nom d'Hiérapolis, mais que les Syriens appellent Magog ; là on adore la monstrueuse Atargatis, nommée par les Grecs Derceto; Chalcis, dite sur le Bélus, d'où le nom de la Chalcidène, contrée la plus fertile de la Syrie; Cyrrhus et la Cyrrhestique; les Gazates, les Gindaréniens, les Gabéniens; deux tétrarchies nommées Granucomates; les Éméséniens, les Hylates, la nation des Ituréens, et la tribu Ituréenne des Baetarréniens; les Mariammitans; la tétrarchie appelée Mammisée; Paradisus, Pagres, les Pinarites; deux Séleucies, outre celle dont il a déjà été question (V, 13), l'une dite de l'Euphrate, l'autre dite du Bélus; les Cardytiens. Le reste de la Syrie comprend (outre ce qui sera énuméré avec l'Euphrate) les Aréthusiens, les Beroeens, les Épiphanéens, à l'orient les Laodiciens surnommés du Liban, les Leucadiens, les Larisséens, outre dix-sept tétrarchies distribuées en royaumes et portant des noms barbares.




XX. L'Euphrate.

(XXIV.) [1] C'est ici qu'il convient le mieux de parler de l'Euphrate. Il naît dans la Caraniide, préfecture de la grande Arménie. Ceux qui en ont le plus approché mettent sa source, Domitius Corbulon dans le mont Aba, Licinius Mucianus au pied de la montagne appelée Capotes, à 12.000 pas au delà de Zimara. D'abord il se nomme Pyxirate. Il coule, séparant de la Cappadoce la Derxène d'abord, puis l'Anaïtis (XXXI, 24), contrées de l'Arménie (VI, 3). Dascusa est éloignée de Zimara de 75.000 pas. De là il est navigable jusqu'à Pastona, dans un espace de 50.000 pas; jusqu'à Mélitène de Cappadoce 24.000 pas; jusqu'à Élégie d'Arménie 10.000 pas; recevant, dans ce trajet, les rivières du Lycus, de l'Arsanias et de l'Arsanus.

[2] A Élégie le mont Taurus se trouve sur son passage, et ne lui résiste pas, malgré son épaisseur de 12.000 pas. Le fleuve s'appelle Omiras à son irruption dans la montagne, Euphrate après qu'il l'a rompue, plein de roches et impétueux même au delà (18). Puis il sépare à gauche (levant) l'Arabie dite des Aroéens (VI, 9) (19) dans un espace de trois schènes (20), à droite (couchant) la Commagène, supportant un pont là même où il force le Taurus.

[3] A Claudiopolis de la Cappadoce, il se dirige vers le couchant; le Taurus, dans la lutte, lui enlève cette première direction; bien que vaincu et déchiré, il en triomphe d'une autre manière, et, le brisant, il le chasse au midi. Ainsi, dans cette lutte de la nature, les choses se compensent : le fleuve va où il veut aller; la montagne l'empêche d'y aller par la voie qu'il voudrait suivre. Après les cataractes, il redevient navigable pendant 40.000 pas jusqu'à Samosate, capitale de la Commagène.




XXI. La Syrie le long de l'Euphrate.

[1] L'Arabie susnommée a la ville d'Edesse, appelée jadis Antioche, et dite Callirrhoé du nom de sa fontaine, et la ville de Carrhes, célèbre par la défaite de Crassus. A l'Arabie tient la préfecture de la Mésopotamie, dont la population est d'origine assyrienne, et où sont la villes d'Anthémusia et de Nicéphorium; puis les Arabes nommés Retaves (21), capitale Singara. Au dessous de Samosate, du côte syrien, le Marsyas se jette dans l'Euphrate. A Cingilla finit la Commagène, commence la cité d'Imme; villes baignées par l'Euphrate, Épiphanie et Antioche, surnommées sur l'Euphrate; Zeugma (XXXIV, 43), à 72.000 pas de Samosate, et célèbre parce qu'on y passe ce fleuve;

[2] en face Apamée, que Séleucus, fondateur de l'une et l'autre villes, avait jointe à Zeugma par un pont. Les peuples attenant à la Mésopotamie se nomment Rhoales. Villes dans la Syrie, Europus, Amphipolis, appelée jadis Thapsacus. Les Arabes Scénites. L'Euphrate descend ainsi jusqu'au lieu nommé Ura, où, tournant à l'orient, il abandonne les solitudes palmyriennes de la Syrie, lesquelles atteignent jusqu'à la ville de Pétra et l'Arabie Heureuse.

[3] (XXV.) Palmyre, ville célèbre par sa situation, par la richesse de son sol et ses eaux agréables, a son territoire entouré par une vaste ceinture de sables ; séparée, pour ainsi dire, du reste de la terre par la nature, elle jouit de l'indépendance entre deux empires très puissants, les Romains et les Parthes, attirant, en cas de discorde, la première pensée des uns et des autres. Elle est éloignée de Séleucie des Parthes (VI, 30), dite sur le Tigre, de 337.000 pas, de la côte Syrienne la plus voisine, de 203.000, et de Damas de 176.000.

[4] (XXVI.) Au-dessous des déserts de Palmire est la Stélendène, et les villes déjà nommées (V, 12) de Hiérapolis, de Beroea et de Chalcis. Au delà de Palmyre, Émèse empiète aussi quelque peu sur ces déserts, ainsi qu'Elatium, moitié plus près de Pétra que Damas. Après Sura, la plus voisine est la ville de Philiscum, appartenant aux Parthes, sur l'Euphrate. De là à Séleucie il y a dix jours de navigation, et à peu près autant de Séleucie à Babylone. L'Euphrate, à environ 83.000 pas (22) de Zeugma, se divise auprès du bourg de Massice. Le bras gauche se rend dans la Mésopotamie par Séleucie même, et se jette dans le Tigre, qui roule au pied de cette ville (VI, 30);

[5] le bras droit gagne Babylone, jadis la capitale de la Chaldée; il la traverse ainsi que la ville appelée Otris, et forme plusieurs marais. Ce fleuve a une crue comme celle du Nil, à une époque fixe et qui n'est guère différente. Il inonde la Mésopotamie quand le soleil est dans le vingtième degré du Cancer; il commence à baisser quand l'astre achève de traverser le Lion et vient à la Vierge, et il rentre complètement dans son lit au vingt-neuvième degré de cette constellation.




XXII. La Cilicie et les nations avoisinantes.

(XXVII.) [1] Mais revenons à la côte de Syrie, à laquelle est contiguë la Cilicie, le fleuve Diaphanes, le mont Crocodile, les portes du mont Amanus, les fleuves Andricus, Pinarus, Lycus; le golfe et la ville d'Issus; puis Alexandrie, le fleuve Chlorus: la ville d'Aeges, libre; le fleuve Pyrame, les portes de la Cilicie; les villes de Mallos, de Magarsos, et, dans l'intérieur, de Tarse; les champs Aléiens, les villes de Cassipolis, de Mopsos, libre placée sur le Pyrame; de Thycos, de Zéphyrium, d'Anchiale ;

[2] les fleuves du Saros et de Cydnus, qui coupe loin de la mer Tarse, ville libre; la Célendérite et la ville de Célenderis, la localité de Nymphaeum, Soles de Cilicie, aujourd'hui Pompéiopolis, Adana, Cibyra, Pinara, Pédalie, Ale, Sélinonte, Arsinoé, Jotape, Doron; auprès de la mer, une ville, un port et un antre du nom de Corycus; le fleuve Calycadnus, le promontoire Sarpédon, les villes de Holmoe et de Myle, le promontoire et la ville de Vénus, d'où est le plus court trajet à l'île de Chypre;

[3] sur le continent, les villes de Myanda, d'Anemurium, de Coracésium; et le fleuve Mélas, ancienne limite de la Cilicie. Dans l'intérieur, sont à nommer Anazarba, aujourd'hui Césarée, Augusta, Castabala; Épiphanie, appelée jadis Oeniandos, Eleusa, Iconium, Séleucie sur le Calycadnus, surnommée Trachéotis, rebâtie loin de la côte, où elle s'appelait Holmia; de plus dans l'intérieur, les rivières Liparis, Bombos, Paradisus; le mont Imbarus.




XXIII. L'Isaurie et Ies Homonades.

[1] Tous les auteurs ont fait succéder la Pamphylie à la Cilicie, négligeant la nation des Isaures. Villes de l'Isaurie, dans l'intérieur, Isaura, Clibanus, Lalasis; l'Isaurie descend vers la mer du côté d'Anemurium susnommée. De la même façon, tous ceux qui ont traité ce sujet ont ignoré la nation des Homonades, limitrophe de l'Isaurie; leur ville est Homona, dans l'intérieur; les autres châteaux, au nombre de quarante-quatre, sont cachés dans les interstices d'âpres vallées.





XXIV. La Pisidie.

[1] Les hauteurs sont occupées par les Pisidiens; jadis appelés Solymes. Leur pays renferme une colonie, Césarée ou Antioche, et les villes d'Oroanda et de Sagalessos.




XXV. La Lycaonie.


[1] Ils sont renfermés par la Lycaonie, qui appartient à la juridiction de la province d'Asie (V, 28, et 29, n° 4), ainsi que les Philoméliens, les Tymbriens, les Leucolithes, les Peltenes, et les Tyriens. Il faut y joindre une tétrarchie d'une partie de la Lycaonie, là où elle est limitrophe de la Galatie; on y trouve Iconium, la plus célèbre de quatorze autres villes. Dans la Lycaonie même on cite Thébasa dans le Taurus, Hyde sur la limite de la Galatie et de la Cappadoce. Du côté [occidental] de la Lycaonie, au-dessus de la Pamphylie, viennent des descendants des Thraces, les Milyens, dont la ville est Arycanda.




XXVI. La Pamphylie.

[1] La Pamphylie s'appelait auparavant Mopsopie. La mer Pamphylienne joint la mer de Cilicie. Villes : Side, Aspendum sur une montagne; Pletenissum, Perga; le promontoire Leucolla, le mont Sardemisus, le fleuve Eurymédon coulant près d'Aspendurn, et le Catarractes, auprès duquel sont Lyrnesse, Olbia, et Phasélis, la dernière de cette côte.




XXVII. Le mont Taurus.

[1] A la Pamphylie tiennent la mer de Lycie et la nation lycienne. Là le mont Taurus, venant des rives orientales, limite un vaste golfe au promontoire chélidonien. Immense et arbitre d'innombrables nations, il a son flanc droit au nord, surgissant d'abord de la mer des Indes ; son flanc gauche est au midi, inclinant vers l'occident; il couperait l'Asie par le milieu, si les mers ne venaient à l'encontre de cet oppresseur de la terre.

[2] Il fait donc un ressaut au nord, et, s'infléchissant, s'engage en un trajet immense, comme si la nature, à dessein, lui opposait incessamment les mers, ici la mer Phénicienne, là le Pont-Euxin, la mer Caspienne, la mer Hyrcanienne, et le Palus-Méotide. Il se débat entre ces obstacles; mais, vainqueur, il gagne, avec des sinuosités, la chaîne fraternelle des monts Riphées (IV, 24). Il a beaucoup de noms tous glorieux, et il en change à mesure qu'il avance dans sa marche, appelé à son origine Imaüs, puis Emodus, Paropamise, Circius, Chambades, Paryadres, Choatras, Oreges, Oroandes, Niphates, Taurus (V, 20), et, là où il se dépasse lui-même, Caucase; là où il avance des bras comme s'il voulait sonder la mer, Sarpédon (V, 22), Coracésius, Cragus, et de nouveau Taurus. Dans les endroits mêmes où il s'entr'ouvre et laisse un chemin aux hommes, il proteste de son unité par le nom de Portes donné à ces passages:

[3] ici Portes Arméniennes (VI, 12), là Portes Caspiennes (VI, 16), ailleurs Portes Ciliciennes (V, 22). Enfin, quand il fuit loin des mers qui interrompent sa marche, il se couvre, à droite et à gauche, des noms d'une foule de peuples : appelé à droite Hyrcanien, Caspien; à gauche Paryadres, Moschique, Amazonique, Coraxique, Scythique. En grec, il porte la dénomination générale de Céraunien.

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Re: Livre V, traitant des situations des nations, des mers....

Message par Stephandra le Ven 29 Avr 2011, 15:28

XXVIII. La Lycie.

[1] Dans la Lycie, à partir du promontoire que forme le Taurus, on trouve la ville de Siména, le mont Chimère, qui brûle pendant la nuit, la cité d'Hephaestium, qui, elle aussi, offre des montagnes souvent enflammées; l'emplacement d'Olympe : maintenant on trouve dans les montagnes les villes de Gagae (XXXVI, 34) de Corydalla, de Rhodiopolis; auprès de la mer, Limyra, avec un fleuve dans lequel se jette l'Arycandus; le mont Massycites, la cité d'Andriaca, Myra; les villes d'Apyre et d'Antiphellos, laquelle se nommait jadis Habessus; et dans un enfoncement Phellus;

[2] puis Pyrrha, Xanthus à 15.000 pas de la mer, le fleuve de même nom; Patare, nommée auparavant Sataros, et, sur une montagne, Sidyma; le cap Cragus; au delà, un golfe égal au premier; là, Pinara, et Telmessus, limite de la Lycie. La Lycie eut jadis 70 villes, maintenant elle en a 36; les plus célèbres, outre les villes susnommées, sont Canas, Candyba, où l'on vante la forêt Oenienne, Podalia, Choma, au pied de laquelle coule l'Adesa, Cyaneae, Ascandalis, Amelas, Noscopium, Tlos (23), Telandrus.

[3] Elle comprend, dans l'intérieur, la Cabalie avec trois villes, Oenoanda, Balbura et Bubon. A Telmessus commencent la mer Asiatique ou Carpathienne et la contrée appelée proprement Asie; Agrippa l'a divisée en deux parties; il a limité l'une au levant par la Phrygie et la Lycaonie, au couchant par la mer Égée, au midi, par la mer d'Égypte, au nord par la Paphlagonie;

[4] il en a évalué la longueur à 470.000 pas, la largeur à 320.000. Il a limité l'autre, au levant par la petite Arménie, au couchant par la Phrygie, la Lycaonie, la Pamphylie, au nord par la province du Pont, au midi par la mer Pamphylienne; longueur 575.000 pas, largeur 325.000.




XXIX. La Carie.

[1] Sur la côte la plus voisine, la Carie, puis l'Ionie, au delà l'Éolide. La Carie embrasse de toutes parts la Doride, et s'avance jusqu'à la mer de l'un et de l'autre côte. Elle comprend le promontoire Pedalium, le fleuve Glaucus, où se jette le Telmessus; les villes de Daedala, de Crya des fugitifs; le fleuve Axon ; la ville de Calynda.

[2] (XXVIII) Le fleuve Indus, né dans les montagnes des Cibyrates, reçoit soixante rivières qui ne tarissent jamais, et plus de cent torrents; la ville de Caunos, libre; puis Pyrnos, le port Cressa, dont l'île de Rhodes est à 20.000 pas; la localité de Loryma; les villes de Tisanusa, de Paridion, de Larymna; le golfe de Thymnias; le cap Aphrodisias; la ville de Hyda: le golfe Schoenus, la contrée de Bubassus: une ville Acanthus ou Dulopolis, qui n'existe plus; sur le promontoire, Gnide, libre, appelée d'abord Triopis, puis Perusa et Stadia : là commence la Doride.

[3] Mais auparavant indiquons ce qui est derrière, et les juridictions méditerranéennes. La première est appelée Cibyratique; Cibyre, le chef-lieu, est en Phrygie : de ce ressort dépendent vingt-cinq cités (XXIX), dont la plus célèbre est Laodicée, placée sur le fleuve Lycus, ayant les flancs baignés par l'Asopus et le Caprus, appelée d'abord Diospolis, puis Rhoas;

[4] autres peuples de cette juridiction qu'on peut citer : les Hydrélites, les Thémisons, les Hiérapolites. La seconde juridiction prend son nom de Synnade; y ressortissent les Lycaons (V, 25), les Appians, les Eucarpéniens, les Doryléens, les Midéens, les Juliens, et quinze autres peuples sans renom. La troisième juridiction siège à Apamée, nommée auparavant Celaenes, puis Cibotos ; elle est située au pied du mont Sigola, et entourée par le Marsyas, l'Obrima et l'Orga, qui se jettent dans le Méandre. C'est là que revient, à la surface du sol, le Marsyas, né et peu après perdu sous terre à Aulocrène, là où il disputa à Apollon le prix de la flûte. On appelle ainsi une vallée qu'on rencontre à 10.000 pas d'Apamée, sur la route de Phrygie. De cette juridiction on peut nommer les Métropolites, les Dionysopolites, les Euphorbènes, les Acmoniens, les Peltènes, les Silbians, outre neuf autres peuples sans renom.

[5] Dans le golfe de la Doride, les villes de Leucopolis Hamaxitos, Éléonte, Euthène; puis les villes de Carie, Pitaïum, Eutane, Halicarnasse, à la juridiction de laquelle Alexandre le Grand soumit six villes, Théangela, Sibde, Medmassa, Euranium, Pedasum, Telmissum. Halicarnasse est située entre deux golfes, celui de Céramus et celui d'Iasus; puis Myndos, l'emplacement de Palaemyndos, Nariandus, Néapolis, Caryanda, Termera, libre; Bargyla, et la ville d'Iasus, qui donne son nom au golfe.

[6] Les noms des parties intérieures de la Carie ont de l'éclat : là sont en effet Mylasa, libre, Antioche, sur l'emplacement des villes de Seminethos et de Cranaos, et qu'entourent aujourd'hui le Méandre et l'Orsinus; une ville Méandropolis, qui n'est plus; Euménia, qui est sur le fleuve Cludrus; le fleuve Glaucus, la ville de Lysias, et Orthosie; la région Bérécyntienne, Nysa, Trallis, appelée aussi Évanthie, Séleucie ou Antioche, baignée par l'Eudon, traversée par le Thebaïs (quelques-uns rapportent que là fut le séjour des Pygmées); Thydonos, Pyrrha, Eurome, Héraclée, Amyzon, Alabanda, libre, qui a donné son nom à la juridiction; Stratonicée, libre, Hynidos, Ceramus, Troezène, Phorontis : y ressortissent aussi, quoique plus éloignés, les Orthroniens, les Halydiens ou Hippins, les Xystians, les Hydissiens, les Apolloniates, les Trapézopolites, les Aphrodisiens, libres. Il y a en outre Coscinus, Harpasa, placée sur le fleuve Harpasas, qui baignait aussi Trallicon quand elle existait.




XXX. La Lydie.

[1] La Lydie, arrosée par les retours sinueux du Méandre, s'avance au-dessus de l'Ionie: voisine de la Phrygie au levant, de la Mysie au nord, embrassant au midi la Carie, elle s'appelait auparavant Méonie. Elle est célèbre surtout par la ville de Sardes, placée sur le flanc du mont Tmolus. Ce mont, appelé auparavant Timolus, est planté de vignes (XIV, 9), et il donne naissance au Pactole ou Chrysorrhoas, et à la source Tarne. La cité elle-même est appelée Hyde par les Méoniens; l'étang de Gygès y est renommé. Elle est aujourd'hui le chef-lieu de la juridiction sardienne : y ressortissent, outre les peuples susdits (V, 29, 7), les Macédoniens Caduènes, les Philadelphiens, les Méoniens mêmes, placés au pied du mont Tmolus sur le fleuve Cogamus, les Tripolitains ou Antoniopolites, baignés par le Méandre, les Apollonoshiérites, les Mésotimolites, et autres sans renom.




XXXI. L'Ionie.

[1] L'Ionie, commençant après le golfe d'Issus, a des côtes beaucoup plus sinueuses : d'abord le golfe Basilique, le cap et la ville Posideum, l'oracle dit des Branchides, maintenant dit d'Apollon Didyméen, à vingt stades ( kil. 3, 68) du rivage; puis à cent quatre-vingts (kil. 33,12 ), Milet, capitale de l'Ionie, appelée jadis Lélegeis, Pityusa et Anactoria, fondatrice, sur toutes les mers, de plus de quatre-vingts villes, et à qui il faut faire honneur de son citoyen Cadmus, qui passe pour le premier écrivain en prose (VII, 57).

[2] Le fleuve Méandre, sorti d'un lac dans le mont Aulocrène (V, 9), baignant plusieurs villes, accru d'une foule de rivières, tellement sinueux que souvent il paraît revenir sur ses pas, s'égare d'abord dans la région Apaméenne, puis dans l'Euménétique et dans les campagnes de Bargyla, enfin dans la Carie; tranquille, et laissant sur toutes ces terres le limon le plus fécond, il mêle sans violence ses eaux à celles de la mer, à dix stades (mètres 1840) de Milet.

[3] Puis viennent le mont Latmus, la ville d'Héraclée, appelée aussi Latmus comme la montagne, Carica (24), Myonte, fondée primitivement, dit-on, par les Ioniens partis d'Athènes; Naulochum, Priène ; sur la côte qu'on nomme Trogilie, le fleuve Gessus; une contrée sacrée pour tous les Ioniens, et, pour cette raison, appelée Panionie. Dans le voisinage, il y eut jadis Phygela, fondée par des fugitifs comme le nom l'indique (fugê, fuite), et Marathesium. Au-dessus est Magnésie, que distingue un surnom pris du Méandre, issue de Magnésie de Thessalie; éloignée d'Éphèse de 15.000 pas, de Tralles de 18.000; nommée auparavant Thessaloce et Mandrolytie (25) : du rivage où elle était placée, elle a confisqué sur la mer les îles Dérasides (II, 91). Dans l'intérieur, le Lycus baigne Thyatira, surnommée jadis Pelopia et Evhippa.

[4] Sur la côte, Manteium; Éphèse, ouvrage des Amazones, et ayant porté beaucoup de noms, celui d'Alopes lors de la guerre de Troie, puis ceux d'Ortygie, de Morges, de Smyrna Trachée, de Samornion et de Ptelea. Elle s'élève sur le mont Pion; elle est baignée par le Caystre, né dans les montagnes Cilbianiques, et emmenant beaucoup de rivières et le trop plein de l'étang de Pégase, que gonfle la rivière Phyrite. De là cette quantité de limon par laquelle le Caystre agrandit le continent, au point que l'île Syrie (II, 31) est devenue partie intégrante de la terre ferme;

[5] dans Éphèse la fontaine Callipie, et les deux cours d'eau Sélenuntes embrassant de côtés opposés le temple de Diane. Après Éphèse, un autre Manteium appartenant aux Colophoniens, et dans l'intérieur Colophon elle même, baignée par l'Halésus: puis le temple d'Apollon Clarien, Lebedos, Notium, qui n'existe plus; le cap Corycéon, le mont Mimas, s'avançant de 250.000 pas dans la mer et s'abaissant vers le continent au niveau de la plaine. Alexandre le Grand avait ordonné de couper cette plaine dans une longueur de 7.500 pas, afin d'unir les deux golfes, et de faire une île d'Érythres et du Momas.

[6] Auprès d'Erythres furent jadis les villes de Ptéléon, d'Hélos, de Dorion; on y trouve le fleuve Aléon (XXXI, 10), Corynoeum, promontoire du Mimas, Clazomènes, le mont Parthénie, et Hippi, appelée Chrytrophorie quand c'était un groupe d'îles ; Alexandre les joignit au continent par une chaussée de deux stades (mètres 368 ). Ont péri dans l'intérieur Daphnonte, Hermesia, Sipylum, appelée jadis Tantalis, capitale de la Méonie, et située là où est maintenant l'étang Sale; ont péri encore Archéopolis substituée à Sipylum, Colpe, substituée à Archéopolis, et Lébade, substituée à Colpe.

[7] En revenant sur nos pas, nous trouvons à 12.000 pas, sur la côte, Smyrne, fondée par l'Amazone Smyrne, rétablie par Alexandre, et heureuse du fleuve Mélès, qui a sa source non loin de là. Des montagnes, qui sont presque les plus célèbres de l'Asie, se déploient dans ces parages: Mastusia derrière Smyrne, et Termetis, finissant au pied de l'Olympe, l'Olympe finissant dans le Dragon, le Dragon dans le Tmolus, le Tmolus dans le Cadmus, le Cadmus dans le Taurus.

[8] Au delà de Smyrne, le fleuve Hermus crée des plaines auxquelles il donne son nom; il naît près de Dorylaeum, cité de Phrygie, et rassemble beaucoup de rivières, parmi lesquelles le Phryx, donnant son nom à la Phrygie, qu'il sépare de la Carie, l'Hyllus et le Cryos, grossis eux-mêmes des rivières de la Phrygie, de la Mysie et de la Lydie. Il y eut à son embouchure la ville de Temnos; maintenant on trouve à l'extrémité du golfe le rocher Myrmécès, la ville de Leuce sur un promontoire qui fut une île, et Phocée limite de l'Ionie.

[9] De la juridiction de Smyrne relève la plus grande partie de l'Éolie, dont il sera bientôt question, et de plus les Macédoniens surnommés Hyrcans, et les Magnètes surnommés Sipyliens. D'Éphèse, la seconde lumière de l'Asie, relèvent des peuples plus éloignés, les Césariens, les Métropolites, les Cilbians inférieurs et supérieurs, les Myso-Macédoniens, les Mastauriens, les Briullites, les Hypaepènes, les Dioshiérites.

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Re: Livre V, traitant des situations des nations, des mers....

Message par Stephandra le Ven 29 Avr 2011, 15:29

XXXII. L'Éolide.

(XXX.) [1] Viennent ensuite l'Éolide, appelée jadis Mysie, et la Troade, adjacente à l'Hellespont : là, après Phocée, le port Ascanien; ensuite Larisse, qui n'existe plus, Cyme, Myrina, qui se donne le nom de Sébastopole; dans l'intérieur, Aegae, Attalia, Posidea, Néontichos, Temnos; sur la côte, le fleuve Titane, et la ville qui en porte le nom; Grynia, qui n'existe plus : il n'y reste que des ports abandonnés; c'était une île qui a été réunie au continent; la ville d'Elaea, le Caïque, qui vient de la Mysie;

[2] la ville de Pitane, le fleuve Canaïus; Canae, Lysimachie, Atarnée, Carène, Cisthène, Cilla, Cocylium, Thèbes, Astyre, Chrysa, Palaescepsis, Gergithos, Néandros, qui ont toutes péri ; la cité de Perpérène, le district d'Héraclée, la ville de Coryphas, les fleuves du Grylios et de l'Ollius; la contrée d'Aphrodisias, appelée auparavant Politice Orgas; la contrée Scepsis (XI, 80); le fleuve Événus, sur les rives duquel ont péri Lyrnessus et Milet: dans ce parage le mont Ida, et, sur la côte, Adramytteos, jadis appelée Pédasus, qui donne son nom au golfe et à la juridiction; les fleuves Astron, Cormalos, Éryannos, Alabastros, Hiéros qui sort de l'Ida; dans l'intérieur le mont Gargara et la ville de même nom; puis encore sur la côte, Antandros, appelée auparavant Édonis, puis Cimmeris, et Assos, appelée aussi Apollonie; Palamedium, qui n'existe plus; le promontoire Lecton, qui sépare l'Éolide et la Troade; Polymédie, et une autre Chrysa, et une autre Larissa, trois villes qui n'existent plus; le temple Sminthée, qui dure encore; dans l'intérieur, Colone, qui a péri. Au ressort d'Adramytteos sont portées les affaires des Apolloniates, dits du fleuve Rhindacus, des Eréziens, des Milétopolites, des Poemanéniens, des Macédoniens (26), des Aschilaques, des Polichnéens. des Pionites, des Ciliciens Mandacadéniens; en Mysie, des Abrettins, de ceux qu'on nomme Hellespontiens, et d'autres sans renom.




XXXIII. La Troade et les nations avoisinantes.

[1] Le premier lieu de la Troade est Hamaxitus, puis Cebrenia, et Troas elle-même, appelée Antigonie, maintenant Alexandrie, colonie romaine; la ville de Née; le Scamandre, fleuve navigable, et sur le promontoire la ville de Sigée, qui n'existe plus; puis le port des Achéens, où se jettent le Xanthe uni au Simoïs, et le Palaescamandre, qui forme d'abord un étang ;

[2] les autres rivières célébrées par Homère (Il. XII, 20), le Rhésus, l'Heptaporus, le Carésus, le Rhodius, n'ont pas laissé de traces; le Granique coule dans la Propontide par une autre région. Il y a cependant encore aujourd'hui Scamandrie, petite ville, et à 1.500 pas du port Ilion, libre, d'où provient tout le renom de cette contrée. Hors de ce golfe sont les côtes Rhoetéennes, où l'on trouve les villes de Rhoetéum, de Dardanium et d'Arisbe: Achilléon, ville qui n'existe plus, et qui avait été fondée par les Mityléniens, rebâtie par les Athéniens, auprès du tombeau d'Achille, dans le lieu où la flotte de ce héros avait stationné, sur le Sigée;

[3] Aeantium, qui n'existe pas non plus, fondé par les Rhodiens sur l'autre corne, près du tombeau d’Ajax, à 30 stades (kil. 5, 52) de Sigée, au lieu même où était sa flotte. Au delà de l'Éolide et d'une partie de la Troade, dans les terres, est le pays appelé Teuthranie, que les Mysiens occupèrent jadis. Là naît le Caïque, dont il a déjà été parlé (V, 32). Cette nation était puissante à soi seule, quand toute la province portait le nom de Mysie (V, 32). On y trouve Pioniae, Andera, Calé, Stabulum, Conisium, Tégium, Balcea, Tiare, Teuthranie, Sarnaca, Halicerne, Lycide, Parthénium, Thymbre, Oxyopum, Lygdamum, Apollonie, et la plus célèbre à beaucoup près de toute l'Asie, Pergame, traversée par le Sélinus et baignée par le Cétius, qui descend du mont Pindasus;

[4] elle est peu éloignée d'Élaea, que nous avons dit être sur la côte. La juridiction de cette contrée porte le nom de Pergame : y ressortissent les Thyatiréniens (V, 21), les Mygdoniens, les Mosyniens, les Bregmenténiens, les Hiéracomètes, les Perpéréniens, les Tiaréniens, les Hiérolophiens, les Hermocapélites, les Attaliens, les Pantaens, les Apollonidiens, et d'autres cités sans renom. La petite ville de Dardanium est à 70 stades (kil. 12, 88), de Rhoeteum. De Dardanium, 18.000 pas jusqu'au cap Tapéza, où l'Hellespont prend son premier essor. Ératosthène dit qu'en Asie ont péri les nations des Solymes (v, 24), des Lélèges, des Bébryces, des Colycantiens, des Trepsèdes. Isidore parle de la disparition des Arimiens et des Caprètes, qui occupaient le lieu où Apamée (V, 29) a été fondée par le roi Séleucus, entre la Cilicie, la Cappadoce, la Cataonie et l'Arménie. Il l'avait d'abord appelée Damée, parce qu'il y avait subjugué des nations extrêmement farouches.




XXXIV. Les îles au-devant de l'Asie, au nombre de 212, parmi lesquelles:

(XXXI.) [1] Des îles en face de l'Asie, la première est dans la bouche Canopique du Nil, appelée ainsi, dit-on, du nom de Canopus pilote de Ménélas; la seconde est le Phare (II, 87), unie par un pont à Alexandrie, et colonie du dictateur César; elle était jadis éloignée de l'Égypte d'un jour de navigation; maintenant elle est surmontée d 'une tour dont les feux nocturnes règlent la marche des vaisseaux; car Alexandrie, entourée de hauts-fonds trompeurs, n'est accessible que par trois passes, le Stéganus, le Posideum et le Taurus.

[2] Puis dans la mer Phénicienne, en face de Joppé, est l'île de Paria formant tout entière une ville, où, dit-on, Andromède fut exposée au monstre marin (V, 14); et l'île d'Aradus déjà nommée, (V, 17, 4). Entre elle et le continent, du fond d'une mer de cinquante coudées, on fait tenir, d'après Mucianus, de l'eau douce d'une source, à l'aide d'un tube de cuir (II, 106, 7).




XXXV. Chypre,

[1] La mer de Pamphylie renferme des îles sans renom; la mer de Cilicie, l'une des cinq plus grandes îles [de la Méditerranée], Chypre, tournée au levant de la Cilicie et au couchant de la Syrie, jadis partagée en neuf royaumes. Tisomthènes en a estimé le contour à 428.500 pas; Isidore, à 375.000; la longueur entre les deux promontoires Dinarétum et Acamas, lequel est au couchant, est estimée par Artémidore à 162.500, par Timosthènes à 200.000. Chypre s'est appelée autrefois, d'après Philonidès, Acamantis; d'après Xénagoras, Cérastis, Aspélie, Amathusie et Macarie; d'après Astynomus, Cryptos et Colinie;

[2] elle renferme quinze villes : Neapaphos, Palaepaphos, Curias, Citium, Corineum, Salamis, Amathonte, Lapéthos, Solae, Tamaseus, Epidarum, Chytri, Arsinoé, Carpasium, Golgi; Cinyrie, Marium et Idalium y ont péri. Chypre est à 50.000 pas d'Anémurium en Cilicie ( V, 22). La mer qui les sépare s'appelle le canal de Cilicie. Dans le même parage sont l'île d'Eleusa et les quatre îles Clides, qui sont au-devant du promontoire qui regarde la Syrie; du côté de l'autre promontoire (Acamas) est l'île de Stirie; en face de Neapaphos, l'île d'Hiérocépia ; en face de Salamis, les îles Salaminiennes.

[3] Dans la mer de Lycie les îles Illyris, Telendos, Attelebussa; trois îles Cypriennes stériles; Dionysia, appelée auparavant Carétha; puis, en face du promontoire du Taurus, les trois îles Chélidoniennes, funestes aux navigateurs ; plus loin, Leucolla, avec une ville; les îles Pactyennes, Lasia, Nymphaïs, Macris, Mégista, dont la ville n'existe plus; puis beaucoup d'îles sans nom ; mais en face du mont de la Chimère, Dolichiste, Chirogylium, Crambussa, Rhoge, Enagora, de 8.000 pas de tour, deux îles des Dédaliens, trois îles des Cryéens, Strongyle; en face de Sidyma, l'île d'Antiochus, et vers le fleuve Glaucus (v, 29) Lagusa, Macris, les Didymes, Helbo, Scope, Aspis, Telandria, dont la ville a péri, et Rhodussa, la plus voisine de Caunus.





XXXVI. Rhodes,

[1] Mais la plus belle de ces îles est l'île de Rhodes, libre, de 125.000 pas de tour, ou de 103.000 pas si nous en croyons plutôt Isidore. Elle renferme les villes de Linde, de Camire et d'Ialysus, aujourd'hui Rhodes. Elle est éloignée d'Alexandrie d'Égypte de 578.000 pas, d'après Isidore; de 469.000, d'après Ératosthène; de 500.000, d'après Mucianus; elle est à 166.000 de Chypre; elle se nomma jadis Ophiuse, Astérie, Aethrée, Trinacrie, Corymbie, Poeeessa, Atabyrie du nom d'un roi, puis Macarie et Oloessa. Iles des Rhodiens: Carpathos, qui a donné son nom à la mer; Casos, nommée jadis Achne; Nisyros, appelée auparavant Porphyris, éloignée de Gnide de 12.500 pas.

[2] Dans le même parage Syme, à égale distance entre Rhodes et Gnide, ayant 37.500 pas de tour, et offrant bénignement huit ports; en outre, autour de Rhodes, Cyclopis, Steganos, Cordylusa, les quatre îles Diabètes, Hymos, Chalce (XVII, 3) avec une ville, Seutiusa, Narthecusa, Dimastos, Progne; et du côté de Gnide, Cisserussa, Therionarce, Calydne avec trois villes, qui sont Notium, Nisire et Mendetère; Arconnesos avec la ville de Ceramus; sur la côte de Carie, vingt îles qu'on nomme Argiennes; de plus, Hyétusa, Lepsia, Léros.

[3] La plus célèbre dans ce golfe, Cos, à 15.000 pas d'Halicarnasse, de 100.000 pas de tour, appelée Mérope d'après plusieurs auteurs, Cea d'après Staphylus, Méropis d'après Dionysius, puis Nymphaea, renfermant le mont Prion; Nisyros, appelée autrefois Porphyris, que l'on croit détachée de Cos; Caryanda avec une ville : non loin d'Halicarnasse, Pidosus; dans le golfe Céramique, Priaponnesos, Hipponnesos, Psyra, Mya, Lampsemandus, Passala, Crusa, Pyrrhe, Seplussa, Melano; et une île peu éloignée du continent, appélée Cinaedopolis, parce que le roi Alexandre y laissa les hommes de moeurs infâmes.




XXXVII. Samos,

[1] La côte Ionienne a les îles Tragiennes et Corséennes; l'île lcare, dont il a été parlé (IV, 23); Lade, appelée auparavant Late ; parmi quelques îles sans nom, les deux Camélides, voisines de Milet; les trois Trogilies, voisines de Mycale, qui sont Psilos, Argennos, Sandalios; Samos, libre, de 87.000 pas de tour, de 100.000 suivant Isidore, appelée d'abord, d'après Aristote, Parthénie, puis Dryuse, Anthémuse, noms auxquels Aristocrite ajoute Mélamphylle et Cyparissie, et d'autres Parthenoarusa et Stéphane; on y trouve les fleuves Imbrasus, Chesius, Ibettés; les sources Gigartho, Leucothée, le mont Cercétius; les îles de Rhypara, de Nymphaea et d'Achillea sont adjacentes à la côte de Samos.




XXXVIII. Chios,

[1] Égale en célébrité et à la distance de 93.000 pas, est l'île de Chios, libre, avec une ville. D'après Éphore, elle a porté anciennement le nom d'Aethalie ; d'après Métrodore et Cléobule, celui de Chia, de la nymphe Chione; quelques-uns dérivent son nom du mot qui signifie neige; elle a aussi été appelée Macris et Pityuse. Elle renferme le mont Pellène; elle est célèbre par son marbre. Les anciens lui ont attribué 125.000 pas de tour; Isidore ajoute 9.000 à cette évaluation. Elle est placée entre Samos et Lesbos, et surtout en face d'Érythres.

[2] Dans le voisinage sont Thallusa, que d'autres écrivent Daphnusa, Oenussa, Élaphitis, Euryanasse, Arginussa avec une ville (ces îles sont déjà près d'Éphèse, ainsi que les îles appelées de Pisistrate); les îles Anthines, à savoir Myonnesos et Diarrheusa (dans l'une et l'autre les villes ont péri); Porosélène, avec une ville: les îles Cerciennes, Halone (II, 9), Commone, Illétia, Lépria, Rhespéria, les îles Procuses, les îles Bolbules, les îles Phanes, Proapos, Syce, Mélane, Aenare, Sidusa, Péla, Drymusa, Anhydros, Scopélos, Sycussa, Marathussa, Psilé, Périrrheusa, et beaucoup d'autres sans renom; mais dans la haute mer est Téos, île célèbre, avec une ville, à 71.500 pas de Chios, à la même distance d'Érythres.

[3] Auprès de Smyrne sont les Péristérides, Cartéria, Alopèce, Élaeussa, Bachina, Pystira, Crommyonésos, Mégalé; en face de la Troade, les îles Ascaniennes, trois îles Platéennes, puis les Lamiennes, deux îles Plitaniennes, Plate, Scopélos, Gétone, Arthédon, les îles Coelae, les Lagusses, les Didymes.




XXXIX. Lesbos.

[1] A 65.000 pas de Chios est Lesbos, île très célèbre, ayant porté les noms de Himerte, Lasia, Pélasgia, Aegira, Éthiope, Macaria, et illustre par neuf villes; parmi ces villes, Pyrrha a été engloutie par la mer, Arisbe a été renversée par un tremblement de terre, Antissa (II, 91) a été englobée par Méthymne, qui est voisine de neuf villes d'Asie sur une longueur de 37.000 pas; Agamède a péri aussi, de même que Hiéra; sont debout Erésus, Pyrrha et Mitylène, libre, qui a été puissante pendant 1.500 ans. Toute l'île a de tour 168.000 pas, d'après Isidore; 195.000, d'après les anciens;

[2] elle renferme les monts Lepéthymnus, Odrymnus, Macistus, Créon, Olympe; elle est éloignée de 7.500 pas de la côte continentale la plus voisine. Iles adjacentes : Sandaleon, les cinq îles Leucae, parmi lesquelles est Cydonée, avec une source chaude; les Argénusses, à 4.000 pas de distance d'Aege; puis Phellusa, Pedna; hors de l'Hellespont, en face et près de la côte de Sigée, Ténedos, appelée Leucophrys, Phoenice, et Lyrnessos, à 56.000 pas de Lesbos, à 12.500 du promontoire Sigée.

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Re: Livre V, traitant des situations des nations, des mers....

Message par Stephandra le Ven 29 Avr 2011, 15:29

XL. L'Hellespont et la Mysie.

(XXXII.) [1] Puis l'Hellespont prend son essor, la mer presse la terre, battant de son flot tourbillonnant la barrière qui l'arrête, et arrachant l'Europe de l'Asie. Là est le promontoire que nous avons appelé Trapéza (V, 33) ; à 10.000 pas est la ville d'Abydos, où le détroit a 7 stades (mètres, 1288); puis la ville de Percote, Lampsaque, appelée jadis Pityuse; Parium, colonie, qu'Homère (Il. II, 828) a appelée Adrastie; la ville de Priapos, le fleuve Asepus, Zelia, la Propontide, nom donné au lieu où la mer s'élargit; le fleuve Granique; le port Artace, où il y eut une ville;

[2] au delà, une île qu'Alexandre a jointe au continent, et dans laquelle est Cyzique des Milésiens, nommée auparavant Arctonnesos et Dolionis et Dindymis, au-dessus de laquelle est le mont Dindymus; puis les villes de Placia, d'Ariacos, de Scylace, qui ont derrière elles le mont Olympe, appelé Mysien; la cité Olympena; le fleuve Horisius, le fleuve Rhyndacus, appelé auparavant Lycus; il naît dans l'étang d'Artynia, auprès de Miletopolis: il reçoit le Macestos et la plupart des autres; il sépare l'Asie et la Bithynie.

[3] Celle-ci a été appelée Cronie, puis Thessalide, puis Maliande, et Strymonide; Homère en a appelé les peuples Halizoniens (Il. II, 856), parce que la mer lui fait une sorte de ceinture. Une ville immense, nommée Attusa, y fut jadis; maintenant on y trouve douze cités, parmi lesquelles Gordiucome, appelée Juliopolis, et sur la côte Dascylos; puis le fleuve Gebes; dans les terres, la ville de Helgas, appelée Germanicopolis, et d'un autre nom Booscoete; Apamée, appelée maintenant Myrlée des Colophoniens; le fleuve Éthéléus, antique limite de la Troade, et commencement de la Mysie;

[4] puis le golfe où est le fleuve Ascanius; la ville de Bryllion; le fleuve Hylas; le fleuve Cios avec une ville de même nom, qui fut un marché pour les Phrygiens non éloignés, marché fondé par les Milésiens, mais dans un lieu qui s'appelait Ascanie de Phrygie; par conséquent c'est l'occasion la plus favorable de parler de cette dernière contrée.




XLI. La Phrygie.

[1] La Phrygie, placée au-dessus de la Troade et des peuples énumérés depuis le promontoire Lecton jusqu'au fleuve Ethéléus, limitrophe au nord de la Galatie, au midi de la Lycaonie, de la Pisidie et de la Mygdonie, touche, du côté du levant, à la Cappadoce. Villes les plus célèbres, outre celles qui ont été nommées (V, 29 et 30), Ancyre, Andrie, Celaenes (V, 29), Colosses, Carine, Cotyaion, Ceranae, Conium, Midaion. Des auteurs disent que d'Europe sont venus les Mysiens, les Bryges et les Thyniens, qui ont donné leurs noms à la Mysie, à la Phrygie et à la Bithynie.




XLII. La Galatie et les nations avoisinantes.

[1] Il me paraît convenable de parler en même temps de la Galatie, qui, placée au-dessus, se compose pour la plus grande partie du territoire pris sur la Phrygie, et possède Gordium, qui en était jadis la capitale. Les Gaulois qui se sont établis dans cette portion phrygienne se nomment Tolistoboges, Votures et Ambituens; ceux qui se sont établis dans une partie de la Méonie et de la Paphlagonie se nomment Trocmiens. La Galatie a pour frontière, au nord et au levant, la Cappadoce, dont les Tectosages et les Teutobodiaques ont occupé la partie la plus fertile.

[2] Telles sont les nations principales, réparties en 195 peuples et tétrarchies. Villes: Ancyre des Tectosages, Tavium des Trocmiens; Pesinonte des Tolistoboges. Outre ces noms célèbres, les Attaliens, les Arasiens, les Comiens, les Dioshiéronites, les Lystrènes, les Néapolitains, les Oeandiens, les Séleuciens, les Sébastènes, les Timoniaciens, les Thebasènes. La Galatie touche aussi à la Cabalie, province de la Pamphylie, et aux Milyens (V, 25), qui sont près de Baris, aux districts Cyllantique et Oroandique (V, 24) de la Pisidie, et à l'Obigène, partie de la Lycaonie.

[3] On y trouve, outre les fleuves déjà nommés, (V, 40), le Saugarius (VI, I) et le Gallus, d'où les prêtres de la Mère des dieux ont pris leur nom.




XLIII. La Bithynie.

[1] Sur le reste de la côte, à partir du Cios (V, 40), vers l'intérieur, en Bithynie, Pruse, fondée par Annibal au pied de l'Olympe; Nicée, située à 25.000 pas de Pruse, séparée de cette ville par le lac Ascanius; puis une autre Nicée, à l'extrémité du golfe Ascanius, appelée auparavant Olbia ; une autre Pruse au pied du mont Hypius; Pythopolis, Parthénopolis, Coryphanta, qui n'existent plus; sur la côte, les fleuves Aesius, Bryazon, Platanée, Arée, Aesyros, Gendos, nommé aussi Chrysorrhoas; un promontoire où fut jadis la ville de Mégarice, et un golfe nommé Craspédite,

[2] parce que cette ville y était pour ainsi dire sur une frange (kraspedon); Astacum, qui n'est plus, et qui a donné son nom à un golfe; Libyasa, qui n'est plus, et où il ne reste que le tombeau d'Annibal; au fond du golfe, Nicodémie de Bithynie, ville célèbre ; le promontoire Leucate, qui borne le golfe d'Astacum, à 37.500 pas de Nicomédie; puis, en raison d'un nouveau rapprochement des terres, un rétrécissement qui s'étend jusqu'au Bosphore de Thrace. Sur cette côte, à 62.500 pas de Nicomédie, Calcédoine, libre, nommée jadis Procérastis, puis Colpusa, puis ville des Aveugles (IX, 20), parce que ses fondateurs n'avaient su choisir pour séjour Byzance, éloignée de 7 stades (mètres 1288), et préférable de tout point.

[3] Du reste, en Bithynie, dans l'intérieur, Apamée (v,40) colonie; les Agrippiens, les Juliopolites, Bithynion; les fleuves Syrium, Lapsias, Pharmacias, Alces, Crynis, Lilaeus, Scopius, Hieras, lequel sert de limite entre la Bithynie et la Galatie; au delà de Chalcédoine, Chrysopolis, qui n'existe plus ; puis Nicopolis, dont le golfe garde encore le nom; dans ce golfe, le port d'Amycus (XVI, 89); puis le promontoire Naulochus ;

[4] Estiae, temple de Neptune; le Bosphore séparant de nouveau, et par un intervalle de 500 pas, l'Asie de l'Europe, à 12.500 pas de Chalcédoine; sa première gorge avant 8.750 pas de large, là ou était Phinopolis. La côte est occupée par les Thyniens, l'intérieur par les Bithyniens: c'est la limite de la province Asie, et de 282 peuples que l'on compte depuis le golfe de Lycie (V, 28) jusqu'à ce lieu. Nous avons dit que l'étendue de l'Hellespont et de la Propontide jusqu'au Bosphore de Thrace est de 239.000 pas; Isidore évalue la distance de Chalcédoine à Sigée à 322.500 pas.




XLIV. Les îles de la Propontide. Résumé.

[1] Iles dans la Propontide, en face de Cyzique: Elaphonnésus, d'où vient le marbre de Cyzique, appelée aussi Nébris (27) et Proconnesus; puis Ophiuse, Acanthus, Phoebé, Scopelos, Porphyrione, Halone, avec une ville; Delphacia, Polydora, Artacaeon, avec une ville; en face de Nicomédie, Démonnesos; au delà d'Héraclée (VI, 1), en face de la Bithynie, Thynias, que les barbares appellent Bithynia (VI, 13); Antiochia: en face de l'embouchure du Rhyndacus, Besbicos, de 18.000 pas de tour ; Elaea, les deux îles Rhodussa, Érébinthodes, Mégale, Chalcitis, Pityodes.

(01) Appellavere et mare ante eam Libycum ; Aegypto finitur Dalech., Cod. Tolet., Sillig. —Appellavere, qua mare ante eam Libycum incipiens Aegyptio finitur Vulg.
(02) Que, omis dans Brotier et dans Vulg., se trouve dans les anciennes éditions et Sillig.
(03) Caligula fit mettre à mort Ptolémée fils de Juba et roi de la Mauritanie.
(04) Spectet Cod. Chiffl., Sillig. — Spectat Vulg.
(05) Gosselin, Recherches sur la géographie systématique et positive des anciens, t. I, p. 112 et suiv.), cherche à lever les difficultés de ce passage en lisant XCVI au lieu de DCXVI ; et alors, dans le golfe indiqué par Polybe, il croit reconnaître le golfe de Sainte-Croix.
(06) Pline a bien mal rendu ce que disait Polybe, puisque, d'après lui-même (VI, 36, 2), ce géographe met, comme tous les autres, l'Atlas à l'extrémité de la Mauritanie. Voy., sur ce passage de Pline, Gosselin, 1. c.
(07) Fervore Cod. Ambros., Sillig. — Fervere Vulg.
(08) Sittius et ses soldats, qui avaient combattu sous les ordres de César contre le roi Juba, reçurent de leur général un établissement dans cette contrée.
(09) Tusdritanum Vulg. — On lit ailleurs, VII, 3, 3, Thysdritanus civis.
(10) Je ne sais pourquoi on lit dans l'édition de Sillig : quadraginta novera. Les anciennes éditions et Vulg. ont XCIX.
(11) Famaque tantum inermi quaesitus Ed. princeps. — Famaque tantum inermi quaesitu cognitus Vulg.
(12) On ne sait pas au juste ce qu'est ce poisson. D'ordinaire on le prend soit pour un gadus lota L., soit pour un petromyzon fluviatilis L.
(13) D'autres, et en particulier Sillig, lisent insulae, au lieu de insula ; alors le sens est : quatre îles nommées Philae.
(14) Il faut sans doute lire mediterranea au lieu de meridiana ; car la Mésopotamie est, par rapport à la Syrie, non au midi, mais méditerranéenne.
(15) Antiochena, qui n'est pas dans Vulg., est donnée par les mss. de Gelenius. Cette addition paraît utile.
(16) Angaris Vulg. — Argaris Brotier, d'après l'édition princeps et plusieurs mss. : c'est le mont Garizim, dans la Samarie.
(17) Il est assez singulier, après avoir dit qu'aucun animal ne va au fond du lac Asphaltite, d'ajouter que les taureaux et les chameaux surnagent : comme si la grosseur du corps était pour quelque chose en cela, et comme si un lapin ou un lièvre n'allait pas au fond aussi bien qu'un taureau. Aussi est-on disposé à penser que Pline a commis quelque erreur de traduction, quand on lit dans Diodore de Sicile, II, 48, que les habitants des bords de l'Asphaltite donnent le nom de taureaux et de veaux aux masses de bitume qui flottent sur le lac. Pline se serait-il laissé tromper par cette désignation, transportée du langage vulgaire des indigènes dans les auteurs qu'il compila ?
(18) Ultra Chiffl. - Tum Vulg.
(19) Oreon Vulg. — Dans une inscription cunéiforme, M. Burnouf a retrouvé le nom de ce pays. « Ayurâ est la forme ancienne du nom des peuples appelés Aroei ou Oroei, dont Saumaise (Plin. exerc., p. 441 b A) a établi l'existence, avertissant, de la manière la plus précise, qu'il ne faut pas confondre ce nom avec l'épithète grecque oireioi (montagnards), à laquelle il ressemble. Je n'ignore pas que Hardouin, sans tenir compte des motifs qui ont décidé Saumaise, non plus que des variantes nombreuses que donnent les manuscrits pour ce mot, qui est lu quelquefois Arrhoei, Errhoei ou Oroes, et qui est même considéré non comme qualificatif des Arabes, mais comme désignant un peuple particulier, n'hésite pas à traduire ce terme de Oroei par montagnards, quoique la contrée où Pline nous les montre soit un pays plat, et qu'on ne puisse justifier cette dénomination de Oroei qu'en supposant qu'elle désigne des peuples qui confinent aux montagnes des Gordyéens. Mais si le rapprochement que nous proposons d'établir entre ce nom d'Aroei et celui de Ayurâ, de l'inscription de Niebuhr, n'était pas repoussé comme inadmissible, il en résulterait que Saumaise aurait eu raison de voir dans Aroei la transcription latine d'une dénomination nationale, et non une épithète grecque. Notre inscription nous donnerait alors le nom ancien d'un peuple des Ayurâ, et, selon Pline, des Aroei ou Arrhoei, qui étaient voisins des Arabes, auxquels ils ressemblaient sans doute, s'ils n'étaient pas de la même race qu'eux.” (Mémoire sur deux inscriptions cunéiformes, p. 139 ; Paris, 1836.)
(20) D'après une évaluation rapportée par Pline, V, 11, le schène vaut 30 stades ; ce qui, à supposer le stade de 184 mètres, ferait, pour 3 schènes, kilomètres 16,56. M. Saigey, Métrologie, p. 45, estime le schène à 10.500 mètres ; trois schènes feraient donc kilomètres 31,5. Hardouin pense qu'il s'agit ici de la largeur de l'Euphrate ; mais cela n'est pas probable : l'Euphrate n'a pas en ce point plus de 16 kilomètres de large, et encore moins plus de 31. Je remarque que la valeur que Pline rapporte pour le schène est très voisine de celle que M. Saigey assigne à la parasange (5.250 mètres).
(21) Beaucoup de manuscrits ont Praetavi.
(22) Plusieurs manuscrits et l'édition princeps ont 583,000 pas.
(23) Aujourd'hui que l'on déchiffre les inscriptions lyciennes, on a reconnu que les habitants de la ville que les Grecs nommaient Tlos s'appelaient Trooes, et la ville Trooumene, le nom lycien, en passant dans le grec, ayant changé l'r en l. La lecture de la forme ancienne et indigène de ce nom a permis de se rendre compte d'un passage difficile d'Homère. Dans l'énumération de l'armée troyenne (Il. II, 824-827 ), est-il dit dans une communication de M. Daniel Sharpe sur les inscriptions lyciennes, Pandarus, le fils de Lycaon, conduit les Troyens qui habitent au pied du mont Ida, et boivent les eaux de l'Aesepus. Dans le cinquième chant, où est rapporté son combat avec Diomède, Pandarus est dit venir de Lycie ; et le nom de son père, son culte pour Apollon Lycegenes, et son habileté comme archer, tout indique en lui un Lycien. Strabon, dont le respect pour Homère était sans bornes, est tout désorienté par l'apparente contradiction de ces passages ; et il témoigne sa surprise plus d'une fois (b XII, p. 845 et 846, et b XIV, p. 950) de ce qu'Homère aurait appelé les mêmes troupes à la fois Troyens et Lyciens, et placé la Lycie, royaume de Pandarus, au nord de Troie. Strabon s'en réfère, pour la situation de Zeleia, de l'Æsepus et de la contrée environnante, à Démétrius, né dans ces parages, et auteur d'un ouvrage en trente-six livres sur les soixante vers où Homère dénombre les Troyens ; et, après avoir fait d'assez longues remarques sur la difficulté d'expliquer ce passage, il laisse la question indécise. Les écrivains grecs postérieurs furent moins réservés. Étienne de Byzance distingue deux Lycies : l'une nommée d'après Lycus, fils de Pandion ; l'autre voisine de la Cilicie, et gouvernée par Sarpédon. Le scoliaste explique la chose d'une manière différente (Il. 1V, 103, et V, 105) : d'après lui, Lycie est à la fois un nom de la ville Zeleia, et le nom du pays, ainsi appelé ordinairement. Eustathe, commentant les mêmes passages, suppose deux pays portant le même nom : la petite Lycie, aussi nommée la petite Troie, pays de Pandarus, et la grande Lycie, royaume de Sarpédon. Dans tous ces auteurs, la mention constante de Pandarus et de Sarpédon indique la source de la confusion. Les auteurs latins tirèrent leur géographie de l'observation, et non de l'étude d'Homère ; ni dans Pline, ni dans Pomponius Méla, il n'est fait aucune mention du second royaume ou de la seconde ville de Lycie. Nous sommes maintenant en état d'expliquer l'origine de ces erreurs. Le pays compris par les Grecs sous le nom général de Lycie renfermait deux nations, les Tremiles et les Troyens (Troes) ; toutes deux envoyèrent des troupes au secours de Troie, la première sous Sarpédon et Glaucus, la seconde sous Pandarus, fils de Lycaon. Le nom de Troyens (Troes) appliqué à la fois au peuple de Trooumene ou Tlos et de Troie conduisit à la contusion : Homère lui-même, ou les compilateurs de l'Iliade, en sa forme actuelle, commirent l'erreur de faire venir les troupes de Pandarus de Zeleia, au pied du mont Ida, ville dont la position est bien connue de tous les anciens géographes. L'auteur de l'Iliade est entré si avant dans la mythologie de la Lycie, qu'on ne peut le supposer dénué de notions sur ce pays ; et la méprise fut sans doute faite à une période postérieure, quand les poèmes détachée furent réunis.» (Ch. Fellows, An account of discoveries in Lycia, p. 466; Londres, 1811.)
(24) Quelques-uns font de Caries un adjectif se rapportant à Heraclea : Héraclée, d'origine carienne.
(25) Androlitia Vulg. —Il faut lire Mandrolytie : voy. Raoul Rochette, Mémoire sur le temple de Diane Leucophryne (l'Institut, n° 120, décembre 1845, p. 145). Cette correction a été proposée par Boeckh ( Corp. inscr. gr., n° 2910, t. II, p. 580). Mandra est le nom d'une divinité locale, qui figure dans d'autres noms, par exemple la mandragore, comme l'a fait voir M. Letronne dans son mémoire sur cette question.
(26) D'après M. Lebas ( Voyage en Asie Mineure, Revue de philologie, t. I, p. 221), les Macédoniens dont il s'agit ici sont les Macédoniens de Mandes. Ou sait, par les médailles, que les Blaudeis ajoutaient à leur nom celui de Makedones, sans doute parce qu'ils descendaient d'un certain Blaudos, à en juger par le passage d'Étienne de Byzance relatif à cette ville. Voyez le mémoire de M. Lebas pour les arguments qui lui font placer Blaudos près des Poemanéniens, et sur l'emplacement occupé aujourd'hui par Balat. Il s'ensuit qu'il faut mettre dans le texte de Pline entre Macedones et Aschilacae une virgule, ponctuation qui du reste est donnée par Dalechamp.
(27) Neuris Vulg.


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Stephandra
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